Continuation de la traduction... C'est marrant, de travailler dans ce sens. Ecrire d'abord en anglais, puis ensuite traduire dernière en français. Je sais. J'aime l'inhabituel ! ;)
C'est partie pour la suite, avec un chapitre plus... Orienté blabla.
Première fois en six mois que j'arrive à dormir convenablement.
Ce fut la première chose à laquelle pensa Adam en se réveillant. Et c'était vrai.
Etant donné qu'il était quasiment privé de mouvements, tout ce qu'il pouvait faire, c'était dormir. Et rien n'avait réussi à troubler son sommeil.
Il était dix heures du matin lorsqu'un appel Infolink le sortit de sa torpeur. Vega et Stanley étaient en route.
Et maintenant, il n'avait plus qu'à attendre. Pendant de longues minutes, il resta allongé, en laissant son esprit vagabonder.
Quelques instants plus tard, la porte s'entrouvrit. Hellen glissa timidement sa tête à l'embrasure.
-Vous êtes réveillé ? Je vous ai entendu parler il y a une petite heure.
Déjà une heure ? Le temps s'envolait vite...
-Je vais bientôt partir, répondit Jensen. C'est une question de minutes.
Hellen s'approcha, remarquant qu'il n'objectait pas sa présence dans la pièce. Elle s'assit au bord du lit, aux pieds d'Adam.
-Vous allez retrouver le vagabond d'hier ?
-Si on ne veut pas qu'il cause de dégâts, il va falloir.
-D'après ce que j'ai pu voir, il semble être du type "machine à tuer"... Vous croyez vraiment qu'il serait prêt à faire sauter des zones Nats ? Dans quel but ?
-C'est de la revendication. De l'attention et de la revendication forcées.
-Interpol n'abdiquera jamais. Ce genre de choses n'a jamais fonctionné par le passé, pourquoi ce serait le cas maintenant ?
Adam soupira. Cette fille avait la tête sur les épaules. Et elle était réactive.
-Mesures désespérées pour des temps désespérés.
Mouvant doucement l'un de ses moignons pour appuyer son propos, il poursuivit :
-Je pense le savoir, j'en mettrai "ma main à couper".
Hellen le dévisageait, un peu déconcerté. Elle semblait vraiment affectée par son état. Il y avait quelque chose dans ses yeux, dans son comportement... De la sincérité. Elle émanait d'elle de manière tellement évidente.
Puis quelqu'un sonna à la porte.
-Ils sont là...
Je savais que je n'avais pas à m'impliquer dans cette affaire. Mais j'y avais pensé toute la nuit. Et tout en ouvrant la porte, je continuais à y réfléchir.
Devant moi se tenaient une femme et un homme. Tous deux étaient vêtus de parkas de plastique ornées de capuches, recouvrant leurs corps entiers. Heureusement pour eux, il pleuvait des cordes dehors. Ils passaient inaperçus. Plus ou moins...
La femme retira sa capuche. Brune avec des mèches blondes, grande et mince, elle me scrutait d'un regard froid et sévère. Elle s'enquit :
-Ton cousin est déjà là, non ? Je lui ai apporté un petit cadeau...
Elle tapota une valise métallique du plat de la main.
C'était l'équipe de secours, aucun doute possible. Je leur fis signe d'entrée, et ils s'exécutèrent.
Dès que je fermai la porte, la femme fit volt-face et me plaqua contre le mur. Mon coeur s'emballa. Mais qu'est-ce qu'elle foutait ?!
-Pas un mot. A personne. Tu m'entends ? Si quelqu'un sait qu'on est ici, je te jure que...
-VEGA. ARRETE TOUT DE SUITE.
La voix rauque de Jensen émergea de la chambre d'amis. Un silence de mort s'installa. Puis la femme me lâcha le bras, une expression d'amertume collée au visage. Farouche spécimen...
-Je n'ai rien dit à personne, et ce n'est pas dans mon attention, me défendai-je en me massant le crâne. Je sais que ce qu'a fait Jensen était pour le bien de tous. Je lui dois beaucoup. On lui doit tous. Les gens aux alentours ne le savent même pas, et ils ne le sauront jamais. C'est ma façon de lui renvoyer la pareille... Faite ce que vous voulez, mais vous n'avez aucune raison de me menacer.
Vega me lorgna, les yeux grands ouverts. Je compris un peu ce qu'elle devait penser à ce moment-là...
