Bonjour à tous ! Hé non, vous ne rêvez pas, c'est bien Together Alone qui reprend après plusieurs mois de mise en arrêt ! Je reprend cette fiction et je compte bien la terminer :D Merci à tous ceux qui ont lu les premiers chapitres, et merci d'avance à ceux qui vont reprendre cette histoire avec moi. J'avoue que ça m'a vraiment manqué de l'écrire, et Liv et Cilia m'ont manquées. N'hésitez pas à relire les premiers chapitres pour vous remettre dans le bain ^^

Chapitre un peu court, j'espère néanmoins qu'il va vous plaire ! Merci à Lumos, ma formidable bêta x3 et bonne lecture à vous surtout !

Gros bisous, je suis très heureuse de vous retrouver :3

Minuit

PS : Ce chapitre est un piti peu engagé. Comment ça, ça se voit ? Noooooon.


Chapitre 4 : Tout ce qu'ils voient

Cilia et moi étions assises sur les marches du petit escalier en béton gris qui permettait d'accéder à la cantine, au fond de la cour intérieure. La cloche avait sonné à la fin du cours de cinéma, annonçant la pause de milieu d'après-midi, et je m'étais empressée de ranger mes affaires dès que le professeur nous avait autorisés à sortir. Voulant rejoindre mon amie le plus vite possible, je n'avais pas pris attention à l'enseignant mais, en quittant la salle, j'aurai juré que ses yeux s'étaient posés sur mon dos.

- J'ai l'impression de ne plus trop reconnaître le lycée, me dit Cilia en observant nos camarades.

Elle s'était ruée vers moi en me retrouvant, et, après m'avoir demandé si j'allais bien, s'était empressée de me raconter son cours de musique. Apparemment, M. Fosse était un « excellent professeur, très charismatique, et très pédagogue ». Si Cilia avait adoré la leçon, elle s'était en revanche indignée de l'attitude des filles de sa classe, qui gloussaient dès que l'enseignant regardait dans leur direction.

J'avais ensuite vaguement parlé de mon propre cours, mais sans entrer dans les détails. Le prof de cinéma dégageait quelque chose qui avait trouvé un genre d'écho en moi, mais je ne pouvais pas en parler. C'était personnel. Et ça m'effrayait.

Un silence, puis Cécilia avait lâché cette affirmation pendant que nous observions les autres dans la cour.

Et elle avait raison. L'école, d'habitude en proie aux habituels commérages, moqueries, bavardages, échanges de textos ou de confidences personnelles, était devenue le théâtre d'une masse d'adolescents ne parlant plus que de leurs professeurs. Les anecdotes concernant tel ou tel cours fusaient dans tous les sens, les rumeurs et discussions tournaient autour de ce cours de philosophie particulièrement inhabituel, voire anticonformiste, ou encore autour de ce prof de sport hautement sadique.

Des théories plus paradoxales les unes que les autres voyaient le jour, de la théorie du complot à une farce grandeur nature de leurs anciens profs. Les élèves murmuraient dans tous les coins, si bien qu'il était difficile de démêler le vrai du faux.

- Ouais, répondis-je d'un ton désinvolte en croquant dans ma pomme. J'ai l'impression que nos chers professeurs sont devenus plus suivis que des stars de télé-réalité. Il ne leur en faut pas beaucoup pour alimenter les ragots...

Cilia fronça les sourcils.

- Avoue que c'est quand même plutôt étrange, tous ces changements. Certes l'ampleur de la situation est impressionnante, mais je trouve leurs réactions logiques. Tout ça est terriblement intrigant.

- Tu trouves ?

- Pas toi ?

- Non.

C'était la stricte vérité. Je ne prêtais gère attention à ce qu'on racontait, même si l'étrangeté des événements avait de quoi alimenter les ragots. Enfin...j'essayais de ne pas y prêter attention. Pour moi, ces professeurs étaient ici, point. Pas besoin d'en parler pendant des heures.

- Je me demande comment tu fais, répondit Cilia en scrutant le surveillant aux lunettes de soleil roses assis au milieu de la cour, dans ce qui semblait être une tentative de méditation. C'est difficile de ne pas écouter tout ce qui se dit. J'ai entendu Zouck dire que M. Grenier ne parlait pas un mot de japonais...je me demande si c'est vrai...le CPE a l'air de beaucoup l'aimer, je les vois régulièrement se parler...

Je jetai un coup d'œil surpris à mon amie, qui continuait sur sa lancée, les yeux perdus dans le vague.

- ...tout comme Kevin, le nouveau, d'ailleurs, il a l'air de beaucoup s'entendre avec le surveillant... Et tu as déjà croisé le principal ? Personne ne l'a jamais vu...je me demande à quoi il ressemble et pourquoi il ne se montre pas...

Je regardais maintenant mon amie avec des yeux ronds. Cilia, s'intéresser aux rumeurs qui circulaient ? Cilia écoutant les conversations des autres ? Cilia participant aux commérages ?

- ...et notre professeur principal n'est pas en reste, je...

- Depuis quand tu t'intéresses aux clameurs des uns et des autres ? coupai-je en essayant vainement de cacher ma surprise.

Les joues de l'intéressée se teintèrent de rouge. Je l'avais rarement vue aussi gênée. Il fallait avouer que l'attitude de mon amie me déroutait complètement. D'habitude, sa curiosité ne se limitait qu'aux cours et aux informations purement scientifiques, jamais sociales.

