4.T'es chieuse, petite lionne.
Une chaleur étouffante régnait paisiblement sur Londres. Tous les passants que l'on pouvait y croiser étaient très faiblement vêtus, allant des mini-shorts pour les femmes aux bermudas pour les hommes. Londres possédait toujours sa charmante atmosphère vieillotte, mais quelques buildings s'étaient maintenant élevés. Une jeune femme brune marchait énergiquement sur le trottoir du Londres moldu, et marmonnait des malédictions tout bas. Elle portait une jupe souple blanche, qui lui arrivait jusqu'aux genoux et qui semblait danser autour d'elle. Le haut de son corps était couvert par un débardeur bleu clair qui allait à merveille avec ses yeux. Ses pieds étaient chaussés de petites ballerines blanches, et ses cheveux bruns étaient retenus sur son front par ses lunettes de soleil. Son sac en cuir brun se balançait entre son bras et son torse à chacune de ses enjambées. Cette jeune femme bifurqua par plusieurs petites ruelles avant de trouver celle qu'elle cherchait. Un bar miteux nommé le Chaudron Baveur lui faisait face, et avec un sourire, elle y entra sous le regard de quelques passants étonnés de voir une jeune femme si élégante rentrer dans ce genre de bar. Se dirigeant vers le fond du bar, elle salua le barman et sortit discrètement de son sac un bout de bois fin, pour lui confirmer son statut de sorcière. Avec un sourire charmeur, le barman, un indien, hocha la tête d'approbation.
-Vous avez un prénom, charmante demoiselle ?
-Ryan, pas de ça avec moi, répliqua la jeune femme en disparaissant par la porte de derrière.
Le barman soupira de lassitude. Comme à chaque fois, Valentine Lacombe refusait ses avances. Et pourtant, elle n'était plus avec ce Potter depuis bien longtemps. Qu'est ce qui pouvait bien clocher chez lui ? S'observant dans un verre en plastique, Ryan ne vit que son profil déformé, et désespéré, eut un nouveau soupir. Les femmes Anglaises étaient toutes différentes. Et en plus celle-ci était française.
Pendant que Ryan Goburn se plaignait de ne pas faire tomber toutes les sorcières de Londres, Valentine avait traversé le portail du Chaudron Baveur, et s'était retrouvée sur le Chemin de Traverse. Sourire aux lèvres, elle marcha jusqu'au marchand de glaces du Chemin de traverse, boutique qui se transmettait de générations en générations. Une rousse était assise à une table, sous la terrasse, vêtue d'un chemisier blanc et d'un mini-short en jean, de ce que l'on pouvait en juger vu ses longues jambes nues finissant par des Converses noires sous la table.
-Je suis épuisée, et je déteste ton frère, déclara de but en blanc Valentine, en posant bruyamment son sac sur la table de la rousse, et en s'asseyant lourdement sur une chaise.
Le regard chocolat de la rousse pétilla de malice. Lily Luna Potter arborait maintenant des cheveux courts, qui lui arrivaient un peu au-dessus des épaules. Cela faisait beaucoup plus moderne, et dégageait superbement le visage de la rouquine, qui semblait ainsi beaucoup plus mature, mais avec une once de gamine. Pour une raison inconnue, ses cheveux bouclaient à leur guise. Et parfois, redevenaient ondulés, presque lisses. Ce jour-là, ils étaient bouclés et d'un air agacé, la rouquine souffla sur des mèches qui tombaient sur ses cheveux.
-Bonjour Valentine, susurra la rousse, ironique.
-Hn.
-Qu'est ce qu'il a encore fait ? S'amusa Lily.
Valentine poussa un soupir.
-Il se trouve que Monsieur a trouvé le moyen d'introduire dans mon bureau à Gringotts une douzaine de bouquets de tulipes ! Pas douze tulipes, non ! Douze bouquets !
-Oh le vilain, il faut le pendre, se moqua Lily.
La brune lui lança un regard noir, et se mit à rire. Cela faisait un an et demi que la sœur de Albus et elle s'étaient liées d'amitié. Elle avait appris aussi que Lily et Scorpius Malefoy n'avaient jamais été ensemble, et que c'était un moyen pour Albus de la conquérir, reléguant son blondinet de meilleur ami au rang de petit ami de sa petite sœur. Valentine s'en souvint comme c'était hier, elle avait par la suite avoué que Albus lui avait beaucoup plus plu que Scorpius, et ce dernier avait fait semblant d'être horriblement vexé sous les regards des personnes présentes.
