FEVRIER

Février sema des ersatz de bonheur comme reverdissaient les arbres déparés de leurs atours par les lacérations de l'hiver : lentement et doucement, aux senteurs de nuits dégagées et de chaleur renaissante. Alternaient les matinées sombres et vêtues d'un voile épais de brouillard, et les débuts de journée limpides, uniformément blancs comme de la mousse. Shikamaru s'installa dans une routine bien huilée avec Temari parfois leur relation le surprenait tant tout semblait couler de soi. Le vendredi soir en tête-à-tête, qui se terminait le plus souvent par le visionnage d'un film dont le choix constituait la source de chamailleries la plus intense de la semaine. Ino abandonna Sai en cours de chemin, lassée de former le soleil unique de son univers et préférant se concentrer sur l'apprentissage de la suture, pour mieux apaiser les cicatrices de son amitié désormais au vitriol avec son voisin. C'était infernal, elle qui paraissait s'aigrir face au néant supposé qu'incarnait sa vie, lui qui avait trouvé d'autres sujets de préoccupation que des plaintes qu'il entendait depuis dix ans. Il la tenait à l'écart, dans la crainte que son tumulte ravageur ne vint encore une fois ramener la tempête dans son ciel idyllique et parfaitement bleu.

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« Hé Nara, tu pèses ton poids tu sais.

– Juste cinq minutes.

– Je ne vais pas rester comme ça pendant tout le film.

– Il dure pas si longtemps.

– Trois heures, quand même.

– Et ?

– Tu vas râler que je te dérange en plein film. Donc bouge de là maintenant.

– T'es chiante.

– Uniquement logique. »

A contre-cœur, il quitta le coussin douillet offert par les cuisses de la jeune fille pour se redresser, la nuque calée contre son sofa typique de la vie estudiantine – acheté aux puces, deux places, vague odeur de renfermé -, bien moins confortable que la chair douce et ferme des longues jambes de Temari. L'écran de la télévision projetait sur ses spectateurs une lumière blafarde et crue qui accentuait les ombres et détachait les zones claires de leur support, comme plaquées contre ce dernier. Quelques notes de musique, et le visage d'Amerigo Bonasera apparut, focalisant ce qui restait d'inattentif dans leur concentration sur Le Parrain qui débutait. Elle se pelotonna contre son flanc, et il cacha le rictus amusé qui naquit – il savait qu'elle se préparait pour les scènes un peu sanglantes, même si elle ne l'avouerait jamais et ferait de son mieux pour lui soustraire ses grimaces – dans sa main.

Souvent il s'étonnait de leur ressemblance tout semblait une telle évidence. Les tâtonnements habituels des commencements d'une histoire amoureuse se tassèrent de manière extraordinairement rapide ; il assimila vite l'intimité de la façon d'être de la jeune femme, les jalons qu'ils posèrent dès les premiers jours, les limites des espaces individuels. Plus que dans leurs occupations « matures », leur relation se teintait de la vague notion « depuis toujours » tant ils se bornaient à la simplicité de la vie, prenant les choses comme elles venaient sans aller les provoquer dans l'espoir de chimères impossibles le au-jour-le-jour leur convenait amplement, tout dans la saveur de l'instant présent, de ce que la réalité daignait leur offrir au quotidien.

Il y avait une part effrayante dans la facilité de cette lecture Temari possédait un degré de perfection dans la compréhension de ce qu'il représentait, à un point tel qu'il avait du mal à se l'expliquer. La faiblesse de la durée de leur connaissance, et aussi à un certain degré sa profondeur, n'expliquait pas, voire même contredisait, l'aisance avec laquelle elle interprétait ses expressions, ses mimiques, ses phrases. La réalité des sentiments qu'il éprouvait pour elle ne nécessitait plus d'être prouvée mais encore en phase de développement, loin d'avoir atteint la certitude de leur intensité et de leur durabilité, leur jeunesse formait justement, d'ordinaire, cette phase d'assimilation de l'autre, de découverte de ses angles et courbes, de ses mots et de ses conceptions, de l'étendue de ses perceptions et du feu qui l'animait. Avec Temari, ils s'enfonçaient à corps perdu dans une clairvoyance presque excellente de l'amoureux, ami familier et l'amant inconnu presque inexistant, se coulaient dans un quotidien qui semblait construit depuis des années de proximité, avec nombre de repères communs.

Il savait qu'il ne devait pas craindre cet état de fait pour un réticent au changement dans son genre, il s'agissait d'une situation rêvée où chacun s'engageait sur des plates-bandes qu'il côtoyait déjà dans la vie de célibataire. Mais il ne pouvait s'empêcher d'émettre des doutes cela lui semblait trop facile et même s'il s'estimait heureux d'éviter beaucoup d'ennuis inhérents à la vie de couple, source de problèmes par excellence, il pensait quand même qu'il y avait un problème quelque part. Il jugeait cela d'autant plus par son inexpérience en matière d'historique sentimental et de ses anciennes répulsions pour ce qui touchait le registre amoureux. Impossible que le ciel restât bleu sans aucun nuage.

