Nouveau chapitre ! J'ai craqué, j'ai passé la journée et la nuit à finir ce quatrième chapitre alors que j'aurai du bosser... C'est grâce à vos reviews, ça me motive pour écrire ! Merci à Ayumi Taisho, Kayla Leah et Rinata !

En plus ce chapitre est plus long que les précédents. Je me suis bien amusée à l'écrire, j'espère qu'il vous plaira aussi ! Par contre pour le prochain chapitre, vous devrez attendre mi-fin janvier désolée, faut quand même que je révise mes exams un peu...

Dans ce chapitre je fais intervenir plusieurs personnages qu'on voit peu (ou pas) dans les livres. Du coup je me suis permis de prendre quelques libertés sur leurs caractères et je les ai fait à ma sauce. Pas de sexe ce coup-ci, mais au prochain chapitre promis ^^


The Warmth of Snow

Chapitre 4

- Merci maester.

- Je t'en prie. La blessure n'est pas profonde et tu n'as pas perdu beaucoup de sang. J'ai simplement nettoyé ta plaie, et tant que tu ne fais pas de mouvements inconsidérés, le bandage devrait tenir.

- Je peux toujours m'entraîner à l'épée ?

Luwin rit d'un air incrédule.

- Pourquoi cette question, Jon ? Si je te l'interdisais, tu m'écouterais peut-être ?

Jon eut la bonne grâce de rougir et de baisser les yeux, mais il était vrai qu'il avait plusieurs fois fait abstraction des recommandations du maester après s'être blessé, et qu'il "oublierait" sans doute une nouvelle fois si maester Luwin lui déconseillait la salle d'arme après une simple égratignure, à l'épaule gauche qui plus est. Son bras droit était encore tout à fait fonctionnel.

Luwin poussa un soupir désabusé, mais ses yeux montraient qu'il était plus amusé qu'énervé.

- Et moi qui croyais que tu étais plus sérieux que Robb, ce n'est pas vrai pour tout, je suppose.

Sur ce, il prit congé du bâtard. Jon le regarda sortir de sa chambre, souriant en l'entendant grommeler "Ah, la jeunesse...", puis tourna son regard vers le grand miroir qui était suspendu contre le mur à côté de son lit. Il observa son image, en se demandant si Luwin avait raison.

'Je ne suis pas si inconscient que ça de ma propre santé, quoi qu'en pensent Robb et maester Luwin... Mais ce n'était vraiment qu'une égratignure, voilà tout. Par contre... je ne sais pas si j'ai bien fait de me laisser aller tout à l'heure...'

Il ressentait encore sur sa peau le contact de Robb et sa chaleur. L'impression de bonheur et de sécurité lorsqu'il l'avait serré fort dans ses bras. Sa raison avait beau protester, il n'arrivait pas à regretter ces quelques minutes sur l'étalon de Robb.

'Et par tous les dieux de la forêt, son érection ! Il était si dur, et pressé contre moi, contre mes fesses... J'ai cru que j'allais devenir fou. Peut-être suis-je devenu fou, je ne me suis jamais senti aussi ivre et pourtant je n'ai pas bu une goutte d'alcool...'

Ses cheveux s'étaient frisés en pagaille complète en séchant, et cela accentuait son air un peu dément. Il se força à calmer son euphorie et à récupérer son sérieux. S'il commençait à croire à ses fantasmes, cela ne pourrait que se retourner contre lui. Robb allait se fiancer à une fille bien comme il faut, la fille d'un des vassaux de Winterfell probablement. Il l'épouserait, aurait tout un tas de gosses et serait heureux. Même si c'était vraiment lui qui avait provoqué l'érection de Robb tout à l'heure, ça ne voulait rien dire. Robb l'appréciait beaucoup, était assez possessif à son égard, et peut-être qu'il aurait même envie d'expérimenter le sexe avec lui. Une fois ou deux. 'Peut-être même trois, ou plus ?' Mais ce ne serait jamais rien de plus qu'un désir passager et du sexe sans conséquence. Une véritable relation était impossible. Ils étaient frères !