- Je ne sais pas...bredouilla-t-elle, mal à l'aise. Je me pose beaucoup de questions depuis que l'école a repris. Et ce groupe de professeurs dégage quelque chose de presque fascinant... Une sorte d'aura mystique flotte autour d'eux. C'est pour ça que je ne suis pas surprise d'entendre toutes ces discussions à propos d'eux...tout le monde a envie de savoir qui ils sont et pourquoi ils sont ici.

- Presque tout le monde, marmonnai-je.

Je me tus en essayant de mettre de l'ordre dans mes pensées. Kevin, le nouveau de la classe au T-shirt rouge et à l'expression piteuse, avait rejoint le surveillant assis par terre et semblait en grande discussion avec lui.

Comment Cilia avait-elle fait pour succomber au piège de ces mystérieux individus ? Tous les élèves du lycée semblaient comme ensorcelés, frappés par un genre de sortilège qui attirait toutes leurs pensées vers les individus en question.

Le pire était qu'elle avait en partie raison. Ils étaient tous incroyablement attirants, chacun à leur manière. Pas physiquement, mais l'aura mystique qu'avait évoqué mon amie était selon moi une image particulièrement exacte de la fascination des élèves sur ce groupe. Moi aussi, j'en avais été victime, il fallait se l'avouer - mais pour rien au monde je ne l'aurai admis devant Cilia.

Sauf que...sauf que c'était différent. Ils semblaient tous captivés, en admiration devant eux. Les élevant presque au rang de demi-dieux. Lorsque Cilia en parlait, elle avait des étoiles dans les yeux, et ce fanatisme m'effrayait quelque peu.

Non, dans mon cas, c'était autre chose. Tout était confus dans ma tête, sans que je puisse mettre des mots dessus. Ce que je ressentais, c'était que quelque chose changeait en moi, j'avais changé et je changeais encore. La confrontation pendant le cours de cinéma avait eu sur moi un impact bien plus fort que ce que je voulais admettre. Et j'en avais peur. Pas peur du prof, de ses traces de sang et de ce qu'il pourrait me faire subir, non...peur de ce qu'il pouvait faire changer en moi. Personne n'avait le droit de me faire changer, surtout pas les autres.

Je contrôle ma propre vie.

Croquant une nouvelle fois dans ma pomme, je me forçai à mettre de côté toutes ces pensées parasites pour me concentrer sur qui j'étais, ce que je voulais à ce moment précis. Et ce que je voulais, c'était que Cécilia arrête de se comporter comme une idiote.

- De toute manière, ça va finir par se calmer dans quelques temps, repris-je d'un ton blasé. C'est comme tout, c'est des trucs qui ont l'air dingue sur le coup parce que c'est exclusif, nouveau et attirant mais ce genre d'agitation retombe toujours. Ces gens, là, dis-je en désignant les élèves, c'est tous des gamins. Ils sont attirés de manière totalement stupide et insensée par tout ce qui est un tant soit peu mystérieux ou secret, pourvu que ce soit joli à voir. Alors qu'au final, qui nous dit qu'ils sont vraiment intéressants ? Et c'est vraiment dégueulasse de se laisser faire par ça et de jouer les idiots pour pouvoir ensuite simplement parler, commenter tous leurs faits et gestes dans leur dos, en oubliant tout le reste.

Cilia pinça les lèvres et arracha son regard du surveillant camé.

- Tu es dure.

- Je sais.

Oui je l'étais, vraiment. C'était très égoïste et prétentieux de ma part d'avoir tenu ce discours, d'autant plus qu'ils étaient intéressants -mais pas pour les mêmes raisons que celles de Cilia. Cependant je n'avais pas voulu la blesser, et je devais penser à me radoucir un peu, au moins avec elle. Comme je l'avais dit, tout cela relevait du phénomène de mode et passerait bien assez tôt. Cela ne valait peut-être pas la peine de s'énerver à ce point.

La cloche sonna et j'attrapai mon sac en marmonnant un « Bon, allez...» pour me diriger vers le cours d'histoire-géo. Je me rendis toutefois compte que quelque chose clochait : d'habitude, c'était moi la dernière à me lever pour me rendre en classe. Cécilia était restée assise et fixait une fenêtre du bâtiment de droite d'un regard vague – la fenêtre qui donnait sur la salle des profs.

- Cilia, dis-je en haussant le ton et en tirant sa manche. On y va ?

- Oui...une seconde, répondit-elle en revenant à la réalité. Il m'a semblé voir...

Elle fixait toujours la fenêtre en question, d'un œil beaucoup plus attentif cette fois, sans pour autant se lever ou faire un quelconque geste indiquant qu'elle allait me suivre.

- Cilia, allez ! la pressais-je.

- Attends, j'ai cru apercevoir...

Poussant un grognement de rage, je la lâchai et partis seule en direction de la salle de classe sans l'attendre, irritée. Elle me rattrapa toutefois quelques minutes plus tard, essoufflée, l'air énervée par mon comportement. Mais je me fichais bien de ce qu'elle avait pu ou cru voir, sa propre attitude ne m'enchantait pas non plus. Nous nous assîmes l'une à côté de l'autre dans la salle, mais en évitant soigneusement de s'adresser la parole pour le moment.

Le professeur, M. Daniel, continua son cours de la même manière que d'habitude – en hurlant et en lançant des gros mots à intervalles réguliers. Je poussai un léger soupir frustré et saisis mon stylo.