Les Non-Augs ne disaient pas ce genre de choses. Plus de nos jours. Ces derniers mois avaient été un cauchemar sans fin pour les augmentés. Quelques heures à peine après l'incident initié à Panchaea, les gens avaient été capturés et ségrégués dans des camps de partout dans le monde. Pendant les événements, j'avais eu une chance inouïe. J'étais à l'hôpital avec ma mère, juste avant qu'elle soit transférée en maison de retraite. Je nous avais barricadées dans la chambre avec le bureau et les chaises, après que j'eus aperçu des infirmières et des patients hurler, courir dans les couloirs à en perdre haleine, se jeter contre les murs ou frapper avec véhémence ceux qu'ils croisaient. C'était fou. Complètement fou. Et tout ça avec duré une heure ou deux, si je me souvenais bien. Et ça avait paru une éternité, de l'autre côté de la porte. Lorsque le silence s'était répandu dans le couloir, j'avais débloqué l'entrée de la chambre, anxieuse... Les murs étaient tachés de sang frais. Des gens gisaient sur le sol, sans vie. D'autres se lamentaient, les chairs arrachées, trop faibles pour se relever... C'était un carnage.
Certains de mes amis - pour ne pas dire quasiment tous - était augmentés. Ils avaient souffert les hallucinations. Ils s'étaient blessés, et en avaient blessé d'autres. Deux d'entre eux étaient morts dans les échauffourées. Les autres avaient été incarcérés dans un camps de détention. J'étais allée les voir avec appréhension. A travers les barrières électriques surmontées de fils barbelés épais et pointus, je les voyais pleurer. Ils demandaient pardon. Ils suppliaient. Et je les connaissais, je savais qu'ils étaient sincères. Tommy, Eve, Marko, Ed, Sophia... Même Marylin était là... Pendant des années, elle avait souffert de la maladie des os de verre. Lorsque Sarif Industries était à son âge d'or, elle avait réussi à obtenir un remplacement des parties faibles de son squelette. Ses deux jambes, totalement déformées par la maladie, avaient été augmentées et dépassaient les limites du corps humain. C'était une résurrection pour elle. ça l'avait été pour tous. On la voyait radieuse, souriante, espiègle, testant tout ce qu'elle avait loupé toute son enfance.
Pendant toute son adolescence, on l'avait traitée comme une étrangère. Un être sans autonomie, sans véritable avenir. Elle avait finalement réussi à dépasser tout ça. Et tout lui revenait à la gueule, maintenant... C'était une Augmerde. Une Clank. Et ça me dégoûtait...
Peu de temps après, les grands murs avaient été dressés. J'avais toujours espéré pouvoir un jour revoir mes amis, et les aider. Il y avait peu d'espoir que ça arrive un jour. Sauf si...
-Salut, moi c'est Stanley, pilote d'hélico. Désolé pour elle, elle est pas dans son assiette ces derniers temps.
Je revins à la réalité. Vega était passée devant moi pour rejoindre Jensen dans la chambre d'ami. A sa place se tenait un grand gaillard, afro-américain, un sourire avenant éclairant son visage. Ouah. Ce sourire, c'était plutôt un élément inattendu, étant donnée la situation. Je lui serrai sa main tendue, et le laissai rejoindre Jensen à son tour.
Tout ce que je pouvais faire à présent, c'était attendre.
-Bon, c'est pas si horrible que ça. La chair autour des implants est quasiment intacte et le système nerveux n'a pas été touché. On peut facilement raccrocher de nouveaux membres aux jointures. Une petite dose d'anesthésie locale, et le tour est joué. La peau est un peu amochée mais elle cicatrisera vite avec ton système Sentinelle.
Stanley semblait s'y connaître. Plutôt étrange, pour un pilote. Un peu curieuse - un peu trop, d'après le regard que me lança Vega - je lui posais la question.
-Ah, oui, j'ai fait un double cursus. Mécano, toubib... Je suis un génie, ma grande ! Triste de voir que je passerai ma superbe carrière dans des putains de ghettos le restant de mes jours. Enfin, au moins, j'aurai du boulot. Il y a du pain sur planche, tu sais.
-Oui... J'imagine que les cliniques n'ont pas vraiment de matériel première qualité, là-bas.
-Ben, on s'en sortira. On est costauds. C'est la Neuropozyne, le problème. Plus que jamais. Enfin, même si... Même si en soit, la moitié de la population a été décimée, donc logiquement...
-Stanley...
Jensen marmonna en protestation. Il était trop mal en point pour supporter l'humour noir.
-Ah, pardon.
Stanley enfila des gants stérilisés et testa une seringue. L'opération commença.
-On s'en sort tous de manières différentes, mon grand. C'est ma manière de faire face. Fais avec...
-Tant qu'on y est, Jensen. Je vais t'expliquer la situation. On ne peut pas perdre une minute. Et tu devras vite être sur pied, dit Vega.