-Non sérieusement Lily, ton frère est insupportable. Ça fait six mois déjà.
-Il ne supporte pas être loin de toi Val, répliqua Lily.
-Et moi je ne supporte plus cette situation. C'est mignon, of course, mais je pense demander ma mutation en France.
-Sérieusement ? S'étonna la rousse.
-Il n'a toujours pas compris pourquoi je l'ai quitté, et il s'obstine à vouloir recommencer.
-Ce stage de six mois vous a complètement séparés, commenta Lily en plongeant sa cuillère dans sa glace. Au chocolat, bien sûr.
-Si ce n'était que ça..
-Ce n'était que des médisances Val ! Je sais très bien que tu n'es pas comme ça.
-Médisances ou pas, je refuse d'appartenir à la famille Potter, Lily. Je refuse de me faire traiter encore d'instigatrice, prête à tout pour rentrer dans cette célèbre famille. Je refuse qu'on abaisse mes sentiments pour Albus à une recherche de profit et de popularité.
-Tu l'aimes encore, nota Lily.
-Qu'importe, j'ai déjà pris ma décision.
-Tu gâches beaucoup par la faute de ces imbéciles. C'était pareil à Poudlard, tout le monde voulait être nos amis, juste pour notre famille. On a toujours réussi à discerner le vrai du faux. Albus n'est jamais resté plus de deux mois avec la même fille, il est resté avec toi un an.
-Six mois, corrigea Valentine, en tripotant une mèche de ses cheveux.
-Uniquement si tu ne comptes pas le temps de son séjour aux USA. Après tout, il ne pouvait pas faire autrement ! Il était obligé de faire ce stage.
-C'est ton frère, tu veux son bonheur, murmura la brune.
-Tu es mon amie aussi, et tu es en train de foutre en l'air votre bonheur à tous les deux.
-Lily je n'ai que vingt-trois ans.
-Tu es trop têtue pour moi, déclara Lily Potter après un silence. Pire que Adélaïde.
-Mmh. Qu'est ce qu'elle devient ?
La rousse s'assit en tailleur et plongea une nouvelle fois sa cuillère dans sa glace, qui fondait très vite.
-L'Afrique du Sud lui fait du bien, j'ai reçu de ses nouvelles par hibou il y a quelques jours à peine.
-Bien, bien. Hugo ?
-Déprime, compléta Lily. Il est vraiment amoureux d'elle depuis nos années Poudlard, et ça m'étonne qu'ils ne soient pas de nouveau ensemble. Ça va, ça vient. Il fume beaucoup trop.
-Il doit être stressé par l'écriture de son roman.
-Ça aussi. Il m'inquiète, même si il fait de son mieux pour paraître bien lorsque je vais le voir. Il n'aurait jamais du déménager de notre ancien appartement.
-Je suis désolée pour lui.
-Adélaïde est aussi très têtue, commenta Lily en jetant un regard en biais à Valentine, qui en rougit.
-Ta tante aussi.
-Oui. Je me demande encore comment Tante Hermione a pu demander ça à Adélaïde, ça m'épate encore après plus d'un an.
-Je ne connais pas aussi bien que toi ta tante, admit Valentine. Mais d'un côté, elle voulait le bien de son fils.
-La seule personne qui pouvait faire le bien de Hugo, c'était bien Addy. Le mal est fait, malheureusement.
-Et toi ? Que se passe-t-il ? Demanda Valentine, en souriant.
-Nick est un abruti, je vais le laisser tomber.
Gênée de le dire aussi abruptement, Lily sentit une brusque rougeur lui venir aux joues. Saleté d'héritage Weasley. Nick Colson était un beau garçon pourtant, il avait vingt-neuf ans, et était très doué dans son domaine, il avait été promu Guérisseur-en-chef de son service au bout de quatre années seulement d'exercice de Guérisseur. Il était grand, avait des yeux noisette couverts de lunettes qui lui donnait un air très intellectuel, et des cheveux d'un brun très foncé.