Et ces doutes soulevaient d'autres arrière-pensées qu'il s'efforçait de juger inutiles, mais qu'il ne parvenait pas à élucider. Il lui paraissait que cette compréhension de l'autre, supposément réciproque, ne s'imposait que par son unilatéralité il assimilait la méfiante fierté de la jeune femme, reconnaissait ses réticences à en abaisser les barrières et à dévoiler les relents verdâtres de ses yeux mais parfois il se reprochait son propre comportement à livre ouvert. Comme si dans cette relation qui lui semblait à donnant-donnant depuis les premiers mots échangés, il fut celui qui usait le plus de la mise à nu, qui cédait bien plus de terrain personnel qu'elle ne le faisait, dans le désespoir de la difficulté de réussir à l'approcher. Il arrivait qu'il se fit la réflexion que les schémas traditionnels étaient inversés la grande dignité de cette dernière formait un obstacle à ses sentiments et que lui-même manquait justement d'amour-propre un comble pour un homme.

Mais il se persuadait que ce genre de songe constituait plutôt ce qui se disait dans la tête d'une fille, et il en arrêtait donc ici les pérégrinations. Tant que la situation ne se complexifiait pas, il n'y avait pas lieu de s'alarmer et donc de renoncer à ce quotidien somme toute agréable et constamment calme.

Mais trois coups toqués vinrent rendre les derniers instants de Luca Brasi terriblement moins cruels.

« C'est quoi, ça ? Demanda Temari en fronçant les sourcils.

– Attends. »

Oh, il ne s'agissait que de ce qu'il tentait de tenir à l'écart de sa vie depuis des semaines après des années de partenariat. L'exquise blondeur des éclairs d'une tempête, le bleu traître et trouble d'un regard vif et manipulateur, la délicatesse de l'insouciant oiseau noir prédicateur des zones de turbulence de sa vie, l'impudente et égoïste imprévisibilité qu'il tâchait de réguler en s'éloignant. Ino qui l'honorait d'une de ses visites-surprises qu'elle ne renouvelait plus depuis le premier semestre, son encombrante voisine qui ignorait la nature du lien qui l'unissait à l'étudiante en relations internationales, et cette dernière qui ne connaissait que vaguement la virevoltante amie d'enfance. Ce jour devait bien arriver, mais pourtant Shikamaru soupira à l'idée des explications qu'il allait devoir apporter, les reproches à supporter, les blâmes à écouter patiemment, les mots poussés par la colère à excuser.

Il se dégagea de l'étreinte et se leva, pieds nus contre parquet glacé, pour se diriger vers la porte-fenêtre qu'il tenait fermée en permanence désormais. Il ouvrit l'accès, et l'impromptue, silhouette déliée coincée entre deux rideaux d'or froid, entra, le gratifiant d'une claque légère sur l'épaule au passage. Elle raccrocha la mèche de cheveux qui lui tombait sur la joue, dévoilant ainsi un visage fatigué et maussade, marqué par les ombres violettes sous ses orbites.

« Eh dis donc, depuis quand tu fermes à clé ? Je fais comment pour rentrer moi ?

– Tu frappes ?

– Shika, j'étais en train de me les geler, à attendre que tu te décides à m'ouvrir !

– Tu es une vraie plaie. C'est mon appart, j'ai pas envie que tout le monde puisse y débarquer quand l'envie les prend.

– Et ça te prend comme ça, d'un coup ? Tu es vraiment pénible quand tu as tes règles, c'est pas possible. »

Que devait-il répondre à cette dernière réplique, et que pouvait-il répondre de toute façon ? Elle aurait toujours le dernier mot. Il lui jeta un regard désabusé avant de changer de sujet.

« Qu'est-ce que tu veux ?

– Je suis à court de café, et plusieurs heures de révisions qui m'attendent.

– Évidemment.

– De quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire, Shika ? »

Il n'y avait que le besoin pour la faire descendre de son piédestal et la faire s'intéresser à ses semblables. Il espérait que sa venue cachait une réelle envie de lui parler, de passer du temps ensemble, chose qu'ils ne faisaient plus depuis longtemps. Leur relation se distendait, en proie à son caractère irascible d'une part et ses griefs à lui d'inséparables ils passèrent à des rencontres qui s'espaçaient sur plusieurs jours, sans que cela les dérangeât. A dire vrai, il était un peu nostalgique du temps où l'âge adulte leur paraissait encore loin, refusant de croire qu'il déliait, ne serait-ce que de façon infime, même les amitiés les plus sincères. Mais ils oubliaient les gens qui changeaient, et les obligations à tenir et les responsabilités sous lesquelles ils croulaient, et déjà une journée, trois, une semaine s'écoulèrent sans qu'il ressentît la nécessité d'entendre son rire de crécelle. Mais c'était typiquement le genre de pensées qui le prenait, manipulé par ses frasques féminines, et il avait décidé d'y mettre fin.

« Rien. C'est pas du décaféiné par contre.

– Super, c'est ce qu'il me faut.

– Il est vachement fort, t'es sûre que ça va être trop...

– Mais non, je te dis, c'est...

