Chapitre corrigé le 31/10/2018
Chapitre II
Insoutenable
Baillant sans vergogne tout en étirant paresseusement une jambe, puis l'autre, Aomine se leva péniblement, les sens encore endormis. Il se traîna jusqu'à sa cuisine où il s'assit lourdement sur une chaise. Il posa sa tête sur la surface dure et froide de la table, et attendit.
Mais jamais rien ne vint.
Aomine sentit les douloureux souvenirs affluer et un gémissement plaintif, à peine audible, s'arracha de ses lèvres. Il n'aurait encore une fois pas de bise sur la joue en guise de bonjour, ni de caresse affectueuse en haut de son crâne, accompagnée de la tirade autrefois préférée de sa mère :
« Tu es à ma taille comme ça, c'est bien mieux. »
Avant, il avait l'habitude de voir le petit-déjeuner servit à table. Les effluves délicieuses du riz tout juste chaud et de l'omelette traditionnelle, accompagnée de saumon et de légumes marinés n'étaient plus qu'un souvenir lointain, Daiki peinait à s'en rappeler. Il fallait croire qu'il avait oublié que ça n'arriverait plus, cette fois encore. Un rictus ironique déforma ses traits tandis qu'il songeait qu'il ne mangerait pas ce matin.
Comme tous les autres depuis que sa mère n'arrivait plus à le regarder en face.
Il vivait seul depuis bien longtemps avec sa génitrice. Son père, ayant trop peur des responsabilités, avait foutu le camp. Si bien qu'il n'avait toujours eu que l'amour maternel de sa mère pour l'élever, et l'amitié de Satsuki jusqu'au collège. Il ne s'en était jamais plaint, et aujourd'hui moins encore. C'est grâce à tous ces événements survenus dans sa vie qu'il avait pu forger son caractère.
Mais récemment, une catastrophe, qui s'était produite il y a trois mois de cela, avait chamboulée sa relation presque fusionnelle avec sa mère.
Un matin, alors qu'il se réveillait aussi paresseusement qu'à l'accoutumé, il était descendu directement, ne faisant pas cas de sa tenue légère. Sa mère, l'ayant entendue approcher, s'était retournée dans un sourire. Sourire qui s'était figé en le voyant, puis avait fané rapidement avant de se muer en cri d'horreur -bien qu'aujourd'hui, Aomine aurait plutôt penché pour le désespoir-.
Aomine, tellement surpris, avait senti une chose inconnue se plaquer contre son crâne. Des émotions fortes et nouvelles l'avaient envahies et il était partagé entre s'enfuir de peur, bondir le plus loin possible d'ici afin de s'éloigner de la source qui lui vrillait les tympans ou bien carrément de feuler de surprise.
En y repensant, Aomine n'avait pas vraiment compris d'où lui venait cette envie, jusqu'à ce qu'il s'apprivoise avec sa nature et qu'Akashi ne lui fournisse les informations nécessaires. Néanmoins, il était sûr d'une chose. Sa mère était déjà au courant pour les Homanis puisqu'une personne normalement constituée lui aurait d'abord demandée qu'est-ce qu'il faisait avec un tel déguisement, et cela avait été confirmé lorsqu'elle s'était écriée :
« Oh non ! Pas toi aussi ! »
Affolé, Daiki avait accouru jusqu'au miroir de la salle de bain, et était resté sans voix. Là, devant ses yeux, se dressaient deux oreilles rondes, noires et velues. Il avança timidement la main vers elles, ne voulant y croire. C'est lorsqu'il sentit la douce fourrure effleurer ses doigts que la panique menaça de le submerger entièrement.
Sentant un effleurement au niveau de sa jambe droite nue, il remarqua une queue longiligne de la même couleur que les oreilles, toute faîte de poils. Son corps s'était alors mis à trembler violemment, et s'il ne s'était pas rattrapé à l'armoire, il serait certainement mal tombé. Aomine se souvenait des nombreuses questions qui avaient mitraillées son cerveau, auxquelles il n'avait pas eu les réponses à ce moment-là.
Effondré, il était retourné au près de sa mère, se tenant au mur pour ne pas tomber, le dos voûté, les oreilles basses sans le vouloir, cherchant du réconfort auprès de la seule figure d'autorité qui lui avait donnée de l'amour. Mais ce qu'elle lui avait dit lui avait littéralement bousillé le cœur et mit à genoux, achevé :
« Ne t'approche plus de moi ! J'aurais tellement voulu que tu ne deviennes pas un monstre, comme ton père ! »
Sous ses yeux détruits, elle avait pris ses jambes à son cou, préférant se réfugier à son travail plutôt qu'essayer d'aider son fils perdu et brisé, fuyant les responsabilités et le monstre qu'il était devenu. Le surplus d'émotions avait rendu Daiki malade et il avait vomi ses tripes sur le parquet fraîchement lavé.
Depuis lors, il ne l'avait revu que trois fois, elle faisait tout pour l'éviter.
Alors il avait tout simplement arrêté de chercher le contact. Il avait finalement compris que ça ne servait à rien de s'acharner, sa mère devait être la femme la plus butée au monde. Il ignorait toujours la petite voix qui lui disait qu'il avait abandonné trop vite, et préférait rejeter la faute sur son père. S'il n'avait pas transmis son gène porteur de cette mutation à son fils, jamais ce dernier ne serait devenu un hybride.
