CHAPITRE FOUR
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Re big up à Evalyre, bêta de talentsssssssssss, et Rhéa et Arian et vous tous !
Merci à Jack de m'inspirer encore et toujours ^^^
Jack se précipita sur le sol à la recherche désespérée du couvercle qu'il finit par retrouver. Il mit la fiole dans sa poche et enfila sa chemise puis son manteau d'un geste fébrile. L'esprit cisaillé par l'angoisse, il sortit à toutes bringues du bureau en appelant Ianto. Mais le marasme mental recommença. Personne. Plus personne à l'horizon. Le Hub était plongé dans le noir. Quelques faibles néons et les veilles des machines tentaient vainement de rivaliser avec la pénombre quasi absolue. Aussi impénétrable que ses pensées anarchiques. Cette fois-ci, cependant, Jack resta maître de ses sens car il était clair que le rêve avait remplacé la douce réalité de son amour offert et accueilli avec grâce. Il avait un coup d'avance sur son adversaire invisible. Il progresserait ainsi en toute confiance, sachant que rien de ce qu'il allait vivre ne serait réel.
Et c'est là que la déception succéda à l'appréhension. Une désillusion inattendue, sadique. Il s'habitua peu à peu à l'obscurité. Jack n'alluma aucune lumière. Quelle différence cela ferait-il? Voir ou ne pas voir le démon qui le bravait sans relâche depuis quelques temps? Cela ne changerait rien à son impuissance, puisque tout se déroulait dans sa tête. Au bout de quelques secondes qui lui parurent une éternité, ce qu'il prit pour une ombre projetée par les néons sur un coin du mur menant à la morgue, se précisa devant ses yeux plissés. La silhouette d'un homme se fit plus nette et cet homme venait vers lui. Il le reconnut vite. Jamais il ne pourrait oublier cette ligne d'épaules carrée, ce maintien impeccable et ce …visage. Jack se maîtrisa. Il était en plein rêve fou : et délectable. Confiné dans son bel uniforme militaire, l'homme lui adressa un sourire timide, lorsqu'il ne fut qu'à quelques pas de lui.
- Capitaine Harkness?
- Capitaine Harper. Capitaine James Harper ! Lui dit l'autre en le saluant solennellement.
Jack encaissa le choc de ces retrouvailles. Nombreuses furent les nuits où il avait effectivement rêvé de cet autre lui. Incessantes les pensées attendries qui l'avaient convié pendant longtemps à se souvenir du Capitaine Jack Harkness.
L'aliénation mentale de Jack devenait plus logique. Tous ces rêves convergeaient vers un seul et même microcosme affectif : le sien. Et s'il arrêtait de mettre la fiole dans sa poche? C'est vrai qu'elle le suivait partout, et que la géniale Tosh avait peut-être mésestimé l'impact de la substance sur lui. Tosh lui avait assuré qu'il n'existait aucun danger pour les humains qui la manipuleraient mais Jack était un homme hors du commun , avec quelques particularités significatives qui échappaient totalement à la science, même immense, de l'espèce humaine. Ses fameuses phéromones affolantes réagissaient peut-être à ce sperme alien? Le forçant à vivre et revivre des fantasmes, mais aussi des moments du passé où son corps et son cœur ne faisaient plus qu'un.
Tout était lié, Jack en était persuadé. Il avançait lentement mais sûrement vers la résolution de son problème, et l'idée le calma. S'il devait en passer par là, alors autant franchir les étapes une à une, revivre le plaisir qui allait de pair avec l' évocation imposée des amours de sa vie.
Le Capitaine Jack Harkness, le véritable soldat mort en exercice durant la Seconde Guerre Mondiale et que Jack avait rencontré en plein Blitz, cet homme séduisant, remarquable -et ambivalent- lui faisait face. Toujours souriant.
- Vous savez ce qu'on dit des personnes comme vous et moi ? Lui demanda-t-il sans bouger.
- Comme vous et moi? C'est-à-dire? Dit Jack, troublé.
- Des hommes qui aiment les hommes, comme je vous ai aimé, Jack. Vous vous souvenez?