– Shikamaru ? »

Les deux protagonistes tournèrent simultanément la tête vers la nouvelle arrivante. Elle les observait, curieuse, s'attardant sur la contemplation de la jeune fille qui passait les balustrades. Shikamaru ne perçut jamais mieux les différences qui les animaient qu'en les ayant face-à-face, en confrontation, les yeux à la couleur mer du nord contre le regard de l'azur de l'horizon au sud. Temari lui jeta un dernier coup d'œil qui se démarquait par son insistance elle l'attendait au tournant. Ino semblait sincèrement surprise de la présence d'une fille autre que sa personne entre les murs du jeune homme, et il comprenait son étonnement à la vue de la tenue décontractée de l'étudiante plus âgée.

« Euh Temari, voici Ino.

– Salut, je suis la meilleure et la plus irrésistible des amies de ce super-râleur ! Fit Ino avec un grand sourire.

– Oh enchantée, je suis... une amie récente.

– Ino me colle depuis la maternelle.

– Tais-toi donc, crétin.

– Ino, Temari est... ma copine.

– De... Quoi ? S'étonna-t-elle.

– Nous sommes ensemble. C'est un peu tard pour les présentations, mais je ne savais pas quel moment serait le mieux et... »

Il s'embrouillait dans ses justifications piteuses, malmené par les grands yeux bleus écarquillés de stupeur et qui n'arrivaient pas à s'en remettre. Ino s'avérait sincèrement ébahie par la nouvelle en apparence. Il s'attendait à des moqueries, un grand éclat de rire, de bruyantes exclamations, n'importe quoi mais quelque chose de passionné comme la voisine de balcon. Mais elle cherchait ses mots, l'attitude à adopter, l'expression à coller sur son visage ce qui allait en résulter ne serait définitivement pas naturel.

« Oh d'accord, c'est pour le moins inattendu...

– Désolé, j'aurais dû te prévenir avant.

– Oui, en effet ! Tu caches bien ton jeu, dit Ino en paraissant se reprendre. Dis-moi Temari, pourquoi as-tu accepté ? Je veux dire, il tient des propos ignobles sur les femmes, il n'est jamais content, toujours ingrat...

– Je ne sais pas, ça doit être un acte de bonté je suppose, sourit Temari.

– Vous êtes insupportables.

– Oh, tu es assez fragile en fait quand on te taquine, monsieur le pleurnichard.

– Tu es vraiment galère. »

Il se tourna de nouveau vers Ino pour lui tendre le paquet de café, et elle l'interpella par la mine que dessinait son faciès. Ce n'était pas une bouche joyeuse ou un regard heureux, mais l'air de quelqu'un réfléchissant intensément et, quelque part, désemparé. Elle, la première à s'intéresser aux histoires sentimentales des autres, intarissable quant aux innombrables techniques de drague qu'un garçon aventureux aura tenté en lui adressant la parole, le déconcertait par son absence de questions ou son silence inhabituel. Mais il se tint à sa résolution d'éviter les sources de problèmes et indubitablement, cette dernière paraissait plutôt fournie.

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AVRIL

Les pluies chaudes d'Avril terminèrent de déblayer les trottoirs des dernières feuilles mortes, les envoyant valdinguer dans la boue qui bordait les routes de campagne. Bien que le fond de l'air se réchauffât conséquemment après un hiver vigoureux, le soleil jugea nécessaire de retarder ses apparitions vivement souhaitées, pour dormir au creux des nuages violets, gris, ou d'un blanc sale, protégé par des averses soutenues. Shikamaru considérait qu'il n'y avait rien de pire que les flaques projetées par le passage des voitures, la valse des parapluies aux heures de pointe, la tristesse du ciel qui déversait sa peine sur les toits des édifices, l'humidité qui flottait entre les murs vétustes de son immeuble. Ino pressait les réflexions indésirables hors de son esprit en même temps qu'elle malaxait le terreau de ses plantes, se débarrassant de la terre agglutiné sous ses ongles comme elle s'allégeait de ses angoisses. Et il ne pouvait s'empêcher de l'observer, dans le secret de sa cuisine, car avec la chaleur revenaient les yeux bleus au dehors, accaparés par le soin constant porté aux fleurs, sans trouble ni colère, le front uni, emplis d'une douceur qu'il n'apercevait plus dernièrement, et il ne savait plus comment jongler entre les nuances du fait de leur éloignement regretté.

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« Hey, on peut se retrouver vers dix-sept heures au café d'Asuma ? Faudrait que l'on se parle, et ça fait longtemps que l'on y a été ensemble. Redis-moi. »

Ça puait. Il savait d'expérience que s'entendre dire « il faut qu'on parle » constituait généralement un mauvais signe, prédécesseur d'une rupture ou d'une dispute. Et quand c'était elle qui le déclarait, il fallait s'attendre au gros déballage. Et un message d'Ino sans émoticône représentait la gravité du besoin de discussion.

Il soupira, traînant des pieds, envisageant sérieusement de faire demi-tour et de se dépêcher de rentrer chez lui. Il pourrait invoquer l'excuse des révisions lorsqu'elle réclamerait des explications, pensait-t-il « désolé mais j'avais oublié que j'avais mon partiel d'histoire contemporaine lundi, il faut que je révise à fond, galère » mais arriva la réflexion que probablement esquiver ce moment douloureux et chercher à se dédouaner formait un motif légitime à la colère de la jeune fille (« comment ça il fallait que tu révises ? Tu branles rien pendant trois mois et ça te vient pile quand j'ai besoin de te voir ? Sale hypocrite, tu crois que je vais avaler tes mensonges minables ? ») et l'hypothèse formait une situation plus infernale que le futur imminent. Il soupira une nouvelle fois.