Perdu dans ses pensées, Daiki s'aperçut un peu trop tard qu'il était rendu dans la salle de bain et se prit le battant de la porte dans le front. Un grognement sourd lui échappa et il se mordit fortement la langue pour éviter de s'acharner sur cette pauvre porte. Comme si cette rage qui ne le quittait jamais avait envie d'exploser d'un coup. Mais il se retint, refusant de laisser ses instincts de bête sauvage se déchaîner. S'il continuait ainsi, cela allait devenir insoutenable.
Il avança dans la pièce et se retrouva devant le miroir, comme ce fameux matin, excepté qu'il était déjà au courant de sa situation et qu'il possédait une marque rouge sur le front. Ses attributs animaux sortirent d'eux-mêmes, comme pour le conforter dans sa différence. Les gens avaient beau le traiter de monstre au basket, ils ne savaient pas ce qu'était la véritable monstruosité. Il en avait la confirmation lorsqu'il voyait son reflet.
Il sourit d'une manière peu agréable, dévoilant ses canines, et songea que c'était ironique.
Son père était parti car il avait peur des responsabilités, mais être un hybride était une bien plus grande responsabilité que de s'occuper d'un gosse. Sa mère l'a rejeté car elle avait peur des monstres dans son genre, mais d'où venait cette soudaine peur si elle est restée aussi longtemps avec son mari ? Après tout, si elle en avait peur, c'est que quelque chose était arrivée.
Et Aomine était certain que sa mère savait pour quelle raison son père les avait quittés.
« Excusez-moi, c'est bien ici le club de basket ? »
Le ballon de basket que venait de lancer Hyuuga Junpei atterri dans le panier en raclant les parois. Il fallait dire que la question l'avait surpris et surtout, il se demandait pourquoi l'adolescent qui venait de poser cette question, l'avait justement fait. Il devait se trimballer avec une affiche sur le dos où était marquée « MOI ÊTRE CAPITAINE DE L'EQUIPE DE BASKET, ICI ÊTRE CLUB DE BASKET » avec des flèches directionnelles pour que ce soit plus clair ? Mais il répondit tout de même :
« Hum oui. Tu es venu pour quelque chose en particulier ? »
Légèrement agacé, Hyuuga croisa les bras après avoir remonté ses lunettes sur son nez. Non seulement ce garçon avait l'air stupide, mais en plus il prenait du temps pour répondre ! En effet, l'adolescent devant lui regardait autour de lui avec de grands yeux bruns curieux, à connotation félins, encadrés par de longs cils noirs. Son regard, bien qu'il agace Hyuuga dans un premier temps, scrutait les alentours avec admiration, des touches de miel et d'acajou enfermées dans ses pupilles chocolat. Ses cheveux d'un profond rouge carmin, tellement sombre qu'il contenait quelques touches d'acajou, se balancèrent à cause d'un coup de vent qui s'était faufilé à travers les portes restées ouvertes.
Plutôt grand, l'individu le dominait de sa hauteur, mais il n'intimidait pas Hyuuga pour autant. Le visage fin et la peau hâlée imberbe, le nez retroussé lui donnant un air adorable et des pommettes saillantes, le nouveau venu avait quelque chose d'attractif, même pour Junpei qui se trouvait être très hétéro. Pour cause, il arrivait à trouver un mec séduisant. « Il faut que je me calme », pensa-t-il en se massant les tempes, une veine d'énervement pulsant sur son front.
« Alors ? finit par craquer Hyuuga, prenant tout de même sur lui pour ne pas le secouer.
- Oh heu, excusez-moi Senpai ! Je suis venu pour … pour … heu … je … j'ai oublié, s'excusa l'inconnu dans un rire gêné. »
Les autres membres de Seirin, ayant vu leur capitaine s'arrêter de jouer, sentirent leur mâchoire tomber au sol. Comment était-ce possible d'être aussi tête-en-l'air ? Même Kagami passait pour un génie à côté de lui. Ce dernier le fixait avec beaucoup d'insistance, se demandant qui est-ce qu'il pouvait être.
« AH ! Ça y est, je m'en rappelle ! s'écria-t-il, faisant sursauter la moitié des personnes présentes.
- Alors crache le morceau, avant que ça ne t'échappe, marmonna le capitaine, au bord de la syncope. »
Il avait juste envie d'en finir avec cet entraînement. La fin de la semaine était à porter de main et il était épuisé, et voilà qu'une nouvelle tête l'empêchait de mener ses plans de grandes siestes à leurs termes.
« OUI, fit-il expressivement, faisant encore sursauter des personnes. En fait, je suis nouveau ici et comme club, le basket me tentait bien. Donc je voulais savoir s'il serait possible de vous rejoindre.
- En milieu d'année ? s'étonna Izuki.
- Ben, ça aurait été compliqué de venir au début, étant donné que je n'étais pas présent au Japon, répondit naturellement le fauteur de trouble, amenant Izuki à se sentir quelque peu stupide pour sa réflexion.
- Même si je suis le capitaine de l'équipe, il faudrait voir ça avec la coach, dit Hyuuga.
- Oh, et vous savez quand elle... attendez, votre coach est une fille ? releva l'inconnu.
- Oui, ça te dérange ? demanda Junpei, menaçant.
- Non, pas du tout, c'est même génial ! s'enthousiasma-t-il.
- Heu, il vaudrait peut-être mieux que tu reviennes lundi, commença Kyoshi.
- Pourquoi ne pas regarder comment il joue ? coupa Koganei, au moins, on saura un peu son niveau.
