Chapitre 4

Jo fit entrer Nova dans sa chambre et referma la porte à clef. Il la prit aussitôt dans ses bras et commença à la caresser tout en l'embrassant. Elle se mit à rire et le repoussa.

‒ Doucement, petit coquin, on a toute la nuit devant nous, minauda-t-elle. Et inutile de déchirer ma jupe, cela m'ennuierait, toutes mes affaires sont restées à bord du vaisseau. Déshabille-toi pendant que je l'enlève.

Pendant qu'il obéissait, elle retira ses bottes, sa jupe et son corset. Gardant sa chemise qui couvrait à peine sa culotte, elle alla à la fenêtre et l'ouvrit. D'un rapide regard à l'extérieur, elle vérifia qu'Harlock l'avait vue. C'était l'une des parties les plus délicates de leur plan. Si Jo venait la fermer, c'était fichu pour l'entrée discrète du capitaine. Dans ce cas, elle devrait d'abord maitriser Jo. Cela ne lui faisait pas peur, elle s'en sentait tout à fait capable. Le problème, c'était que cela risquait de faire du bruit. Il aurait certainement le temps d'appeler ses gardes du corps et leur plan tomberait à l'eau. La réaction de Jo ne se fit d'ailleurs pas attendre, il l'interpella dès qu'il vit qu'elle avait ouvert.

‒ Eh, pourquoi t'ouvres cette fenêtre ? lui lança-t-il.

‒ Parce que tu vas bientôt avoir très chaud, mon chou. Je vais te faire vivre quelque chose que tu n'es pas prêt d'oublier…

Elle passa devant lui en faisant courir ses ongles sur son torse. Comme elle l'espérait, il tourna le dos à la fenêtre pour la saisir. Le dos collé au torse de Jo, elle dût supporter de le laisser pétrir ses seins.

‒ Lâche-la, dit doucement une voix menaçante indéniablement masculine.

Elle sourit tandis que Jo se figeait en sentant le froid d'un canon se poser sur sa nuque. Nova se dégagea et se tourna.

‒ Juste à temps, capitaine, dit-elle calmement. Je n'allais pas tarder à craquer et à lui envoyer mon poing dans la figure.

D'un air parfaitement ahuri, Jo la regardait sans comprendre. Nova alla baisser le store de la fenêtre, saisissant au passage le cosmodragon que lui tendait Harlock. Puis, elle tira les draps du lit pour les mettre en désordre avant de se tourner vers Jo en braquant son arme sur lui. Elle le pointa sur le visage de Jo qui loucha dessus et elle commença à mettre en application le plan mis au point avec Harlock pour terroriser Jo.

‒ Maintenant, tu vas aller t'allonger sur le lit. Et plus vite que ça si tu ne veux pas que je calme tes ardeurs d'une manière aussi définitive que douloureuse pour toi, fit-elle en baissant ostensiblement son arme vers son entrejambe.

Jo pâlit et se hâta d'obéir. Il découvrit alors Harlock qui lui faisait face. Harlock avait troqué sa cape contre un manteau noir assez long pour dissimuler son gravity saber et avait mis un chapeau pour cacher son visage. Il le retira et Jo hoqueta en le reconnaissant.

‒ Vous ? Mais… que me voulez-vous ?

Nova fit le tour du lit, elle vérifia rapidement que personne n'écoutait à la porte et revint coller son arme sous le menton de Jo.

‒ Mettons d'abord les choses au point, dit-elle. Si tu tentes quoi que ce soit pour appeler à l'aide, nous ne te tuerons pas. Nous t'emmènerons à bord de l'Arcadia. Nous n'aurons aucun mal à le faire, des hommes à nous sont partout en ville et dans ce saloon. Une fois à bord, ce sont eux qui mèneront ton interrogatoire et ils haïssent viscéralement les hommes dans ton genre. Ce sera très long et très douloureux. Les seuls qui pourront entendre tes hurlements s'en réjouiront. Tu supplieras longtemps que l'on t'achève avant de mourir. Alors maintenant la balle est dans ton camp : ou tu choisis de venir avec nous ou tu réponds bien gentiment aux questions du capitaine ici et maintenant sans faire d'histoire. Petit conseil, il vaut mieux pour toi que tu ne voie jamais l'intérieur de l'Arcadia.

Elle se releva et alla s'adosser à la porte. Nu comme un ver, Jo tremblait et transpirait abondamment sous l'effet de la peur.

‒ Que… que voulez-savoir ?

‒ Tout ce que tu sais sur les esclavagistes ainsi que la date de leur prochain passage, dit Harlock, glacial.

Littéralement terrifié par le petit discours de Nova et le regard meurtrier qu'Harlock fixait sur lui, Jo déballa tout mais il ne leur apprit pas grand-chose de plus, hormis qu'ils ne donnaient jamais de date précise mais une fourchette durant laquelle il fallait les guetter. La prochaine était dans trois mois et s'étendait sur une semaine. Lorsqu'il se tut, Harlock appuya le canon de son sabre sur la poitrine de Jo qui se recroquevilla.

‒ Je vous ai tout dit, je vous le jure, balbutia-t-il.