Il arrivait à destination. Le nom de l'établissement se détachait en lettres blanches du fond rouge et à sa lecture il retrouva un peu de chaleur dans son sourire. Effectivement, cela faisait quelque temps qu'il n'était pas venu. Et sa satisfaction à retrouver les chaises en bois, les boules lumineuses placées haut et qui jetaient des lueurs orangées contre les visages, les nappes à carreaux, les portraits de stars américaines des années cinquante accrochés au mur, l'air enfumé des arômes de boisson et de cigarettes – le propriétaire s'en enfilait une de temps à l'autre à l'intérieur, mais chut, il s'agissait d'un secret – n'avait d'égal que son contentement lorsque retentit la clochette familière lorsqu'il passa à l'intérieur.

Il salua le serveur - « bonjour Kotetsu » - et se dirigea vers la silhouette en salopette qui l'attendait. Elle ne le remarqua pas, plongée dans la contemplation des gouttes de pluie qui s'écrasaient ou ruisselaient contre la vitrine, la main soutenant la tête gracile, les doigts impatients tapotant les pommettes. Elle le drapa d'un regard vaporeux, partagé entre la rêverie et la surprise, accompagné d'un sourire discret, lorsqu'il manifesta sa présence en tirant sur la chaise qui lui faisait face.

« Yo, dit-il en s'installant.

– Salut. Ça va pour l'heure, pas trop tôt pour toi ?

– Revois ton humour Ino, ce n'est plus drôle depuis longtemps...

– Roh, ne sois pas si susceptible.

– Sois plus drôle alors.

– D'accord, je vais essayer.

– Et toi, tu as du temps à consacrer en dehors des révisions ?

– Revois ton humour toi aussi Shika. Non, je m'accorde bien des pauses, c'est vital. Mais je suis pas la pire, loin de là. Cette fille en deuxième année, Sakura, me disait qu'il lui arrivait de ne dormir que trois heures par nuit avant les examens.

– Ça craint, quelle horreur.

– Comme tu dis ! »

Ils passèrent commande – café crème pour elle, thé noir pour lui – et un silence de quelques instants perdura après le passage du serveur, duquel il profita pour l'observer. Et ce ne fut qu'à ce moment-là que quelque chose lui sauta aux yeux.

« Mais... Tu as coupé tes cheveux ?... »

C'était le moins qu'il pût dire. L'abondante chevelure se trouvait désormais amputée d'une grande partie de sa longueur. Les mèches blondes venaient désormais caresser la ligne trépidante des épaules et des clavicules, et en souligner l'arrondi. Ce sacrifice relevait de l'étonnement, lorsque l'on connaissait le grand attachement à ses cheveux dont Ino faisait preuve par l'attention qu'elle leur portait.

« Oui, j'en avais marre, et c'est bien plus pratique !

– Et ça t'a pris d'un coup, comme ça ?

– Parce que ? Tu ne trouves pas ça joli ? »

Décidément, Ino avait-elle subi un changement de personnalité sans qu'il ne fût au courant ? Elle ne lui demandait jamais son avis quand il s'agissait de son apparence et il en était bien heureux. Ou plutôt, elle le sommait de lui répondre lorsqu'il s'agissait de son poids (« tu trouves pas que j'ai pris au niveau du ventre ? », on devrait rendre cette phrase taboue) mais lorsque cela concernait le maquillage, la coiffure, les vêtements, elle se débrouillait toute seule ce vocabulaire ne causait qu'un trou noir dans ses pensées lorsqu'il devait s'y confronter.

« Oh, euh, si, ça change, c'est tout.

– C'était le but, déclara-t-elle avec un grand sourire.

– Alors, quelle est la raison de ce rendez-vous ?

– Je n'ai le droit de vouloir que l'on passe du temps ensemble ?

– Ce n'était pas ma question. Qu'est-ce qui t'a décidé, subitement, à ce que l'on se voit ?

– Pourquoi es-tu si suspicieux ? Maintenant je dois te fournir une explication à chaque fois que j'ai envie de te parler ? Ce n'est pas un motif valable ?

– Je sais pas, tu as passé l'année à taffer, et là ça te prend d'un coup, en pleine période d'examens...

– C'est un reproche ?

– Juste de la surprise, Ino.

– Ça sonne comme un reproche dans ta bouche. »

Il soupira non, elle n'avait pas tant changé que ça. Elle lui attribuait le blâme parce qu'elle ne voulait pas avoir tort, quitte à faire dériver la discussion vers un autre sujet. Il n'avait rien à lui répondre quand elle refusait d'argumenter ou de l'écouter il regretta de s'être laissé convaincre de venir. Elle semblait se rendre compte de la proportion de son action, détourna le regard, mordant sa lèvre inférieure, remettant une mèche de cheveux derrière l'oreille.