- Moui, c'est une bonne idée, réfléchit Junpei.
- Tu serais d'accord ? questionna alors Teppei, avec sa bonne humeur habituelle.
- OH OUI ! Génial ! Génial ! s'excita-t-il. »
Hyuuga, pas gêné pour un sou, se permit de lui mettre un coup sur la tête pour le calmer. L'individu sembla comprendre le message et s'excusa, penaud. Kuroko, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis le début de la conversation et préférait observer son vis-à-vis, prit alors la parole :
« Comment t'appelles-tu ?
- Moi ? demanda l'interpellé en pointant ridiculement son torse à l'aide de son index.
- Non, le pape, s'agaça Junpei.
- Ah, si c'est le pape... bien que je ne vois pas ce qu'il ferait ici.
- Sérieusement ? hallucina Kagami, il parlait de toi idiot !
- Oh oui, pardon. Je me disais bien aussi que c'était bizarre... bref, je me présente, je m'appelle Mayakusumo Naoki*
- Très bien Mayakusumo...
- Hum, excusez-moi, mais je n'aime pas trop qu'on m'appelle par mon nom de famille.
- Naoki alors ?
- Oui voilà, c'est parfait, sourit ledit Naoki. »
Il suivit donc les autres jusqu'au centre du terrain. Kuroko n'avait pas bougé et réfléchissait, le menton emprisonné entre deux doigts. Kagami, qui avait remarqué cela, se tourna vers lui. Lui-même n'avait pas beaucoup parlé à ce Naoki, quelque chose chez lui le poussait à se maintenir un peu éloigné, il ne savait absolument pas pourquoi son instinct s'en mêlait, mais il n'avait pas l'intention de l'ignorer. L'instinct animal avait le plus souvent raison.
« Ça ne va pas Kuroko ?
- Si, je me disais juste que c'était bizarre.
- Naoki ?
- Kagami ! l'interpella Kyoshi, tu peux venir faire un un-contre-un avec Naoki ?
- J'arrive, cria-t-il. »
Kuroko et Kagami s'échangèrent un regard signifiant qu'ils en reparleraient plus tard, et ils partirent au trot jusqu'à leurs amis. Naoki affichait un grand sourire, content à l'idée de pouvoir se mesurer aussi vite à un adversaire. Et il ne semblait pas déçu de l'adversaire en question. En effet, Kagami était plus grand que lui d'un ou deux centimètres, il possédait des jambes puissantes qui lui permettaient de sauter facilement et à une très grande hauteur, et des sens aiguisés, notamment ses yeux qui voltigeaient à une vitesse hallucinante en suivant les mouvements de Mayakusumo sur le ballon de basket.
Tout cela, Naoki le constata en ne jouant qu'une seule fois contre lui.
Durant tout le match à cinq points qu'ils s'étaient fixé, les deux joueurs restèrent au sol, enchaînant les dribbles et les tirs rapprochés. Kagami ne sauta pas une seule fois et pourtant, Naoki savait qu'il avait un véritable don pour les sauts. Ses yeux le lui disaient. Il observa le grand roux pendant tout l'échange, notant avec précision les mouvements extraordinaires, et les quelques défauts de ce joueur. Il se fit la réflexion qu'il avait un véritable talent. Un sourire carnassier prit place sur son visage tandis que Kagami achevait leur match de cinq points à trois avec un autre tir rapproché.
Kuroko n'avait pas perdu une miette de cet échange, observant surtout Naoki. Il avait alors noté des choses stupéfiantes, notamment l'agilité avec laquelle se déplaçait Mayakusumo. C'était pratiquement la même que Kagami, Naoki était un poil plus lent, mais ils se mouvaient avec la même grâce féline.
Kagami aussi avait remarqué ce point en commun. Mais il avait surtout remarqué une chose. Chose qui aurait dû le percuter dès que Naoki était entré dans le gymnase. Mais il n'avait pas fait attention. Et maintenant qu'il le savait, il trouvait ça plus normal de découvrir l'agilité surprenante du jeune homme qui semblait assez maladroit au premier regard, étant donné son buste court, compensé par ses longues jambes.
Son odorat ne le trompait pas. Naoki Mayakusumo était un Homanis, un hybride comme lui.
Sa jambe ne cessait de trembler involontairement. Sa nervosité gagnait du terrain tandis qu'il s'efforçait d'écouter les jérémiades de son professeur. Malheureusement pour l'enseignant, Kise était bien trop dissipé pour percevoir ne serait-ce qu'un millième de seconde le cours ennuyeux de l'histoire du Japon. Il luttait contre lui-même pour ne pas prendre sa tête entre ses mains.
Sa solitude s'était encore plus accentuée, même lorsque des hordes de filles se pressaient devant lui.
Dès le réveil, il avait su qu'il allait passer une mauvaise journée. Et ce pressentiment s'était renforcé alors qu'il entrait dans sa classe sans avoir vu Kasamatsu. Et il ne restait plus que trente minutes avant que ne sonne la fin des cours. Il n'avait pas vu son Senpai de la journée, ni aucun de ses amis.
Et la solitude commençait terriblement à le peser. Elle écrasait son cœur sans vergogne, le rendant lourd et dangereusement vulnérable. Et comme il était vulnérable, il devenait agressif. Ça s'était confirmé lorsque, à la pause déjeunée, une jeune fille avait voulue s'asseoir à côté de lui, et qu'il lui avait littéralement grogné dessus. La pauvre était tellement effrayée qu'elle s'était enfuie sans même toucher à son plateau.