'Et pourtant, même si ce n'était que pour un instant, même en sachant que cela me détruirait complètement... si Robb voulait coucher avec moi, une fois, oh rien qu'une fois, et me rejeter juste après... je serai incapable de me refuser à lui. Pire, je me précipiterais tête baissée dans son piège si séduisant et si terrible, et j'adorerai chacune de ses caresses, ces caresses qui me hanteront ensuite pour le restant de mes jours...'

Il se sentit soudain exposé et vulnérable avec son torse dénudé. Il se hâta d'enfiler des vêtements propres et aussi élégants que possible. Puis il se peigna du mieux qu'il put, aplatissant ses boucles désordonnées. Il fut rapidement prêt, et se hâta vers la porte de sa chambre, avant de stopper net, la main sur la poignée.

Où allait-il comme ça ? Il y aurait des lords et des ladies au déjeuner, des gens de haute naissance venus de loin pour rendre hommage à leur suzerain et à son héritier. Ce n'était pas une place pour un bâtard. Pire, cela risquait d'être pris comme une offense par les lords s'il se montrait et osait prétendre manger à la même table qu'eux.

'Mais si je n'y vais pas, je ne saurai pas si une des invitées plaît à Robb ! Imaginer la scène sera sans doute encore pire que de la voir de mes propres yeux...'

Alors qu'il se torturait l'esprit et hésitait, la porte s'ouvrit brusquement, le faisant basculer en arrière, et il faillit s'étaler par terre. Un Robb impatient s'engouffra dans sa chambre.

- Jon, tu es prêt ?! Qu'est-ce que tu attends, c'est l'heure ! Ils vont s'impatienter si on ne se dépêche pas !

- Je... Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée que je vienne. Je veux dire, je suis un bâtard.

Robb éluda l'objection d'un simple haussement de sourcils.

- N'importe quoi. Allez, viens.

- Ta mère ne sera pas contente.

- Tu m'as promis de rester avec moi toute la journée, tu te souviens ? Pas question que tu me laisses seul face aux harpies que je vais devoir subir pendant tout le repas. Des fiançailles, non mais vraiment...

Robb roula des yeux, incrédule. Il trouvait visiblement l'idée de sa mère complètement incongrue. Et pourtant...

- Il faudra bien que tu te maries un jour où l'autre. Tu es un homme maintenant, ce n'est pas si étrange, tout le monde s'attend à ce que tu te fiances.

- Certainement pas avant de looongues années. Je suis bien trop jeune pour penser à ça. Et puis pour l'instant...

Il saisit la main de Jon dans la sienne et la serra avec fougue tout en approchant son visage de l'oreille du brun.

- Il y a déjà quelqu'un qui m'intéresse, chuchota-t-il.

Jon sentit le sang affluer à ses joues. Son cerveau lui fit de nouveau défaut, et il ne parvint pas à formuler d'autres objections.

- Hum. Ah, attends... tu as lacé ta chemise n'importe comment.

Ses mains montèrent aussitôt se poser sur le torse de Robb, là où il désespérait de les poser depuis deux bonnes minutes, et défirent les nœuds qui fermaient la chemise. Toucher les vêtements de Robb était addictif. Ces tissus étaient en contact la peau de Robb, enveloppaient son corps tout entier dans une étreinte serrée, et le protégeaient du froid. Il en serait presque jaloux, s'il ne ressentait pas un tel plaisir à toucher ces mêmes vêtements qui étaient imbibés de l'essence de Robb. Son odeur, sa sueur, tout cela se collait à ces étoffes, et il avait l'impression qu'elles se déplaçaient sur le bout de ses doigts quand ils entraient en contact.

Il parvint enfin à défaire de dernier nœud, et le torse nu de Robb se dévoila à lui.

'Oh, dieux. Il est parfait.'

Son regard s'arrêta quelques secondes sur les tétons bruns de son frère, et il se sentit saliver.

'Ce soir, je pourrais de nouveau rêver de lui et le toucher comme je le désire dans mes rêves. Même Lady Catelyn ne peut m'empêcher de faire ce que je veux dans mes rêves, y compris caresser son précieux fils.'

S'accrochant à cette pensée, il entreprit de relacer la veste correctement.