« Vraiment, je voulais simplement te voir, parce qu'il y a certaines choses que j'ai besoin de te dire. Je... Je sais que tu détestes ce genre de conversation sérieuse, et moi aussi, mais voilà... Je n'ai pas été une super amie ces derniers temps, je sais bien que j'ai pas été super cool...

– Ino, c'est pas grave...

– Si, ça l'est, et laisse-moi terminer, parce que ce n'est pas facile à dire et... je ne pourrais pas le refaire.

– Ne dis rien si c'est chiant alors.

– Tu te rappelles quand ton père nous disait des trucs du genre « Les enfants, vous êtes trop jeunes pour vous en rendre compte, mais vous avez la chance de pouvoir compter les uns sur les autres, ne vous lâchez jamais » ?

– Putain, tu prenais vraiment au sérieux tous les sermons qu'il nous faisait ?

– Et toi tu répondais toujours : « c'est galère d'avoir une fille avec nous, ça fait que pleurer »...

– Ne viens pas me dire que j'étais dans le faux...

– Bah tu vois, je donnerais un rein pour revenir dix ans en arrière et me dire « waouh, il a tellement raison » !... Ton père hein, pas toi. C'est tellement nul à dire – oui c'est un truc de fille -, mais... J'ai beau toujours me plaindre, n'être jamais contente, être odieuse même, mais je le fais toujours parce que je me posais pas la question si tu serais là ou pas. Elle ne se posait pas, en fait. »

Ils furent interrompus par Kotetsu qui apportait leurs commandes il sonda le visage qui lui faisait face, à travers les volutes de chaleur qui se dégageaient des boissons mâchoire contractée, bouche pincée, coup d'œil déterminé elle devait prendre beaucoup sur elle pour déballer tous ces ressentis et passer outre sa fermeté qui lui interdisait les remords. Il pouvait dire ce qu'il voulait d'Ino mais pas la qualifier de poltronne elle exécutait toujours ce qu'elle décidait, refusait de revenir en arrière parfois quitte à mériter le nom de tête brûlée, et elle considérait comme dégradant non pas les larmes en elles-même, mais que quelqu'un assistât à leur présence sur son visage lors d'un instant de faiblesse.

« Ino, soupira-t-il, où tu veux en venir ?

– J'ai toujours pensé que tu serais là, pour moi c'était une évidence. Mais j'ai découvert que non. Ces dernières semaines, j'avais personne pour me dire de bien manger, ou que j'étais vraiment insupportable, ou bien pour me faire des blagues pourries, ou à qui je pourrais raconter celles des Carambar que je mangeais...

– C'est pas la peine de pleurer... »

Où, où poser le regard ? Car ces yeux qui se grisaient annonçaient la pluie, et l'arc de ses sourcils abandonna la posture fière pour céder sous le poids des émotions qui les prenait. Il fallait qu'il coupât le contact visuel il ne voulait pas qu'elle le vît avec ces expressions, et elle lui serait sûrement redevable de se dérober pour qu'elle mît à bas son orgueil qu'elle blessait. Il enfouit son visage dans son bras, soulagé de ne voir que du noir.

« J'vais pas pleurer. Je ne pleure pas. Et par personne, je veux dire toi, Shikamaru. Les derniers mois ont été si tristes. Et tu peux me dire « oui, mais c'est la vie ! », et bien... Je n'en veux pas, elle est tellement déprimante ! Toi et Chouji êtes deux des personnes les plus importantes pour moi, et je ne veux pas continuer sans ce... truc qu'on a, tu sais de quoi je parle !

– Calme-toi...

– Je me la suis posée, cette putain de question, et elle est effrayante..., dit-elle en se saisissant de sa main. Et je sais que c'est en partie ma faute, j'étais tellement infernale que si tu as été dégoûté, tu en avais toutes les raisons.

– Arrête de t'en vouloir comme ça.

– Je sais que je ne suis pas facile, et que tu en as souvent marre de mes comédies, mais toi non plus t'es pas un cadeau, je te jure, mais là n'est pas le sujet. Mais je te promets que désormais je vais faire tous les efforts pour me rattraper. Mais juste dis-moi si tu veux encore de moi dans ta vie, parce que toi tu as toujours ta place dans la mienne, et même plus grande qu'avant. Je suis complètement folle de dire ça à voix haute, mais je veux rester à tes côtés et qu'on affronte les galères ensemble, Shikamaru.

– Espèce d'idiote, tu es vraiment stupide.

– Bon, après tant de mièvrerie, je suis prête à regarder un match de football en buvant une bière, ou à faire un concours de rôts ! »

Il ne trouva pas le courage de relever la tête il se contenta de lui serrer la main, fortement, presque jusqu'à la broyer, dans l'espoir qu'elle comprît que sa voix ne communiquerait pas ses mots car il était incapable de l'élever, mais qu'ils resteraient bruts, sous leur forme originelle d'émotions, et que son cerveau de génie ne trouvait pas d'autre moyen de lui les faire savoir qu'à travers cette poigne de fer. Intérieurement, il lui promit d'être un homme, d'affronter les problèmes au lieu de les fuir comme un lâche, d'autant plus lorsqu'elle était concernée. Fallait-il donc qu'il n'apprit jamais de ses erreurs ? Il s'était juré de ne plus jamais faillir à son devoir d'ami. Et que faisait-il ? Il la fuyait pour échapper aux ennuis.