Le Capitaine s'était rapproché en parlant, un peu nerveux. Jack matérialisait son rêve. Il en était l'unique créateur. Alors pourquoi ne lui donna-t-il pas plus d'assurance? Pourquoi ne le poussait-il pas à venir l'enlacer, l'embrasser, l'aimer?
- Oui je me souviens.
- Vous savez ce qu'on dit?
- Non, Je n'en sais rien…Jack.
- On dit que ces hommes recherchent leur propre miroir à travers leurs amants. D'un point de vue psychanalytique, tout cela se résume en un mot : narcissisme.
Jack souffla pour ne pas rire. Voilà qu'il se prenait pour Sigmund Freud (qu'il avait bien connu, soit dit en passant). Quel était le but de cette apparition? Et pourquoi, bon sang, Jack Harkness restait-il planté là comme un lampadaire qui l'éblouissait, corps et âme?
- Pure rhétorique pompeuse. Théorie fumeuse.
Jack parlait comme un robot.
- James?
Jack ne broncha pas. Il ne se sentit pas visé. Et pour cause. La poignée de mains des deux hommes le jour de leur rencontre avait fui son souvenir.
- James? Répéta Jack Harkness en s'approchant enfin de lui.
Jack réalisa que c'est sous cette identité qu'il s'était présenté à lui.
- Oui…Jack?
- Vous n'y croyez pas?
- Pas du tout.
- Je suis soulagé, soupira Jack Harkness, Mon reflet est peu avantageux. De plus, vous êtes irrésistiblement unique.
- Vous l'êtes tout autant, sinon plus. Je vous assure.
Les deux Capitaines s'enlacèrent amoureusement, et le baiser fut tendre. Sans fin. Si loin de la rigueur militaire et de son indigence affective. Jack savoura chaque seconde de cette étreinte irréelle et pourtant fusionnelle. Il n'était pas du genre bégueule. Inconstant en amour, sans doute, mais fidèle à ses coups de cœur. Ses sens ne lui firent pas faux-bond. Pour rien au monde il ne voulait renoncer à ce cliché de son âme qui le berçait dans une douce nostalgie. Il ne désirait qu'une chose à cet instant : s'accrocher à ce rêve insensé, à ces lèvres adorées. Pour toujours. Mais les meilleures choses ont une fin, et c'est douloureusement qu'il lâcha le soldat transi d'amour.
Jack recula assez loin pour s'arracher à ce mirage saisissant et envoûtant. Il savait que tout n'était qu'illusion mais le goût des lèvres du Capitaine persistait dans sa bouche. Sa présence si charnelle contre son corps le réchauffait encore jusqu'aux os. Il abaissa son regard sur les chaussures vernies du soldat.
- Vous allez disparaître à nouveau. N'est-ce pas? Alors qu'attendez-vous?
Jack parlait fort. Prêt à revivre ce déchirement, une nouvelle fois. C'était son rêve. Il invoqua sa toute puissance mentale pour abréger le supplice qu'il s'était infligé.
- Partez. Disparaissez !
Jack Harkness était encore là, face à lui, le visage triste et incrédule.
- Vous voulez que je m'en aille, Jack? Pourquoi?
- Vous n'êtes pas réel !
- Que voulez-vous dire? Je suis revenu pour vous. Je vous aime.
- Je vous aime auss…
La douleur psychique devint insoutenable. Jack ralluma les lumières du Hub pour mettre fin à cette mascarade qui ne le faisait que trop souffrir.
Un sentiment indicible mêlé de soulagement et de chagrin pulsait violement dans sa poitrine. Le Capitaine Jack Harkness avait disparu. Sans le halo éclatant de félicité qui avait précédé son départ, en 1941. Au lieu de cela, les lumières agressives du Hub intensifièrent le malaise qui s'abattit sur Jack. Allait-il encore s'évanouir pour se réveiller dans un autre rêve ou dans la réalité?
Jack n'était sûr que d'une seule chose, quoique devrait être l'issue de ce rêve. Il se réveillerait auprès de Ianto. Il aurait volontiers parié son immortalité là-dessus. Ianto demeurait la seule constante de ses délires. Ianto restait le seul sur qui Jack puisse compter, et Ianto fut sa dernière pensée lorsqu'il s'écroula par terre, le nez dans la mare.
