PARTIE 4
- Vas-y… tires ! la défia Jarod.
Parker sans se laissait démonter continua à le tenir en joue.
- Tu n'en as donc pas assez Parker ? Il faut que tu viennes me traquer même quand… quand… J'espérais sincèrement qu'il y avait une once de vérité dans… tout ce que tu as dit, dans tout… ce que tu as fait…
- Va-t-en Jarod ! lui dit alors Parker, en baissant son arme.
Jarod ne sembla pas comprendre le geste.
- C'est une promesse que je dois à Sabina… je devais te protéger… faute de mieux je t'accorde une chance… disons que c'est mon cadeau de Noël…
Il s'approcha alors doucement de Parker et déposa un baiser sur ses lèvres.
- Joyeux Noël Parker, lui murmura-t-il enfin les yeux fermés.
Il quitta la pièce et Parker resta là, les bras ballants. Puis dans un moment de lucidité sans doute, elle sortit en courant.
Notre réelle Parker se mit à courir à sa suite pour connaître le fin mot de l'histoire. Là, sous les flocons, Parker interpella Jarod. Celui-ci s'était retourné.
- Jarod… tu… tu ne veux pas m'emmener avec toi ? »
Jarod revint sur ses pas, prudent, puis sûr d'avoir bien entendu, prit Parker par la taille et l'embrassa tendrement. Après un long baiser, Parker se décolla de lui et se mit à rire. Elle lui prit les mains et tous deux se mirent à tournoyer, riant comme deux enfants sous les flocons.
Tandis que notre Parker refoulait les larmes qui lui montaient aux yeux, le Maître du Temps apparut en même temps que le nuage pourpre qui commençait à se former.
Elle ressassait ce qu'elle avait vu au cours de ces voyages, et la fumée pourpre commença à les envelopper. Mais cette fois-ci, elle tourbillonna doucement autour d'eux. Sans s'arrêter, elle se teinta de cyan. Quand Parker releva la tête, elle crut apercevoir autour d'elle des visages l'observer. Des femmes, des hommes. Tous étaient vêtus de noir, certains portaient des chapeaux. Un homme secouait lentement la tête négativement, une femme avait joint ses mains et semblait l'encourager.
- Nombreux sont ceux qui pensent que vous allez à nouveau passer à côté du bonheur. Mais certains, et j'en fais partie, jugent que vous êtes capables d'y arriver. Ne les décevez pas. Ne me décevez, Mademoiselle Parker, lui dit-il en la regardant dans les yeux.
La fumée tournait toujours, les visages des membres du Conseil s'estompèrent et Parker put voir à la place les visages de ses proches.
- Je crois que j'ai compris… oui je sais ce que j'aurais du faire depuis longtemps…
Le Maître du Temps sourit. Son travail touchait à sa fin et il trouvait qu'il avait mené à bien sa tâche.
- Il va être l'heure de se quitter… souhaitez vous revenir sur l'un de vos choix décisifs avant de revenir dans le Présent ?
Il y avait bien un choix qui avait été particulièrement difficile dans la vie, que Parker aurait aimé revivre. Elle voulait surtout savoir à quoi ressemblait la vie parallèle qu'elle aurait pu mener. Ce choix l'avait fait souffrir pendant des nuits, elle n'avait pas été la seule à souffrir, elle le savait. Jarod aussi lui en avait voulu.
- Il y a quelques mois, j'ai eu à faire un choix… difficile. Jarod m'a demandé d'arrêter tout ça… et… je n'ai pas accepté. Je l'ai profondément blessé, je le sais… j'aimerais… enfin, si c'est possible voir l'autre vie que j'aurais – que nous aurions - pu mener…
Le Maître du temps parut satisfait de la demande de Parker. Au même moment un murmure de plusieurs voix se faisant de plus en plus grand se fit entendre. Parker, d'abord inquiète, regarda autour d'elle. Ces voix semblaient venir de toutes les directions. Puis elle crut percevoir à nouveau les visages flous des membres du Conseil, ceux-ci semblaient en grande discussion.
Le Maître du Temps, lui, était à l'écoute de ces voix que Parker n'arrivait pas à comprendre. Il semblait recevoir des ordres, des conseils venant de différents côtés. Il acquiesçait, se tournait, il semblait discuter sans avoir à parler.
Parker assistait silencieuse à cet étrange débat.
Puis soudain, toutes les voix se turent.
- Si ce n'est pas possible je ne veux pas insister, nous pouvons retourner dans le présent, ce n'est… commença à se défendre Parker.
- Votre choix a suscité une vive discussion chez les membres du Conseil… au bout de cette… controverse, j'ai quelque chose à vous proposer. Nous allons retourner à cet instant de votre vie, ce choix que vous regrettez.
L'homme au chapeau de feutre dessina pour la dernière fois un arc de cercle. La fumée cyan redevint pourpre, puis vira doucement au blanc.
- Vous allez donc revivre ce souvenir, ce choix. Mais ce sera à vous d'écrire la suite de l'histoire, à vous de construire votre vie. Le Conseil a décidé de vous accorder cette seconde chance. Il a confiance en vous. Suivez votre cœur.
La fumée blanche brilla de mille étincelles puis se dissipa. Mademoiselle Parker était dans son bureau au téléphone.
- Et qu'en est-il de nous ?
- La souris et le chat. Il y a longtemps que ce choix a été fait pour nous.
- La malédiction des Parker… ce serait ça…
Parker avait été renvoyée à ce moment-là, moment clef de sa vie, de son histoire - de leur histoire - corrigea-t-elle intérieurement. Elle se souvint de ce qu'elle avait répondu il y a déjà quelques mois, de ce que tout cela avait provoqué. Elle pria pour que son nouveau choix engendre de meilleures choses.
- Jarod… il y a parfois des choix que l'on peut forcer, depuis toujours on… on a toujours décidé ces choix à ma place… je crois… je sais qu'aujourd'hui il est peut-être temps… non il est temps que je prenne une décision qui vienne de… de mon cœur…
- Est-ce que j'entends bien Mademoiselle Parker revenir sur son choix… ?
- Ça se pourrait… non en fait oui… c'est ce que je fais… je… j'ai beaucoup appris sur moi récemment et sur… …
Elle sourit. Comment lui expliquait ? Elle porta sa main à son cœur et ferma les yeux.
- Quelqu'un m'a dit aujourd'hui que ce qu'il y a de merveilleux avec la vie c'est qu'on peut toujours changer d'histoire… j'ai envie de changer la mienne et de… de la reconstruire… je ne veux pas spectatrice de ma vie, je veux écrire mon histoire… notre histoire… »
A l'autre bout du fil, Jarod s'était allongé sur son lit, une main sur le cœur, il souriait.
- Oui Parker. Je suis prêt à écrire, ensemble, notre histoire et d'en choisir le plus beau chemin…
Les larmes coulaient doucement des deux côtés.
- Je t'aime Jarod, murmura Parker en raccrocha doucement.
Elle porta le téléphone contre son cœur. « Je t'ai toujours aimé ».
Ce qu'il y a de merveilleux avec la vie c'est qu'on peut toujours changer d'histoire et qu'alors la fin nous appartient…
FIN