Et il était coincé dans une salle de classe où la température était dangereusement basse -faute de ne pas avoir réparé les chauffages durant l'été-, à se retenir de prendre ses jambes à son cou pour se ruer vers son plus proche ami, c'est-à-dire Kasamatsu. Il le sentait palpiter au fond de sa gorge, le supplier de sortir.
Il avait terriblement envie de hurler.
Ryouta voulait laisser sa nature s'exprimer librement et par-dessus tout, il voulait réunir les gens qui lui étaient chers autour de lui, afin de ne plus se sentir seul et isolé. Son hurlement mourait dans sa gorge, mais il savait qu'il restait tapi, prêt à sortir lorsque le moment sera venu.
Kise se mordit la lèvre pour étouffer une plainte et bougea sur sa chaise, zieutant l'horloge qui l'informa qu'il pourra sortir dans dix minutes. « Oh mon dieu, je vais jamais tenir jusque là ! » Et même s'il se tenait tranquille jusqu'à la sortie, il ne pouvait pas se permettre de hurler en plein milieu de la cour. Il se devait d'aller dans un endroit éloigné de la population, au risque de se tenir à distance de Kasamatsu.
Car une fois qu'il aurait rassemblé ceux qui lui ressemblaient, il pourra abandonner tout espoir de voir Yukio aujourd'hui. Tout simplement parce que son capitaine n'était pas au courant de sa différence. Sa nature animale lui était totalement inconnue et pour cause, Ryouta avait fait exprès de le lui cacher. Et il se demandait encore comment il avait réussi, étant un grand gaffeur.
Il ne voulait pas le tenir au courant, pour la simple et bonne raison qu'il avait peur de sa réaction.
Il n'était pas idiot. Il savait très bien que certaines personnes le prendraient très bien, mais d'autres pouvaient le rejeter. Et s'il y a bien une chose que Ryouta ne supportait pas en dehors de la solitude, c'était bien d'être rejeté ! Alors si en plus son capitaine commettait cet acte, il ne sera pas sûr de pouvoir continuer à vivre après ça.
C'est pourquoi il gardait la bouche fermée. Le fait de laisser sa nature s'exprimer librement lorsqu'il était chez lui, lui permettait de garder son self-control et ainsi, de ne pas se transformer devant Yukio. Étant donné que sa famille était au courant, cela ne les dérangeait pas plus que ça. De plus, sa sœur adorait dorloter ses oreilles lorsqu'elle était de passage à la maison.
Dès que la sonnerie retentit, Kise se leva d'un bond et, ne prenant pas la peine de saluer son professeur, bouscula les quelques élèves près de la porte afin de sortir le plus vite possible, n'ayant pas défait ses affaires préalablement. Une voix qu'il connaissait bien semblait l'appeler. Il se raidit l'espace d'un instant, mais son envie était insoutenable, si bien qu'il serra les dents et continua son chemin en courant.
Il se sentait mal d'avoir ignoré son capitaine.
Mais il devait à tout prix sortir d'ici, ou il risquait de perdre son self-control à tout instant. Et il était hors de question que Kasamatsu sache pour sa transformation. Même si Kise savait que ça lui aurait fait du bien d'avoir un pilier extérieur, il avait bien trop peur pour se laisser aller. Ce sentiment grignotait peu à peu tout ce qui lui restait de confiance et le faisait peu à peu plonger dans la paranoïa, terrifié à l'idée de faire une bourde et que son capitaine ne découvre toute la vérité.
Il s'arrêta près d'un abri bus, haletant. Se mordant la lèvre avec violence, il fit taire son hurlement qui menaçait à tout moment de sortir. Pas ici, trop près du lycée. Il se remit en route, courant avec force, comme si des ailes lui avaient tout à coup poussées dans le dos. Il déambulait dans les rues, ne sachant pas où aller afin de s'exprimer.
Pas ici, trop de monde.
Encore moins là, ce café était plein.
Entouré d'immeubles, c'était peine perdue.
Pas de chance, il y avait beaucoup trop d'habitations.
Alors qu'il commençait à désespérer et qu'il venait à réfléchir sérieusement pour se mettre à genoux sur la route et se mettre à hurler en plein milieu, un éclair de lucidité lui traversa l'esprit. Il ne prit pas le temps de réfléchir et repartit de plus belle, accélérant la cadence.
Il savait où se trouvait un endroit où il n'y avait personne aux alentours.
Akashi détaillait paisiblement sa résidence, assis bien droit sur une des chaises de sa table à manger. Son séjour spacieux était encadré par de grandes baies vitrées, le rendant lumineux, bien que le ciel soit couvert de nuages blancs, annonçant sans doute de la neige prochainement.
Un grand canapé en velours dans les tons bleu roi se dressait au milieu du salon, faisant face à une télé écran plasma que Seijuro n'allumait jamais. Elle ne servait qu'aux membres de la Génération des Miracles qui venaient ici -avec l'autorisation du maître des lieux-.
Les murs étaient de couleur gris blanc cassé, diminuant quelque peu la luminosité pour ne pas éblouir. Les meubles étaient principalement en acajou, sobres et disposés harmonieusement dans la pièce. Tout au fond s'élevait une cuisine immense avec tout le matériel nécessaire pour faire la cuisine, dans les mêmes tons que le salon et ouvert sur celui-ci.
