Chapitre 3 : Débats approfondis.
J'aurais du me douter de quelque chose. J'aurais vraiment du le faire. A présent je me retrouve dans une telle situation que même ce lard de Thorlomund rirait de moi. Quelle imbécile… Mais quel sot. J'ai été pris dans l'effervescence, dans une passion que je n'avait encore jamais ressenti. Et le pire c'est que je suis seul fautif… Tout commençait bien pourtant. Je triomphait avec facilité, écrasant l'adversité et ramassant les trophées de la victoire avec une satisfaction complaisante. Puis vint le premier revers, un coups que je n'avais pas vu arriver. Puis un autre, et encore un autre, une avalanche de frappes aussi vicieuses que précises, je me retrouvais exsangue, à attendre un coups fatal qui ne daignait même pas venir.
« Que vous arrive t-il, vous ne suivez pas ? Moi qui vous croyait aussi dur que votre arme, vous fléchissez plutôt vite.
- Allons, il n'a sans doute pas dit son dernier mot.
Je me retiens de broyer les objets de mon agacement. À la fois parce qu'il s'agit de mes compagnons de voyage, et parce que je doute de les retrouver près d'un feu ensuite. Et ce bien que je n'aurais aucune difficulté à les terrasser tout les deux en même temps.
- Je paie. Répliquais je en ajoutant trois piécettes argentées à la pile.
- Hé bien, dévoilons nos jeux. Répondit mon adversaire avec un sourire narquois jusqu'aux oreilles pointues.
Avec une lenteur toute délibérée, les rectangles de papiers sont retournés par ses fines mains cuivrées, dévoilant une suite parfaite d'anges. J'abaisse sans émotions mes deux paires de serpents et chansons, et de narquois le sourire devint sardonique.
- Vous ne semblez plus rien posséder à présent. Se lamenta faussement l'elfe en ramassant les pièces étalées. Je crains que vous ne puissiez davantage participer.
- Si j'avais su que vous étiez si désastreux aux cartes, j'aurais tenté ma chance plus tôt. Rajouta Alistair avec emphase alors que Zévran empilait son pactole avec une fausse négligence.
Puisse les flammes réduire en cendre toute les cartes de ce monde, ainsi que les inventeurs de ce jeu. Les pièces que j'avais récupérés sur les engeances avaient à présent rejoint la fortune de cet assassin qui n'avait plus pour adversaire qu'Alistair, dont la maigre réserve n'allait pas tarder à suivre la mienne. J 'avais été berné, roulé comme le plus crédule des novices par une série de bluffs et de mains faibles, et me retrouvais sans le sous. Non que la monnaie m'importe vraiment, mais mon orgueil, lui, ne l'entendait pas ainsi. Je fouille dans ma sacoche pendant quelque secondes et en ressors une massive pièce brillante, qui semble immédiatement capter l'attention de l'elfe.
- Tenteriez vous de revenir dans le jeu ? Demande t-il avec amusement.
- Donnez les cartes.
- Laissez moi d'abord examiner cette pièce.
La saisissant de ses doigts habiles, il la soupesa, la fit tinter sur la pierre, la leva dans la lumière du feu pour en vérifier la teinte dorée, avec un regard suspicieux devenant peu à peu admiratif.
- Dites moi, dans quel pays frappe t-on une telle monnaie ? J'y exercerais volontiers mes nombreux talents si la récompense est un trésor de ces pièces.
- De l'autre côté de l'océan. Les cartes. J'insiste en récupérant ma mise avec une certaine vivacité.
- Très bien.
Les cartes furent distribuées, et je regardais ma main. Si je me souvenais bien des règles énoncées, elle était plutôt faible. Un serpents, deux ange et deux chansons. Je jette le serpent et pioche un autre serpent. Quelle misère. Un tour supplémentaire, et Zévran met en jeux la totalité de son or. Avec un soupçon d'hésitation, Alistair suit, et je renchérit de même avec ma pièce de Lloyd. Je défausse toute mes chansons et pioche à nouveau. Deux anges. Enfin je possède une combinaison complète. Quatre anges, une des meilleures combinaisons possible de surcroît. L'ange de la mort est soudain révélé par Alistair. Nous abattons nos jeux, et je constate avec satisfaction qu'Alistair ne possède rien de probant. Je croise le regard de Zévran, y lit la moquerie et le triomphe…. Et sa combinaison me saute au yeux. Cinq chevaliers. La meilleure suite possible à ce stade de jeu. Avec une lenteur délibérée, il prit ma pièce, celles d'Alistair qui semblait assommé, et les rangea dans une bourse accroché à sa ceinture.