Harlock recula jusqu'à la fenêtre. Nova alla vers le lit en lui lançant le cosmodragon qu'il attrapa au vol avant de le rengainer. Elle grimpa sur le lit pendant qu'Harlock remontait le store, vérifiant au passage que la rue était toujours déserte. A la surprise de Jo, Nova s'assit sur lui et regarda Harlock en hochant la tête.

‒ Tu es mal placée, je vais te blesser au bras, dit Harlock.

‒ Cela n'en fera que plus vrai, dit Nova, allez-y.

Harlock hésita une seconde mais avant que Jo ne comprenne les implications de ce qu'ils disaient, il tira et s'en alla aussitôt. Son tir frôla le bras de Nova et atteignit Jo entre les deux yeux. Nova attendit cinq secondes et hurla le plus fort possible. Cela fit bondir tout le monde dans le saloon, y compris ses compagnons qui guettaient pourtant son cri. Ils se ruèrent à l'étage tandis qu'elle continuait à appeler à l'aide. Les gardes du corps de Jo entrèrent dans la pièce en enfonçant la porte.

Ils restèrent interdits devant le spectacle qui s'offrit à eux. Le cadavre de Jo était affalé sur le lit. Nova, couverte de sang, était recroquevillée dans un coin. Elle continuait à appeler à l'aide tout en pleurant abondamment. Les gardes du corps coururent sur la fenêtre et le cadavre, tandis que Jack se penchait sur Nova. Il la prit contre lui, lui arrachant un cri de douleur lorsqu'il toucha sa blessure. Sincèrement surpris, il vit la plaie sur son bras.

‒ Tu es blessée ? Mais que s'est il passé ?

‒ Le patron est mort, dit l'un des gardes.

‒ Je vois personne dans la rue, indiqua un autre.

‒ Fouillez les rues et interrogez les passants pour voir s'ils ont vu quelqu'un s'enfuir. Moi, je m'occupe de la pute.

Les gardes sortirent, deux par la fenêtre, les autres par la porte tandis que leur chef se tournait vers Nova. Elle continuait à pleurer dans les bras de Jack qui la berçait en murmurant des paroles apaisantes.

‒ Il l'a tué...Oh seigneur, il est mort...Il est mort... Et tout ce sang ... J'ai du sang partout... ne cessait-elle de répéter en boucle.

‒ Va falloir nous dire ce qui c'est passé, dit le garde d'un air mauvais.

‒ Doucement, Al, vous voyez bien que la pauvre petite est choquée, dit Jack d'un ton apaisant. En plus, elle est blessée et couverte de sang. Pouvons-nous aller dans une chambre voisine pour la soigner et lui permettre de se calmer un peu ? Elle parlera plus clairement quand elle aura repris ses esprits.

Le garde observa Nova d'un air méfiant et, au bout d'un moment qui sembla durer une éternité, il finit par accepter. Jack releva Nova avec douceur et l'emmena hors de la pièce, il la confia à Kei.

‒ Soigne-la et essaie de nettoyer ce sang. Je vais lui chercher un remontant et je te ramène ses vêtements.

Kei entra dans la pièce que lui désignait le barman. Ce dernier suivit Jack en bas. Kei assit Nova sur une chaise, dos à la porte avant d'aller fermer la porte au nez des curieux. Elle se planta face à Nova et la regarda. Cette dernière leva les yeux, croisa le regard de son amie. Elles se sourirent puis s'esclaffèrent en cœur.

‒ Je n'en ai pas fait de trop ? murmura Nova en essuyant ses larmes, se barbouillant au passage de maquillage et de sang.

‒ Tu as été parfaite, répondit Kei sur le même ton. Tu aurais vu le bond que tout le monde a fait quand tu as hurlé ! Je crois même avoir vu Nico recracher sa boisson sur la table !

Tout en parlant, elle s'affairait pour soigner Nova. Cette dernière fit une grimace quand Kei essuya le sang de sa blessure.

‒ Comment se fait-il que le capitaine t'ai blessée ?

Nova lui expliqua brièvement le problème d'angle de tir en précisant que c'était elle qui lui avait demandé de tirer quand même. Quelqu'un toqua à la porte et Jack entra après avoir entendu Kei lui répondre. Il sourit en voyant le visage barbouillé de Nova. Il posa les vêtements sur le lit et le verre d'alcool sur la commode.

‒ Ta blessure est grave ? demanda-t-il. Comment est-ce arrivé ?

‒ Ce n'est qu'une éraflure, le rassura Nova avant de répéter ses explications.

Kei ayant finit son bandage, elle se leva pour se nettoyer un peu

‒ Pourquoi diable t'es-tu mise sur lui ? Ce n'était pas nécessaire, lui reprocha Jack.

‒ N'oublie pas ce que nous étions censé faire. Comment justifier que je n'aurais eu aucune goutte de sang sur moi alors que nous devions être au lit ensemble ?

‒ Pas faux, admit Jack. Est-ce qu'il a parlé ?

‒ Oui, il a tout déballé. Bon sang, rouspéta Nova, ce n'est pas une cuvette qu'il me faut mais une bonne douche avec un flacon entier de savon désinfectant. Je me suis sentie sale dès qu'il a posé les yeux sur moi.