Un escalier en colimaçon menait à l'étage où l'on trouvait le bureau du père d'Akashi, ainsi que sa chambre adjacente. Tout au fond se trouvait la chambre de Seijuro, spacieuse et simple, tout le contraire de celle traditionnelle de son père, bien qu'elle fût encore plus grande. Chaque chambre possédait sa salle de bain.
Le lieu de vie du garçon était fait de blanc, avec quelques touches de gris. La seule couleur vive présente était sa couverture de lit bleu ciel, rappelant les cheveux de Tetsuya. Une armoire et un bureau étaient les seuls autres meubles présents. Aucunes photos ne décoraient sa chambre, de même que pour toutes les autres pièces de la maison.
C'était comme si personne n'habitait ici. Un espace impersonnel.
L'habitation était toujours propre, une femme de ménage passait régulièrement. Ils avaient aussi un cuisinier attitré lors des rares occasions où Akashi mangeait avec son père. Ce dernier n'était pas souvent là, passant le plus clair de son temps à l'étranger ou dans sa boîte internationale. Si bien que lorsque les amis d'Akashi débarquaient, personne n'était au courant -à part son majordome, mais ce dernier avait les lèvres scellés-.
Comme cette fois-ci.
La sonnette retentit alors. Mais Akashi ne semblait pas surpris. D'une voix sereine, il donna l'autorisation à l'opportun d'entrer.
La raison pour laquelle sa maison se situait si loin du centre ville était très simple. Tout d'abord, c'était parce que son père avait besoin d'espace et surtout, il ne voulait pas que quelqu'un ne découvre la véritable identité de son fils. Cela entacherait son image et briserait même sa carrière si l'on venait à savoir que sa progéniture était un de ces monstres.
Mais il y avait une autre raison à cela. Seul Akashi était au courant. Sa maison servait de refuge à ses amis lorsqu'ils perdaient le contrôle. Seijuro avait appris à calmer leurs envies parfois étranges, parfois meurtrières, parfois bestiales. Et surtout, cela permettait à Kise de se libérer. Souvent, il appelait le blond pour rassembler les autres, c'était bien plus rapide que les textos. Au moins, il était sûr qu'ils entendraient et n'auraient donc aucune raison d'être en retard, même si cela restait des cas rares.
Si bien qu'il ne fût absolument pas surpris lorsque Kise Ryouta ouvrit la porte en grand, s'effondrant presque par terre, les membres tremblants. Il ne put pas parler pendant un moment, reprenant son souffle. Il devait le faire, maintenant. Ou ce serait une catastrophe. Un souvenir remonta dans sa mémoire, lorsqu'il était resté seul durant cinq jours.
Sa maison était devenue méconnaissable lorsqu'Akashi avait finalement daigné se montrer. Ce fût la seule fois où il resta seul aussi longtemps.
« Akashicchi...
- Je t'en prie, Ryouta. »
Les yeux brillants dû à ses larmes qui menaçaient de sortir à chaque instant, Kise le remercia d'un regard hautement chaleureux, mais rempli de détresse. Alors, dans un grand effort, il se mit à genoux, ne pouvant pas se mettre debout. Il prit une grande inspiration, sentant l'air remplir ses poumons, ouvrit la bouche...
...et poussa un hurlement.
Son cri parut plus fort que les autres fois et il sembla au blond qu'il dura des heures. Mais cela suffit à le détendre, la pression accumulée abandonna son corps et laissa le champ libre au soulagement. Il allait avoir ses amis avec lui, il allait pouvoir compter sur la chaleur des autres.
Au loin, dispatchés aux alentours, sept jeunes hommes levèrent la tête, les oreilles dressées, en alerte. Un grand basané se détourna de son amie d'enfance, scrutant les tréfonds du paysage. Il serra les dents et leva la tête, observant le ciel qui commençait à s'assombrir, tout comme son regard bleu marine.
« Kise, murmura-t-il. »
Satsuki parut comprendre et ne le retint pas lorsqu'il s'élança gracieusement au-dessus d'une barrière, faisant de grandes enjambées qui le mèneraient à la demeure des Akashi. Au loin, alors qu'il courrait en grandes foulées, Momoi se fit la réflexion qu'il avait tout l'air d'une panthère aux muscles puissants et félins, respirant la dominance.
A Seirin, alors qu'ils étaient les derniers à se changer, Kuroko perçut le hurlement une seconde avant Kagami. Ce dernier leva la tête, et s'il avait laissé ses oreilles sortir, elles se seraient couchées instinctivement. Il interrogea Kuroko du regard. La détresse qu'il percevait dans ce cri le fit se raidir, son instinct protecteur mit en marche.
« C'est Kise-kun, expliqua Tetsuya à mi-voix, soit il a besoin de nous, soit Akashi-kun a besoin de nous.
- Ça veut dire qu'on doit y aller, non ? grogna Taiga, tendu. »
Kuroko hocha simplement la tête et s'élança dehors, son sac tapant contre sa hanche. Kagami ne tarda pas à le suivre, curieux et inquiet. Qu'arrivait-il au blond pour qu'il se mette à exprimer sa détresse ainsi ? Un grondement sortit des tréfonds de sa gorge. Voilà qu'il se faisait du souci pour ce blondinet arrogant et fatiguant !
C'est seulement une dizaine de minutes plus tard qu'Akashi vit sa porte s'ouvrir en grand et claquer contre le mur. Il grimaça légèrement, se faisant la réflexion que cela allait laisser des marques sur la peinture. Ruisselant de sueur, les poumons en feu et respirant comme un bœuf, Aomine se dressait dans l'entrée, jetant des regards furtifs aux quatre coins de l'habitation.