-Le Guérisseur-en-chef du service des Virus et Microbes magiques de St-Mangouste serait donc un mauvais coup ? Se moqua Valentine.
-Ne te moque pas Val, il est vraiment insupportable. Trop, beaucoup trop possessif, d'une jalousie incroyable, il ne supporte pas la vue d'un autre homme avec moi. La dernière fois, j'ai cru qu'il allait foutre un coup de poing à mon cousin Louis ! Il pensait à tort d'ailleurs que c'était mon amant. Je te jure que je n'en peux plus.
-Donc ce spécimen qui semblait parfait a des défauts, ironisa Valentine.
-Oui, soupira Lily. Personne n'est parfait, tout compte fait.
-Tu as revu Scorpius ? Demanda Valentine, en fixant la rouquine droit dans les yeux, lui empêchant de mentir.
La cadette Potter soupira, elle savait que Valentine allait remettre le sujet sur le tapis. Durant le dernier semestre de ses études, Lily allait voir quasiment tous les weekends quand il était « libre », Scorpius Hyperion Malefoy. Ils étaient tous les deux parvenus à un accord, ce n'était que du sexe. Quand l'un voulait et que l'autre pouvait. Jamais plus. Jamais moins. Mais quand un d'eux avait une relation sérieuse en cours, leur relation s'arrêtait. Bien que ce cas ne se fut jamais présenté, c'était une de leur règle, enfin une des règles de Lily. En fait, c'était Lily Luna Potter qui dans un moment de faiblesse lui avait proposé ce marché et imposé ces règles. Scorpius, lui, n'avait fait qu'acquiescer avec un sourire. Et quel sourire..
-Je sais qu'il est rentré des USA il y a environ deux ou trois mois, chuchota Lily.
-Et il n'a pas repris contact ?
-Pourquoi le ferait-il ? La défia Lily. J'ai une relation sérieuse en cours,..
-Qui va bientôt s'arrêter, l'interrompit Valentine, en riant.
Après lui avoir lancé un regard noir, Lily se mit à rire elle aussi.
-C'est pas faux, mais lui n'est pas censé être au courant et lire dans mes pensées, tu saisis Val ?
-Cinq sur cinq, miss Potter. Mais je ne comprends pas pourquoi tu ne l'as pas encore croisé ?
-Tout simplement parce que je n'ai vu Albus qu'aux repas en famille, et qu'il serait vraiment mal venu qu'il y amène un Malefoy, répliqua la Potter.
-Ah ces anciennes haines de famille. C'est la même chose en France et j'ai une famille semblable à celle de Scorpius...Tu imagines la réaction de ta famille, et plus particulièrement de James si il apprenait ta relation avec Scorpius ?
Valentine était sur le point de pouffer à l'idée de la tête de son ancien beau-frère. Assurément, elle serait mémorable.
-Combien de fois devrais-je te dire que je n'ai pas de relation avec ce serpent ?
-Hum, tu n'en as plus, nuance. Mais tu ne vas pas tarder à en reprendre une.
-Dis pas n'importe quoi Val, esquiva Lily, une autre rougeur suspecte sur ses joues.
Pour éviter de continuer à répondre à une autre question, la rouquine prit une énorme cuillerée de glace au chocolat et l'enfouit dans sa bouche.
-Beau gosse en approche Lily, chuchota la brune, en arrangeant un peu ses cheveux bouclés qui tombaient en masse sur ses épaules.
La demoiselle Potter se retourna, un peu de glace au chocolat sur le coin de la bouche, et reconnut après quelques secondes de réflexion le beau gosse qu'avait signalé Valentine : Lysander Scamander. Elle ne l'avait pas revu depuis Poudlard, le sieur Lysander étant allé faire ses études au Brésil, Merlin seul sait pour quelle raison, vu que son jumeau Lorcan était resté en Angleterre. C'était toujours un grand blond aux yeux couleur ambre, et il avait pris quelques couleurs, sûrement dû à ses années d'études en Amérique du Sud. Lily ne se souvenait pas très bien de sa relation avec Lysander, juste qu'ils s'entendaient bien quand ils étaient dans la même pièce ou quand ils jouaient ensemble, gamins, lorsqu'elle allait chez sa marraine Luna, dont il était un des fils, ou qu'il venait chez eux, Ginevra étant sa marraine, malgré un an de différence d'âge. Il avait été à Serdaigle, et avait donc eu des amis ne faisant pas partie de la fratrie Weasley-Potter, sauf Dominique qui avait le même âge que lui, et qui avait été aussi repartie à Serdaigle. Lily observa un instant sa carrure, comme le ferait une femme normalement constituée. Il avait vraiment un superbe corps. Lysander, qu'elle préférait surnommer Lys, était vêtu d'un débardeur bleu foncé avec l'icône des Wizards Gren, un groupe de musique sorcier, et d'un jean un peu déchiré aux genoux, avec des Converses bleu foncées, elles aussi. Une tenue plus digne d'un adolescent que d'un homme de vingt-deux ans, bientôt vingt-trois ans.