Mais si cela lui faisait si peur que ça, il ne fallait pas rester accommodé avec elle pendant tant d'années. C'était une des personnes les plus importantes pour sa part, et il constituait un ami précieux pour elle, et il était prêt à tout abandonner à cause de la peur ? D'autres personnes lui créeront des soucis, et elle aussi rencontrera des problèmes. Mais ils avaient la chance d'avoir quelqu'un d'aussi important dans leur vie pour affronter ensemble ces galères, quelqu'un qui ne le lâchera jamais. Il ne fallait pas qu'il la sacrifiât pour des illusions créées par son cerveau de peureux. Elle n'avait pas changé, il n'y avait que lui qui s'effrayait des difficultés. Il était un idiot pour penser si légèrement de son amitié.

Il se souvenait qu'il n'osait pas imaginer la vie sans Ino il se rappelait du goût qu'elle avait et du vide de celle-ci.

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JUIN

Juin ruisselait sur les paupières comme la chaleur dénudait les bras agiles et fragiles mois de tempête, où les journées passaient dans l'attente de l'éclatement, l'humidité lourde et moite. Et le vent soufflait la nuit, libérant les rues de cet air oppressant qui collait à la peau. La ville résonnait déjà des notes de musique qui ponctuaient d'ordinaire l'été, et les soirées vrombissaient au rythme des conversations, des voix chantantes, des rires spontanés, et fleuraient bon l'arôme des apéritifs en terrasse, les senteurs agitées des fruits, ou les odeurs de l'asphalte se reposant après le tumulte quotidien. Le silence devenait ainsi une denrée rare, que l'on ne pouvait retrouver qu'au fond des ruelles les plus obscures. La mère de Shikamaru lui promettait des vacances « qui lui feraient regretter l'université » et il se demandait ce que son imagination fertile mais démoniaque préparait. Et quand revenaient les beaux jours l'envie prenait Ino d'améliorer son alimentation, et donc avec celle du jeune homme elle tenta de lui faire manger régulièrement des salades composées, mais il se lassa des morceaux d'œuf dur qui les ponctuaient et semblaient le défier de les avaler – duel perdu d'avance.

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Il sortit son téléphone portable et lut l'heure qui s'y affichait : presque vingt-et une heures trente. Le service de Chouji arrivait à son terme. Ce qu'il y avait de formidable avec l'établissement où ce dernier travaillait était la formidable sociologie de sa fréquentation. Alternaient les bonnes familles qui possédaient les moyens de dîner régulièrement dans l'établissement luxueux et bavardaient allègrement avec les serveurs celles qui venaient y fêter un événement et regardaient autour d'eux avec des yeux encore intéressés par la décoration ou le personnel car le lieu revêtait encore la carte de la nouveauté les couples qui ne se détachaient pas des yeux, obligatoirement la main ou le pied se touchant les hommes et femmes d'affaires qui se collaient tous le même sourire niais sur le visage, le partageant en plus de la tristesse des habits ou la mise en pli des coiffures.

D'ailleurs, il le voyait à travers la vitre, s'occupant d'un couple qui semblait rentrer dans la case de la première catégorie de clients, à voir l'animation de leurs traits tandis qu'ils discutaient avec le serveur qui accueillait leurs paroles avec un grand rictus. Le cheveu brun, mais indomptable, dégagé en arrière par un bandeau qui découvrait un visage avenant, le regard petit mais effilé, comme s'il souriait en permanence, le port droit et réactif, Chouji présentait au duo une bouteille de vin. L'homme obtempéra et le serveur lui versa le liquide ambré, dont les bulles fruitées se fracassèrent contre le verre. La boisson, testée, provoqua la satisfaction du goûteur, à voir ses lèvres claquer avec contentement et s'empresser de reprendre du nectar. Chouji leur adressa quelques mots encore, puis s'éloigna vers le fond de la salle, serviette blanche et impeccable au creux du coude.

Shikamaru ne connaissait personne d'aussi désintéressé, soucieux de faire plaisir, ou possédant une personnalité aussi bienfaisante que son meilleur ami. Ce dernier constituait le dernier maillon de la chaîne qu'ils formaient avec Ino, les contrebalançant par sa gentillesse et sa loyauté. Chouji acceptait Ino dans son entièreté sans éprouver la moindre répulsion au contact des aspects les moins reluisants de son caractère. Une amitié des plus pures liait les deux garçons, forgée dans l'ombre de l'éclat de l'élément féminin, renforcée par une compatibilité des psychologies :l'un s'efforçant d'insuffler la confiance en soi, toujours insuffisante, chez l'autre, le deuxième assurant le premier de la constance de sa fidélité. Pour l'étudiant en histoire, le serveur incarnait ce quelqu'un qui lui assurait la remontée après la chute provoquée par l'échec, le rempart contre la peur de la solitude finale, un peu d'espoir qui permettait de rester positif sans céder à la désillusion.