Jack se releva en riant, la figure et le cou trempés et maculés de vase. Le haut de son manteau ayant subi le même sort: un petit tour dans la mare sinueuse du Hub. Il eut l'impression de peser le double de son poids habituel, associé à celui du lourd uniforme, et s'octroya quelques larges secondes pour se remettre sur pied. Il secoua la tête, gesticula comme s'il était infesté de puces, puis ouvrit les yeux.
Devant lui d'énormes boyaux prenaient racine dans le sol métallique pour traverser la pièce en hauteur et percer le plafond oblong. Au beau milieu de cet amas de tuyaux, une station de commande à six postes, des manettes partout, et des boutons lumineux et clignotants aussi. Les murs art-déco formaient un ovale imparfait. La pièce dans laquelle il se trouvait n'était pas carrée et ne figurait sur aucun des plans de Torchwood. Mais elle était si familière et reconnaissable entre mille. Le Tardis !!!!!
Jack ne put s'empêcher de rire aux éclats. Partagé entre l'envie de crier et celle de pleurer. Les larmes montaient mais n'arrivaient pas à traverser l'humeur de ses yeux. Alors qu'il était persuadé d'avoir trouvé un embryon de réponse à ses questions; qu'il avait conclu après moult réflexions que le sperme alien était à l'origine de tous ses rêves érotiques et émotionnels, sa belle théorie tombait à l'eau, à son tour.
Un bruit de porte grinçant attira son attention. Peut-être pas si incohérente comme théorie, puisque le Docteur en personne vint se jeter dans ses bras, son long manteau volant derrière sa fine silhouette de héros modeste et intouchable.
- Capitaine, que je suis content de vous revoir !!! Claironna le Docteur .
- Pareil pour moi, Docteur.
Les deux amis se congratulèrent joyeusement. Pour quel exploit? Aucune idée. Même s'il se réjouissait de revoir son ancien partenaire d'aventures et brillantes et folles, Jack n'était pas en état de cumuler les errances mentales qui le fatiguaient physiquement.
- Docteur? Je peux savoir ce que vous faîtes dans mon rêve?
Le pétillant Seigneur du Temps considéra la question sous un autre angle. Celui de la distorsion du temps.
- Qui vous dit que vous êtes en train de rêver? Ce pourrait être un monde parallèle? Une confusion du temps qui aurait détraqué la chronologie de vos évènements? Ou bien encore la somme concentrée des moments forts de vos vies, Jack!
Jack secouait la tête et attendait que le Docteur arrêtât de parler - ce qui était du domaine de l'impensable.
- Ou encore un choc psychotrope de votre cerveau bouillonnant? Ou…
- Non, c'est d'origine alien, Docteur. Une substance que j'ai dénichée à Cardiff sous la Faille, le coupa Jack, impatient d'en finir avec les divagations inutiles de son ami.
- Comment cela? Racontez-moi.
Les deux hommes s'adossèrent à la rampe de l'entrée du Tardis.
- C'est un sperme alien…
- Un sperme? Fit le Docteur, étonné et intéressé.
- Oui. Il doit avoir des propriétés chimiques qui influent sur mon inconscient ou que sais-je? Je passe d'un rêve…spécial à un autre, sans pouvoir distinguer les rares passages où la réalité reprend le dessus.
- Qu'entendez-vous par rêve spécial?
Jack noya le poisson.
- Un rêve comme celui-ci, où vous apparaissez alors que vous êtes ailleurs, en train de sauver le monde. Et qui ne colle pas avec le reste.
- Cela n'a rien de spécial, Jack. Je vous manque et je vous comprends !
- Non, tous mes rêves sont liés à…
Jack ne trouvait pas le courage de préciser la nature de ses rêves.
- Sont liés à quoi, Jack? L'encouragea le Docteur avec son sourire inimitable.
- À ma sexualité.
Jack se redressa pour lui faire face.
- Je suis avec mes anciens amants…et j'assouvis mes pulsions sexuelles à leur contact.
