Le Regard de l'Albinos
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Par MlleGanou
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Résumé : Post-Poudlard. Un petit garçon -presque- comme les autres observe longuement sa mère. Son corps se cache sous de stricts vêtements noirs. Mais lui il voit la vérité et l'horreur que cela dissimule : la tristesse, la violence et la faiblesse. Alors il clôt ses yeux malades, joint ses mains d'une blancheur extrême et prie pour que quelques un aide la triste Hermione.
Disclamer : Les personnages appartiennent à Joe Rowling et je lui emprunte seulement.
Couple : Théodore Nott / Hermione Granger et dans ce cas précis un très grand amour maternelle entre Hermione et son fils.
Genre : De l'amour, de la haine, bref tout ce qu'on adore !
Rating : M -Des éventuelles scènes de violence et peut être un brin d'étreintes.
Note de l'auteur : Bonjour mes ptits lecteurs ! Oui je suis affreusement en retard ! En plus ce chapitre est minuscule ! J'espère que vous aimerez ce chapitre ! Bonne lecture !
Ps : Je vous ferai désormais des petits résumés des précédents chapitres pour vous remettre dans le bain à chaque publication !
Note de la Béta : J'ai l'impression que plus les chapitres avancent, et plus nous sommes envahis de sentiments intenses et que la lecture se fait passionnante. C'est un chapitre que j'aime beaucoup, sans savoir véritablement pourquoi. J'espère que vous apprécierez tout autant que moi ! Bonne lecture !
Rappel sur le chapitre précédent : Gwendal, jeune garçon de huit ans découvre que sa mère subit les violences conjugales de son père. Il fait tout pour l'aider. Mais entre son albinisme et sa magie qui émerge, il est perdu. Alors il demande de l'aide à cet homme qui semble appartenir à ce monde qu'Hermione fuit tant. Mais sa mère fait tout pour le préserver de la colère de l'homme qu'elle aime. Car elle est éprise de celui qui la blesse. Elle reste donc là, entre eux deux autant par amour que pour protéger son fils. Mais celui-ci passe à l'action pour ouvrir les yeux de sa mère.
Chapitre Quatrième.
Ca marque toujours mieux sur une peau blanche.
Ca. Les coups. Les gifles. Les traces de doigts et de poings, parfois de pieds.
Mon père a toujours été aimant avec moi. Seuls ses bises touchaient mon visage. Bien qu'il ait toujours eu du mal à accepter mon albinisme, il m'aimait. Je me souviens des mois de vacances en Septembre. Quand il m'avait empêché de me brûler avec l'eau du grand Geyser en Islande. Quand il m'avait retenu, mon pied glissant sur un rocher de Bretagne. Quand il s'était réveillé en pleine nuit pour m'apporter un lait au miel durant une de mes quintes de toux provoquée par une trop longue balade sur les venteuses îles Arans.
Ma mémoire est pleine de marque d'affection. Mon visage lui, à cet instant, comme une grande partie de mon corps est recouvert des marques de sa colère.
Il s'est arrêté au bout de quelques minutes. Je n'ai pas vu son visage lorsqu'il s'est éclipsé. Alors j'ai sombré dans un sommeil réparateur.
Les sanglots de Maman m'ont éveillé. Les rayons de soleil qui traversaient les rideaux étaient plus vifs. J'avais dû dormir plusieurs heures. J'étais dans ses bras. Elle me berçait. J'ignore si elle avait pris conscience de mon réveil. Je l'entendais murmurer mille excuses et mille demandes de pardon. Je ravalais difficilement ma salive, le goût du sang imprégnant mes papilles. Ma lèvre était fêlée, rendant ma bouche écarlate. Cela allait de paire avec les ecchymoses qui coloraient ma peau malade.
Rougeurs violacées.
Respirations pleines de sanglots.
Compression. Raclement. Douleur.
Sang. Eaux. Feu.
Coulant de mes blessures. S'échappant de mes yeux. Brûlant dans mon regard.
« Maman … »
Elle se redressa un instant, ses yeux rougis croisant les miens vermeilles pour finalement enfouir son visage dans mon cou humide de sueur.
Et ce furent ses larmes qui le mouillèrent encore plus, s'accompagnant d'un nouveau flot d'excuses.