« Shikamaru ! »

Celui qu'il attendait déboula par l'entrée du restaurant, apposant son sac à dos à l'endroit prévu, tout en adressant de larges signes de main, accompagnés par des « au revoir » ou « à demain! » à destination de ses collègues. Sans se départir de son expression souriante, l'étudiant en viticulture-oenologie – des études au nom bien compliqué mais nécessaires pour accéder au métier qu'il convoitait – se dirigea vers la silhouette lancinante et à l'air rétif, occupé à tenter d'amadouer un chat qui arborait une semblable mimique récalcitrante et faisait fi de ses sifflements ou claquements de doigt. Le corps un peu plus imposant que le squelette maigre, mais la même décontraction dans la tenue, Chouji se plaça à côté de Shikamaru, accroupi, et jaugea d'un air intéressé qui, entre l'animal bougon ou le jeune homme un peu maussade, abandonnerait la confrontation des egos le premier.

« Rah, chat ingrat va, j'avais peut-être des croquettes pour toi, si ça se trouve.

– Tu en as amené ? Demanda Chouji.

– Bien sûr que non. Et si j'en avais, j'en donnerais à un félin plus sympa.

– Prends-en un pour chez toi, si tu en veux un tant que ça.

– Ouais, je me tâte justement. Mais je veux pas d'un chat barbant.

– Et donc tu fais un test à tous les chats que tu croises dans la rue ?

– Moque-toi. Ça fait plusieurs fois que je le vois ici, et il n'a pas de collier, et personne qui semble s'en soucier...

– Du coup tu t'es dit que c'était peut-être ce chat qu'il te fallait.

– Ouais et en fait non, trop snob. Et puis regarde, il a les poils trop longs, la vraie galère pour nettoyer.

– C'est vrai que Ino a raison quand elle dit que tu ressembles de plus en plus à ta mère...

– Raconte pas de conneries ! »

Soupirant, maugréant, Shikamaru se releva tant bien que mal, jetant un premier coup d'œil sur le visage de son ami sans l'intermédiaire d'une vitrine. Il ne possédait rien qui ne fut pas engageant au contraire de son faciès, tout en angles, lignes sévères, saillies strictes ou arêtes bougonnes qui atténuaient le peu de chaleur qui pouvait se dégager de ses yeux et renforçaient l'austérité de ses traits. Au contraire, le portrait de Chouji se déclinait en rondeurs amiables, des courbes douces, rebonds téméraires qui témoignaient de son amour de la nourriture mais encore plus de l'affection illimitée pour ceux qui passaient outre la première impression, et s'émerveillaient de la force et de la constance de son dévouement.

« Tiens, en parlant d'Ino, tu peux lui rendre ça ? Karui a détesté mais elle a bien rigolé. »

Chouji se défit d'une lanière de son sac, en ouvrit la fermeture et farfouilla dans son contenu, jusqu'à trouver l'objet recherché. Il tendit le DVD à Shikamaru qui, à son grand désarroi, découvrit que sa voisine tentait de rallier la petite amie de leur ami commun, après qu'elle leur eut avoué ne pas avoir grandi avec ni en avoir ressenti le besoin lors d'une entrevue précédente, à la secte des adorateurs des films Disney. L'étudiant en histoire s'empara de Mary Poppins en soupirant.

« Elle n'abandonne jamais, c'est fatigant, déclara-t-il.

– C'est Ino.

– Excuse-la auprès de Karui, enfin elle se rend pas compte, quand on est pas habitué à... son entrain ?... Bref, fais de la prévention anti-Ino, si ça te dit.

– Ne t'inquiète pas, c'est vrai que ça a surpris Karui mais on en a reparlé et ça ne la gêne pas du tout, au contraire. Elle est contente que Ino essaye de sympathiser avec elle.

– Elle va la bouffer toute crue.

– Oh non, Karui a son propre caractère aussi, elle s'emporte aussi facilement... Ah, je ne devrais pas parler de ma copine comme ça...

– T'es mal barré mon vieux... »

Petits, ils s'amusaient à imaginer à quoi leur vie ressemblerait lorsqu'ils atteindraient les âges de vingt, trente, cinquante ans, et parfois Shikamaru se faisait la réflexion à quel point « la vie était foutrement facile quand on avait huit ans ». Ses plans de vie, pour sa part, avaient très peu changé : une femme ni trop belle ni trop moche pour éviter les complications amoureuses, deux enfants, garçon et fille – et il priait intérieurement que cette fille ne fut pas une beauté poursuivie par les garçons de sa génération et par conséquent une source d'inquiétude grandissante pour son père -, un travail intéressant mais pas trop prenant, une maison nichée au creux d'une montagne, à proximité d'une petite ville où l'on pourrait se rendre à pied à la supérette. Chouji rêvait d'une femme qui l'accepterait pour ce qu'il était, toujours partante pour des aventures culinaires, amatrice de gastronomie et sans préjugés sur la nourriture, des enfants – peu importait le nombre et le genre, il les aimerait tous de la même façon -, un boulot qui concilierait son goût pour la bonne pitance et valoriserait ses qualités, non pas dénigrant, et une existence installée en dehors de la ville, près d'une rivière pour la pêche et la forêt pour la chasse, mais pas très loin du village où vivraient ses amis.