Jensen ferma les yeux, sentant la seringue s'enfoncer dans son épaule droite.
-Ne t'inquiète pas pour ça...
Vega jeta un regard inconfortable à Hellen, encore une fois. Elle voulait qu'elle sorte, c'était sûr.
-Elle peut rester. Elle sait déjà tout. Ce qu'on fait et qui on est.
... Encore une fois, Jensen sentait que c'était la meilleure chose à faire. Hellen l'avait aidé et l'avait caché toute la journée. Durant des mois, il avait cherché à mettre à jour des conspirations, des trahisons. Peut-être était-il temps pour lui de partager ces secrets.
Vega haussa des épaules, circonspecte. Elle décida d'ignorer Hellen, et poursuivit.
-Hier, Janus a découvert quelque chose. Quelque chose de valeur, grâce à Quinn -qui a maintenant pris l'identité de Troy Simon. Troy a nettoyé ses dossiers et s'est à nouveau fait engagé par Interpol. Quand il t'a contacté il y a quelques semaines, il était déjà à son nouveau poste. C'est un agent de la cyber-sécurité maintenant. En fait, Interpol va créé un nouveau groupe, opérationnel dès 2029. Il s'agira de la Task Force 29. Après les multiples attaques terroristes de ces derniers temps, les gens de la haute ont décidé de mettre au point un nouveau programme de prévention. Ils embauchent des ex-militaires augmentés, entre autre. En d'autres mots, ils recherchent des vétérans comme toi, Jensen.
-Officieusement, c'est totalement autre chose, c'est ça ?
-Complètement, oui. On n'a pas plus de détail... Mais les événements vont être couverts par Picus TV. Et on sait déjà quelles affiliations ont en commun Belltower et Picus TV. On sait aussi ce que signifie une nouvelle Force Op...
Adam ferma les yeux quelques secondes.
-Contrôle de la population...
-Oui.
-Et pas que, continua Stanley en emboîtant un bras bionique à l'épaule d'Adam, parce qu'embaucher des Augs pour combattre le terrorisme signifie aussi que la technologie va continuer à avancer. Il y a encore des mécano pour Aug dans les ghettos, et Interpol sait très bien qu'ils travaillent dans l'ombre. En contre-attaque, ils montrent officiellement qu'ils ont le pouvoir. Embaucher des soldats augmentés, c'est devoir les mettre à jour et leur faire une vidange régulière. C'est à qui aura la meilleure mise à jour.
-On a une Guerre Froide dans les bras...
-Ouais, mec... En résumé, c'est ça.
Un moment de silence.
En un sens, Jensen savait ce que tout cela impliquait. Il pensa à Mengan, de nouveau. Si elle s'était bien échappée du complexe où elle avait été détenue - plus vraiment contre son gré au final - elle travaillait toujours sur les augmentations, sans aucun doute. Des extraits de son ADN à lui dans les poches...
-Alors, ce que tu dis, c'est que...
Jensen toussa, un peu troublé par la fatigue et les narcotiques.
-...Si je suis engagé - ce qui arrivera - je devrais me plier à toute mise à jour qu'ils voudront m'implanter ?
-C'est ce que les e-mails cryptés que Janus a réussi à décoder sous-entendaient, oui, répondit Vega. Mais refuse toute puce implantée dans le crâne, on est d'accord ? On ne garde pas de bons souvenirs de ce genre de chose.
-Non, non, non. Ils ne feront pas la même erreur, intervint Stanley. Même le plus con des soldats aug n'accepterait de se faire pucer à nouveau, après ce qu'il s'est passé.
-Ne parle pas trop vite, rétorqua Jensen. J'ai vu beaucoup de cons faire les choses les plus connes... N'importe quel événement peut se reproduire.
-Ben, toi en tout cas, tu ne l'es pas. Con, s'entend. Si tu as un mauvais feeling, rapplique. Et vite. Ne laisse plus jamais des scientifiques fous te charcuter... Enfin, voilà. Bras attachés. Attends que les anesthésiants s'estompent et tu pourras à nouveau bouger. Maintenant, les jambes.
-Tu es rapide, Stan...
-C'est fou, hein ? Bon, à part pour les bras et les yeux augmentés, je suis un "naturel". N'est-ce pas ?
Il fit un clin d'oeil à Hellen, qui sourit en retour. Elle sauta sur l'occasion pour s'imposer...
-Lorsque l'opération sera finit, je veux venir avec vous.
J'avais dit cela sans timidité, sans incertitude. J'étais déterminée.