« Je t'aime. Maman. Moi aussi je t'aime. Plus que lui. Moi je ne pourrais pas te faire du mal. Lui, il t'en fait. S'il te plait Maman … Ouvre les yeux…
- Mon corps saigne… Mon cœur aussi … Je … Je t'aime Gwendal… Je vais ouvrir les yeux… Je te le promets mon cœur … Oh mon petit Ange, comment-a-t-il pu te faire ça … »
Et ses mots repartirent dans le flot. Je la serrai un peu plus fort. Offrir la lumière à son regard était une bonne chose, encore fallait-il qu'il se tourne vers le soleil pour laisser l'ombre derrière soit.
Se retourner, avancer. Laisser ses peurs derrière. Lever le nez en priant de ne pas s'amouracher de cette lumière solaire. Ne pas se brûler la cornée d'avoir trop espéré le soleil… Sinon, l'ombre n'en n'est que plus noire et plus profonde.
Et l'aveugle ne peut aisément retrouver ce qu'il a perdu à vouloir trop voir.
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Je l'entends. Elle comme lui. Le soir est tombé. Elle m'a bandé le visage. De la façon d'une infirmière, sans magie. Je lui ai demandé pourquoi. Elle n'a pas vraiment répondu. L'habitude m'aurait-elle sans doute dit.
Je suis dans ma chambre. Eux dans la leur. Ils parlent. Non. Ma mère le questionne, le gronde. Pourquoi l'avoir frappé ? N'avaient-ils pas fait un marché ? Les coups qu'elle recevait, elle les acceptait car elle les méritait et comprenait. Mais Gwendal ? Il n'avait rien fait ! Jamais ! C'était un enfant parfait et innocent. Il ne méritait pas son courroux. Elle lui avait pourtant fait jurer de ne jamais porter la main sur lui !
Son père répond. Je sens mon corps être parcouru d'un frisson. Sa réponse n'était pas constituée de mot. Je perçus le bruit sourd du poing qui s'abattait sur la poitrine de ma mère. Je l'entendis retenir un gémissement. Des piétinements. Elle essayait de se libérer de son joug. Il devait lui avoir capturé son bras de ses mains larges. J'imaginais déjà la nouvelle marque sur sa peau. Je me dégoutais. Ce que j'entendais me révulsait de part mon impuissance et ma couardise. J'étais là, enfermé avec soin par ma mère dans ma chambre pendant qu'elle faisait face. Oui. Emprisonné par sécurité.
Je sursaute quand un coup ébranle ma porte.
« Ouvre cette porte Gwendal ! »
Mon père hurle. En vain. Je me réfugie dans le coin de ma chambre, le lourd rideau de la fenêtre me servant de cape de dissimulation. J'essaye de reprendre ma respiration pour qu'elle soit la plus calme possible mais j'ai peur.
Je n'entends plus Maman. Il continue de tambouriner contre la menuiserie. Il force, il s'épuise. Sa voix se fait plus grave sous l'effort. Je prie pour qu'il capitule. J'espère qu'il se calme et disparaisse je ne sais où pour laisser le temps à Maman de se relever.
« Hermione ! Dis lui de m'ouvrir ! Lui ordonne-t-il.
-Non. »
Il la gifle. Un autre coup s'en suit.
Je n'en peux plus. Mes poings sont si serrés que j'entaille ma chair de mes ongles. Je bouillonne. Je ne peux plus accepter son impuissance. Elle n'y arrivera pas. Elle est trop faible. Ses sentiments pour mon père l'empoisonnent. Son amour pour moi et pour lui font d'elle la cible silencieuse d'une torture intolérable. Il ne doit plus la toucher. Depuis huit ans, voir plus elle doit supporter cela. Toujours être soumise, accepter la violence d'un amour tortionnaire.
Elle a parlé d'un marché, elle seule comme proie, pour me laisser vivre en paix. Il est temps que les rôles s'inversent. Je repousse le rideau et cours jusqu'à la porte que j'ouvre.
Un coup puissant au visage me repousse en arrière. Je tombe à terre sur le parquet glissant. Ma lèvre s'est rouverte et ma joue est encore plus douloureuse. Je lève toute fois mon regard vers lui. Sans étonnement je vois son visage déformé par la rage. Il m'hurle que je n'aurai pas dû être là ce matin. Que cette affaire concernait ma mère et lui uniquement.
« Plus maintenant … »
Il corrige mon impertinence d'une claque.
« Je ne veux plus que tu la frappes … Elle est trop faible pour cela, elle ne peut plus supporter d'être ton exutoire. Regarde là ! Elle t'aime à en mourir. Tu la tues Papa ! »
Cette fois-ci il me relève par le col. Mes huit ans sont bien légers à porter.