- J'ai presque cru que vous y seriez arrivé. J'ai eu plus de chance que vous, c'est regrettable. Ironisa joyeusement l'assassin.
- Vous n'avez pas triché ? Interrogea le garde des ombres avec une méfiance soudaine. Vos mains semblaient toujours opportunes quand il le fallait.
- Il n'est nul besoin de tricher lorsque mes adversaires sont aussi mauvais. Ne vous en prenez qu'a vous-même. »
Je me lève. Rester plus longtemps avec eux ne pouvait que me faire éprouver de l'énervement, et tant qu'à perdre du temps mieux valait attendre que la marche reprenne. La pause n'avait que trop duré, surtout dans un terrain qui était aux mains de monstres. Nous avions commencé à éviter la route depuis le début du dernier jour, celle-ci apparaissant trop peu sûre pour continuer à y marcher. Les arbres et les végétaux sont par ailleurs de plus en plus distordus, desséchés, voire carrément inexistants, de même que les animaux à chasser, nous forçant à prendre de plus en plus sur nos provisions. Et à la surprise du reste du groupe, c'était moi qui me retrouvait le plus à l'aise ici. J'avais l'impression d'être de retour à Lordran, dans une terre ou la mort et la décomposition était seules maîtresses… Et les haltes, de mêmes, devinrent plus courtes. La nuit devint un moment d'avance couverte, et nombre d'entre eux accusaient la fatigue. Zevran était le plus durement touché, marchant toujours dernier avec Leliana. Thorn lui même commençait à perdre le rythme, me laissant seul en tête avec Sten. Mais jusqu'ici, nous avons toujours évité les patrouilles ennemis… A mon grand regret. Je commençais vraiment à avoir envie de tuer quelque chose… Non, je ne devais pas ! J'avance en secouant la tête vers Thorn, qui semble en pleine discussion avec Morrigan. Un instant, je fut stupéfaits par une vision à laquelle je n'étais pas habitué : le visage de celle-ci était… radieux. Je n'entendais pas ce qui se disait, mais je vis un collier de fils d'or à son cou, dont je n'avais pas souvenir de l'avoir déjà vu porter. En me voyant arriver, la sorcière sauvage cessa la conversation et s'éloigna avec un regard franchement agacé à mon encontre.
« Je dérange ?
- Je suppose que c'est important, non ? Parlez. Ordonne Thorn avec une légère lassitude.
- Ne reprenons nous pas la marche ?
- Pas encore. Alistair et moi avons sentis des engeances dans les environs, mais nous sommes incapable de les localiser précisément.
Je comprend tout de suite l'occasion à saisir et la prend au vol.
- Alors je pars en éclaireur pour les trouver et les tuer. Lui proposais-je immédiatement.
- Seul ? Et si vous tombiez sur une armée d'engeances ? Nous n'allons pas pouvoir vous secourir.
- Alors je les tuerais tous ou m'échapperait. Répliquais-je sans flancher. Je ne suis pas sans ressources, et j'ai combattu bien pire que ces monstres.