‒ Tu pourras passer tout le temps que tu veux sous la douche quand nous serons rentrés, répliqua Jack. Mais avant, Al s'impatiente, il veut des explications.

‒ Je me rhabille et tu pourras les faire entrer. J'ai été assez reluquée pour ce soir.

Elle réenfila rapidement sa jupe et son corset et Kei lui mis une couverture sur les épaules pour parfaire la comédie. Jack lui donna le verre.

‒ Attends que j'ouvre la porte et bois-le cul sec, lui dit-il. C'est ce qu'il y avait de plus fort, cela t'aidera à pleurer de nouveau.

Nova renifla le verre d'un air méfiant. Elle gardait un mauvais souvenir de la première fête à laquelle elle avait participé à bord de l'Arcadia. Elle s'était retrouvée complètement ivre au deuxième verre et Kei avait dû littéralement la porter jusqu'à sa cabine. Le mal de crâne carabiné dont elle avait écopé le lendemain ne l'avait pas aidé à supporter toutes les taquineries dont elle avait été la cible. Une bonne partie de l'équipage n'avait pas raté l'occasion de la mettre en boîte surtout Jack qui ne l'avait pas loupée.

‒ Ça ne va pas me saouler au moins ? Tu sais que je ne supporte pas l'alcool et je dois garder les idées claires, lui dit-elle.

‒ De toute façon, on n'a pas le choix, répliqua Jack. Bon, je leur ouvre.

Il ouvrit la porte et appela Al. Kei fit mine d'encourager Nova à boire. Quand l'homme entra, il la vit vider le verre. Elle s'étrangla, toussa et vira à l'écarlate tandis que de grosses larmes coulaient sur ses joues. Jack vint s'agenouiller près d'elle et lui prit la main.

‒ Allons, ça va aller maintenant. Tu veux bien raconter ce qui c'est passé à Al ? Ils doivent savoir pour pouvoir retrouver le coupable de ce crime odieux.

Nova hocha la tête, reprenant encore son souffle.

‒ Jo et moi, on était sur le lit en train de… enfin, vous voyez quoi. J'ai entendu un bruit et j'ai senti une douleur sur mon bras, j'ai tourné la tête pour regarder et j'ai vu une silhouette quitter la fenêtre. Ensuite, j'ai voulu en parler à Jo et... et là... j'ai vu qu'il était... qu'il était... Il y avait tellement de sang ... sur moi... partout... Je pourrais plus jamais voir une goutte de sang de toute ma vie...

Elle posa sa main sur sa bouche en pleurant tandis que Kei lui passait un bras autour des épaules. Jack lui tapota la main.

‒ Pourquoi la fenêtre était ouverte ? demanda Al.

‒ C'est moi qui l'ai ouverte. Je l'ouvre toujours quand je suis avec un client, s'il ne fait pas trop froid.

‒ Pourquoi ?

‒ Je fais toujours ça.

‒ Et t'as pu distinguer le tueur ?

‒ Non, il était dehors, je l'ai juste vu disparaître. Mais il portait quelque chose sur la tête, un chapeau ou une casquette, je crois.

Elle le dit sans craindre de faire soupçonner un innocent vu que les trois-quarts des hommes du coin en portaient. Al la fixait, déçu.

‒ Le second du patron va vouloir te parler, je l'ai prévenu. Il sera là demain matin.

‒ Pas de problème, dit Jack. De toute façon, je devais revoir Jo demain matin.

Il se tourna vers Kei.

‒ Mon chou, peux-tu demander au patron si on peut occuper cette chambre...

‒ NON, cria Nova, faisant sursauter tout le monde.

Elle se jeta au cou de Jack en pleurant de plus belle.

‒ S'il te plaît, mamour, m'obliges pas à rester ici, je pourrais pas fermer l'œil. Et s'il croit que j'ai vu son visage ? J'ai trop peur qu'il revienne me tuer. J'ten prie... Retournons au vaisseau...

Elle enfouit son visage dans le cou de Jack en sanglotant. Il lui tapota le dos avant de se tourner vers Al.

‒ Cela ne vous pose pas de problème, n'est-ce pas, Al ? demanda-t-il, l'air le plus innocent possible.

Al grogna mais accepta. Les trois amis regagnèrent leur vaisseau suivis de près par les gardes de Jo qui étaient revenus bredouille de leur chasse au tueur. Ils montèrent à bord et après un rapide conciliabule, éteignirent toutes les lumières comme si ils étaient vraiment couchés. En réalité, ils attendirent en discutant à voix basse que le temps et la fatigue fassent leur effet sur les gardes postés à l'extérieur. Nova en profita pour les informer plus en détail de ce qu'avait dit Jo. Environ une demi-heure avant l'aube, ils se glissèrent dans le cockpit et décollèrent le plus rapidement possible au grand dam des gardes, furieux. Al les contacta par radio, leur intimant l'ordre d'atterrir aussitôt. Jouant son rôle jusqu'au bout, Jack leur répondit.

‒ Désolé, mon cher, mais je recherche un endroit pour faire des affaires et les meurtres comme celui d'hier soir ne les favorisent pas. C'est encore plus vrai pour mon type de commerce. Des filles qui ont peur travaillent mal, c'est logique. Au plaisir !