- J'avais oublié que la disette sexuelle ne vous avait jamais concerné. Problème typiquement Jack!
Le Docteur lui décocha un clin d'œil malicieux.
- Donc, reprit-il avant que Jack ne put répondre, vous êtes en plein chaos hormonal à cause d'un sperme alien? C'est bien cela?
Jack entrouvrit la bouche pour parler.
- Et selon vous, je n'ai pas ma place dans votre chaos?
Le Docteur souriait, nullement offensé.
- Exactement.
Le Docteur enleva son manteau qu'il jeta par-dessus la rampe et se mit à marcher de long en large à travers le Tardis.
- Vous êtes certain que je n'ai pas ma place dans ce chaos, Jack?
- Absolument, affirma Jack en riant.
Mais rien n'était moins sûr, pensa-t-il.
- Je vois cela comme un tournant symbolique dans votre…dans vos vies affectives, déclara-t-il, satisfait.
Jack pencha la tête, dubitatif devant l'enthousiasme de l'autre.
- Vous voulez bien développer?
- Avec joie. Comme votre vie entière défile, dit-on, à l'heure de votre dernier soupir, vos vies passées se rappellent à votre bon souvenir comme s'il était temps pour vous de faire le deuil de l'une d'entre elles. Oui mais laquelle? Réfléchissons un peu. Une vie pleine d'amours contrariées, rudoyées, dénigrées, et, pour certaines, tuées dans l'œuf qui demanderaient à déserter votre âme définitivement.
- Vous êtes trop cérébral, Docteur. Cela n'a pas de sens. Je ne suis pas sur le point de mourir.
- Non. Je suis bien placé pour le savoir. Et je ne suis pas plus cérébral que vous, Jack. Réfléchissez. Il s'agit de faire le deuil d'une vie amoureuse.
Pas si grotesque comme déduction, pensa Jack, soudain confiant.
- Oui mais vous êtes quoi dans cette histoire?
- Je vous aide à résoudre le problème. C'est mon domaine de prédilection, la résolution des problèmes alambiqués, Non?
- Tout à fait d'accord. Mais nous nous éloignons de la sauvegarde de la planète !
- Pas du tout ! Au contraire. Que deviendrait votre belle planète sans le Capitaine Jack Harkness?
- Effectivement. Dit comme ça…mais quelle vie dois-je enterrer?
Le Docteur le saisit par les épaules.
- Sur ce plan, je ne peux rien vous apprendre. Vous seul êtes la solution.
Jack acquiesça.
- Sans doute. Mais je persiste à dire que votre place n'est pas ici, Doc, dit-il, taquin.
- Oh, avec vous, il faut s'attendre à tout.
- C'est vrai, avoua Jack, vous avez toujours été là pour moi. Et malgré votre allure de gringalet anorexique, je vous trouve un certain charme.
- Et c'est reparti ! Vous êtes impossible, Jack !
Les deux amis partagèrent une nouvelle accolade et Jack salua le Docteur avant de se diriger vers la sortie.
- À votre avis, Doc? Que vais-je trouver derrière cette porte? Lui demanda-t-il en posant la main sur la poignée.
Le Docteur, tout sourire, leva un bras d'encouragement.
- L'aventure, Jack. L'aventure !
Jack soupira, et espéra de tout son être que Ianto l'accueillerait, de l'autre côté de la porte - et de son rêve- avec son inséparable corps de braise.
Quittant le Tardis, Jack referma la porte en bois derrière lui, les yeux mi-clos. Il n'était pas pressé de connaître la suite de son tourment. Le Docteur, le charmant héros éternellement espiègle, l'avait conforté dans son malheur. Mais la tâche qui l'attendait à présent n'était pas de tout repos. Au cours de sa longue, très longue vie, Jack avait charrié des tonnes d'aventures sentimentales et sexuelles sur son dos fourbu. Comment décrypter sans se tromper le message du Docteur et les indices disséminés ça et là dans ses rêves? De quelle vie parlait-il? Et pourquoi Jack devait -il faire le deuil de quoi que ce fut de si futile? Seuls les êtres chers que la mort lui arrachait méritaient qu'il fasse ce travail de deuil. Mais ses amours?