« Ne la touche plus ! Si tu es en colère, tu peux me frapper mais pas elle ! Moi, tu pourras toujours me cacher encore plus au gens, alors que s'il arrive quelque chose à Maman, on posera des questions …
-Tu as toujours été intelligent… murmura-t-il dans un souffle empli de colère froide, la rage s'apaisant.
-Non… Gwendal… »
Maman s'était relevée, plus pâle que jamais. Elle s'était adossée à la menuiserie, clairement incapable de tenir debout sur ses jambes sans assistance.
« Wen …Tu ne peux pas nous faire ça ! Je t'en prie ce n'est qu'un enfant, tu ne peux pas lui faire vivre ça !
- Quand on parle comme un homme, c'est que l'on n'est plus un enfant.
- Ne lui vole pas son innocence en plus de son enfance Wen !
- Il a fait le choix de te faire passer avant lui. Je le respecte pour son courage. Maintenant laisse nous. »
Elle avait refusé, s'était accrochée aux boiseries mais il avait fini par la rejeter dans le couloir, fermant la porte de ma chambre avec une douceur douloureuse.
Malgré cela je n'avais pas peur. J'avais le sentiment que je venais de redonner quelques jours, voir quelques semaines de sursis à Maman. Je l'entendais frapper à la porte, criant à mon père de ne pas me toucher. Ses sanglots étaient déchirants mais je préfère que ce soit eux qui la transpercent plutôt que les coups de mon père.
Père qui s'approchait de moi dans toute sa hauteur.
« Tu sais que tu viens de t'approprier un lourd fardeau.
- Je le sais.
- J'ai conscience que tu ne comprends pas pourquoi je suis ainsi. Il y a des choses pour lesquelles nous ne sommes jamais assez vieux.
- Maman dit que tu es stressé. Elle dit que c'est ta façon de ne pas exploser.
- Elle n'a pas totalement tort. Mais elle a également sa part de responsabilité. Elle dissimule son passé comme elle dissimule son corps. Le voile noir s'abat sur sa jeunesse. Jamais elle ne m'a confié ses souvenirs. Elle préfère mentir et murmurer. Je ne peux le tolérer. Je suis son mari. Je veille et j'ordonne. En refusant de m'accorder sa confiance, elle s'est condamnée à son châtiment. J'ai conscience d'être un être tordu, mais ta mère l'est tout autant.
- Est-ce que tu l'aimes ? »
Il s'arrêta un instant dans son mouvement : Il remontait les manches de sa chemise.
« J'aime ta mère tendrement. Dès que mes yeux se sont posés sur elle, elle m'a captivé et tenu captif. Sa loyauté est sans faille, son sourire aimant et son regard malicieux. Ses paroles sont toujours pleines de sagesse et d'intelligence. Je l'aime oui. Mais une partie d'elle me fait devenir fou. Ta mère est une dame grise. Le monde n'est pas tout noir ou tout blanc.
- Je l'ai découvert récemment.
- C'est bien… Le gris est une notion de la vie universelle. Maintenant, je te prierai de ne pas crier, ça à tendance à m'exaspérer.
- Et moi ? Tu m'aimes.
- Bien sur, tu es mon fils. »
Et je retins mon hurlement quand le poing de mon tendre père s'abattit sur mon épaule. Le rouge vermeil de mon sang tachait ma joue griffée. Un gémissement se glissa tout de même hors de mes lèvres quand mon poignet se brisa sous l'étreinte de sa main. Je perdis conscience, préférant sombrer dans le sommeil sans douleur. Le repos ne dura que quelques secondes. Une explosion. Brusque, détonante. Mon père passa au dessus de moi, le souffle lui donnant des ailes. Il s'écrasa contre ma commode, inerte à son tour, ses mains écarlates.
Ma mère était la source de tout cela. Sa main qui tenait une longue tige de bois ne tremblait pas. Contrairement au reste de son corps. Elle semblait dégager une aura de rage que je n'aurai jamais cru voir chez elle. Un instant elle paraissait ne plus me voir. Elle abaissa sa baguette, sans un mot. Au contraire ce fut mon père qui se mit à hurler de douleur. J'avais sursauté, une peur s'engouffrant en moi. Cette femme brisée par la haine n'était pas ma mère. Du moins, elle n'était que celle au de-là du voile noir de son passé.
« Maman ! »
Ma voix était trop faible par rapport au bruit de la souffrance.