Il remarqua finalement Kise devant lui, à genoux sur le sol, haletant lui aussi mais souriant faiblement en l'apercevant. Le basané n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il se fit bousculer. Il tomba inévitablement par terre, se fracassant le crâne contre le parquet, un poids sur son dos. Un grognement menaçant s'éleva de sa gorge et il se redressa bien vite, repoussant celui qui l'avait écrasé.
« Putain Kagami ! Tu peux pas faire gaffe au lieu de foncer comme un poids lourd ?
- Tu sais ce qu'il te dit le poids lourd, enfoiré ? répliqua Kagami, une lueur furieuse dans les pupilles. »
Les deux rivaux se fusillaient du regard, prêts à se jeter l'un sur l'autre. Étant tout deux de nature dominante, aucun ne lâchait le morceau, si bien que Seijuro songea à intervenir pour éviter de les voir s'étriper dans son hall d'entrée. Mais une autre personne, plus petite que lui, s'en chargea à sa place.
« Nous sommes désolé Aomine-kun, Kagami-kun s'est précipité avant que je ne puisse le prévenir, déclara Tetsuya.
- Tch. »
L'adolescent à la peau sombre se releva avec prestance, fixant dédaigneusement Kagami qui sentait sa frustration monter en flèche. Mais il s'obligea à se calmer et il fit de même, lançant un regard tout aussi hautain à l'adolescent en face de lui. « C'est toi le pure race, contrôle-toi. Ne laisse pas un débutant t'humilier », s'ordonna-t-il à lui-même, fulminant de rage. Néanmoins, il avait tout de même réussi à garder un semblant de self-control, si bien qu'Aomine n'avait pas pu identifier son instinct bestial.
Finalement, l'arrivée de Midorima et Murasakibara apaisa les tensions. Surtout lorsqu'ils virent les oreilles d'ours sorties pour Atsushi et celles de panda pour Shintarou. Ne pouvant se retenir, Kagami explosa littéralement de rire, la tension évaporée. Kuroko le regardait sans broncher, désespéré intérieurement.
Midorima vit rouge et lui ordonna d'arrêter d'une voix sèche qui claqua dans l'air comme un coup de fouet. Loin d'être intimidé -après tout, il était l'équivalent d'un Alpha-, Taiga se força néanmoins à se calmer. C'est lorsqu'il se rappela du pourquoi du comment qu'ils étaient là qu'il reprit son sérieux.
« Qu'est-ce qu'il se passe Kise-kun ? demanda sérieusement Kuroko.
- Vous savez pas comme je suis content de vous voir tous là ! s'écria le blond, un grand sourire d'affiché sur son visage. »
Tous, excepté Akashi et Murasakibara, le regardèrent comme s'il venait d'une autre planète alors que manifestement, ils avaient entendus un appel d'urgence de sa part. Mais Kise ne se départait pas de son sourire, et Kagami songea sérieusement qu'il avait subi quelque chose de tellement grave que sa santé mentale en avait fait les frais.
« Pourquoi nous as-tu fait venir Kise ? A moins que ce ne soit toi, Akashi, supposa Midorima.
- Ben en fait, je voulais juste vous voir. Je me sentais super mal alors...
- Tu te fous de moi ? rugit Daiki, des étincelles dans les yeux. »
Sa colère retrouvée, Aomine avança à grands pas en direction du blond et le souleva par le col, prêt à l'étrangler à n'importe quel moment. Une veine d'énervement battait sur son front et il luttait pour ne pas laisser ses envies meurtrières s'accomplir. Mais déjà, ses oreilles étaient sorties, plaquées sur son crâne sous le signe de l'énervement, et il sentait sa queue qui s'était coincée dans son pantalon, tirant légèrement.
« J'ai couru comme un malade juste parce que tu te sentais mal ? Rah, tu sais pas comme j'ai envie de te tuer, là, maintenant, tout de suite abruti !
- Aomine, tu me fais mal, gémit le blond, apeuré.
- Rien à foutre !
- Aomine-kun, tu devrais le lâcher, Kise-kun commence à devenir bleu. »
Suivant le conseil de Kuroko, bien que réticent, Aomine lâcha le blond qui s'écrasa par terre, soufflant de soulagement. Midorima murmura quelque chose à propos de « bêtes sauvages qui ne savent pas se tenir », ce à quoi Kagami répondit par un joyeux « c'est sûr que toi, niveau agressivité, on repassera », récoltant un regard noir du vert qui remonta ses lunettes sur son nez en signe d'agacement.
« Ça veut dire qu'on est venu pour rien, Aka-chin ?
- Détrompe-toi, Atsushi, répondit Akashi, le visage serein et apaisant. »
Dépité, Kise baissa la tête en constatant qu'il les avait juste dérangés avec son hurlement. Il voulait juste avoir leur compagnie, ce n'était pas la mort non plus ! Mais il avait l'impression de n'être qu'un boulet qui ne faisait rien de mieux que d'embêter les autres avec ses problèmes de solitude. Soudain, abandonnant ses idées noires, un éclair de lucidité passa dans sa tête et il se leva d'un bond, pointant Kagami du doigt. Il s'exclama :
« Si tu es là, ça veut dire que t'es un hybride ?
- Bravo Einstein, ironisa Midorima.
- Tu ne t'en rends compte que maintenant ? s'exaspéra Aomine.