- Bon, très bien. Revenez dès que possible. Conclut l'elfe avec un regard inquisiteur. Nous nous mettrons en marche si vous ne revenez pas. »
J'acquiesce d'un vague signe de tête avant de me détourner. Me faire repérer ? Aucun risque. Absolument aucun. À moins que je ne le veuille. M'éloignant du groupe, je pars à travers la végétation mourante en mettant la main à ma sacoche, en sortant un anneau que je passais à mon doigt. Aussitôt, le bruit cessa. Mon armure ne tintait plus, mes pas ne craquaient plus les branches au sol, et même mon souffle ne s'entendit plus. L'anneau du dragon endormi rendait son porteur complètement silencieux et ainsi je n'avais plus à craindre d'être entendu… Rangeant l'anneau de sorcière, j'avançais rapidement à travers le bois et finit, une fois certain d'être hors de vue, une fine branche de bois blanc. Je n'étais pas un sorcier. Cela, je pouvais l'affirmer sans mentir. Mais j'étais devenu un excellent utilisateur de la magie. Incantant silencieusement, me sachant loin du groupe, je lançais mon sort et vit mes membres s'effacer peu à peu, la lumière déviée par les courants magiques. J'étais désormais invisible et insonore. Accélérant encore, je cherchais la présence de ces monstres que pouvaient détecter les gardes des ombres, écartant les branches et arrivant dans une dépression du terrain. Ce fut là que je les trouvais. Sous mes yeux, un campement étrangement similaire au notre, où d'immondes créatures semblaient attendre…. Quelque chose. Il y avait une soixantaine de monstres, pour la plupart ceux de petites tailles… Les genlocks, et quelque hurlocks. Je note qu'un hurlock et un genlock semblent posséder non pas des armes, mais un bâton chacun et portent des masques de plumes. Des sorciers. Je suis sur le point de me détourner, mais la soif de combattre, oui, cette envie de bouger, de tuer, de me sentir vivre…. Elle revient en force. Je vais finir par perdre mon humanité à ce rythme. Toutes celles que je possédaient ont brûlé dans le Kiln, et la mienne faiblissait déjà. Je dégaine alors l'espadon d'Artorias et me précipite vers le premier sorcier. Alors que le coup portait, l'invisibilité se dissipa, et la surprise pouvait se lire dans le regard du monstre alors que sa tête roula sur le sol.
Le chaos s'installa immédiatement, alors que les engeances réagissaient. La majorité fonça vers moi, et je les accueilli avec le tranchant de ma lame. En un arc de cercle elle traversa net l'armure de la première engeance dans un crissement, arrachant ses boyaux et les traînant jusqu'à la seconde qui se retrouva écrasée par l'impact, créant un amas de chair et d'os dont je retirait l'espadon pour l'abattre en retourné sur le genlock qui tentait de me prendre à revers, prenant mon épaule comme pont d'appuis pour un effet levier, le fendant en deux partie distinctes. La séparation se produisit en une fontaine de sang qui inonda le sol alors que les entrailles se répandaient aux alentours, mais les ennemis se contentèrent de charger aveuglément, tels des carcasses enragées. Étendant mon bras, je tournais sur moi-même en un cyclone de destruction, arrachant les plates, broyant les os et tranchant les chairs. Avec une brutalité meurtrière, j'étends mon coude dans la face d'un monstre et lui fracasse le nez et les yeux dans une gerbe écarlate, tout en avançant pour éventrer un deuxième. Vide. Ces monstres sont vides. Ils n'ont pas d'âme, pas de vie en eux. C'est perturbant. Tellement perturbant. Impossible même. L'âme est source de toute vie. Rien de ce qui possède une vie ne peut être vide d'âme. Même les plus dégénérées des carcasses en possèdent. Écrasant la tête d'une engeance dont le genou avait été broyé, j'efface le sourire dentelé d'une autre en lui arrachant d'un coups de lame la partie supérieure de la tête. Ils ne sont pas morts, ni même mort-vivants. Mais ils n'ont pas d'âmes. Des sortes de golems ? Non, même eux portent les âmes que la sorcellerie à utilisé pour leur création. Soudain, je vis que je me tenais au milieu d'un tas de cadavre, mais que plusieurs monstres restaient en vie. En un éclair, je vis leurs arbalètes luisantes, et je me jette sur le côté…. Du moins voulais-je. Une force surnaturelle m'emprisonna soudain, et je ne pu esquiver les projectiles, qui s'enfoncèrent dans mon armure. Plus d'une quinzaine de carreaux qui hérissèrent ma silhouette, certains parvenant à passer à travers les plaques de l'armure et m'infligeant des blessures aux flancs, torse et cuisses. Je sens le pouvoir surnaturel se resserrer autour de mes membres pour me broyer. Quel genre de magie permet de réaliser cet effet ? Avec une grognement animal, je brise l'emprise du sortilège et charge. Je n'ai pas fais trois pas qu'un choc se propage dans mon dos. Me retournant et balayant d'un geste de tranchant, je décapite un des grands monstres qui s'était approché par derrière, ainsi que plusieurs autres qui se précipitaient vers moi. Des hurlocks. Avec une rage qui commençait à grandir, je les taille en pièces à grands coups d'espadons, tandis qu'une volée supplémentaire de carreaux est tirée, heurtant fort heureusement le grand bouclier d'Artorias dans mon dos. Me jetant en avant, je disloque le reste des abominations qui me font face dans un déchaînement de violence. Me retournant vers les engeances restante, je vis le sorcier préparer un sortilège, son bâton s'illuminant de discrètes étincelles.