-Je le connais, fit Lily en se mordant la lèvre inférieure. Geste typiquement féminin que les femmes ne pouvaient s'empêcher de faire lorsqu'un spécimen tel que Lysander passait dans les parages.
-Tu ne veux pas me le présenter ? Demanda Valentine en riant.
-Non toi t'as Albus, je le prends ! Se moqua Lily, en commençant à faire de grands signes de la main à Lysander qui était de l'autre côté de la rue, les mains dans les poches, et le regard flânant un peu partout.
-T'as Scorpius !
-C'est pas vrai ! Répliqua Lily, gamine. Je veux Lysander et je l'aurai. D'ailleurs j'ai l'avantage, je le connais.
Elle arborait un air diabolique et Valentine riait toujours de ça lorsque Lysander s'approcha des demoiselles, un air interrogateur sur le visage. Apparemment il n'avait pas reconnu Lily Luna Potter, et s'apprêtait à leur demander avec un sourire charmeur ce qu'il pouvait bien faire pour ces deux jolies femmes.
-Hello Lys, commença Lily avec un grand sourire.
Sourire que Lysander Scamander reconnut dès qu'il le vit, aucun sourire ne se ressemblait, et celui de Lily avait toujours été particulièrement unique et authentique. Et puis ce surnom. Il n'y avait qu'elle pour utiliser le nom d'une fleur pour le qualifier.
-Potter. Lily Potter, la reconnut Lysander en souriant à son tour.
Impulsivement, Lily se leva et sauta dans les bras de son ancien camarade de jeu, qui l'enlaça à son tour. Même si ils n'avaient pas été très proches à Poudlard, ils s'aimaient bien et dès qu'ils pouvaient parler quelques minutes ensemble, ils le faisaient. Maintenant que Lily s'en souvenait, Lysander ne lui avait plus beaucoup parlé les deux dernières années qu'il avait passé à Poudlard à cause de sa petite amie de l'époque, qui détestait Lily. Une certaine Allison Bright, une Gryffondor d'ailleurs. La rouquine n'avait jamais vraiment compris pourquoi.
Après ce câlin de retrouvailles, la rousse Lily présenta Lysander à Valentine, qui eut un sourire discret. Finalement, Lysander n'était pas trop son type, les blonds au style adolescent ne lui disaient rien, et puis les yeux de ce dernier étaient fixés uniquement sur la rousse. C'était déjà peine perdue, même s'il aurait été amusant de faire une compétition avec son amie Lily.
-Ravie de t'avoir rencontré Lysander, mais je dois filer. J'ai fini ma pause, intervint Valentine avant de s'éclipser avec une bise pour Lily et un salut de la main pour le jeune homme Scamander, les laissant seuls tous les deux.
Avec aisance, Lysander s'assit sur le siège que Valentine venait de quitter, et Lily reprit sa place en tirant un peu sur sa chemise.
-T'as de la glace là, se moqua gentiment le blond, en pointant du doigt le coin de ses lèvres.