Comme ç'aurait été agréable de se laisser porter par la vie pour arriver, à trente ans, jusqu'à ce quotidien fabriqué de toutes pièces avec leurs mains d'enfant, cousu par leurs imaginations vagabondant entre une histoire de pirates et l'heure du goûter, brodé de l'herbe où ils s'allongeaient pour divaguer à voix haute sous le couvert des nuages, s'inspirant du sucre des bonbons qu'ils engloutissaient voracement à mesure qu'ils avançaient dans la narration de leur futur. Mais les vingt ans obscurcissaient ces joyeuses pérégrinations par leur incertitude et leur ignorance du chemin à suivre les fumées de cigarette venaient assombrir le rire des progénitures et le désemparement, causé lorsqu'on était lâché dans l'arène aux lions avec uniquement un bâton de bois pour s'en sortir, altérait l'allée qui conduisait à la maison du bonheur dans une nappe de brouillard épais.

Qu'est-ce qui avait merdé en cours de route pour que l'avenir se drapa d'un rideau si sombre ?

« Temari va bien ? »

La réponse était : toujours. L'humeur de Temari surprenait par sa stabilité, uniquement de rares passages gâtés par la fatigue ou la mauvaise humeur. La jeune femme ne se caractérisait pas non plus par une douceur spécifiquement féminine, elle possédait encore une force de conviction et une fermeté d'ailleurs légèrement effrayante car inhabituellement bien contrôlée. Mais quand les rares occurrences féminines auxquelles on pouvait se référer se révélaient être Ino ou Yoshino Nara, Shikamaru était en droit de trouver cela assez étrange qu'en côtoyant intimement l'étudiante en relations internationales, il assista à si peu de crises provoquées par la jalousie, ou d'épisodes tempétueux pressés de colère.

Elle lui glissait entre les doigts. Il n'arrivait pas à l'appréhender, inaccessible c'était comme faire le tour d'un mur circulaire infini pour en trouver l'ouverture, sans jamais la trouver. Terriblement frustrant d'adopter en permanence des pincettes dans une histoire amoureuse.

« Ouais, ouais, ça va, répondit-t-il.

– Elle ne pouvait vraiment pas se joindre à nous ce week-end de camping en forêt ?

– Non, ses frères sont en ville, elle ne pouvait pas annuler.

– Dommage que ça tombe en même temps...

– T'inquiète Chouji, on calera mieux les dates la prochaine fois.

– Tu as raison, sourit ce dernier.

– Bon, d'ailleurs, tu sais où Ino veut nous emmener ?

– Aucune idée, elle n'a rien voulu me dire.

– On n'aurait jamais dû accepter, on va droit à la catastrophe...

– Tu ne crois pas que tu devrais lui faire plus confiance, Shikamaru ?

– Non. J'ai besoin de te rappeler ce qui s'est passé la dernière fois ? »

Cette fois-ci, ce fut Chouji qui soupira.

« Je continue à croire que l'on n'aura pas de mauvaise surprise cette fois.

– Si ça te fait plaisir. Mais je ne vais pas m'empêcher de prendre des allumettes ou un briquet avec moi parce que mademoiselle aura décrété que c'était « l'occasion rêvée de faire un feu avec un bout de caillou » !

– Elle s'est excusée, ça ne vaut pas la peine d'être rancunier...

– Ce que je ne suis pas. Mais je prends mes précautions quand même.

– Parfois je me dis que tu es plus sévère avec elle qu'avec tout le reste du monde, Shikamaru. Ce n'est pas très juste. »

Chouji avait le don de percer à travers ses silences et à y dénicher un truc qui le dérangeait, et à le lui coller sous les yeux, lui tenant bien la tête pour qu'il ne regardât pas ailleurs. Ce n'était pas qu'il était strict à l'égard de la jeune fille, mais peut-être tout simplement qu'il avait une si haute estime pour elle.

« Elle cause trop de problèmes, voilà tout, répondit-il.

– Mais elle fait de son mieux et se donne à fond.

– C'est censé être une excuse ?

– Au moins une raison pour que tu cesses de la considérer comme une source d'ennuis. Elle tient énormément à ton respect, elle est prête à faire tous les efforts pour...

– Elle n'a rien à me prouver, Chouji. C'est débile de se mettre la pression pour ça, enfin... je ne lui ai rien demandé. Je sais pas, je l'ai jamais entendu se plaindre de ça.

– Et tu te doutes bien qu'elle ne le fera jamais. C'est juste que... L'année a été très difficile pour elle, et j'ai compris que vous avez un peu été en froid – ne me regarde pas comme ça, j'ai pas l'intention de me mêler de ce qui ne me regarde pas -... Vous êtes tous les deux mes meilleurs amis, et ça me fait mal de la voir continuer à avoir peur de faire un truc ou de dire quelque chose qui risquerait de te froisser et...

– J'ai compris, Chouji. Je... J'essaierai d'être plus tolérant, soupira Shikamaru.

– Cool !

– Eh, Chouji ?

– Ouaip ?

– Merci.

– De rien, mais évite que ça se reproduise, s'il te plaît, je ne suis pas très à l'aise avec ce genre de conversations, même si je suis plutôt fier de quelques phrases !

– Haha, pas de souci. »