Chapitre 4 : L'errance

Hermione s'avança vers Ron, s'assit dernière lui et posa une main sur son épaule. Il posa à son tour sa main sur la sienne et lui sourit. Son idée avait marché, elle lui avait pardonné son départ, et finalement accepté son retour. Il tourna le bouton et ils commencèrent à écouter la radio, redoutant, tout comme Harry, qu'un Weasley ne soit prononcé…

Des mois s'étaient écoulés sans qu'elle ne voie Fred, sans qu'elle ne l'entende, sans qu'elle ne puisse le toucher. Alors quand sa voix se fit entendre, elle dut se raccrocher au dossier de la chaise de Ron, bien trop occupé à se chamailler avec Harry pour le remarquer.

- C'est…

- Oui, on sait, c'est Fred. On n'est pas sourds.

Leur dispute lui semblait bien lointaine, alors qu'elle savourait le son de la voix de Fred, qu'elle n'entendait plus que dans ses rêves. Malgré le grésillement de la radio, elle l'aurait reconnu entre mille. Elle n'eut aucun mal à imaginer chaque trait que prenait son visage en prononçant ces mots. La petite grimace lorsqu'il parlait de choses désagréables, son froncement de sourcils quand ses compagnons n'utilisaient pas le nom de code qu'il avait choisi. Elle ne put que fermer les yeux d'aise et imaginer le petit sourire en coin qu'il avait du arborer quand il prononçât le prochain mot de passe, « tatoo », un clin d'œil pour leur histoire.

- Ils utilisent toujours des mots en lien avec l'ordre, je ne vois pas ce que tatoo peut avoir à faire là dedans, intervint Ron, perplexe.

- Peut être cela a-t-il un lien que tu ne connais pas, Ron, lui répondit Hermione, énigmatique, alors qu'elle s'éloignait, laissant ses deux amis interrogatifs.

Kingsley sortit précipitamment de la salle, rapidement suivi de Lee, qui était tout excité à l'idée de partir pour sa première mission pour l'ordre. Ne restaient dans la pièce que Remus, Georges et Fred, ruminant ses pensées, comme à son habitude.

- Tatoo, hein ?

- Un clin d'œil pour Hermione, si jamais elle nous écoute.

- Elle écoute.

Les jumeaux se tournèrent dans un beau mouvement uni vers le lycanthrope, le regard clairement demandeur.

- Je ne peux pas vous dire comment je le sais, mais disons qu'il est certain qu'ils sont au courant pour notre petite activité, et son fonctionnement.

- Tu l'as vue.

- Non. Je ne peux pas t'en dire plus Fred, je suis sincèrement désolé.

Et sans leur laisser le temps de protester, il disparut par la petite porte d'entrée.

- Quel mystère ! Tu crois que c'est une caractéristique propre aux loup-garous ? interrogea Georges, dans une tentative clairement désespérée de détendre l'atmosphère.

- Tentative vaine, mon cher Georgie, mais merci d'essayer. Si seulement elle montrait des signes de vie, elle aussi.

- Elle est en vie, Freddie, il va falloir t'en contenter, et te concentrer dessus, parce que tu vas devenir complètement fou.

- J'en crève. D'attendre, de ne pas savoir, d'imaginer surtout. J'en crève.

- Je sais.

Ron lança un regard inquiet à Hermione, elle lui fit comprendre par un haussement d'épaule et des sourcils froncés qu'elle se faisait autant de soucis pour Harry, et qu'elle n'avait aucune idée de comment lui rendre la raison. Son obsession pour les reliques devenait maladive, et ils craignaient tous deux pour la survie de leur mission. Une dispute de plus éclata, et Harry laissa échapper par mégarde le tabou. Aussitôt le plop caractéristique du transplanage se fit entendre, et ils se figèrent tous trois. Une baguette pointa le bout de son nez dans la tente, bientôt suivie d'une silhouette, aussitôt rejointe par d'autres. Hermione eut juste le temps de lancer un sort à Harry, mais il était trop tard pour Ron et elle. Les choses allèrent trop vite, elle était fatiguée, et Harry l'avait rendue à bout de nerfs suite aux disputes successives et nombreuses qui avaient éclatées ces derniers jours. Elle reçut un sort, et sombra.

Quand elle se réveilla, ils étaient tous trois attachés, avec Dean et un gobelin, au manoir Malfoy. Dean ? Elle se poserait des questions plus tard. Elle remua légèrement pour faire comprendre à ses compagnons qu'elle était réveillée, sans attirer l'attention de leurs geôliers. Aussitôt, elle sentit le souffle de Harry dans son oreille, et Ron lui attrapa la main et la serra aussi fort qu'il le put.

- Comment tu te sens Mione ? Chuchota Harry, qui était le seul à pouvoir lui parler sans se faire entendre.