Il coupa la communication et les trois amis éclatèrent de rire. Jack fit un large détour pour regagner l'Arcadia qui appareilla aussitôt car ils étaient les derniers à rentrer. Harlock décida de rester dans les parages pour guetter le vaisseau des esclavagistes. L'Arcadia croisa largement autour du système restant à l'écart pour ne pas attirer l'attention.

oooooooooooooo

‒ Ne me touche pas !

L'exclamation de Nova fit sursauter toutes les personnes présentes.

‒ Excuse-moi, je pensais pas à mal, dit Sabu visiblement surpris. C'était juste amical.

‒ Non, c'est moi qui m'excuse, Sabu, répondit Nova, visiblement embarrassée. Je… J'aurais pas dû réagir comme ça, c'était un réflexe. Pardon.

Très rouge, Nova partit du mess à grands pas. C'était le soir et elle s'était joint à la soirée de l'équipage, chose qu'elle faisait rarement car elle n'aimait pas boire de l'alcool et les plaisanteries graveleuses qui finissaient toujours par fuser la mettaient mal à l'aise. Elle était venue parce que Jack avait insisté, prétendant que ça lui ferait du bien de rire avec les autres. Elle aurait mieux de s'abstenir. Une bonne trentaine de pirates étaient là et elle se doutait que les absents seraient vite au courant de son éclat. Elle se maudissait d'avoir eu une réaction aussi stupide. En plus, elle était sûre que Sabu s'était senti blessé et s'en voulait car c'était un gars gentil et elle l'aimait bien. Bon sang, pour une fois qu'elle y allait, c'était une réussite ! On ne l'y reprendrait pas de si tôt. Elle entendit un bruit de pas précipités derrière elle et Kei la rejoignit. Elle cala son pas sur celui de Nova.

‒ Ca va ? demanda-t-elle.

‒ Oui, répondit Nova. Non. Ca va pas. J'ai été agressive sans raison. Sabu n'a rien fait de mal, il a juste mis son bras autour de mes épaules, c'est tout. Ce n'était qu'un geste amical. Il l'a fait juste avant avec Yasu. Je sais pas pourquoi j'ai réagi si violemment. J'ai carrément frappé son bras.

‒ Tu es sûre de ne pas savoir pourquoi ? demanda doucement Kei.

Nova s'arrêta, les yeux baissés. Kei attendit, se contentant de l'observer. Nova soupira et leva la tête. Elle avait les larmes aux yeux.

‒ Si, je sais pourquoi, murmura-t-elle. Mais ça ne justifie pas mon comportement envers Sabu. Je suis là depuis assez longtemps. Je connais les gars maintenant. Je sais qu'aucun d'eux ne me… ne ferait ça.

‒ C'est vrai. Ils peuvent être très lourds, faire des plaisanteries bien grasses voir vulgaires, et même se montrer un peu insistants surtout s'ils ont bu. Mais ils seraient plutôt du genre à aider une jeune femme qui se ferait agresser. Certains l'ont déjà fait, d'ailleurs. Tu l'as dit toi-même, Nova. C'était un réflexe et tu t'es excusée. Sabu ne t'en veux pas, même s'il n'a pas compris ta réaction. Mais ils s'en souviendront et feront attention.

‒ Sûr qu'ils vont s'en rappeler vu comment tout le monde me regardait, murmura Nova. Je veux pas être différente, Kei, ni qu'on me tienne à l'écart. Si je n'arrive pas à faire ma place ici, le capitaine décidera peut-être de me débarquer et…

Elle s'interrompit et laissa couler ses larmes.

‒ Qu'est-ce que tu vas t'imaginer ? se désola Kei. Le capitaine ne va pas te débarquer parce que tu as repoussé Sabu, voyons.

‒ Mais si je ne m'intègre pas ? répéta Nova.

‒ Tu es intégrée, Nova. Tu as trouvé ta place parmi nous, affirma Kei en posant ses mains sur les épaules de la jeune femme. Tu l'as prouvé à tous en jouant ton rôle avec Jo la Balafre.

Kei fronça les sourcils.

‒ D'ailleurs, comment ça se fait que tu as réussi ? demanda-t-elle, intriguée. Tu ne l'as pas repoussé quand il a mis son bras autour de tes épaules.

‒ Je m'attendais à ce qu'il me touche, contrairement à Sabu, répondit Nova. Alors j'ai pris sur moi. Mais ça n'a pas été facile pour autant. J'avais qu'une envie, lui coller une balle dans la tête. Le capitaine est arrivé juste à temps. J'arrivais à la limite de ce que j'étais capable de supporter et j'étais à deux doigts de le frapper. Si le capitaine avait tardé ne serait-ce que d'une minute, j'aurais tout fait louper, avoua Nova.

‒ Je vois. Je suis étonnée, je ne pensais pas que ça avait été si dur. Tu sembles être bien dans ta peau.

Nova se mordit la lèvre, embarrassée.

‒ Je le suis pas du tout mais je le cache. Quand j'ai tué mon ancien maître, le capitaine m'a dit que, maintenant, j'étais vraiment libre. Et c'est vrai que, quand je l'ai affronté, j'ai senti comme un poids qui disparaissait mais…

‒ Mais ? l'encouragea Kei.

