Sur le trajet André baillait. Oscar en aurait bien fait autant mais elle était trop fière pour se laisser aller.

Ils arrivèrent à Versailles et comme à son habitude, André rentra les chevaux. Ils ne s'étaient pratiquement pas adressés la parole. André avait mis cela sur le compte du retour du beau suédois : L'esprit d'Oscar ne devait sans doute plus penser à autre chose. Il soupira, heureusement qu'il avait accepté cette affaire cela lui éviterait de trop penser à son amour impossible pour la jeune femme.

« Paul, tu me remplaces aujourd'hui » dit André

« Pas de soucis, si tu paies toujours aussi bien » dit Paul l'écuyer de Girodel.

André sourit et lança une petite bourse à son camarade qu'il rattrapa.

De son coté Oscar informa Girodel qu'elle ne serait pas disponible de la journée.

« Comment Oscar ? »

« Je suis sur une affaire particulière, je ne peux rien vous en dire pour l'instant » dit Oscar fermement.

« Bien » dit Girodel qui trouvait depuis qu'ils étaient allés au deux magots la veille, son supérieur absente. « Au fait, Oscar, La marquise d'Héraultvilliers m'a fait savoir qu'elle aimerait vous voir à 5 h ce soir dans ses appartements. Elle a dit que c'était très important ».

« La marquise d'Héraulvilliers ? » Répéta t'elle songeuse. Elle la connaissait à peine. Comme tous , elle avait entendu parler du terrible suicide de son fils. Elle se rappelait qu'André lui en avait beaucoup parlé et qu'elle lui avait dit qu'il était bien beau de penser que le Marquis l'avait poussé à commettre un tel acte mais qu'il était impossible de le prouver. André était révolté. Il avait un cœur si généreux : elle n'arrivait toujours pas à croire que c'était le même homme qui la poussait maintenant à la filature.

André, lui avait un peu de temps avant d'aller chez la marquise et décida de faire une sieste dans la chambre de bonne de Juliette. Celle-ci devait le réveiller dans deux heures.

Pendant ce temps Oscar entrait discrètement aux lingeries royales. Elle savait qu'elle ne pourrait pas passer inaperçue si elle restait habillée en colonel. Elle enfila un uniforme masculin de domestique. Elle fit la grimace en ce voyant dans le petit miroir. Non seulement cela ne lui allait pas mais en plus elle ne tromperait personne et surtout pas son ami d'enfance si elle venait à le croiser.

Elle jeta un œil sur les robes de soubrettes. Un frisson d'horreur la parcourue. Elle s'était toujours refusée à porter une robe même quand son père lui avait demandé en cas de problème à l'arrivée de la dauphine.

Mais cette fois ci, elle n'arriverait à rien si elle restait ainsi. Sous l'apparence d'une soubrette, personne ne penserait à elle. De plus elle pourrait aller et venir dans les ailes des domestiques sans attirer l'attention .

Elle n'avait pas le choix. Elle soupira, sa toute première robe , une vulgaire robe de femme de chambre. Elle se refusait à l'admettre mais elle était déçue.

Maintenant il lui fallait trouver André et ce qu'il mijotait. Elle se rendit aux écuries et bien évidemment personne. C'est là qu'elle sentit la main de Paul sur ses fesses. Elle se retourna et lui décocha un coup de poing qui envoya l'écuyer à terre.

Paul la regardait étonné.

« En vla une bien bonne, une soubrette qui se défend »

« Espèce de malotru » cria t'elle indignée.


« Bah quoi, quand une de vous vient aux écuries c'est rarement pour autre chose, alors… »

« Ce n'est pas mon cas ! » cria t'elle avec un ton autoritaire. Voila une information qu'elle se serait bien passée de connaitre. Les soubrettes du château venaient aux écuries pour batifoler avec les écuyers.

« Je cherche André » dit t'elle.

« A ma jolie, tu n'es pas la première, tu ferais mieux de laisser tomber… »

« Où est t'il ? » demanda t'elle encore plus autoritaire.

« Quel caractère ! Il est avec Juliette pardi ! Il est toujours avec Juliette »

Oscar ne savait pas comment prendre la nouvelle. Cette Juliette serait… ? Elle s'interdit d'en penser quoi que ce soit .

« Et qui est Juliette ? »

« Juliette, c'est une des domestiques de la Marquise d'Heraultvilliers » dit Paul

Décidément, c'était la deuxième fois de la journée qu'on lui parlait de la marquise.

« Où est t'elle ? »

« Dites donc ma petite, je ne suis pas les renseignements… André lui il pait quand il veut des informations. Il pait même très bien. Le colonel doit être généreux, par comme ce radin de Girodel. »

Oscar savait que la solde d'André était ordinaire et l'image de la bourse qu'il avait accepter de la main de l'homme lui revint en mémoire. Voila d'où lui venait sans doute autant d'argent. Il trafiquait quelque chose mais quoi ?