Affreusement gênée et rougissant encore plus, Lily essuya rapidement le peu de glace au chocolat qui était resté, ce traître. Et leur conversation débuta. Lily demanda des nouvelles de sa marraine qu'elle n'avait pas vu depuis quelques mois déjà, et qu'est ce qu'il était devenu entre-temps après sa sortie de Poudlard. Elle apprit ainsi qu'il était devenu Magizoologiste comme son père, et que si il était parti au Brésil, c'est que l'Amazonie le passionnait, et on prétendait que beaucoup de créatures magiques s'y cachaient. Il avait rompu avec la Allison dont Lily se souvenait, elle était un brin trop possessive, et ne comprenait pas sa passion pour les créatures magiques, héritée de ses parents évidemment. Puis Lily commença à lui narrer sa vie, tout en évitant de parler de Scorpius, et lui apprit qu'elle était devenue Guérisseuse à St-Mangouste, et qu'elle était dans une relation avec un abruti avec qui elle avait l'intention de rompre. Dès aujourd'hui, d'ailleurs.
-Les mecs possessifs, t'aimes pas ça alors ? Ironisa Lysander. Je croyais que les femmes aimaient ça.
-Oui on aime ça Lys, mais pas à ce point. Trop, ça en devient étouffant. Un peu, c'est mignon, tu te sens aimée, mais là c'est comme si j'étais son objet. C'est insupportable.
-Surtout pour toi, Calamité, se mit à rire le fils de Luna, en utilisant le surnom dont il la gratifiait, petite.
Lily se mit à rire aussi, et pendant quelques minutes, ils ne purent s'arrêter. Le rire de Lysander était contagieux et Lily devait avouer qu'elle aimait parler avec lui et rester en sa compagnie.
-On pourra se revoir ? Demanda brusquement Lysander, avec un sourire que Lily qualifia de timide.
-Bien sûr, tiens attends mon adresse. Tu m'enverras un hibou pour qu'on se prenne un café un de ces jours.
Lysander acquiesça et enfouit le morceau de parchemin sur lequel Lily avait écrit son adresse, dans la poche de son jean. L'aîné de deux minutes de Lorcan était content d'avoir revu Lily Potter, elle était passée d'une adolescente de seize ans très mignonne, à une sublime jeune femme de vingt et un ans. Celui qui aurait la chance de l'avoir dans son lit et dans son cœur serait un homme heureux, et si personne ne se présentait au bout d'un moment, Lysander Scamander serait ravi de prendre cette place, mais cela dépendait de Lily. Souriant tendrement, il salua Lily et après que celle-ci eut payé sa fameuse glace au chocolat, ils partirent chacun de leur côté, chacun ravi de voir ce que l'autre était devenu.
*
-Mère, quand même, vous auriez pu éviter ça !
Scorpius Hyperion Malefoy se tenait droit et fier près de la cheminée de la maison familiale, ses cheveux blonds plus courts que un an et demi plus tôt, ses pommettes un peu plus saillantes qu'avant, dû à une perte légère de poids, ses yeux couleur anthracite plus que glacés, et vêtu d'un polo bleu marine, et d'un bermuda blanc qui lui arrivait aux genoux. Il se devait d'avoir fière allure dans le Manoir Malefoy, et d'être correctement, selon les dires de sa grand-mère, habillé. Il était en train de se quereller avec sa mère, assise dans un canapé en face de cette cheminée, Astoria Malefoy. Une blonde délicate aux grands yeux bleus et au visage de poupée russe, habillée d'une courte robe en soie grise, qui lui donnait à peine trente ans, alors qu'elle en avait quarante-six. Narcissa Malefoy, sa belle-mère, elle, se tenait dans un fauteuil, trônant telle une reine. Son visage était toujours aussi délicat, auquel des rides fines, qui viennent seulement avec l'âge, s'étaient ajoutées, et ses cheveux étaient maintenant grisâtres, avec de longues mèches blanches, qu'elle avait attaché en un chignon serré et remonté sur sa nuque. La grand-mère de Scorpius était quant à elle vêtue d'une robe longue d'un vert foncé, qui allait à merveille avec ses yeux toujours aussi verts, entourés de petite rides.
-Voyons Scorpius chéri, tu es maintenant largement en âge de te marier, répliqua sa mère.
-Je ne veux pas me marier !
Sa grand-mère haussa un de ses sourcils gris parfaitement épilé que Scorpius marmonna un inaudible « En tout cas, pas maintenant. », ce qui fit baisser le dit-sourcil de sa grand-mère paternelle adorée.
-Scorpius chéri, je me suis mariée à vingt et un an, ton père à vingt-deux ans. Tu en as déjà vingt-trois mon chéri, minauda sa mère.