‒ Je ne sais pas. Je… J'ai du mal avec cette idée. J'ai été esclave si longtemps. J'arrive pas à me voir autrement. J'ai l'impression que… Je me sens beaucoup plus libre, enfermée dans l'Arcadia que sur la planète où j'étais avant, avec l'horizon à perte de vue. Malgré tout, dans ma tête, je ne suis pas encore totalement libre. Je sais ce que tu vas dire. C'est stupide et tu as raison. Mais je n'arrive toujours pas à me voir autrement que comme une ancienne esclave.

‒ Tu ne te comportes pas comme ça, pourtant.

‒ Je me comporte comme tout le monde s'y attend, je prends exemple sur les autres. En fait, la plupart du temps, c'est comme si je jouais un rôle. Les blagues, aller et venir à ma guise, décider moi-même quoi faire de mes journées, tout ça c'est nouveau pour moi, ça ne m'est pas naturel. Je suis toujours à guetter le moment où quelqu'un va me dire « Fais-ci… Fais ça… Qu'est-ce que tu fais là ?... Tu tires au flanc… »

Nova soupira et repris.

‒ Je ne veux pas que tout le monde le sache sinon on va croire que je suis lâche et que je peux pas avoir ma place, ici. J'ai encore tellement peur de ne pas être à la hauteur. Quand je fais un cauchemar, je suis toujours surprise de me réveiller à bord de l'Arcadia. J'ai l'impression que c'est ma vie ici qui est un rêve.

‒ Encore une fois, tu as prouvé que tu avais ta place parmi nous et personne ici ne dira que tu es lâche parce que tu ne l'es pas. Tu l'as prouvé aussi en montant seule avec Jo dans cette chambre.

‒ Je savais que je ne resterais pas seule longtemps. Et s'il y avait eu un problème, vous seriez venus m'aider. Vous seriez venus, n'est-ce pas ? demanda-t-elle avec un regard un peu craintif.

‒ Bien sûr que nous serions venus, Nova, répondit Kei en le regardant avec tendresse. J'aurais été la première à me précipiter à ton aide et tu peux être certaine que les autres auraient été juste derrière moi, Nico et Jack en tête. A bord de l'Arcadia, on se protège les uns les autres. On ne laissera jamais un des nôtres en danger et tu es l'une des nôtres. A part entière.

Nova sourit timidement.

‒ Ecoute, reprit Kei, tu as subi le pire pendant longtemps, donne-toi du temps, d'accord ? Et ne t'en fais pas pour Sabu. Tu lui feras un beau sourire demain et tout sera rentré dans l'ordre.

‒ D'accord. Merci, Kei.

Nova étreignit Kei et lui sourit à nouveau en essuyant ses larmes. Elle la laissa ensuite son amie pour regagner sa cabine, un peu rassurée mais loin d'être aussi convaincue qu'elle l'avait laissé croire à Kei.

oooooooooooooo

Tout était calme depuis plusieurs jours lorsque le radar signala un vaisseau en approche. Nova s'apprêtait à quitter la passerelle après sa distribution de café mais elle resta, intéressée.

‒ Alerte radar, annonça Sabu. Vaisseau en approche.

‒ Coalition ou civil ? demanda Kei.

‒ Civil, dit Sabu, mais s'est curieux, on dirait qu'il dérive.

‒ L'a-t-on en visuel ? demanda Harlock.

‒ Affirmatif, cap'taine, répondit Pietro. Je l'envoie sur l'écran central.

L'image apparut révélant un vaisseau presque aussi grand que l'Arcadia. Ses feux de signalisation étaient éteints. Le vaisseau semblait totalement désert.

‒ Yattaran, peux-tu l'identifier ? demanda Harlock.

‒ Ouaip, annonça le surdoué après quelques instant. Il s'appelle l'Eden Stellaire, c'est un paquebot de croisière de luxe porté disparu depuis deux cents ans environ.

‒ Je suis jamais monté sur un vaisseau de croisière, dit Sabu. Ça doit être beau à l'intérieur.

‒ On pourrait l'explorer, suggéra Yattaran. Il y a parfois des choses intéressantes à récupérer.

‒ Depuis deux cents, il a déjà dû être exploré plus d'une fois, remarqua Kei.

‒ Sûrement, admit Yattaran, mais ce n'est pas grave. On s'ennuie dans ce coin, c'est trop calme. Une petite exploration nous changerait les idées. Capitaine ?

‒ On y va, décida Harlock en se levant pour prendre la barre. En avant doucement.

Il saisit la barre et manœuvra en souplesse pour se placer bord à bord avec l'Eden Stellaire. Debout près de Kei, Nova le regarda faire. Ses yeux passaient sans arrêt du capitaine à l'Eden Stellaire que l'on voyait approcher. Kei nota son intérêt avec amusement.

‒ On dirait que le pilotage à la barre t'intéresse, insinua-t-elle.

Concentrée sur les gestes d'Harlock, Nova sursauta et rougit un peu, comme une gamine prise en faute.

‒ Oui, admit-elle. C'est très différent du pilotage des navettes.

Nova se mordit la lèvre, songeuse. Kei se mit à rire.

‒ Seul le capitaine peut tenir la barre, dit-elle à son amie qui rougit un peu plus.