Oscar donna quelques pièces à Paul.

« Décidément, je dois être le domestique le plus mal payé de ce château ! D'où sortez-vous tous ces pièces d'or ? »

« Répondez-moi maintenant » ordonna Oscar

« Aux cuisines a cette heure là ! »

Oscar tourna les talons.

« Attends, un petit conseil, si tu veux le séduire, il va falloir changer tes manières, Juliette est la douceur ainsi quela féminité incarnée…Et puis plus jeune que toi »

Oscar se retourna vers l'homme pour le fusiller du regard.

« Ce que j'en dis, c'est pour t'aider…ma jolie, t'es pas moche, t'as un genre, particulier…certes, mais si tu faisais un peu d'effort ».

Cette fois s'en était trop, elle frappa une nouvelle fois de son poing, le mal élévé.

Alors qu'elle s'éloignait elle entendait Paul lui hurler.

« Laisse tomber, t'as aucune chance »

Oscar se dirigeait furieuse vers les cuisines. Quand une autre domestique l'intercepta.



« Justement, je cherchais quelqu'un pour changer les draps des Polignac »

« Comment ? J'ai autre chose à faire » dit Oscar oubliant son nouveau statut.

« Tu oublies ma petite que c'est moi qui donne les ordres ici !! »

Oscar du se résigner à changer les draps des lits des Polignac. Elle en était verte de rage. De plus elle trouvait cette tâche fatigante.

« Ce n'est pas bien tendu » dit sèchement sa supérieur. « Il y a des plis ! Refais tout » ordonna t'elle , en enleva brutalement tous les draps qu'Oscar s'était échinée à poser.

Sous le regard impassible de la mégère, elle essayait donc de s'appliquer. Plus vite elle en aurait terminée plus vite elle serait libre.

Etrange coïncidence, pensait t'elle que La marquise voulu lui parler alors qu'elle venait d'apprendre que son ami fréquenterait peut être ; la domestique de celle-ci. André avec une femme…Cela sonnait faux à ses oreilles. Pourtant, cela n'aurait rien d'extraordinaire c'était un homme de la trentaine après tout. Soudain, elle se sentait déprimée et le cœur lourd. Elle n'arrivait pas à définir pourquoi, elle était submergée de tristesse.

« Eh bien ! remues toi ! c'est long tout ca ! » hurlait son tortionnaire. Oscar venait de rencontrer le pendant de son père version femme de chambre.
Une demie heure plus tard, le calvaire d'Oscar prit fin.

« Quel est ton nom ? »

« Isabelle » mentit Oscar

« Isabelle, tu as beaucoup de progrès à faire. Tu viendras me voir ce soir, il faut qu'on parle »

« Bien » dit Oscar.

Dès lors, Oscar prit note qu'il fallait qu'elle évite de recroiser cette dame sous peine de passer ses journées à faire les corvées plutôt que de découvrir la vérité.

Elle se dirigea aux cuisines tout à sa réflexion quand une horrible pensée la poignarda dans le cœur. Et si la Marquise voulait la voir , elle, ce soir parce qu'André avait fricoter avec Juliette dans ses appartements. Pire, il aurait mis enceinte sa domestique et celle-ci furieuse voulait parler au maitre de celui-ci.

Oscar ne sentait brusquement plus ses jeunes et se posa sur un tabouret. Si André avait fait cela alors…alors leurs vies allaient changer. Elle prit une bouteille de vin et bu au goulot

Ses émotions hésitaient entre colère et désespoir. Elle choisit ce qu'elle maitrisait le mieux : La colère. Si il avait osé lui faire ca, elle lui ferait payer cet affront.

André ,quant à lui venait d'arriver chez la marquise en compagnie de Juliette.

« Alors marquise, j'espère que vous avez fait du bon travail ?» demanda André.

« Oui, je le crois , vous pouvez venir Joana »

André et Juliette découvrir Joana vêtu tel un homme. Les cheveux coupés, sans la moindre de trace de maquillage.

« Quand pensez –vous André ? »

« Ca passera je pense, il faudrait juste madame, que vous marchiez de manière plus encrée dans le sol »


André fit quelques pas que Joana reproduit.

«Vous êtes douée » dit Juliette.

« Merci » fit Joana.

« Maintenant vous devrez répondre au nom de Johan » dit André.

« Bien »

« Il ne nous reste plus qu'à prier pour qu'Oscar accepte » fit André.

« Pas besoin de prière mon cher ami, je pourrais faire avaler la plus grosse des couleuvres a n'importe qui , y comprit votre colonel »

A suivre.