Dans un élan de lucidité, je décroche le grand bouclier de mon dos et le place devant moi pour charger. Lorsque la foudre jaillit de son sceptre, le bouclier béni absorba la totalité de l'assaut, et moins de trois secondes je fut devant lui. Une nouvelle magie tenta de m'affecter, mais cette fois la protection divine dispersa le sort, et j'enfonçais avec une grande satisfaction l'espadon dans son visage, souillant encore davantage l'arme de de sang purulent. Ce fut le glas des derniers monstres, qui lâchèrent leurs arbalètes pour dégainer leurs épées courtes. Tous, sans exceptions, ils chargèrent. Et ils moururent, de manière plus brutale les un que les autres, réduits en pulpe rougeâtre par le poids et le tranchant de mon arme. Alors que le dernier d'entre eux gisait, et que j'étais cerné par un sol recouvert de cadavres, je restais debout, comme tétanisé, avant de m'asseoir au sol dans un gémissement à peine audible. Mais pourquoi… Pourquoi ai-je donc fait quelque chose d'aussi stupide ? Charger sans bouclier, sans magie ni pyromancie, sans même utiliser d'abord un arc ? Je ne réfléchissais plus assez clairement. Je devais retrouver de l'humanité, et el plus vite possible. Même si je n'avais jamais perdu l'esprit auparavant, ma capacité à prendre des décisions saines se trouvait considérablement ébranlée lorsque mon humanité faiblissait. Et la Première Flamme avait pratiquement entièrement consumé mon humanité avant que je n'en sois sauvé… Il me fallait tuer. Tuer des humains, pas ces choses sans âmes qui ne faisaient que mourir sans rien m'offrir en retour. Un membre du groupe… Non, pas eux. Ce monde était vivant. Remplis d'humains. Il me suffisait d'une tuer quelque-uns, de leur voler leur humanité. Plantant l'immense épée dans le sol, je sors de ma sacoche un petit talisman de tissu brun et commence à réciter une prière…
Alistair sursauta lorsque Sirion jaillit des bois latéraux à la route, sans un souffle annonciateur. Cela faisait bien une heure que le chevalier solaire les avait laissé, et ils étaient partis au bout du quart de ce temps par précaution. A présent que l'absent était revenu, il sentis soulagé, d'une manière que le surprit quelque peu. Non pas qu'il se soit tellement attaché à ce nouvel arrivant dans le groupe, mais il était indiscutablement un puissant guerrier, et pas de trop mauvaise compagnie si on acceptait de marcher en silence et de ne pas trop le questionner. Regardant de plus près, il s'aperçut que l'armure de Sirion, en plus d'être recouverte de sang croûté, semblait avoir subit quelque dommages… Et avec une grande stupéfaction, regarda les carreaux d'arbalètes brisés dépasser de l'armure en plusieurs endroits. Le groupe s'arrêta.
« Vous êtes blessés ? S'inquiéta Leliana en examinant les carreaux.
- Non. Répondit-il avec indifférence en semblant remarquer les projectiles.
Il les cassa et retira les un après les autres, sans paraître ressentir de douleur ou de gêne particulière.
- Vous avez combattu des engeances ? Interrogea Thorn. Proches d'ici ?
- Un groupe, sans doute d'éclaireur, soixante-trois. Tous morts à présents, nul ne sais où nous sommes.