‒ Mais pourquoi me dis-tu ça ? protesta Nova, sans grande conviction. Je ne pensais pas à…

‒ A d'autres, Nova, s'exclama Yattaran en riant. On te connait trop bien. Tu es une vraie éponge. Tu saisi la moindre occasion d'apprendre un truc nouveau et tu adores piloter. En plus, même si tu as réussis à baratiner Jo la Balafre, tu mens très mal aujourd'hui.

Ecarlate, Nova grogna une réponse inintelligible tandis que ses deux amis éclataient de rire. Harlock n'avait rien dit mais il n'avait pas perdu une miette de leur conversation. Un petit sourire amusé vînt flotter sur ses lèvres.

‒ Moteurs à 2%, ordonna-t-il.

Il fit sa manœuvre d'approche, tournant légèrement la barre. Fascinée, Nova regardant l'Arcadia glisser doucement le long de l'Eden Stellaire. Un instant, elle crut qu'ils allaient le percuter mais la proue de l'Arcadia passa très près du vaisseau sans le toucher.

‒Nico, scanne l'Eden, demanda Harlock.

‒ Tout de suite, cap'taine, répondit Nico. Aucune forme de vie à bord. Tous les systèmes sont inactifs. Le vaisseau est vide d'air. Aucun danger détecté.

‒ Lançez un tube de transfert sur leur sas. On monte à bord, décida Harlock.

‒ Capitaine, puis-je me joindre à l'équipe d'exploration ? demanda Nova.

‒ Accordé, répondit-il.

Nova, ravie, le remercia et suivit Kei et Yattaran qui étaient déjà partis se préparer. Une petite équipe d'une quinzaine de pirates se forma rapidement. Nico, Sabu, Sven et Jack se joignirent à eux ainsi qu'Harlock qui avait pour l'occasion revêtu lui aussi une armure de protection. Noire, frappée d'un Jolly Roger blanc, elle était plus fine et plus élégante que celles que portaient habituellement les hommes. Le capitaine la portait très rarement mais même lui ne pouvait prétendre résister au froid intense de l'espace qui l'aurait gelé sur place. Cette expédition était également pour Nova l'occasion d'étrenner son armure intégrale en réel. Comme l'avait dit Hiro, elle était sur le même modèle que celle de Kei. Nova avait peint son armure couleur argent avec un Jolly Roger noir sur la poitrine.

Quand ils pénétrèrent dans le vaisseau abandonné, ils restèrent silencieux, impressionnés malgré eux par le silence sépulcral qui régnait. Ils commencèrent leur exploration avec prudence, contournant les cadavres gelés des passagers et de l'équipage qui flottaient sinistrement vu que la gravité artificielle ne fonctionnait pas. Les semelles magnétiques dont étaient équipées les armures permettaient aux pirates de marcher normalement bien qu'un peu lourdement

‒ Bon sang, mais qu'est-ce qui c'est passé ici ? murmura Sven en poussant du bout des doigts un corps qui était trop près de lui à son goût.

‒ D'après la base de données, on a pu récupérer six navettes de sauvetages sur la centaine que comptait ce vaisseau. Les survivants ont parlé de défaillance du système électrique qui aurait coupé les systèmes de survie. Un incendie aurait aggravé les choses, expliqua Yattaran.

‒ Il n'y a pas de traces d'incendie par ici, observa Kei.

‒ Il dû s'éteindre dès qu'il n'y a plus eu d'oxygène à brûler, supposa Yattaran. Regardez-moi ça.

Ils venaient de déboucher en haut de l'escalier d'honneur donnant sur une grande salle à manger somptueusement meublée. Un gigantesque lustre de cristal pendait au centre du plafond, entouré de plusieurs autres, plus petits. La plupart des tables devaient être dressées pour le repas au moment de la catastrophe au vu de la vaisselle et des bouquets de fleurs gelées en suspension. Jack rit doucement.

‒ Qu'est-ce qui te fait rire ? demanda Nico.

‒ Oh, il ne manque qu'un souffle de vent et quelques bruits de grincements pour se croire dans un film d'horreur, répondit-il, hilare.

‒ Et quelques gémissements lugubres, tant qu'on y est, persifla Kei. Tu as trop d'imagination, Jack.

‒ Et toi, pas assez, répliqua Jack, du tac au tac.

‒ Ça suffit vous deux, dit Yattaran. C'est sûrement la salle à manger des premières classes. C'est étonnant, vu le temps écoulé, mais on dirait bien qu'on est les premiers à l'explorer. Il y a peut-être des choses intéressantes à récupérer, finalement, comme de l'argenterie. On devrait fouiller les cabines aussi. Il est possible qu'on y trouve des bijoux. Qu'en pensez-vous, capitaine ?

‒ Prenez tout ce qui a une valeur marchande, approuva Harlock. On en utilisera une partie pour aider les esclaves libérés. Il est probable que la plupart d'entre eux seront totalement démunis.

‒ On pourrait peut-être aussi récupérer du linge, ajouta Nova. Des draps, par exemple, et des habits, ainsi que du matériel de cuisine, cela pourrait leur être utile. Il suffirait qu'ils les lavent avant de les utiliser.

‒ Bonne idée, approuva Kei.