Il devait faire face à des impératifs bien plus justifiés. Il avait un poste à haute responsabilité et se serait prêté de bonne grâce à ce petit jeu de devinettes s'il avait été rentier à vie ou même un simple livreur de pizzas.
- Jack?
Contraint de lever la tête vers celui qui l'apostrophait, Jack réalisa qu'il était sur les docks à l'entrée du Hub. Owen et Gwen venaient vers lui. Jack rabattit son col car un vent glacial lui fouettait le visage. Il reconnaissait ce froid typique de Cardiff, mais cela ne prouvait rien.
- Jack, on vient de trouver des restes d'un engin non identifié qui vient de s'écraser au sud, à 10 miles de la baie.
Owen souleva sa lourde mallette. Gwen lui montra un sac rempli de ferrailles..
- On a tous les échantillons ce coup-ci, ajouta le médecin.
- Ce coup-ci? Qu'est-ce que tu veux dire?
Owen le regarda, surpris.
- Ben tu sais bien, les bris de fer qu'on a ramené hier, ils proviennent tous du même site.
Jack hocha la tête pour signifier à son employé qu'il avait compris. Mais il n'avait rien compris.
- Magne-toi, je me les gèle, rouspéta Gwen en entrant en vitesse au Hub, talonnée par le jeune homme qui laissa le passage ouvert pour Jack.
- C'est bon, allez-y. leur dit -il. Je reviens !
Une fois seul, Jack réfléchissait plus efficacement. C'était quoi cette histoire de fer retrouvé hier? Une lueur lui traversa l'esprit. Les fragments de fer de la fiole ! Ces morceaux de ferraille qu'Owen avait étalés sur sa table après avoir raconté à son auditoire favori sa folle nuit sportive avec une certaine tigresse. Ces bris de fer n'avaient donc rien à voir avec la fiole. Jack fouilla dans ses poches et sortit la fiole dorée, la seule qui existait vraiment et que Jack n'avait jamais cassée. Par conséquent, Owen n'avait pas succombé à son charme enivrant, enfin pas encore. Jack sourit de son plus beau sourire. Il avait envie de voir Ianto. Maintenant que le cas Owen était éclairci et hors de propos, il plancherait volontiers sur le cas Ianto, avec une motivation saine mais des arguments moins avouables.
Jack Harkness revint au bercail, soulagé d'un poids, et décidé à sauter à pieds joints sur son étourdissant tea-boy.
Seulement dans l'ivresse retrouvée, Jack perdit à nouveau le sens des réalités. Et si ce qui venait de se passer, la découverte de cette ferraille et le retour de mission de ses deux jeunes subalternes, si tout cela n'était pas réel? Une seule façon d'en avoir la certitude. Faire parler son corps et faire en sorte que Ianto y réponde comme précédemment. A moitié groggy par le froid et par ses doutes, Jack se réfugia dans la chaleur du bâtiment. Il allait laisser agir ses hormones. Comment être sûr en ce cas que le sperme alien n'entrait pas encore en ligne de compte dans sa décision?
La journée de travail s'écoula tranquillement. L'équipe procéda à toutes sortes d'analyses sur les kilos de fer ramenés du crash. L'esprit vagabond, Jack assura le minimum syndical. Son histoire de fiole en métal était bien plus importante à ses yeux. Il avait remis l'objet en question dans le coffre. Il n'y toucherait plus et espérait qu'ainsi les effets s'estomperaient progressivement.
Il se réjouissait à l'idée de passer la nuit avec Ianto, quelque soit l'humeur parfois lunatique de ce dernier. Jack exercerait toute sa force de séduction pour le persuader de rester si par malheur, Ianto avait prévu autre chose pour la soirée. Heureusement, et pas vraiment étonnant, le jeune homme, encore sous l'effet de la séance bureau, ne tourna pas longtemps autour du pot, ni autour de Jack.
Owen, Tosh et Gwen à peine partis, Ianto se rua sur Jack, les yeux brillants, le ton exagérément
obséquieux. Il chevaucha Jack qui était assis devant le poste de travail de Tosh, à relire les résultats d'analyses.
