Manoir des Malfoy, 7 Avril 2024
Drago feuilletait la Gazette du Sorcier. « Nécessité fait loi ! », selon les mots du premier Ministre Grahamfield… L'homme soupira. Quelle atrocité, quel… Quel mensonge. Rien ne justifiait les dernières mesures prisent par le gouvernement. Pas même la nécessité de faire survivre les sorciers Britanniques.
- Parrain ! Est-ce que je peux sortir pour rendre visite à Ben ce midi ? demanda une petite voix dans son dos.
Drago leva son nez de sa tasse de café et regarda la petite Isabelle, habillée de sa belle robe blanche et verte, qu'ils avaient acheté ensemble hier. Il la contempla tourner sur elle-même, pour faire bouffer les jupons et se surprit à sourire. Isabelle était une enfant née-moldue. Comme le voulait la loi Grahamfield, on lui avait attribué une marraine sorcière et un parrain sorcier dès son entrée à Poudlard. C'était tombé sur eux…
Astoria et lui avaient guidé cette petite dans le monde sorcier, et s'y étaient attachés jusqu'à la retirer de l'orphelinat où elle séjournait pour l'adopter. Bien sûr, Drago avait eu énormément de mal a se faire à l'idée : bien sûr qu'il aimait l'enfant, mais de là à lui transmettre son nom… Cependant, Astoria l'avait fait plier, le persuadant pendant plusieurs mois de prendre définitivement Isabelle sous leur aile.
La loi Grahamfield avait peut-être amélioré l'insertion des nés-moldus dans la communauté sorcière, mais les bienfaits de cette disposition s'arrêtaient ici. Les enfants nés-moldus étaient dès lors, souvent coupés de leur famille.
- S'il te plaît parrain ! insista Izzy en battant ses longs cils bruns.
Isabelle, dans son malheur, avait la chance d'être orpheline et de n'avoir jamais connu aucune attache… Mais parfois, Drago songeait à tous ces enfants, qui ne voyaient plus qu'occasionnellement leurs parents. Il imaginait ces derniers… Il serait devenu fou, si on l'avait empêché de voir son fils ou si, désormais, on l'empêchait de voir Isabelle et ses grandes prunelles vertes.
- Evidemment Izzy.
Scorpius, arriva derrière l'adolescente, la souleva dans les airs, la surprenant et lui arrachant un cri. Leurs deux rires se mêlèrent et résonnèrent dans le manoir des Malefoy. C'était peut-être l'un de ses rares véritables moments de pur bonheur depuis la proclamation de cette loi. Scorpius libéra la fillette, qui s'enfuit aussitôt. Drago enleva sa veste noire, celle qu'il avait enfilé pour l'enterrement de la fille Weasley. Une mort tragique, une histoire horrible… Une mort qui faisait gronder de plus en plus les sorciers et sorcières de Grande-Bretagne. Cette femme, morte sous les coups de son mari, alors qu'elle avait averti plusieurs fois les autorités compétentes, représentait l'injustice terrible de cette loi. Personne n'avait réagi, ou presque. Être lié pour toujours à une personne malveillante et dangereuse … Le résultat était là, et aujourd'hui on se recueillait sur la tombe d'une Weasley. L'incompréhension était totale, et pire encore, la colère grondait. La révolte était proche… Et il devait protéger sa famille. Oui, cette fois, il les protégerait tous. Comme l'on n'avait pas su faire avec lui.
- Où est Catherine ? l'interrogea Drago en haussant un sourcil.
- Je ne sais pas.
Il observa son fils s'affaler sur le fauteuil, l'air fatigué. Il ne s'entendait pas avec sa fiancée et Drago en était désolé. Plus encore, il sentait que son fils ne lui disait pas tout. Mais Drago avait une sorte de sixième sens quand il s'agissait de sa progéniture. Et il fallait avouer, que Scorpius n'avait jamais su cacher ses sentiments. Alors quand son fils lui avait chaudement recommandé d'engager Rose Weasley en tant qu'assistante au Ministère de la Magie, dans le Département de la Coopération Magique Internationale ou il travaillait, Drago avait compris.
- Et Rose, comment va-t-elle ?
Scorpius s'étouffa avec sa gorgée de café.
- Je… je ne sais pas. Je ne l'ai pas vu depuis Poudlard, soupira-t-il en baissant les yeux.
Ils s'étaient quittés, les yeux humides et les cœurs secs. C'était mieux ainsi. Et depuis, Scorpius se plongeait corps et âme dans ses études pour devenir Médicomage. Entre son internat à Saint-Mangouste et les préparatifs de son mariage qui avançait à grands pas, Scorpius n'avait pas eu le temps de songer à sa peine. Sa peine, qui restait pourtant omniprésente. Et dès qu'il avait le temps, il pensait, et tout, absolument tout le ramenait et le rattachait à Rose Weasley.
- C'est vrai ? l'interrogea suspicieusement le patriarche des Malefoy.
Aux yeux tristes et vides de Scorpius, il devina qu'il disait la vérité, et ses organes se comprimèrent en lui.
- Pourquoi ?
Scorpius étouffa un rire mauvais, sarcastique, que Drago ne lui avait encore jamais entendu :
- Parce que nous n'en avons pas le droit j'imagine.
- Tu l'aimes.
- Oui.
- Ce n'était même pas une question.
Scorpius écarquilla ses prunelles, étonné.
- Tu ne m'en as jamais parlé, grogna le père.
Drago était en colère. Si son fils lui en avait parlé… Il ne l'aurait pas enchainé à une autre femme pour toujours. Il savait que les Weasley-Granger auraient accepté un arrangement, pour le bien de leur fille, qu'ils devaient chérir plus que tout. Il le savait, parce qu'il était prêt à tout.
- J'aurai dû vous en parler ?
- Evidemment !
- Et vous n'auriez pas été furieux contre moi ?
- Pourquoi donc l'aurais-je été ? rétorqua le père.
- C'est une Weasley…
- Elle s'appellerait Johnson ou Patatra que ça me ferait autant d'effet Scorpius ! s'énerva légèrement Drago. Tu l'aimes. Et ce qui compte, c'est toi.
Drago se leva, jetant le journal sur le faire-part de mariage.
- Cette loi vous enlève déjà une grande liberté. Ne la laisse pas vous réprimer et vous empêcher de faire vos propres choix plus qu'elle ne le fait déjà, mon fils.
- Et qu'est-ce que je peux faire ? s'emporta le jeune adulte.
Drago posa une main sur l'épaule de son fils :
- Etre heureux. Et ne pas décider d'épouser Catherine jeudi prochain.
Parce que la révolte était proche. Et que Drago se battrait pour donner à son fils le pouvoir de faire ses propres choix. Dans l'esprit de Scorpius, il n'y avait que de la brume. Mais ce qu'il voulait véritablement c'était une vie avec de la couleur, une vie avec Rose, ça méritait qu'on se batte corps et âme…