‒ Nico, retourne sur l'Arcadia, ordonna Harlock. Demande aux autres de venir aider à la récupération. On continue l'exploration en se divisant en plusieurs groupes.

‒ A tes ordres.

Nico repartit aussitôt tandis que le petit groupe se scindait. Ils allèrent de surprise en surprise, découvrirent des salles des sports, de spectacles, de cinéma, et même des salons de massage. Mais la pièce qui stupéfia le plus Nova fut la bibliothèque. Elle y pénétra en compagnie de Yattaran. La plupart des livres étaient restés sur les étagères, maintenus en place pas des barres de protection. Ceux des dernières étagères flottaient dans la pièce.

‒ Qu'est-ce que c'est ? lui demanda-t-elle en prenant un objet sur une étagère.

‒ C'est un livre. Avant, ils étaient imprimés sur du papier. Cela prenait beaucoup de place et utilisait beaucoup d'arbres.

‒ Des arbres ? s'étonna-t-elle.

‒ On tirait du bois la cellulose nécessaire à la fabrication du papier. Il y a des forêts entières dans cette pièce. Le livre informatique est plus pratique.

‒ Toutes ces connaissances réunies ici, c'est fascinant.

‒ Il n'y a pas que ça. Regarde ce livre par exemple, dit-il en le prenant sur l'étagère. C'est un recueil des pièces de théâtre de Shakespeare. Eh bien, tout ce qui est écrit dans ce livre a été inventé de toutes pièces. Tu trouveras essentiellement ce genre de choses ici. Certaines de ces œuvres sont ridicules, d'autres de purs chefs-d'œuvre et la plupart sont tombées dans l'oubli… Les gens ne s'intéressent plus à ça, désormais. Si ça trouve, une bonne partie de ces ouvrages sont des exemplaires uniques de nos jours…

‒ Mais c'est tout un pan de la création de l'humanité qui disparaîtra à jamais, si ça continue, fit Nova, surprise.

Elle contempla la bibliothèque, pensive. Yattaran l'observa un instant.

‒ Toi, tu as envie de récupérer tout ça, dit-il.

‒ Même si le capitaine m'y autorise, je ne saurais pas où les mettre. Par contre, je pourrais en récupérer un dans chaque genre.

‒ Sacré nom de Dieu !

Nova et Yattaran se retournèrent en sursautant. C'était Jack qui venait de pousser cette exclamation.

‒ Une bibliothèque ! Je rêve, ajouta-t-il, tu as trouvé un Shakespeare !

Il prit le livre des mains de Yattaran.

‒ « Etre, ou ne pas être, telle est la question ! » déclama-t-il avec emphase.

‒ Tu te sens bien, Jack ? demanda Nova, vaguement inquiète.

‒ C'est Hamlet ! répondit-il en lui agitant le livre sous le nez tandis que Yattaran se mettait à rire.

‒ Hamlet ? demanda Nova, sans comprendre.

‒ Ah oui, c'est vrai, tu ne connais pas. C'est la réplique la plus célèbre de la pièce. Ce n'est pas grave, on va faire une provision et développer ta culture générale, ma chère !

Harlock et Kei arrivèrent à ce moment-là et entendirent la dernière phrase de Jack.

‒ Tu veux récupérer des livres ? demanda Kei.

‒ Bien sûr, répliqua Jack. Ce serait criminel de laisser tout ça ici sans en prendre au moins une partie. Ce ne sera pas facile de faire un tri, mais on peut déjà prendre les plus grands classiques et faire une petite bibliothèque. Vous voulez bien, capitaine ?

Harlock regarda autour de lui. Il prit un livre au hasard et en feuilleta quelques pages.

‒ On ne se sert jamais de la soute D, dit-il. Elle fait à peu près la superficie de cette bibliothèque, si je ne m'abuse.

Ils en restèrent bouche bée.

‒ Vous voulez dire qu'on peut tout prendre ? demanda Nova, les yeux brillants.

‒ Pourquoi pas ? D'autres à bord seraient peut-être intéressés.

‒ Magnifique ! Merci, capitaine, s'exclama Jack. Allez ! Au boulot ! Il nous faut des caisses et de quoi démonter ces étagères.

Kei le suivit des yeux alors qu'il partait d'un pas vif, tout en déclamant des répliques d'Hamlet.

‒ Décidément, je vais finir par croire qu'il est vraiment un peu fou, dit-elle.

‒ Je dirais plutôt excentrique, dit Yattaran en rigolant, mais ça n'empêche pas qu'il faut avoir un brin de folie pour s'enrôler à bord de l'Arcadia

Nova resta dans la bibliothèque pour aider Jack, qui revînt bientôt avec du matériel et plusieurs pirates, tandis que les autres reprenaient l'exploration. Les deux amis déconnectèrent leurs semelles magnétiques et s'amusèrent comme des gamins à récupérer les livres en suspension pendant le reste de l'équipe commençait à vider les étagères et à les démonter.