- Ca va, j'ai du recevoir un sort de paralysie temporaire. J'ai mal à la tête, mais j'ai vu pire. Vous avez pu garder une baguette ?

- Malheureusement non.

- Il se passe quoi là ?

- Bellatrix s'est figée dès qu'elle a aperçut l'épée de Griffondor. Depuis, elle panique et élimine les témoins. Tu n'as pas été inconsciente très longtemps, mais tu nous as fait une peur bleue. Bravo pour le sort, ça nous a donné du temps.

- Merci. Bon ok, cette fois, on peut dire que la situation est critique, mais on a vu pire et…

Ils furent alors interrompus par la voix criarde de la folie personnifiée.

- On dirait que la vermine est réveillée. Drago, enferme les autres dans les cachots. Je m'occupe de la dératisation…

- Non !

- Hermione !

Harry et Ron se mirent à se débattre et hurler, mais cela ne servit à rien, et Drago les fit léviter. Les hurlements se firent de plus en plus lointains et Bellatrix empoigna Hermione par le bras et la poussa sur le sol au milieu de la pièce.

- Alors, sang-de-bourbe, à nous deux.

- Une née-moldue et une tarée dégénérée, c'est une réunion des rebus de la société Bella ?

- Comment oses-tu ?

- Oh, j'ai été trop familière, vous préférez Mme Lestrange ? Etrange comme ce nom vous va bien non ?

- Endoloris !

Hermione plia sous le coup de la douleur, mais ne daigna répondre correctement à aucune de ses questions. Au bout de quelques minutes, elle sentit ses forces l'abandonner, et se dit qu'à ce rythme elle ne mettrait pas longtemps avant de devenir folle. Elle pensa aux parents de Neville, mais les chassa vite de ses pensées, de peur de rendre le travail de sa geôlière plus facile. Elle se força à penser à Fred, en espérant que cela agisse comme pour les patronus. Elle revit tous leurs moments heureux, pas si nombreux que cela finalement. Puis elle répertoria toutes ses expressions, tous les sourires différents auxquels elle avait eut la chance d'assister. Elle se surprit même à sourire en pensant à la façon dont il réagirait quand Harry et Ron lui relateraient ses dernières paroles. Elles avaient été dites pour lui, en pensant à lui. Comme un hommage assez bizarre. Elle sentit alors que la douleur s'était focalisée sur son avant-bras et, dans un dernier effort, tourna la tête pour s'en assurer. Les mots Sang-de-bourbe étaient à jamais gravés sur sa peau désormais, et le sang coulait sous chaque lettre. Elle ne s'était pas aperçue tout de suite que les doloris avaient cessé, penser à Fred agissait effectivement comme un protego sur sa douleur. Elle allait recommencer la litanie de ses gestes, de leurs moments, quand du bruit se fit entendre. Elle était désormais incapable d'amorcer le moindre mouvement, elle ne pouvait dorénavant se fier qu'à son ouïe. Elle distingua les voix de Ron et d'Harry, et senti deux bras la soulever, et son nom crié de nombreuses fois. Elle aurait voulu leur répondre, mais n'en avait pas la force.

- Je ne suis pas sur qu'elle soit en état de transplaner Harry.

- On n'a pas d'autre choix Ron. Ce serait trop dangereux autrement. Dobby, maintenant !

- Dobby, va chercher Bill et Fleur !

Hermione senti un vent frais lui fouetter le visage. L'air marin, caractéristiquement salé, emplit ses narines. Des bras la soutenaient et d'autres tenaient ses mains. Des voix de plus en plus proches lui parvinrent.

- Hermione ! Hermione je t'en supplie réponds nous !

Ron. Sa voix lui était parvenue en premier parce que sa bouche se tenait près de son oreille, elle pouvait sentir son souffle haletant. Harry lui tenait les mains, et des gouttes tombaient sur les siennes. Il pleurait, le front appuyé contre ses mains, qu'il tenait. Elle se concentra pour bouger ses doigts, de façon à leur montrer qu'elle était vivante, et aussi consciente qu'elle le pouvait.

- Elle a bougé ! Ron, elle a bougé !

Bill et Fleur les avaient rejoints.

- Oh non ! Hermione ! Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Bellatrix, elle l'a torturé. Bill je…

Harry ne put continuer, sa voix se brisa. Fleur prit les choses en mains.

- Bill, porte la dans la chambre. Ron, cours dans la salle de bain. Prends tout ce que tu peux trouver dans la pharmacie. Luna, une bassine d'eau chaude. Harry, il faut que tu la lâches.

Bill retira les mains de Harry qui se cramponnait à celles d'Hermione et la prit délicatement dans ses bras. Mais des gouttes de sang tombèrent de son bras, et il remonta la manche d'Hermione.

- Bill, son bras…