Vega me jeta un regard noir et perçant, plus que jamais. J'en profitai pour tout de suite me tourner vers elle et la confronter. Je savais qu'elle serait à 100% contre ma décision.
-Cette situation DOIT cesser. Je suis Nat, c'est vrai. Je vis en toute légalité, sans problème, dans un appart' bien sympa, c'est vrai. Mais je suis contre les mensonges, les menaces, et les attaques perpétrées des deux côtés. On vit dans la peur de l'autre. Voilà des mois que ça dure, et ce n'est plus supportable. On ne peut pas vivre dans la peur constante. Et je ne peux pas fermer les yeux. Je ne veux pas croire que je suis la seule à penser ça, non ? Je serais la seule Nat à vouloir rejoindre le Collectif ? Même si c'est le cas, et bien je serai la première, et ça n'aura aucune sorte d'importance. Je VEUX faire la différence. Je veux aider.
Après être restée yeux dans les yeux avec Vega tout le long de mon monologue, je me tournai vers Stanley et Jensen. Le premier, surpris, une main toujours posée sur l'une des jambes mortes de Jensen. L'autre, approuvant discrètement d'un signe de tête. Un regain de confiance me fit me redresser autant que je le pouvais.
-Je serai vos yeux en territoire Nat. Une taupe, sans même en être une. En soit, je n'ai même pas besoin de me cacher si je veux aller à Aug Prague. La loi stipule encore qu'en tant que Nat, on va de l'autre côté de la barrière à nos risques et périls.
Stanley rit.
-Ben, je sais pas combien de temps ce sera le cas...
-En tout cas pour l'instant, ce n'est pas un problème. Aug Prague est réputé dangereuse, et les allers et venus ne sont pas tous répertoriés. Même la plus costaude des racailles n'ose pas s'y aventurer pour taper de l'augmenté à la rue. Elles font déjà assez de dégâts dans les gares, d'ailleurs, ces racailles...
-C'est vrai, petite, c'est vrai... Ces connards...
Vega restait silencieuse. Les bras croisés, elle se mordait les lèvres. Stanley le remarqua, et en un sens, parla pour elle :
-On doit te prévenir, quand même : ce n'est pas si simple. Tu te mets en danger. Et tu peux d'ailleurs mettre en danger tout le monde ici. Pas seulement le Collectif, mais les habitants de toute la ville. Un mauvais pas et bam...
Il rattacha le dernier membre au corps de Jensen. Il vérifia l'articulation, puis satisfait, tapota sur le thorax de son collègue pour lui faire comprendre que l'opération touchait à sa fin.
-Mais on ne refuse pas une autre paire de bras. Qui plus est, un atout de cette qualité... Janus en sera informé. Si tu veux nous rejoindre, c'est maintenant. Tu gardes cet appartement, mais tu viendras avec nous.
Stanley contourna le lit pour me rejoindre, et posa une main sur mon épaule. Jensen se redressa doucement, encore affaibli par la procédure et par les anesthésiants, et se mit en position assise au bord du lit.
-Ordinateur et téléphone dans ta valise. Prends toutes tes cartes USB et cartes mémoire. Si tu n'as rien à cacher, tu n'as rien à craindre et tu ne verras pas d'objections à ce qu'on fouille un peu. Tout groupe secret à ses petites paranoïas, tu sais...
Je faisais la moue, pas vraiment emballée par ces impératifs. Mais bon, en effet, je n'avais pas grand chose à cacher... Je haussais les épaules, et m'exécutais à contre-coeur.
-Bon, bon, bon. Autant se bouger. Allons-y ! s'exclama Stanley en tapant activement dans ses mains. On doit être de retour au QG avant quatre heures. On est dans les temps. Jensen, tu peux encore te reposer un peu pour laisser l'anesthésie s'en aller. Et demain, c'est le grand jour. Direction QG d'Interpol. Ils commencent le programme de recrutement... Pas de temps à perdre !
Et voilà. J'étais engagée. Je n'arrivais pas vraiment à y croire, mais j'étais engagée. Ou quasiment.
Quelques minutes plus tard, alors que je vérifiais une dernière fois mes maigres bagages, je me sentais observée. Je redressai la tête pour voir Jensen me faire face. Il avait les yeux posés sur moi. Des reflets bleus et or enveloppant ses pupilles. Une expression stoïque sur le visage. Je lui souris avec gratitude. Je ne pourrai jamais oublié ce qu'il avait fait la veille. Il me répondit d'un signe de tête silencieux, avant d'activer ses lunettes et de couper le contact visuel.
J'espérai sincèrement que ce ne serait pas la dernière fois que je verrai ce regard.