Quand ils repartirent, plusieurs soutes de l'Arcadia étaient pleines à craquer de fournitures diverses. En plus des livres, la bibliothèque contenait une collection de supports musicaux qui aboutirent dans les caisses. Ils avaient aussi récupéré beaucoup d'objets de valeurs et d'autres de première nécessité. Aidé de Kei, Jack, qui était décidément plein de surprises, eu l'idée de faire une pioche dans les vêtements et de créer un dressing où ils pourraient trouver différents styles leur permettant de se déguiser pour d'éventuelles opérations comme celle où ils avaient interrogé Jo la Balafre. Pendant ce temps, vu la masse de travail, Nova réquisitionna plusieurs pirates pour l'aider à faire l'inventaire de tout ce qu'ils avaient emmagasiné. D'autres encore s'occupaient de monter et fixer au sol les étagères de leur nouvelle bibliothèque sous la supervision de Yattaran.

Ce regain d'activité était bienvenu car l'attente de l'arrivée des esclavagistes était encore longue. Nova se chargea d'organiser la bibliothèque avec l'aide de Jack. Vu le nombre de livres et de supports musicaux, ils en avaient pour plusieurs semaines de boulot pour tout classer correctement. Ils avaient aussi récupéré les bases de données et le matériel audio. Il fut facile pour Yattaran de le remettre en état. A partir du moment où il le brancha, à chaque fois que les deux amis travaillaient dans la bibliothèque, on pouvait entendre de la musique s'élever de la pièce.

oooooooooooooo

Près d'un mois s'était écoulé. Harlock gagnait la passerelle quand il entendit une voix furieuse s'élever d'une pièce un peu en arrière. La porte s'ouvrit et il reconnu la voix de Nova.

‒ Non, Nico, disait-elle, tu ne joue pas le jeu. Je t'ai demandé de m'aider à m'entraîner pour m'améliorer et tu ne te bats pas vraiment. Je me suis bien rendu compte que tu retenais tes coups. Kei les portent vraiment. Elle a très bien compris que c'était comme ça qu'elle m'aiderait mais on se connaît trop bien maintenant. J'arrive à anticiper ses coups, résultat, on stagne. J'ai besoin d'un autre adversaire, un adversaire qui n'hésitera pas à m'envoyer au tapis sans ménagement. Tu crois que ça me fait peur de me récolter un œil au beurre noir, peut-être ? Je ne suis plus la petite chose fragile qui est montée à bord. Je te rappelle qu'il y a quelques mois à peine, mon quotidien, c'était les coups et les insultes du matin au soir. Je n'en suis pas morte pour autant alors je ne vais pas m'écrouler parce que tu m'auras mis un coup de poing !

Nova sortit de la pièce et s'éloigna d'un pas vif du côté opposé. Elle ne vit même pas Harlock. Toute la matinée, elle fut à cran et évita tout le monde. Elle finit par s'isoler dans la bibliothèque. En ouvrant une nouvelle caisse, elle tomba sur des livres sur les arts martiaux. Intéressée, elle en feuilleta plusieurs et l'un d'entre eux en particulier retint son attention. Elle se plongea dedans et finit par décider d'essayer de mettre en pratique l'enseignement qu'il contenait.

Après le dîner, elle retourna donc dans la salle d'entraînement, munie du livre. Elle retira son ceinturon, son blouson et s'échauffa soigneusement. Elle commença ensuite les premiers enchaînements indiqués dans le livre. Alors qu'Harlock passait dans le couloir pour regagner ses quartiers, il la vit par la porte ouverte et entra. Concentrée, Nova ne l'entendit pas. Il ne signala pas sa présence, observant ses gestes. En pivotant, Nova le vit et s'interrompit, surprise.

‒ Capitaine, je ne vous avais pas entendu entrer.

‒ Je n'ai pas voulu t'interrompre. Quels étaient ces mouvements que tu faisais ?

‒ C'est un art martial qui s'appelle le Jeet kun do. Il m'a semblé intéressant.

‒ J'ai entendu ce que tu disais à Nico, ce matin. Si tu le souhaites, nous pouvons essayer ensemble.

‒ Vous voulez dire, me battre contre vous ?

Nova en fut un instant interloquée. Elle avait passé la matinée à réfléchir à un nouvel adversaire et elle n'avait pas pensé une seule seconde au capitaine. Il était si distant, si froid et de plus, il fallait qu'elle se l'avoue, il l'intimidait. Elle réfléchit un instant. Et puis pourquoi pas ? Elle avait entendu les autres dire qu'Harlock était un excellent combattant et elle se rendit compte avec surprise que le défi était plutôt tentant.

‒ Je veux bien, finit-elle par répondre.

D'un geste souple, il retira sa cape, posa son ceinturon et lui lança un couteau d'entrainement qu'elle attrapa adroitement.

‒ Je te préviens, dit-il, je ne te ferais pas de cadeau.

‒ C'est ce que j'attends de vous, répondit-elle.

‒ Cela implique également que tu ne m'en fasses pas non plus, précisa-t-il. Si tu vois une ouverture, tu frappes sans hésiter. C'est un ordre, ajouta-t-il, en voyant la tête qu'elle faisait.

‒ D'accord, dit Nova, embarrassée à l'idée de le frapper, il était le capitaine, quand même !

Elle alla prendre un deuxième couteau.

‒ Je me bats toujours avec deux armes, expliqua-t-elle.

Ils prirent position l'un en face de l'autre et se mirent en garde.