-Nous ne somme pas de la même génération, Mère, j'en suis désolé, murmura Scorpius entre ses dents, gardant à grande peine son sang-froid. Tout allait de travers depuis quelques mois, et là, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Il n'était pas son père, ni son grand-père, ni son arrière grand-père ! Toutes ces traditions étaient maintenant démodées, il fallait que sa famille s'en rende compte. Sinon, ça allait devenir invivable. Rectification: c'était déjà invivable.
-Scorpius, tu es un Malefoy.
La voix de sa grand-mère paternelle avait claqué, sèche. Un peu éraillée, sûrement due à la consommation excessive de cigarettes que Narcissa avait fumé depuis la fin de la Guerre. Une habitude que Scorpius avait toujours détesté chez sa grand-mère, et aussi bien chez son meilleur ami, qui était un consommateur disons un peu lunatique. Si il avait un paquet sous la main, il fumait, sinon non. Sauf quand il avait un brusque accès de stress durant une mission. Mais passons, Scorpius Hyperion Malefoy était dans une situation trop délicate et pesante pour que l'on parle de l'addiction de Albus Severus Potter, son meilleur ami.
-Oui Grand-mère, répondit docilement Scorpius, attendant de se rebeller au bon moment.
-Déjà que tu as sympathisé avec un rejeton Potter, c'est une honte pour notre famille.
-Grand-père et Père pensent au contraire que c'était une brillante décision, permettant d'asseoir notre position de famille dans la société sorcière d'Angleterre, et partout dans le monde, répondit Scorpius, lassé de cette remarque incessante de sa grand-mère à chaque fois qu'il venait au Manoir Malefoy sur son amitié avec Albus. C'était son meilleur ami, quoi de plus simple ?
-Ils pensent mal, répliqua Narcissa en joignant ses mains. Édouard Nott, lui, est un bon ami pour toi, et il va bientôt se marier avec une Sang-Pur, comme le souhaitait ses parents et grands-parents.
Il y eut un silence, et Astoria baissa légèrement la tête. Elle n'avait jamais apprécié sa belle-mère, qu'elle trouvait trop aigrie par la Guerre. Après tout, elle n'avait qu'à se prendre à elle-même, elle était tombée amoureuse de Drago Malefoy, et suppliant ses parents de discuter avec ceux du blondinet qu'elle convoitait, un mariage avait été conclu. Elle ne saurait dire si Drago l'aimait, même si parfois elle surprenait des sourires tendres sur son visage si dur lorsqu'il l'observait lire, Astoria Malefoy, née Greengrass, avait un merveilleux petit garçon, et souhaitait, comme la matriarche de la famille Malefoy pour une fois, une femme digne du rang de son petit scorpion. Une femme de Sang Pur, digne de lui porter une descendance. Or , la perle rare ne se trouvait pas d'un claquement de doigt, et il fallait organiser au minimum un bal.
-Si j'épousais une Née-Moldue, ou une Sang-Mêlé, ce serait une fabuleuse marque de changement de la famille respectée des Malefoy. Vous imaginez ? Personne n'oserait plus nous traiter comme des Sang-Purs, toujours irrespectueux envers les autres sorciers qui ne sont pas de Sang-Pur, et toujours ancrés dans leurs idées de domination des Sangs-Purs. La Guerre est finie Grand-mère, le monde a changé, la provoqua Scorpius, en redressant la tête.
-Scorpius !
-Tais-toi Astoria, ordonna Narcissa. Es-tu incapable de comprendre ? Tu vas renier ton sang et des siècles de traditions ? Oseras-tu Scorpius ?
L'héritier des Malefoy observa sa grand-mère qui semblait si solide malgré son âge un peu avancé de soixante-cinq ans. Royale, elle se tenait sur son fauteuil, et ses doigts fins ornées de bagues coûteuses, tapotaient impatiemment sur les accoudoirs en velours vert foncé.
-Édouard se marie avec une femme qu'il aime, je veux en faire autant, déclara Scorpius, décidé à ne pas changer de position.
-Tu as une semaine pour nous présenter la femme que tu aimes au bal que nous organiserons, sinon tu épouseras celle que je choisirais, le prévint sa grand-mère.