Le groupe, en entendant cette déclaration, oscilla entre l'intérêt et l'incrédulité, en passant par la stupéfaction. Seul Sten restait de marbre en apparence, mais il dévisageait Sirion avec une intensité incroyable. Alistair dut se rappeler que que sa mâchoire inférieure possédait des muscles et ferma immédiatement la bouche. Il ne parvenait pas à intégrer la possibilité qu'un homme seul puisse terrasser une telle quantité d'engeances. Même avec la magie, ç'aurait été un exploit. Mensonge. Cela ne pouvait être qu'un mensonge, une bravade. Thorn fit un geste de tête et le groupe recommença la marche, mais Leliana collait à Sirion pour commencer à le harceler de questions.
- Comment avez vous faits pour les vaincre ? Vous les avez pris par surprise ? Utilisé un arc, ou du poison ?
- Par surprise, oui. Non pour le reste. L'épée a suffit.
- Laissez moi deviner… Vous vous êtes placé devant eux, hurlé un défi et ils se sont rangé à la queue leu leu pour vous défier un par un ? Ironisa Alistar avec un scepticisme palpable.
- Hehehehehe, essayez donc un jour, et vous arriverez sans doute à mourir avec une dignité toute chevaleresque, ce qui, je n'en doute pas, résoudrait tout vos problèmes.
Alistair s'empourpra. L'amusement suintant de la voix de son vis à vis le blessait inexplicablement, et il répliqua avec un ton bien plus indigné qu'il ne l'aurait voulu.
- Vous allez arrêter oui ? Vous avez sans doute combattu difficilement, mais vous en faites trop ! Vous exagérez vos faits, vous moquez, et vous vous prétendez chevalier ?
Son interlocuteur ricana d'un rire sans joie qui envoya des frissons dans le dos d'Alistair.
- Me ''prétendre'' chevalier ? Par la Flamme, vous devez être la première personne à douter de mes paroles depuis… Depuis… Depuis...
Le ton avait insensiblement changé, passant d'amusé à pensif. Les yeux de Sirion, sous son casque, regardaient à présent dans le vague, semblant ne plus voir ce qui l'entourait. Il s'ébroua soudain, semblant revenir au présent.
- Je les ai approché et tué un de leurs sorciers par derrière. Leurs arbalètes m'ont surpris, mais mon armure m'a protégé du pire, et mon bouclier arrêté les maléfices de leur second sorcier, me permettant de l'abattre à son tour. Le reste a chargé sans songer à fuir, et je les aient achevé.
- Vous nous racontez un exploit digne d'un conte avec une indifférence criminelle. Protesta Leliana. Si tout le monde agissait ainsi, nous autres bardes n'aurions aucune légende à raconter.
- Parce que vous croyez à ce qu'il dit ? Enfin, je pensais que les sœurs de la Chantrie avaient un peu plus de bon sens ! Se lamenta Alistair.
- Peu m'importe que vous y croyez ou non, ils sont morts et ne sont plus une menace. Rejeta platement Sition.
Alistair ne put rien répondre à cela, et décida de changer de sujet. Une question lui venait à l'esprit, et il la posa autant par pure curiosité que pour la raison sus-mentionnée.
- Bon, j'ai une question pour vous… Vous n'avez jamais mentionnés vos croyances encore. Vous avez une religion, chez vous ? Des… Des dieux ?
Il n'obtint pas de réponse dans un premier temps. Sirion semblait une fois de plus entièrement plongé dans ses souvenirs, et seul son pas assuré prouvait qu'il restait parmi eux. Il semblait soudain que le groupe entier avait ralentit insensiblement le rythme afin d'entendre la réponse qu'il donnerait. Enfin, il parla en soupesant soigneusement ses mots.
- A Lordran, nous vénérons les Seigneurs… Des êtres aux Âmes uniques, qui ont façonné le monde et permis aux hommes d'y vivre, en débutant l'âge du Feu.
- A ce que je vois la bigoterie n'épargne personne. Renifla Morrigan. Moi qui espérais que quelque part, les gens ne gaspillaient pas efforts et salives pour des chimères.
- Une fois que l'on a rencontré en personne plusieurs d'entre eux, on s'abstient de parler de chimères. Rétorqua sèchement Sirion.
- Comment ?… Vos dieux vivent… S'étrangla Leliana. Vous les… Vous les avez VU ?