- Comment ça s'fait que vous êtes au courant ? se vexa Ryouta.
- Il n'y avait que moi et Akashi-kun qui savions, expliqua Tetsuya.
- Il ne faut pas être un génie pour comprendre que si Kagami est ici, cela veut dire qu'il est des nôtres, argumenta Midorima en lançant un regard qui fit comprendre au concerné qu'il était loin de le considérer comme tel. »
Cela vexa encore plus Kise qui croisa les bras, toujours assis sur le sol, sa queue d'un beau gris cendré surmontée de roux, apparue lors de son hurlement, remuant rapidement. Akashi regardait tout ce petit monde s'exciter dans son salon, se demandant quand est-ce qu'il pourrait enfin intervenir. C'est Kuroko qui ramena l'attention de tout le monde en le questionnant sur leur venue, Seijuro le remercia d'un regard presque tendre sans s'en rendre compte et commença donc :
« Bien, maintenant que j'ai votre attention, je vais pouvoir vous faire part des informations que quelques agents de mon père m'ont fait parvenir. »
Aomine leva les yeux au ciel en entendant cette phrase. Ils savaient tous ici que Monsieur Akashi avait tellement de pouvoir qu'il faisait surveiller le Japon entier pour éviter que des chasseurs d'hybrides ne s'en prennent à son seul héritier, pas la peine d'en faire des tonnes. Par la même occasion, cela leur permettait de rester vigilant et d'être informés eux aussi, leur évitant de se faire capturer par inadvertance.
« Il se trouve qu'une activité suspecte a été détectée près d'ici. Beaucoup de voyageurs ont débarqué dans la ville de Tokyo, ce qui est suspect en cette saison. Je vous recommande donc d'être prudent. Je vous tiendrais au courant si la situation évolue.
- Mieux vaut être prudent, même en cas de fausse alerte, n'est-ce pas Akashi ? fit Midorima en remontant ses lunettes.
- Exactement Shintarou, répondit le susnommé sur le même ton. »
Kagami écoutait avec attention l'ex leader de la Génération des Miracles, mais il n'en restait pas moins déconcerté. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait été si bien accepté en leur sein, surtout dans la maison d'Akashi. Même s'il était lui aussi un Homanis, cela le déroutait de voir à quel point tout le monde l'avait bien pris, d'autant que le jeune homme aux cheveux rouges devant lui dévoilait des informations capitales, et il ne savait pas s'il avait vraiment le droit d'être au courant, bien qu'il soit tout autant concerné que le reste de la bande. Il avait alors l'impression de s'incruster dans leur groupe soudé.
« Une fois, nous n'avions pas pris la menace au sérieux et Murasakibara-kun avait été capturé, c'est pourquoi Akashi-kun préfère nous informer dès que quelque chose d'étrange se passe, confia Kuroko à Kagami. »
Taiga hocha simplement la tête. Il ne voulait surtout pas qu'ils sachent-en particulier cet enfoiré d'Ahomine- qu'il n'avait absolument pas compris le sous-entendu sinon il passerait encore pour l'idiot de service. Dans un soupir, Kise se releva, dépoussiérant son uniforme. Puis un sourire naquit sur ses lèvres et il se tourna vers Akashi.
« Puisqu'on est tous là, on a qu'à faire quelque chose ! Qu'est-ce que vous en dîtes ? Akashi, on peut ? C'est ta maison après tout ! déblatéra rapidement Kise, excité. »
Aomine lâcha un soupir d'ennui, les mains dans les poches. Murasakibara ne dit rien, tant qu'il y avait à manger, ça lui convenait. Il espérait juste que Muro-chin ne l'attendait pas. Midorima croisa les bras, attendant la suite. Il n'avait rien à faire, après tout et il ne pensait pas que Takao allait...
Une minute ?! Depuis quand prenait-il en compte ce que pouvait penser Takao ? Il ne régissait pas sa vie, il n'avait pas besoin de lui demander son avis ! C'était décidé, il resterait ici ce soir, il ne voulait surtout pas voir cet abruti de passeur brun ! Énervé par le seul fait de penser à son coéquipier, il se mit à taper du pied ; trois fois.
« Si vous voulez. Il n'y aura personne d'autre ici, de toute façon, répondit Akashi, feignant l'indifférence. »
Son père ne serait pas présent ce soir non plus. Le majordome qui s'occupe de lui le laisserait tranquille, il n'était pas embêtant pour ce genre de chose. Il savait même garder le secret, cela ne posait vraiment pas de problème. Le roux glissa un regard vers Kuroko, le détaillant. Ce dernier observait Kagami. Akashi sentit quelque chose compresser sa poitrine, mais n'identifia pas ce sentiment. Cela l'agaça légèrement.
Kagami était mal-à-l'aise. Le voilà qui s'invitait chez Akashi maintenant, avec toute la Génération des Miracles comme compagnie. Ces derniers se dirigèrent vers le salon, Aomine s'affalant carrément sur le sofa et Kise entamant des remontrances que le basané ignora royalement, Midorima se joignant parfois à la conversation en faisant remarquer à Aomine son manque de politesse évident. Il hésitait beaucoup à suivre ses comparses et songea à les laisser tranquille.
« Kagami-kun. »
Remarquant enfin Kuroko qui n'avait pas suivi ses amis, Kagami sursauta et se plaqua la main sur sa poitrine, s'évitant de sursauter. Le cœur battant à cent à l'heure, il fusilla Kuroko du regard. Mais il s'insulta mentalement. A quoi lui servait son odorat ou son ouïe s'il ne sentait même pas lorsque son ami était à ses côtés ?