- Tu es sûr que tu ne veux pas me l'enlever complètement, plutôt ?

Jon sursauta. Il était tellement absorbé par sa tâche qu'il n'avait pas remarqué que Robb avait baissé son visage tout près du sien et que sous ses paupières mi-closes, une lueur de désir s'était allumée dans ses yeux.

- Je... non ! Il faut... aller au déjeuner. Ta mère, et tes... fiancées... t'attendent.

- Ce ne sont pas mes fiancées.

- Il ne faut pas les faire attendre. Allez, vas-y !

- Tu viens avec moi, alors. Qu'est-ce que tu dirais de s'amuser un peu avec ces mégères ? Par exemple on pourrait se montrer très grossiers, on serait sûrs qu'elles ne reviendraient pas nous embêter avant longtemps. Ou alors renverser du vin pour tacher leurs robes ? Sansa déteste quand Arya lui abime ses vêtements, je suis sûr qu'elles me détesteront aussi si je fais ça. Et alors je n'aurai même plus besoin de prendre la peine de refuser leurs offres de mariage, elles se rétracteront d'elles-même !

'Oui, oui, oui, excellente idée, effraye-les, fais-les fuir !'

- Non ! s'exclama Jon malgré lui. Quand est-ce que tu vas comprendre qu'en tant qu'héritier de Winterfell tu as des responsabilités ! Et parmi elles, te faire respecter et aimer de tes sujets. Ou au moins te conduire correctement avec eux, si le reste est au-delà de tes capacités. Les insulter n'est PAS une option !

- Bon, bon. Je ferai tout pour les charmer alors, et dès ce soir j'annoncerai mes fiançailles avec l'une d'entre elles ? C'est ce que devrait faire l'héritier de Winterfell. Ce que ma mère attend de moi. C'est ce que tu veux ?

'Non, jamais, jamais ! Mais je n'ai pas le droit de te répondre ça...'

Il ouvrit la bouche pour confirmer que c'était là l'attitude que Robb devrait avoir, mais aucun son ne passa ses lèvres. Une pointe de glace s'était fichée dans sa poitrine quand Robb avait parlé de se fiancer dès ce soir, et s'il l'encourageait dans cette voie, cela reviendrait à enfoncer lui-même ce pieu dans sa chair, et briser son coeur en un millier d'éclats glacés.

- C'est bien ce que je pensais, conclut Robb en lisant dans ses yeux.

Et il posa brièvement ses lèvres sur celles de Jon.

Ce ne fut qu'une bonne minute plus tard que ce dernier recouvrit suffisamment ses esprits pour s'apercevoir que Robb l'avait entraîné hors de sa chambre en le tirant par la main. Un sourire éclatant éclairait le visage de son aîné. Instinctivement, ses doigts se contractèrent avec force autour de la main chaude de Robb, et ce dernier lui répondit en caressant doucement le dos de sa main. Sa peau le brûlait là où Robb passait ses doigts, presque autant que ses lèvres le brûlaient là où celles de son aîné s'étaient posées. Les espoirs qu'il avait essayé d'enterrer refaisaient surface et occupaient chacune de ses pensées. Incontrôlables, inarrêtables. Etait-il possible d'aimer quelqu'un à ce point ?

Leurs mains se séparèrent toutefois lorsqu'ils approchèrent de la salle à manger. Leurs frères et soeurs étaient déjà là, ainsi que Theon Greyjoy, Lady Catelyn et plusieurs personnes qu'ils ne connaissaient pas.

- Robb, te voilà enfin !

Le sourire de Lady Catelyn s'évanouit lorsqu'elle constata la présence du bâtard aux côtés de son fils aîné, et hésita visiblement à le chasser, mais il était trop tard et cela aurait semblé étrange. Jon n'était pas plus à son aise pour autant, se demandant s'il n'était pas possible de devenir invisible pendant quelques heures.

- De nombreux lords nous ont fait l'honneur de leur visite pour ton jour anniversaire ! La plupart d'entre eux déjeunent avec ton père et discutent des affaires du Nord. Mais j'ai pensé que nous pourrions avoir un repas plus... intime, annonça gaiement Lady Catelyn. Tu auras tout le loisir de les rencontrer au festin ce soir. En attendant, je te présente Lady Wynafryd Manderly, fille de Ser Wylis et petite-fille de Lord Wyman de Blancport.

