Vous avez aimé, mmm ? Vous en voulez encore ? C'est parti !
Quelle heure pouvait-il bien être ? Ce qui était sûr, c'est qu'il faisait encore nuit noire. La sonnerie du téléphone déchirait le lourd silence de la chambre. Jack connecta quelques neurones, puis bondit hors du lit pour attraper le combiné à la volée après avoir failli le laisser échapper.
- O'Neill ?
- Colonel, ici le général Hammond. Deux de mes hommes ont été assommés avant de pouvoir donner l'alerte : le Stargate a été activé depuis la base cette nuit. Et il semble que le major Carter soit injoignable.
- J'arrive tout de suite.
Quoi ? Elle n'aurait quand même pas fait ça ! Il sentit son estomac être aspiré vers ses talons, et tenta de maîtriser un tremblement de ses mains. Il voulait chasser cette terrible hypothèse de son esprit. Mais il savait que c'était malheureusement la bonne.
Vingt-cinq minutes plus tard, il entrait en trombe dans la salle de briefing, où on lui avait signifié qu'une réunion d'urgence était tenue. Il fut suivi de près par Daniel, les cheveux encore en pétard. Teal'c était déjà présent, impassible.
- Je ne vous détaillerai pas une fois de plus le scénario qui s'est déroulé dans la base il y a un peu plus d'une heure, au cours duquel l'activation du Stargate a été forcée après que deux hommes ont été neutralisés. Le colonel Carter manquant à l'appel, il semble qu'elle ait franchi seule la porte des étoiles, à destination de Tollana, d'après l'historique des données.
Jack ne put réprimer un sourire intérieur quant au cran dont elle avait fait preuve pour avoir "neutralisé" deux gardes au milieu d'un plan insensé qui ne devait souffrir aucun contretemps. Cela lui rappelait inévitablement le jour où ils avaient eux aussi franchi la porte sans autorisation, pour se retrouver coincés sur le vaisseau d'Apophis. Mais ils étaient quatre ce jour-là. Et elle était seule aujourd'hui.
- Colonel, il est évident que je vais devoir en référer à qui de droit, mais je souhaiterai en attendant que vous vous prépariez à une mission de secours qui partira dans exactement trente minutes. J'en prends l'entière responsabilité. Mais ramenez-moi le major Carter.
- Combien serons-nous, général Hammond ? s'informa Teal'c.
- SG-1, et SG-4 vous couvrira. Je ne peux pas envoyer davantage de forces alors que nous ne connaissons rien de l'état dans lequel se trouve la planète. Le Stargate est toujours debout puisque nous parvenons à établir un couloir stable, mais la population a peut-être été décimée, et des forces ennemies sont susceptibles de garder la porte des étoiles. Si vous n'avez pas d'autres questions, Messieurs, vous devriez aller vous préparer.
Dans les vestiaires, l'angoisse grandissante de Jack se traduisait par davantage de nervosité. Il arpentait la pièce de long en large, ne pouvant se résoudre à se calmer. Muré dans son silence, il imaginait le pire, en sachant que chaque minute qui s'écoulait pouvait rapprocher Carter de la mort. Si ce n'était déjà fait. A cette pensée, il s'assit sur le banc, la tête dans les mains. L'éclair de ses yeux bleus s'imposa à lui. Ses larmes. Sa douleur. Le parfum subtil de sa peau. Bordel ! Pourquoi l'avait-il laissé partir ? Il le savait ! Il l'avait lu dans son regard ! Pourquoi n'avait-il rien fait ? Il repensa à ces quelques secondes où tout aurait pu basculer, où il avait été en son pouvoir d'empêcher Sam de commettre le pire. Son cœur se serra davantage. Encore une erreur. Pour avoir été faible. Pour avoir préféré laisser Sam à sa douleur et à sa solitude plutôt que de lui offrir un sanctuaire, son sanctuaire. Pour avoir obéi aux ordres et à cette foutue loi de non-fraternisation, plutôt que de sauver Sam d'un acte irréfléchi. Voire suicidaire. Et si elle s'en sortait, c'était de toute façon la cour martiale. Bon Dieu, il s'en voudrait quoi qu'il arrive pour le restant de ses jours.
- Le major Carter est seule responsable de ses décisions, O'Neill.
Teal'c venait de prendre place à ses côtés.
- Vous n'y pouviez rien, continua-t-il.
- Si, Teal'c. Si, j'y pouvais quelque chose. Merci quand même.
Jack se leva pour rejoindre la salle d'embarquement. Sur le chemin, Hammond l'arrêta, et hésita quelques secondes :
- Jack… Ramenez Sam. Mais soyez prudent.
O'Neill acquiesça, la mine fermée. Il comprit, au regard éloquent du général, qu'il ne devait pas se laisser aveugler par ses sentiments ni agir de manière aussi insensée que l'avait fait Carter. Une potentielle victime était déjà bien de trop…