- Jack, aurais-tu l'immense bonté de me redire que tu m'aimes, comme ce matin? J'apprécierai grandement, lui dit-il en enfouissant la tête dans le cou de son amant.
- Mais de quoi tu me parles?
Ianto se redressa, comme si le cou de Jack était soudain un no man's land déclaré.
- Tu te paies ma tête?
Jack semblait sérieux, et intrigué.
- Je ne comprends rien à ce que tu me dis, Ianto.
Le jeune homme retira ses bras des épaules de Jack et prit appui sur sa jambe droite pour quitter les cuisses fermes de son en-cas préféré. Jack posa une main de fer sur la jambe et l'immobilisa.
- Tu ne bouges pas d'ici, Ianto. Je te taquinais.
Jack, ravi de son effet, sourit et embrassa le jeune homme.
- Et je dois te demander une faveur, ajouta-t-il, aguicheur.
- La même que ce matin?
Jack, satisfait car il avait anticipé cette réponse, secoua la tête.
- Non. J'aimerais que tu me dises tout ce qui s'est passé depuis notre conversation de l'autre soir, je ne me rappelle plus quel soir…Bref, quand je t'ai raconté ma vie au sein de la troupe de bohémiens, tu te souviens?
Déçu, Ianto fit oui de la tête. Il se trémoussa délicieusement contre lui, pour l'exciter mais Jack ne cèderait pas. Pas tout de suite.
- Arrête. Je suis sérieux, Ianto. J'ai besoin de comprendre ce qui m'arrive. Et tu es le seul à pouvoir m'aider. J'ignore pourquoi mais dès que tu es là je sais que je ne suis pas en train de rêver, alors aide-moi, tu veux bien?
-Tout ce que tu veux, si tu me le redis d'abord.
Son expression changea subitement. Il passa du loup en rut au chien obéissant et aimant. Il fixa Jack, puis posa ses mains sous ses yeux, des mains caressantes et chaudes.
- Tu as des cernes énormes, Jack. Tu n'es pas beau à voir.
- Comment ça je ne suis pas beau?
Jack voulut l'enguirlander.
- Et tu as des petites pattes d'oie. Tu es vraiment fatigué, ajouta le jeune amant.
La voix de Ianto était douce et pleine d'inquiétude.
- Oui, tu as raison, soupira Jack. C'est pour cela qu'il faut que tu me racontes tout, tu veux bien?
- Tout ce que tu veux, si tu me le redis.
Obstiné, le Ianto. Il ne lâcherait pas sa proie.
- Je t'aime.
- Encore.
- Tu as fini ton manège ? Dis-moi pourquoi tu as été particulièrement éprouvé par notre mission à l'Electro.
- Tu connais mon amour pour le cinéma. Ces acteurs sortis pour se réincarner, ça m'a fait un choc.
- Et c'est tout?
- Oui. Pourquoi?
- Peu importe. Qu'est-ce qui s'est passé quand tu es parti? Le lendemain?
- Quand je suis parti? Mais je ne suis allé nulle part, Jack. On est allé se coucher.
Première fausse note dans la symphonie onirique.
- Quoi?
- On a été très sage. Je me suis écroulé de sommeil. Je t'ai entendu te lever en pleine nuit, et à mon réveil, tu étais à côté de moi, endormi comme un bébé. Je t'ai regardé dormir. Je le fais souvent, tu sais. Tu es si paisible quand tu dors. Et tu souris souvent. C'est…magique.
Ianto parlait en lui caressant les cheveux.
- Continue.
- Après, je faisais le café quand tu t'es mis à crier « reviens! » ou quelque chose comme ça, alors que je partais juste pour éteindre la machine et préparer les tasses.
- Je m'en souviens, oui. Oui, et après?
- Après tu es parti en vrille. Tu avais l'air absent, préoccupé, ailleurs.
Ianto amorça une nouvelle tentative de séduction. Il lui lécha le cou, et frotta son entrejambe sur celle de Jack, l'air innocent.
- Ensuite? Demanda Jack en le repoussant gentiment.