- Mylady, c'est un honneur et un plaisir de vous avoir parmi nous.

Au grand soulagement de Jon, Robb semblait avoir renoncé à ses projets d'insulter les invitées, et se comportait en véritable hôte.

Wynafryd accepta avec une grâce hautaine le baisemain que lui offrait galamment Robb. Elle était très belle, avec une poitrine plantureuse et des lèvres pulpeuses. Ses longs cheveux bruns étaient tressés avec soin dans une coiffure compliquée parsemée de perles. Elle était richement vêtue, d'une longue robe serrée au niveau de la taille et ample sous les hanches, avec une large fente qui dévoilait sa jambe gauche jusqu'à la cuisse lorsqu'elle marchait. Une tenue peu adaptée aux froides températures de Winterfell. La robe était d'un blanc immaculé. 'Comme si elle s'imaginait déjà à son mariage au bras de Robb...' Elle était également décorée d'élégants motifs en fils d'or. De nombreux bracelets qui tintaient en s'entrechoquant, et un lourd collier de perles rose pâle complétaient la tenue.

- Tout le plaisir est pour moi, cher Robb. Je peux vous appeler Robb, n'est-ce pas ? Le voyage a été des plus épuisants, mais pour rien au monde je n'aurai manqué la chance de vous rencontrer.

Dégouté, Jon l'observa prendre ses aises avec Robb, le coller d'un peu trop près, le toucher sur l'épaule et sur le bras comme s'ils étaient de vieux amis.

- Et voici Jon, mon demi-frère, présenta Robb au moment où il s'y attendait le moins.

Wynafryd le regarda d'un air interrogateur, et il s'empressa de se présenter après un bref instant de panique. Ce n'était pas sa place !

- Jon Snow, Mylady, pour vous servir.

Il ajouta une profonde courbette au cas où. Mais comme il s'y attendait, la jeune Lady Manderly eut l'air suffoquée qu'on ose lui présenter un bâtard. Elle ne cacha pas une grimace de dégout, et Jon lui en adressa une bien pire mentalement.

'Sale pimbêche !'

Furieuse, Lady Catelyn s'empressa d'emmener Robb et ses invitées loin de lui. En se retournant, elle faillit se cogner contre une montagne de chair et de tissus, qui se trouvait être une énorme femme d'une trentaine d'années, à peu près aussi belle que maester Luwin. Elle eut un sourire que Jon soupçonna être forcé et eut la grâce de présenter la deuxième invitée malgré une répulsion apparente.

- Robb, voici Lady Jonelle Cerwyn, la soeur de Lord Cley que tu connais bien.

- Mylady. J'ai l'honneur de compter votre frère parmi mes amis, et il m'a souvent parlé de vous. Je suis très heureux de faire enfin votre connaissance.

'Ah, Robb ne ment pas complètement. Je me rappelle effectivement avoir entendu Cley parler d'elle. Un jour où un arbre s'était effondré sur le mur de l'écurie en emportant avec lui toute une partie du mur. On se demandait quelle serait la manière la plus simple de reboucher le trou béant, et ce n'était pas pour porter les pierres qu'il avait proposé le nom de sa soeur, mais bien pour les remplacer...'

- Oh, Robb, quel galant jeune homme tu es ! Je mourrais d'envie de faire ta connaissance. Je suis sûre que nous nous entendrons à merveille, je sais exactement ce dont un homme comme toi a besoin. Ta mère a été vraiment charmante de me proposer de venir.

- L'invitation était adressée à votre frère, précisa Catelyn d'un air pincé. Mais bien sûr, nous sommes ravis que vous ayez été là au moment où il a reçu notre corbeau. Sans cela, nous n'aurions pas pu profiter de votre... formidable présence.