« Maman ! »
Elle quitta mon père des yeux. La haine se dispersa de son regard et de l'atmosphère de ma chambre. Elle se laissa tomber auprès de moi, m'étreignant plus fort que jamais. Mais cette fois-ci nous n'échangeâmes aucun mot de pardon ou d'excuse. Après tant de cris, le silence avait une pureté plus belle et plus profonde que le pardon.
Après plusieurs minutes de silence et de caresses tendres remplis de l'odeur d'une mère, je me permis d'y mettre fin.
« On doit partir Maman …
- Je sais …
- Tu as peur ?
- Oui. Pour toi. Gwendal … Jamais tu n'aurais dû faire ca. Jamais je n'aurai dû lui laisser la capacité de te faire du mal … On va partir. Pour nous protéger, même si pour cela, je dois fuir dans le monde que j'ai tant haïs …
- Celui de la magie ? Celui de Théodore ?
-Oui. Je vais faire nos valises, nous ne pouvons plus attendre. »
Et elle s'était redressée en grimaçant. Je l'avais imité. Remplir les malles n'avait pris que quelques secondes grâce à l'aide de la magie. J'avais pris le soin de ramasser la boite qui s'était renversée dans le couloir. Je compris, en voyant une photo froissée d'une jeune fille aux cheveux chocolats qu'il s'agissait du carton renfermant le passé de Maman. Je la gardais donc précieusement entre mes bras.
Maman m'attrapa la main, saisissant nos bagages de fortune de l'autre. Elle me demanda l'adresse de Théodore Nott. Je lui confiai. Elle prit une large inspiration. Sa main grelottante d'angoisse autour de la mienne, elle leva sa baguette et nous entraina dans un tourbillon écœurant.
Quand je rouvris les yeux, plus pâle que jamais, je vis le regard épuisé de ma mère. Je n'eu à peine le temps de réagir qu'elle se laissait tomber à genoux.
« Maman ! »
La peur montait en moi. Je me tournais vers la porte, quittant ma mère pour chercher Théodore. Je frappai encore et encore sur cette lourde porte en chêne jusqu'à découvrir le visage surpris du grand brun.
Je le vis détailler mes entailles sur la joue et ma lèvre déchirée. Il remarquait le sang sur ma chemise et ma cambrure dû à mon épaule et mes côtes endolories. Il comprit sans doute que mon poignet était brisé de la façon avec laquelle je le soutenais.
Et son regard passa derrière moi. Et il comprit l'origine des larmes qui naissaient dans mes yeux inquiets.
« Tu peux marcher tout seul ? me demanda-t-il doucement »
Mais je fus dans l'incapacité de lui répondre, les sanglots entravant mes cordes vocales. Il fit apparaitre une chaise dans l'entrée d'un coup de baguette. Il m'attrapa avec douceur et m'y installa.
Je le vis soulever avec la même délicatesse ma mère pour passer devant moi et disparaitre derrière une porte du couloir. Il revint quelques instants plus tard, attirant nos valises dans l'entrée. Il s'accroupit juste devant moi pour m'enlacer.
« J'ai eu peur pour vous. Je suppose que tu as fait une chose particulièrement stupide ?
- Je l'ai protégé. Ce n'est pas stupide.
- Tu l'as préservé en te sacrifiant à ton tour. Ce n'est pas le rôle d'un enfant.
- Je ne suis plus un enfant. »
Ma réponse le garda silencieux un instant. Puis il me libéra de son étreinte pour me soulever et me conduire jusqu'à la pièce où il avait déposé ma mère. Il s'agissait d'une chambre avec un lit simple. Elle y était étendue.
Théodore m'indiqua sur le fauteuil dans le coin près de la fenêtre. Il ouvrit une armoire et en sortit plusieurs fioles de couleurs différentes. Il m'en donna une, m'intimant l'ordre de l'avaler. Il fit boire sa jumelle à Maman. « Potion d'apaisement » m'avait-il dit.
Il s'était de nouveau accroupi devant moi. Il examina mon poignet et fit apparaitre une attelle « avant de s'en occuper pleinement ». Il renouvela le sortilège et banda mon épaule douloureuse. Il fit apparaitre un miroir devant moi et me donna du coton et une nouvelle potion. Il m'expliqua que les blessures de ma mère avaient besoin de toute son attention et qu'en attendant, il fallait que je me désinfecte. J'obéis.