Astoria Malefoy jugea bon d'intervenir à ce moment précis.
-Tu choisiras une des jeunes femmes que nous te présenterons à ce bal, Scorpius, corrigea la blonde, dardée par le regard sévère et désapprobateur de sa belle-mère.
Le jeune homme de maintenant vingt-trois ans fit quelques pas jusqu'à la fenêtre qui donnait sur leur immense parc, et observa l'immensité verte un instant. Plusieurs pensées le traversaient, le tenaillaient. C'était l'heure de faire des choix, et le jeune homme devrait s'y résoudre. Il avait son mot à dire mais pas complètement.
-Qui vous dit que j'aime une femme, Grand-mère ? Murmura Scorpius.
Sa mère tourna la tête vers Narcissa qui prit le temps de répondre, rejetant une bouffée de la cigarette qu'elle venait d'allumer.
-Si tu n'aimais pas une femme, Scorpius, tu n'aurais pas rechigné.
-C'est faux, répliqua le blond. Que j'aime une femme ou pas, je n'aurai jamais accepté. Je ne veux pas m'engager à seulement vingt-trois ans ! Je veux profiter de la vie, moi.
Le dernier mot fut le mot en trop, et l'atmosphère devint électrique. Scorpius le sentit, et en étant l'instigateur, il décida de se retirer dignement.
-A dans un mois. Grand-mère. Mère.
Sur ces mots, il partit, laissant Astoria, désappointée et déçue du résultat de cette entrevue avec son fils. Déjà qu'elle ne le voyait pas souvent, la seule fois où il venait lui rendre visite après trois mois, ça se terminait mal. Quant à Narcissa, elle prit nerveusement une bouffée de sa cigarette, et se promit de faire flancher son petit-fils, même si dans les actes et les paroles, elle était très fière de lui, même si elle ne pouvait pas le lui dire. Par Salazar, cet enfant allait l'achever, pensa Narcissa, en prenant une autre bouffée. Son seul souhait était que cette femme qu'elle pensait hanter le cœur de son petit-fils était une Sang Pur sinon...Rien que d'y penser, elle frissonna. La noble et respectée famille des Malefoy serait finie.
*
Albus Severus Potter était affalé sur son bureau. Seul. Son coéquipier attitré, Scorpius Hyperion Malefoy, avait son après-midi de congé, et était parti dans sa maison d'enfance, demandé par sa mère et sa grand-mère. Le Potter se demandait ce que voulait ses deux sales vipères à Scorpius. Enfin deux sales vipères, Astoria n'était qu'une vipère inoffensive, et Albus l'aimait bien lorsqu'elle n'était pas avec Narcissa, mais cette dernière était pire qu'une vipère, venimeuse à souhait. N'ayant jamais accepté l'amitié qui régnait entre lui, un Potter et Scorpius, un Malefoy, elle avait tout fait pour essayer de les séparer, et c'était tout juste si elle n'avait pas simulé une crise cardiaque lorsque Scorpius avait annoncé qu'il quittait la maison familiale et qu'il prenait une collocation avec lui. D'ailleurs, Albus aurait bien aimé qu'elle en crève, cette pétasse. Vilaine insulte certes, mais elle ne se gênait pas non plus à son sujet, donc il pouvait s'en donner à cœur joie.
-Al', bosse.
Aie, son père venait de débarquer à l'improviste, et l'avait surpris en flagrant délit de fainéantise.
-Oui, papa, répondit son fils, en redressant avec difficulté les épaules.
Être Auror, c'était pas seulement arrêter les méchants, mais il y avait aussi enquêter, remplir de la paperasserie, s'occuper des renseignements, et tout un tas de petites choses assez frustrantes. Albus Severus Potter savait pertinemment dans quoi il s'était engagé, il n'empêche que des fois l'inaction le tuait à petit feu, et avec Valentine qui le rejetait de plus en plus, il ne savait plus où mettre la tête.
-Albus Severus Potter, remets-toi un peu en forme, t'as de la visite, le prévint son père avant de rejoindre son propre bureau.
-Comment ça de la visite ? S'étonna Albus en se relevant complètement de son bureau et en arrangeant le col de son tee-shirt.
Il eut à peine le temps de cligner des yeux qu'une tornade brune entra dans son bureau. Enfin le bureau qu'il partageait avec un certain blondinet, of course.