Le sous-entendu était à peine voilé, mais les subtilités du langage avaient visiblement abandonné Lady Jonelle en même temps que sa minceur, probablement au berceau. La répulsion de Jon à l'égard de sa colossale stature ne fit que redoubler sa stupeur lorsque la vierge de trente ans papillonna des yeux d'un air aguicheur à l'adresse de son aîné. C'était si incongru de voir une créature aussi... bovine faire du charme à Robb qu'il en oublia de la détester. L'idée que Robb puisse épouser une femme aussi vieille et laide était trop absurde pour qu'il la craigne. Il aurait presque eu pitié de Lady Jonelle, si elle ne venait pas de susurrer quelques mots à l'oreille de Robb qui l'avaient apparemment beaucoup amusé.

- Lady Jonelle, sans vouloir vous offenser, vous cachez la vue, déclara une voix fluette d'un ton qui ne cherchait en rien à atténuer l'insulte. On peut voir ce fameux héritier de Winterfell, nous aussi ?

- Lyra, ce n'est pas de la faute de Lady Jonelle si tu es trop petite pour voir et si tu es trop paresseuse pour te déplacer, tu sais, remarqua une deuxième voix.

- Merci grande soeur, tu es un ange. Surtout n'oublie pas de préciser que j'ai de grands pieds et que je chante comme un ours en rut aussi, histoire d'être sûre qu'il ait tout de suite une merveilleuse opinion de moi.

L'imposante Lady Jonelle se déplaça enfin après avoir collé un baiser bruyant des ses grosses lèvres sur la pauvre joue de Robb en guise de bonjour, et Jon put apercevoir les deux jeunes filles qui avaient parlé. Elles se ressemblaient énormément, sinon que l'une était très grande et mince tandis que l'autre ne dépassait Arya que de quelques centimètres et avait une poitrine plus généreuse. Elles avaient des traits fins et les yeux alertes, et des cheveux noirs coupés courts. Leur tenue était simple mais élégante, deux robes vertes et brunes avec peu d'ornements, en dehors d'un ours brodé sur la poitrine de la plus grande. La plus jeune tirait un peu à divers endroits de sa robe, apparemment peu à l'aise à l'intérieur. Jon remarqua qu'elle avait un bleu sur le dos de la main et un autre près du cou, et cela lui fit penser à sa petite sœur Arya qui revenait toujours couverte de bleus après d'être baladée on ne sait où.

- Robb, laisse-moi te présenter Lady Dacey Mormont et sa jeune sœur Lyra, intervint Catelyn.

- Les filles de Maege Mormont, je présume. Mesdemoiselles, c'est un honneur. Vous êtes aussi charmantes que votre mère, sinon davantage. Je vous souhaite la bienvenue à Winterfell.

La plus jeune s'avança en premier avec un sourire moqueur :

- Ma mère est aussi charmante que l'ours qui orne nos étendards. Mais je prendrais cela pour un compliment tout de même, merci.

'La mère est peut-être un peu rude, mais ses deux filles sont deux beautés', songea Jon avec un pincement au coeur.

Robb tendit le bras pour lui faire un baisemain, mais Lyra attrapa la main offerte pour la serrer comme deux hommes ont l'usage de se saluer. Ce qui eut pour effet de faire froncer les sourcils de Catelyn et Wynafryd et de faire pouffer de rire Arya. Apparemment insouciante d'avoir manqué au protocole, Lyra s'avança ensuite vers Jon et lui serra la main à son tour avec un large sourire. Jon crut que ses doigts allaient éclater sous la poigne étonnement musclée de la jeune fille.

'J'ai changé d'avis, Lyra aussi est un ours. Aïe ma main !'

- Jon Snow, un bâtard, hein ? Tu devrais venir chez nous, un de ces jours. Femme, bâtard, paysan, peu importe qui tu es à la naissance chez nous. Seule ta force compte et t'attirera la reconnaissance des autres.

- Lyra croit que faire voler la tête d'une biche d'un coup de massue est un objectif essentiel dans la vie..., fit remarquer Dacey.

- Un objectif déjà atteint, grande soeur, j'en ai d'autres maintenant.

-... mais c'est plutôt l'habileté dans les armes et le courage que nous apprécions en réalité. Pas besoin d'être un tas de muscles pour défaire un sauvage d'au-delà du Mur ou un pilleur des Iles de Fer.