Il mit un paravent entre ma mère et moi. Il se refusait que j'assiste à ça. Au fond de moi je le remerciai. Il était inutile que mes yeux se posent sur les marques de ma mère… Cicatrices qui exprimaient la culpabilité de ma famille toute entière.
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J'avais fini par m'endormir dans ce fauteuil. Théodore avait du me coucher dans une autre chambre. Il avait également du me soigner car la douleur s'était profondément estompée. En franchissant le seuil de la porte, je compris que je me trouvais à l'étage.
Mes pas étaient légers sur l'escalier en chêne. Il ne grinça pas. Pas plus la porte que j'ouvrai sur ma mère. Elle était assoupie. Son visage était calme, excessivement pale.
Et ses cheveux étaient libres. Hier, des mèches folles s'étaient échappées de son chignon, mais là ils ondulaient autour de son visage. Je me vis frôler un de ses chemins onduleux du bout de mes doigts. Tout doux. Et doucement ses yeux s'entrouvrent. Elle sourit faiblement avant de soulever dans une grimace mal dissimilé la couette pour que je me glisse contre elle. Je me blottis dans ses bras avec prudence, de peur de la blesser. Elle déposa un baiser protecteur sur mon front et nous fermâmes de nouveau nos paupières, ensemble.
Pour une fois, matin serait synonyme de douceur et d'amour.
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Maman n'a pas pu se lever. Elle est encore trop fatiguée. Elle a continué de dormir bien longtemps après que je me sois réveillé d'entre ses bras. Théodore était dans le fauteuil dans l'angle, un livre sur les genoux, les lunettes sur le nez et un air concentré profondément figé sur son visage.
Quand je me suis redressé, il avait repris son visage habituel et avait déposé son roman sur la tablette à ses cotés. Il s'était levé et m'avait invité d'un geste de la main de le suivre en silence.
Il traversa le couloir et je l'accompagnai jusqu'à la cuisine. Il me posa un bol sur la table alors que je m'installai face à elle. Le lait et le chocolat glissèrent dans le récipient sans qu'il n'ait à les toucher. Le mélange était chaud. Des tartines vinrent accompagner la vaisselle et je déjeunai en silence, Théodore face à moi.
«- J'ai dormi longtemps ?
- Quelques jours. Je t'ai soigné comme j'ai pu mais tu étais si épuisé qu'il est normal qu'il t'ait fallu du sommeil.
- Et Maman ?
- Ta mère aura une longue convalescence. Elle est autant épuisé moralement que physiquement. Je ne l'aurai jamais imaginé la voir dans cet état. Tu l'aurais vu dans ma jeunesse ! Une vraie lionne ! Elle a giflé Drago une fois. Tu te souviens de lui ? Mon ami, à la gare. »
Je hochai la tête en signe de réponse, la bouche trop pleine pour dire un mot. Je remarquai tout de même que le regard de notre hébergeur s'était voilé.
« En même temps… La guerre a été particulièrement dure dans notre monde. Autant éprouvante physiquement que moralement. J'avais même été capturé par l'Ordre du Phénix, l'organisation à laquelle ta mère appartenait. Il me prenait pour un Mangemort – les méchants si tu préfères. Je peux comprendre leur erreur. Mon père en était un et Drago aussi – il n'avait pas eu le choix, il devait protéger sa mère. Cela faisait déjà presque quatre ans que Voldemort, le Seigneur des Ténèbres terrorisait le monde sorcier. Meurtres, tortures, enlèvements… Après la mort du grand chef de l'Ordre durant notre sixième année, la résistance a doucement sombré dans la folie. Elle affrontait le mal par le mal.
- Ca veut dire qu'ils t'ont aussi torturé quand ils t'ont fait prisonniers? Demandais-je, comprenant doucement où il voulait en venir.
- Oui. Et puis une quinzaine de jours après ma capture, ta mère est revenue avec ses deux meilleurs amis, Harry Potter et Ron Weasley au QG de l'Ordre.
- Harry Potter c'est le Survivant c'est ça ?