Ianto ronchonna.
- J'en ai marre. Tu veux pas qu'on en discute plus tard?
La tentation était grande. Jack dut se faire violence pour résister à cet air d'enfant penaud.
- S'il te plait. Continue.
- Que je continue quoi? De parler ou de te secouer un peu?
- S'il te plait.
Jack implorait. Tel un mendiant quémandant une petite pièce pour survivre. Ianto recula légèrement pour refroidir ses ardeurs.
- Après, tu as brisé une tasse et tu t'es confondu en excuses. Ensuite, on a rédigé le rapport sur l'Electro. Ensuite…Je ne sais plus.
- Fais un effort, bon sang !… Excuse-moi…
Ianto ne sembla pas s'émouvoir par le ton énervé du Capitaine. Fidèle à lui-même et à son immense commisération, il fouilla dans ses souvenirs.
- Ah oui. On a pas mal déliré sur le sperme alien, avec Owen.
- La fiole, oui. Je me souviens de ça. Elle existe alors?
- Oui. Après on a fait l'amour. C'était bien, tu t'en souviens?
Jack n'en avait pas le moindre souvenir.
- Bien sûr. Pour qui tu me prends?
- Pour moi.
- Quoi?
- Quand je te prends, je le fais pour moi ! ( gimme five, Denis Maréchal, humoriste génial, note de l'auteur ^^^).
Jack rit de bon cœur.
- Très spirituel ! Et égoïste !
- Bref, le coupa Ianto qui voulait en finir avec cette requête peu palpitante et désireux surtout d'évoquer le plus doux passage d'entre tous. Le lendemain matin, tu étais surpris que je sois déjà là avant que tu ne te réveilles - vexant pour moi - puis tu as commencé à me harceler de questions au sujet de tes rêves et de la fiole. Tu avais définitivement perdu la raison. C'est pour ça que tu m'as dit « je t'aime » des tonnes de fois et que les autres ont failli s'étrangler de rire en nous entendant crier depuis ton bureau. Tu te souviens?
Les yeux de Ianto lui perçaient le crâne. Spirituel et rusé, le Ianto. Et drôlement tenace. Irrésistiblement adorable.
- Je me souviens de tout ça. Comment oublier?
Il le fit mariner un peu dans son jus avant de lâcher, sur un ton emphatique, la phrase fatidique.
- Et je ne t'ai pas dit que je t'aimais parce que je perdais la raison. Je te l'ai dit parce que je le pense.
Et Jack l'embrassa sauvagement. Passionnément. Il était soulagé, en paix avec ses nerfs. Tout ce que lui avait raconté Ianto était la seule et unique réalité. Tout le reste appartenait à ses délires. Owen, Alec, Jack, John et le Docteur, tous avaient été un pur produit de son imagination. Il en était certain, à présent. Il continuait d'embrasser et d'être embrassé, la fièvre montait en lui. Il s'occuperait plus tard de la fiole, et de comprendre à laquelle de ses vies amoureuses le Docteur lui avait conseillé de dire adieu. Béni soit le Docteur!
Son cerveau se verrouilla. Son corps prit les commandes. Il était grand temps pour lui de faire parler ses hormones et de remercier chaleureusement le jeune homme qui venait de le libérer d'un joug redoutable. Il se nourrissait de l'odeur affolante de son amant, respirant le parfum de son excitation grandissante entre ses jambes. Très vite déshabillés, ils hésitèrent à s'accomplir sur la chaise de Tosh. Jack prit la main de Ianto et l'entraîna sur le sofa, qui en avait vu des vertes et des pas mûres. Ils se perdirent totalement dans les bras l'un de l'autre, leur peau mêlées, leurs plaintes unies.
- Je t'aime, Jack.
- Je t'aime aussi.
- Je vais tout quitter pour toi. Claire n'a plus le moindre charme à mes yeux. Vous m'ensorcelez, Jack.
Le Capitaine s'étouffa presque. Il remonta vers le visage haletant et son monde merveilleux vola en éclats.
Reviews, reviews, reviews, si je ne sais pas qui aime ou pas, comment fais-je pour m'améliorer moi hein?