- Je ne crois pas que les Fer-nés aient attaqué votre petite île glacée depuis fort longtemps, Lady Mormont, mais sans doute devrait-on y faire un petit raid un de ces jours si vous avez déjà oublié que nous sommes les meilleurs aussi bien à l'épée qu'à la navigation, intervint Theon d'un ton acide.

- Paix ! Je ne crois pas que Lady Dacey pensait à mal en disant cela, Theon. Lady Dacey, bienvenue à Winterfell.

L'aînée des deux sœurs semblait bien plus à l'aise dans le rôle de lady ; elle portait sa robe avec aisance et élégance, et accepta gracieusement le baisemain de Robb. Pourtant sa robe serrée ne cachait rien de ses muscles puissants, et Jon devina qu'elle passait plus de temps à se battre qu'à faire de la couture. Elle tendit également sa main à Jon qui s'empressa d'imiter les gestes de son frère.

- Je crois que nous pouvons passer à table, les pressa Catelyn. Robb, tu peux te placer là. Chère Wynafryd, venez donc vous placer à sa droite. Lady Dacey...

Sans écouter sa mère, Robb s'était rapproché de Jon et tenait visiblement à s'asseoir près de lui. Mais ce dernier perçut le regard venimeux de la Lady de Winterfell, et il alla s'installer entre Bran et Arya. Il sentit le regard déçu de Robb peser sur lui.

'Vraiment, Robb ! Sois responsable, un peu ! Tu es l'héritier et toutes ces filles sont venues pour toi, évidemment que tu dois t'asseoir près d'elles et leur faire honneur ! Heureusement que j'ai un peu plus de plomb dans la tête que toi. Dire que c'est toi l'héritier de Winterfell, j'espère que tu seras moins capricieux quand tu devras diriger... Même si je trouve tes caprices adorables, surtout quand tu veux être avec moi.'

Robb s'assit finalement entre Wynafryd et Dacey. Sansa s'était placée près de Wynafryd et la questionnait avec ardeur sur sa magnifique robe. Lady Jonelle s'était installée sur la seule chaise assez large et solide pour soutenir son poids et parlait de sa dot à Catelyn qui l'ignorait complètement. Lyra semblait s'être liée d'amitié avec Arya et lui expliquait les avantages respectifs de la massue et de l'épée, non sans lancer un coup d'oeil vers Robb de temps en temps.

Les plats se succédèrent. Wynafryd et Lyra devaient avoir dix-sept ans, estima Jon, tandis que Dacey avait sans doute un peu plus de vingt ans. Elles étaient toutes les trois en âge de se marier, belles et intelligentes.

- Vous êtes déjà venu à Blancport je crois, Robb.

- J'ai eu ce plaisir, Lady Wynafryd ; hélas, je ne me souviens pas vous y avoir croisée. J'ai fait la connaissance de votre grand-père en revanche, un homme de grande noblesse qui m'a reçu avec générosité. Je n'ai jamais mangé d'aussi bons poissons que dans son grand hall.

- De "large" noblesse, vous voulez dire. Je ne doute pas qu'il vous a reçu avec de plantureux festins, tous ses repas sont de plantureux festins après tout. J'étais en visite à Moat Cailin quand vous êtes venu, malheureusement, et j'ai amèrement regretté que nous n'ayons pu faire connaissance alors. J'aurai adoré venir plus tôt à Winterfell, également. Il fait un peu froid à mon goût ici, mais au moins l'air n'empeste pas de l'odeur permanente de poissons. Je crois que je me plairai beaucoup ici. La décoration du château laisse un peu à désirer, bien entendu, mais je serai tellement heureuse de vous aider à y remédier !

- Euh, merci beaucoup, répondit Robb un peu étonné.

- Ah, chère Wynafryd, intervint Lyra. C'est si gentil à vous de vous proposer, j'ai justement remarqué que toute la peinture des latrines s'était écaillée, je suis sûre que notre hôte appréciera votre aide pour redécorer la pièce.

- Lyra !, avertit Dacey en faisant les gros yeux à sa soeur.

Wynafryd était devenue rouge de colère.

- Oh, j'ai déjà des idées pour redécorer cette pièce effectivement. Une peinture qui représenterait une sirène se repaissant de la carcasse d'un ours serait du meilleur goût, vous ne pensez pas ?