- Oui. Et Ron Weasley était le petit ami de ta mère. Ca faisait trois ans qu'ils étaient en fuite, apparemment à la recherche d'un moyen de vaincre Voldemort. Visiblement ils n'étaient pas au courant de la nouvelle politique de l'Ordre. Il faut savoir que la famille Weasley avait eu pas mal de pertes durant ces trois années. En tout deux des frères de Ron Weasley étaient décédés, assassinés par des Mangemorts. Je crois que c'est aussi pour ça qu'Arthur, son père n'avait pas réagi à l'emploi de la manière forte. Quoi qu'il en soit, Weasley était dans le camp de son père, Potter était partagé et ta mère profondément révoltée. Un jour elle est même entrée dans ma cellule durant un interrogatoire un peu musclé que je subissais. Elle avait vraiment été effrayante. Elle s'était excusée pour eux. Dans l'état où j'étais, il ne me semble pas avoir été d'une grande gentillesse. Enfin bref. Elle est apparue encore quelques fois pour les empêcher de s'en prendre à moi. Puis elle n'est plus venue. Les autres non plus d'ailleurs. Il s'était passé quelque chose dans l'Ordre. Finalement j'ai fini par être libéré. Un autre prisonnier avait fini par m'innocenter. Potter en personne s'est excusé. Je crois lui avoir craché à la figure avant de transplaner…ricana-t-il sans animosité, juste pour le plaisir de se souvenir.
- Où était Maman à ce moment-là ?
- Elle s'était enfuie. Une dizaine de mois après sa disparition, Potter réussissait enfin à nous débarrasser de Voldemort. Il y a eu une série de jugements et de condamnation chez les Mangemorts, aussi chez les membres de l'Ordre qui avaient abusé de leurs pouvoirs. Le monde sorcier s'est reconstruit sur des bases nouvelles. Mais jamais ta mère n'est réapparue. On a longtemps cru qu'un Mangemort l'avait tué juste avant la chute de Voldemort ce qui expliquait pourquoi les anciens partisans ignoraient où elle se trouvait.
- C'est une des raisons pour laquelle Drago était si étonné que je sois son fils.
- Entre autre. Je pense qu'il était aussi soulagé de la savoir en vie. Drago regrette vraiment son passé et de savoir qu'il y a eu une victime de moins… Enfin voilà … Maintenant Hermione Granger réapparait de la manière la plus violente qui soit parmi nous. Je me demande bien la tête que vont faire Potter et Weasley …
- Quand ils apprendront que nous sommes chez toi ?
- Je pense déjà que l'existence du « nous » va être un choc, Weasley espère toujours retrouver ta mère. Il est vrai aussi que le fait que ton intervention t'ait poussé à te tourner vers moi plutôt que vers eux risque d'être délicat à gérer. Les explications vont être longues crois-moi ! »
Il prenait tout cela avec le sourire. Un peu plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis la fuite de ma mère et la fin de la guerre. Théodore avait surmonté son passé. Il avait avancé. Maman avait fuit.
J'essuyais mon visage chocolaté avec la serviette qu'il m'avait tendu. Mes yeux se posèrent sur le journal qui était sur la table.
« Je peux ?
- Je t'en prie, mais je ne sais pas si tu connais ce quotidien…
- La Gazette des Sorciers … Mais … Les photographies…
- Oui, c'est magique ! S'amusa-t-il à commenter. »
Et mon regard glissa sur le papier, s'accrochant plus ou moins aux titres sur le papier. Mais ce fut un petit caractère dans l'entête qui attira mon regard.
« Le 19 septembre 2020 … Théodore, c'est le journal d'aujourd'hui ?
- Euh, oui pourquoi ? »
Je ne lui répondis pas et me levai d'un geste pour courir jusqu'à la chambre de Maman.
Vide.
Je ne pu m'empêcher d'être grossier. On ne sait jamais, ça l'aurai peut être fait revenir. Théodore entra à ma suite.
« Merde ! Où est ce qu'elle est passée ? Elle n'est pas en état ! Granger ! T'es où ? cria-t-il, espérant la trouver dans la maison, mais sa baguette n'était plus là.
- Elle est allée voir mon père… lui dis-je d'une voix blanche.
- Comment tu le sais ? m'interrogea-t-il.
- C'est l'anniversaire de Maman. Ils sont toujours ensemble ce jour-là. A cette date, il n'y a plus que ma mère qui existe à ses yeux.
- Bon sang elle est folle ! Qu'est ce qu'elle espère ?
- Soit elle veut le faire revenir à la raison… Soit elle veut lui faire payer. »
Inutile de préciser que mon visage était plus blanc que jamais.
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Merci d'avoir lu ce chapitre ! N'hésitez pas à laisser une review !
Ps : Bonne St Wenceslas à tous ! Et n'oublions pas que notre cher Hermione a eu 31ans il y a un peu moins de 10 jours ! (Le 19 Sept !)
Ps' : Oh, dans la version J.K Rowling bien sur ! Parce que chez moi, on est en 2020 ! :D