-Valentine, mais..mais qu'est ce que tu fais ici ?
Non en fait il savait très bien ce qui amenait la belle brune, mais il préférait tout de même demander...au cas où. Il lui avait bien envoyé des tas de bouquets de tulipes, les tulipes étant ces fleurs préférées. Mais au regard de la jolie brune, il se dit qu'il en avait peut-être fait un peu trop. Douze, c'était pas si énorme, si ?
-Tu me demandes ce que je fais ici ?! tonna Valentine en claquant la porte de son bureau derrière elle, et en lançant, rageant, un sort d'Assurdiato sur la pièce.
-Non mais oui, mais..
-TAIS-TOI ! Six mois que j'ai rompu, et tu trouves toujours le moyen de me hanter ! Mais qu'est ce qui va pas chez toi Potter ?
Albus redressa ses lunettes sur son nez, d'un air très calme. Il devait absolument utiliser ses techniques de Serpentard, et ne surtout pas répondre à la brune en laissant son côté Gryffondor s'exprimer, sinon il était foutu.
-J'ai une très bonne raison d'insister Valentine, répondit Albus, étonnamment calme.
Apparemment trop calme, vu que Valentine s'énervait de plus en plus.
-J'ai hâte de l'entendre, railla le brune, tout en frissonnant.
La voix d'Albus Potter lui faisait toujours de l'effet, et comment en pourrait-il être autrement de toute façon ? Elle était folle de lui.
-Je t'aime Valentine, et je veux t'épouser.
Il y eut un profond silence puis...
-Valentine ? Valentine ?! Oh merde.
*
Scorpius Hyperion Malefoy soupira doucement pour la énième fois de la journée, journée qui avait mal commencé et qui se terminait très mal. Pff, sa grand-mère ne savait pas l'ampleur de ce qu'elle avait décidé, et juste pour son plaisir, Scorpius la maudit une nouvelle fois. C'en était pathétique. Il avait une semaine pour trouver une femme qu'il présenterait à sa famille le jour du bal, et de surcroît une femme qu'il aurait envie d'épouser. Et c'est là que ça en devenait problématique. Deux choix s'imposaient à lui : trouver quelqu'un ou se faire obliger à épouser une femme, qui avait toutes les chances d'être un laideron. Quoique Narcissa Malefoy choisirait une femme très belle pour une famille telle que les Malefoy, mais il ne voulait pas que de la beauté, il voulait une forte personnalité, quelqu'un qui ne se laisserait pas marcher sur les pieds par sa famille, quelqu'un qui lui tiendrait tête à lui de temps en temps, une femme trop soumise c'était énervant et lassant, quelqu'un qui soit au minimum de Sang-Mêlée et non Née-Moldue sinon sa grand-mère ne lui ferait pas un simple malaise, mais une attaque cardiaque, quelqu'un qui soit un peu indépendante. Quelqu'un qui l'apprécierait à sa juste valeur, et non pour son argent et son nom, et tout ce que ce dernier pourrait représenter. La perle rare, quoi.
Ce fut le déclic. Une personne dans ses connaissances correspondait à ce portrait, et il devait avouer depuis le début qu'il avait fait ce portrait en pensant à celle-ci. Et merde, c'était celle à qui il ne fallait pas penser. Sérieusement, il avait une de ses poisses aujourd'hui.
Même dans ces moments-là, elle le hantait. Non, correction, surtout dans ces moments-là, elle le hantait.
S'appuyant nonchalemment sur le comptoir du Chaudron Baveur dans lequel il avait atterri après l'entrevue avec sa mère et sa grand-mère, il murmura à voix basse, dans le vide:
"T'es chieuse, petite lionne."
Voilà finito pour ce chapitre ! :D
J'espère que vous avez aimé :D Merci encore à toutes les reviews, et tout, ça me fait hyper plaisir. :3
J'attends vos avis, positifs ou négatifs. :D
AHHH j'me fais un peu de pub aussi. :P Recueil d'OS, plus de précision dans mon profil, sur Lysander et Dominique pour l'instant, domaine HP bien sûr. :D Nouvelle génération. (L)
Bisouuuus & bonne journée (ou soirée xD).
Valouw. :)
