Les plaines du Rohan étaient presque calmes ce jour là. Un paysage de ciel gris et d'herbe jaune dans lequel se perdaient la plainte d'un rapace solitaire au loin, et le tintement cristallin du fil des lames.

Sorchan se retrouva instantanément plaquée au sol, une botte de cuir lui écrasant la poitrine et la pointe d'une épée sous la gorge. Ça commençait à devenir une habitude! Eomer se raidit brusquement quand il senti le métal froid d'une dague posée juste sur sa nuque. Elrahan, qui tentait de protéger son amie, était elle même tenue en joug par une bonne quarantaine de lances. En fait, le choc des cultures n'avait pas été très positif, car les Rohirims se montrèrent tout de suite hostiles face aux elfes noires qui se défendirent verbalement d'abord. Puis Sorchan eut la brillante idée de frapper Eomer au visage quand il les avait traitées de: « Filles à orcs ». A présent, Aragorn tentait tant bien que mal d'arrondir les angles.

-S'il vous plaît mon seigneur. Dit-il d'une voix calme. Nous cherchons seulement à nous rendre à Edoras, nous ne sommes aucunement vos ennemis.

-Qui me dit que vous n'êtes pas des espions du magicien blanc? Grogna Eomer en menaçant toujours Sorchan.

-Eh bien...

-Nous sommes de Foncombe. Interrompit Legolas en montrant la feuille de la Lorien que tous portaient à leurs capes, il se tourna vers les deux jeune femmes. Nous sommes chargés de transférer ces deux Draws vers la Forêt Noire et pour ceci nous devons traverser vos terres.

Le sang froid du prince elfe fit entendre raison à Eomer qui retira son pied du torse de Sorchan qui toussota . Aragorn dévisagea le Rohirim un instant puis lui expliqua rapidement la poursuite des orcs, Eomer secoua la tête et soupira qu'ils avaient décimés un groupe d'Ourouks pendant la nuit précédente. Il désigna un tas fumant et pestilentiel à un demi kilomètre de là. Il fit venir trois chevaux et remonta sur le sien. Aragorn le remercia et avant de repartir, Eomer lui sourit:

-Il est bien imprudent de laisser leurs armes à vos prisonnières. S'exclafa-t-il avec le hochement de tête de celui qui a tout comprit mais qui laisse faire.

Puis il talonna son cheval et disparut avec ses hommes dans les plaines herbeuses. Aragorn sauta sur un des chevaux, un étalon baie du nom d'Arhod.

-Il faut aller voir, les hobbits sont peut-être toujours là. S'exclama-t-il en chauffant sa monture prêt à partir grand train à tout moment.

Legolas et Gimli se partagèrent un haut cheval Blanc et les deux elfes grimpèrent sur le troisième cheval. Le nain dû s'agripper à la cape du prince elfe pour ne pas tomber. Sorchan eut envie de pouffer de rire à la vue du courtaud accroché comme une tique à ce grand illuminé d'elfe. Mais apparemment, le moment n'était nullement propice à la rigolade. Aragorn caracolait en tête et en peu de temps, ils atteignirent le tas pestilentiel d'orcs carbonisés. Les cadavres étaient entassés à l'orée d'une forêt, les cavaliers les avaient certainement surpris pendant qu'ils se reposaient comme ils s'étaient fait avoir par Sorchan.

Les Rohirimes n'avaient pas fait dans la dentelle, des membres étaient éparpillés un peu partout et la terre sèche était maintenant une épaisse boue brunâtre de sang d'orc coagulé. Elrahan eut un large sourire à la vue des corps en combustion, elle haïssait les orcs et détestait encore plus les Ourouk-haïs. Des têtes avaient été plantée sur des piques et Sorchan regretta franchement de ne pas avoir été là pour participer au massacre. Pendant qu'elle observait la tête grimaçant à la langue largement sortie d'un orc, elle entendit Gimli fouiller le tas fument du bout de sa hache. Elle se tourna vers lui quand il attrapa ce qui ressemblait à une lanière de cuir finement ciselée.

-C'est une de leurs ceintures. Dit le nain, le visage soudain livide.

Aragorn regarda un moment le morceau de cuir brûlé et mit un grand coup de pied dans un casque d'orc en hurlant de rage. Le rôdeur se laissa tomber à genoux, Legolas ferma les yeux et murmura une prière elfique. Aragorn fixa le sol devant lui, laissant ses yeux bleus vagabonder entre les touffes d'herbe. Tout à coup, il parut plus concentré, la peine ayant cédée la place à l'investigation sur ses traits. Sorchan suivit son regard au sol et aperçut en même temps que lui les traces qui s'inscrivaient dans la terre sablonneuse.

-Un hobbit était allongé ici. Dit Aragorn en suivant les traces du bout des doigts.

-Un autre là. Continua Sorchan en désignant une marque entre les herbes.

Les deux forestiers suivirent les traces qu'eux seuls pouvaient voir et remontèrent la piste sous les yeux étonnés de leurs alliés qui suivirent leur manège. Aragorn prit la tête du groupe et s'arrêta net devant l'orée de la forêt. Gimli resta figé devant l'ombre que diffusaient les hauts arbres, sa barbre fut secouée d'un frisson.

-Quelle folie les a menée en ces lieux. Lâcha-t-il.

-Je ne pense pas que l'on retrouvera vos amis là dedans messire. Dit Sorchan en contemplant la forêt.

-Nous devons essayer. Répondit le rôdeur, son regard planté dans les ténèbres en face de lui.

-Il a raison, ajouta Elrahan, si les hobbits sont dans cette forêt ils auront encore plus besoin de nous.

-Dans ce cas Fanghorn nous attend. Souffla Sorchan en fusillant son équipière du regard.

L'elfe noire n'était pas particulièrement enchantée de s'enfoncer dans Fanghorn, surtout vu tout ce qu'elle avait entendu à propos de l'endroit. Mais entant que forestière elfe noire, elle avait déjà affronté bien pire. Elle prit une profonde inspiration et entra dans la foret, suivant la piste des hobbits.

-Je le sens quand même mal. Grogna-t-elle à l'adresse d'Elrahan qui lui décocha un petit clin d'œil.