- A la réflexions, vaincre soixante engeances seul n'était pas si déraisonnable en comparaison… Souffla Alistair, choqué.
- Étiez vous certains qu'il s'agissait de vos dieux, et non pas d'imposteurs avec de grands pouvoirs ? Interrogea Zévran, bien moins ébranlé que ses camarades.
- Rien au monde ne peut contrefaire une Âme… Murmura Sirion avec une étrange lueur dans le regard.
- Quel est le rapport entre l'âme et… J'ai mal à la tête. Se plaignit Alistair. Le Créateur me garde, je croirais plus facilement que Morrigan soit un homme.
- Ce qui prouve à quel point vous êtes suspicieux et simple d'esprit. Que vous ne soyez pas capable de comprendre quelque chose ne signifie pas qu'elle est impossible. L'accabla Morrigan. Je suis étonné d'apprendre la possibilité que de réelles divinités puissent exister.
- Cessez de blasphémer envers le Créateur ! Protesta Leliana avec véhémence. C'est la faute d'incroyants comme vous s'il s'est détourné des hommes !
- Le Créateur s'est-il jamais montré à ses adeptes ? Interrompit Sirion sans se soucier de la dispute naissante.
- Que…Non ! Mais pas physiquement. Mais il s'est révélé et a délivré sa parole à Andrasté.
- Qui ?
- Vous ignorez qui est Andrasté ? C'est pourtant près de ses cendres que vous êtes apparus ! S'amusa Thorn.
- La Prophétesse Andrasté est une femme qui parvint à convaincre le Créateur de pardonner aux hommes une première fois. Grâce à elle, l'empire Tévintide fut presque renversé, mais elle fut trahie par son mari et brûlée vive. A sa mort, le Créateur se détourna une fois de plus des hommes et emporta Andrasté seule avec lui. Récita Leliana. Ses cendres possèdent un pouvoir curatif supérieur à n'importe quelle magie et la grâce du Créateur protège son lieu de dernier repos.
- Votre dieu s'est détourné de vous par deux fois. Êtes vous si certains qu'il reviendra un jour ? A quoi bon l'adorer ?
- Le Créateur est toujours là. Lorsque le Cantique de la Lumière résonnera aux quatre coins du monde, alors il pardonnera tout les hommes et reviendra. C'est dans ce but que la Chantrie agit.
- Pourquoi ne pas avoir expliqué cela aux elfes plutôt que d'avoir lancé une Marche Exaltée contre la Dalatie, je me le demande. Jeta Thorn avec une ironie cinglante.
- La Chantrie n'est pas exempte de fautes, mais elle agit avec de bonnes intentions ! Protesta Leliana.
- Là n'est pas la question. Interrompit Sten avec sa tranquillité coutumière. Quels sont les enseignements de vos dieux ?
Le silence revint alors que la voix du qunari résonnait, calme et forte. La question arracha un soupir de soulagement à Alistair, qui craignait de voir la conversation dégénérer depuis quelque minutes. Le groupe était un assemblage si instable qu'il avait l'impression parfois que seule la grâce du Créateur permettait à l'ensemble de tenir debout. La grâce du Créateur et la force de caractère de Thorn, corrigea t-il.
- Chaque dieu ordonnant une… spécialité… différente, leurs enseignements le sont aussi. Mais leurs grands préceptes sont simples. Respecte les dieux, car ils ont formés le monde. Respecte le Feu et la vie qui en est issue. Énuméra t-il distinctement.
- C'est plutôt noble. Estima Alistair. Dites moi…
- Non. Le coupa Sirion. Je suis... las de parler. Laissez moi. »
Une impression de profonde fatigue émanait de lui alors qu'il prononçait ses mots, et Alistair se retint d'ergoter. Il ne comprenait pas comment cet homme pouvait combattre sans verser une goutte de sueur et se retrouver si… Épuisé par une simple conversation. Chaque fois qu'il parlait, c'était comme s'il devait extraire chaque mots de lui comme un mineur cherchait de l'or. Il se rendit compte alors que le rythme de la marche avait grandement accéléré et il se hâta pour le reprendre. L'engeance n'attendrait pas qu'ils aient fini de discuter religion avant d'attaquer…