« Kagami-kun, reprit Kuroko comme si de rien n'était, qu'est-ce qu'il y a ?
- Hein ? Que... oh, heu, rien, je pensais rentrer chez moi, à vrai dire, ricana-t-il, gêné. »
Il se passa une main dans les cheveux et effleura sa nuque, ne sachant comment se comporter. Il avait l'impression d'être observé à la loupe tandis que Kuroko l'étudiait sans rien dire. Étant donné qu'il ne disait rien, Kagami se détourna, sur le point de partir. Mais la voix de son meilleur ami le fit se stopper net, la main sur la poignée.
« Tu sais Kagami-kun, tu n'es pas gênant.
- … Quoi ? murmura le rouquin, sentant son cœur accélérer la cadence.
- Tu as l'intention de partir car tu ne te sens pas à ta place, pas vrai ? »
Kagami ne répondit pas. Comment se faisait-il que Tetsuya arrivait aussi bien à lire en lui comme dans un livre ouvert, alors que lui-même avait des fois du mal à le comprendre ? Il avait même parfois l'impression de ne pas le connaître alors que lui, il lui suffisait de l'observer pour savoir que quelque chose n'allait pas. Taiga se mordit la lèvre et baissa la tête.
« Ils t'ont tous accepté, moi le premier. Tu leur as prouvé ta valeur en les ramenant sur terre, lorsque tu les as tous battu. Tu fais parti de la Génération des Miracles, d'une certaine manière. »
Kagami sentit son cœur battre la chamade en entendant l'espèce de déclaration d'amitié de Tetsuya. Il sentait la sincérité de ses paroles comme si elle était affichée devant lui. Il comprit alors ce sentiment qui lui mettait du baume au cœur. De l'allégresse. Un profond sentiment de gratitude. Et une amitié sincère et fusionnelle. Il se détourna de la porte, fixa Kuroko de ses yeux rouges, et sentit ses lèvres se fendre en un sourire radieux.
« Après tout, j'ai rien d'autre à faire alors... »
Suivant ses paroles, il passa un bras autour des épaules de Kuroko et l'entraîna dans le salon, où des éclats de voix leur parvenaient. Tetsuya avait un mince sourire sur les lèvres. Et, bien qu'il n'exprime pas tellement ses sentiments, ce sourire-là était sincère et heureux. Oui, il était vraiment content de voir tous ses amis réunis, et espérait que cela dure encore longtemps.
Dehors, quelque part dans une ville, un jeune homme marchait. Cela aurait pu paraître normal, s'il ne faisait pas déjà nuit, et si cet inconnu n'avait pas un sourire étrange pendu aux lèvres. Il venait d'apprendre quelque chose d'intéressant, et cela suffisait pour qu'une joie mauvaise n'envahisse son cœur.
« Un hurlement... dommage pour vous, les loups n'existent pas au Japon. »
Le rire de cet homme s'évanouit dans la fraîcheur de la nuit, emportant avec lui la promesse d'une grande menace, tandis que de la fumée s'élevait dans le ciel, lueur éphémère dans le vaste Univers que représentait le monde. Au loin, un corbeau croassa, annonçant un mauvais présage. Le malheur planait sur le pays, tel un nuage d'orage. Il n'attendait que le bon moment pour s'abattre sur la tête de nos jeunes adolescents et tout ravager sur son passage.
* Naoki : signifie l'arbre droit. Autrement dit, l'honnêteté, la droiture.
Yo mina ! Donc déjà, je suis contente car ça fait deux semaines piles d'intervalles entre les deux chapitres, ça gère hein ? Bref, je préfère ne pas donner d'horaire ou ça va être le gros bordel.
J'espère qu'il vous a plu malgré le manque évident de présence des personnes étrangères aux hybrides. Il est un peu plus long que l'autre, et on en apprend beaucoup plus sur les personnages. Il y a aussi un OOC, et je l'adore particulièrement car il a une personnalité assez étrange x)
Enfin, une lectrice m'a posé des questions pertinentes et j'ai répondu à plusieurs d'entres elles, les voici :
Aomine a eu ses chaleurs en présence de Kagami, non ? Akashi ne lui a pas encore parlé de ça ?
Aomine les a eu en présence de Kagami, mais cela n'est pas basé sur le système de compagnon si tu as lu Compagnon félin avec intérêt. Et oui, je mentionne bien qu'Akashi lui en a parlé.
Ça dérange Akashi de rencontrer un autre pure race ?
Pas du tout.
Je suppose que Kuroko est ou sera avec Akashi, c'est pour ça qu'ils traînaient ensemble, non ?
Suppositions, suppositions x) Ils ont le droit de traîner ensemble, ils sont amis non ?
Kagami savait pour Kuroko parce qu'il l'avait senti, mais Kuroko savait pour sa lumière ?
Et bien vu qu'il n'était pas choqué de voir Kagami en tigre, il doit bien être au courant. Un éclaircissement sera sans doute donné sur cette partie.
Réponse aux visiteurs :
Mathi : Je suis ravi que tu aimes bien mon caca x) Ah oui, rigoler seule, ça m'arrive souvent. Merci beaucoup d'avoir commenté, je suis contente que ça passe bien ;-; Et bien tu as ta réponse :D
En espérant que vous ayez passé un agréable moment, grosses bises !
x Heaven