- Un poisson qui mange un ours ? Voilà une idée fort étrange, j'aurai plutôt songé à l'inverse, mais bien sûr nous autres qui ne venons pas du continent sommes fort ignorants de ces choses. Nous ne sommes pas cultivés comme les gens de la ville, et je suis certaine que tous mes talents sont bien loin d'égaler les vôtres.

- Sûrement, répondit Wynafryd en fronçant les sourcils, cherchant visiblement si Lyra se moquait d'elle ou non.

- Par exemple, je chante extrêmement faux, comme je crois l'avoir déjà mentionné, et je danse au moins aussi mal. Mais sans nul doute, vous en revanche êtes la grâce même dans ces deux domaines.

- Et je vous le prouverai avec plaisir après le repas, si cela plaît à Robb de me voir danser, confirma Wynafryd en posant sa main sur celle de ce dernier, au grand déplaisir de Jon.

- Merveilleux ! J'ai trouvé comment décorer cette salle. Si vous dansiez près du mur là-bas, près de la statue de loup qui ouvre grand la gueule, ce serait du meilleur effet ! C'est si gentil à vous de vous dévouer de la sorte pour égayer la pièce, Lady Wynafryd.

- Lyra, cesse d'être désagréable ou bien je vais t'envoyer décorer ta chambre, prévint Dacey.

- Je préférerai aller décorer la salle d'armes. J'ai vu qu'ils avaient des haches de combat.

- Moi je pourrais aller décorer la chambre à coucher de Robb, proposa l'imposante Lady Jonelle, en adressant un clin d'œil appuyé au jeune homme. Elle ajouta, en bougeant silencieusement les lèvres à l'adresse de Robb, "toute nue !".

Un silence suivit la remarque. Jon hésitait entre la stupeur, le dégout et le rire. Sansa était devenue rouge cramoisie et Arya avait baissé la tête pour camoufler ses rires. Theon semblait également trouver la proposition très amusante mais ne faisait rien pour cacher son hilarité, de même que Wynafryd ne cherchait pas à masquer son expression dégoutée.

L'arrivée de la viande relança les conversations.

- Oh, Robb, c'est excellent ! s'exclama Wynafryd d'une voix aigüe que Jon trouvait déjà insupportable. Je suis si heureuse d'être ici avec vous, j'espère vraiment que mon séjour se prolongera... aussi longtemps que vous le désirerez, my lord. Mon père et mon grand-père aussi seraient ravis de me voir rester plus longtemps que prévu.

- Je les comprend, commenta Lyra.

Les deux jeunes filles échangèrent un regard noir. Robb se désintéressa d'elles pour entrer dans une grande discussion avec Dacey. Jon n'entendait pas tout ce qu'ils se disaient, forcé d'accorder son attention à Bran qui lui demandait de raconter sa chasse, mais constatait que Robb appréciait la conversation de la jeune fille. Il ne cessait de lui sourire, et riait assez souvent à ses remarques.

'Elle a l'air parfaite. Belle, intelligente, sensée, drôle... Elle est mille fois mieux que Wynafryd et plus polie que Lyra, même si je suis sûr qu'elle ne pense pas moins vite que sa jeune sœur. Je sais reconnaître une femme de valeur quand j'en vois une. Je la déteste donc mille fois plus que Wynafryd', conclut Jon. 'Je suis sûr que Robb méprise déjà Wynafryd, et Lyra manque de réserve pour être une lady ; mais si jamais il tombait sous le charme de la belle Dacey ?'

Comme si son frère avait ressenti sa détresse, il leva la tête à ce moment à la recherche du regard de son frère, et lui adressa un sourire réconfortant avec un bref clin d'œil. Jon n'était pas certain de comment interpréter cela, mais il ne put s'empêcher de rougir et il baissa vivement son regard vers son assiette.

Il supporta le reste du repas en s'accrochant à la promesse que Robb lui avait faite qu'ils passeraient la journée ensemble, et évita désormais de croiser le regard de son frère, bien qu'il ne pût s'empêcher de jeter de fréquents coups d'œil dans sa direction.