Chapitre 3 - Anticipation
Résidence Stabler
Samedi 3 mai
La foule a hurlé comme la balle a été frappée sur le côté droit du terrain, ce qui n'a pas réussi à tirer Elliot de sa rêverie. Kathy marchait à travers la pièce avec une panière de linge et s'est rendue compte qu'il ne regardait pas le match. Il en avait pourtant parlé toute la semaine. Il avait été heureux d'avoir un jour de congé, même si lui et Liv étaient de garde. Il était impatient de pouvoir manger des chips et du pop corn, vautrer dans son fauteuil et regarder la télé.
Elle l'a regardé pendant une minute. Il portait une chemise blanche, un short bleu marine et des chaussettes blanches. Il ne s'était pas rasé ce matin et sa barbe naissante lui a donné un air dur. Elle l'a préféré rasé. Mais quand même, c'était un bel homme.
Elle a souhaité pouvoir rendre les choses meilleures entre eux. Mais elle a du l'admettre, les choses ne seraient jamais meilleures et elle n'était pas sûre de pouvoir supporter encore longtemps l'homme renfrogné qu'était devenu son mari. Il avait un coca à la main et sur la table un saladier de pop corns et un sandwich à moitié mangé. Elle a posé la panière sur le divan et s'est assise sur le bras du fauteuil. Il n'a pas bougé.
« Elliot ? » Elle a dit doucement.
« Elliot ? Allo ? » Elle a tapoté sa joue.
Il a tourné sa tête vers elle, juste un peu. «Ouais… qu'est-ce qu'il y a ? »
« Je devrais te demander ça. Tu as parlé de ce match toute la semaine et maintenant tu ne le regardes même pas… tu vas bien ? » Elle a observé son visage pour des indices.
« Je vais très bien… j'ai des choses sur mon esprit… mais je vais très bien. » Il a retiré sa main de son visage et s'est levé pour aller chercher un autre coca.
Elle l'a suivi et s'est penchée contre l'évier. « Elliot… tu ne vas pas bien. Cela fait des mois que tu es comme ça. Qu'est-ce qui se passe ? »
« Que je suis comme quoi ? Et rien ne se passe ! » Il a été irrité par ses questions.
« Parfois tout semble bien entre nous… tu à l'air bien. Et ensuite pendant des jours ou des semaines, tu nous parles à peine à moi ou aux enfants… enfermé dans ton propre monde… comme maintenant… tu es ailleurs… comme si tu ne voulais pas être ici. » Elle a su qu'il savait de quoi elle parlait.
« Regarde, Kathy… je suis ici… de retour à la maison… comme tu me l'as demandé… je ne sais pas ce que tu veux de moi… qu'est-ce que je peux te donner de plus… » Il a pris un grande gorgée de coca et l'a regardé.
« Je voudrais être sûre que mon mari veut être ici… avec moi… avec nos enfants. » Sa voix avait une tonalité qu'il n'avait jamais entendu avant.
« Je te l'ai dit… je suis ici… et ce n'est pas assez pour toi, n'est-ce pas ? » Il était fâché.
Fâché que de nouveau il se retrouve dans la même situation qu'il y a un an. Ce n'était pas entièrement de la faute à Kathy. Il avait sa part d'erreurs. Peut-être même plus parce qu'il avait finalement admis qu'il était amoureux de quelqu'un d'autre et n'a rien trouvé de mieux que se tourner vers Kathy.
Il avait bien réfléchi et prévu de le dire à Liv ce weekend. Il allait tout lui avouer. Il était fatigué de vivre dans le mensonge. Et l'idée d'admettre finalement ses sentiments ne l'a pas rendu malade. Au contraire, il avait senti une sorte de libération. Si elle ne ressentait pas la même chose, mais il était sûr que oui, alors au moins elle connaitrait ses sentiments pour elle.
Mais Kathy était venue au bureau et fait tomber tous ses plans à l'eau. Il ne pourrait plus vivre sans Eli, mais il voudrait avoir trouvé une autre façon d'obtenir l'aide et le confort dont il a eu besoin cette nuit-là. Quand Malcolm Royce a tué sa famille. Une autre manière, un autre endroit, une autre personne autre que sa presque ex-femme. Il devrait s'être tourné vers son équipière. Sa meilleure amie. Il devrait s'être tourné vers Olivia.
« Elliot, c'est juste que je suis si fatigué d'être exclue de ta vie… je veux juste que nous partagions des choses. » Elle a essayé de parler calmement, mais ça n'était pas facile, particulièrement quand il n'a pas semblé écouter.
Il a passé sa main sur son visage. « Kathy… je…je ne veux pas avoir cette discussion en ce moment, ok ? »
« Non. Ca n'est pas ok. Tu ne veux jamais discuter de ça… ou de n'importe quoi d'autre ! Tu ne veux jamais parler de nous ! » Sa voix a maintenant commencé à s'élever.
« Kathy… je te l'ai dit… je ne veux pas parler de ça maintenant… » Il a juste voulu qu'elle se taise.
« Tu sais, EL, personne ne tient un revolver sur ta tempe pour que tu restes… » Elle commençait à être bouleversée.
Il est sorti de la cuisine. « Ouais… bien, en tout cas ça y ressemble… » Il a marmonné.
Elle a saisi son bras, faisant voler la canette de coca de sa main, tombant au plancher, arrosant les meubles et le réfrigérateur, répandant la boisson au sol en roulant par terre. « Qu'est-ce que tu viens de dire ? » Elle a exigé en colère.
Elle a très bien entendu ce qu'il a dit et il le savait. Ses yeux étaient plissés. Il a regardé sa main sur son bras. « Rien… rien. » Il a écarté de sa prise et est retourné à son fauteuil laissant Kathy nettoyer la cuisine.
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Résidence Benson
Dimanche 4 mai
En tout début d'après-midi Liv rentrait de l'épicerie, quand elle a entendu quelqu'un laisser un message sur son répondeur. Essayant de récupérer sa clef de sa poche, elle a laissé tomber un sac qui, en frappant le plancher, a dispersé tout ce qui était à l'intérieur.
Elle a réussi à attraper sa clef et ouvrir la porte. Rentrant rapidement dans l'appartement, une anse du deuxième sac s'est prit dans la poignée de la porte, ce qui l'a arrêté dans son élan et lâché le troisième sac. Avant qu'elle est réussie à se démêler et ait atteint le téléphone, le message avait été laissé et le visiteur avait raccroché. C'était Rhett. Soupirant, elle a appuyé sur le bouton.
`Olivia… salut, c'est Rhett. Rhett Chapman. Du mariage. Je vous ai dit que j'appellerais… je suppose que je vous ai raté. Je voulais savoir si vous voudriez faire un tour au parc, manger un hot-dog ou autre chose, cet après-midi. Il fait beau. Bien, si vous obtenez ce message, appelez-moi et nous calculerons quelque chose… uh… si c'est ce que vous voulez… bien sûr. Bien, à plus tard.'
Elle était si déçue d'avoir manqué son appel. Bien, elle le rappellerait comme il a dit. C'était alors qu'elle a réalisé qu'elle n'a pas eu son numéro. Il avait pris sa carte pour l'appeler. Il ne lui a pas donné son numéro et elle ne lui a pas demandé. En vérifiant l'identifiant de l'appelant elle a vu 'numéro privé'.
Soupirant encore, elle a ramassé ses courses et s'est dirigé dans la cuisine. Elle rangeait le liquide de rinçage pour le lave-vaisselle sous l'évier quand le téléphone a sonné. Surprise et se redressant trop vite, elle s'est cogné la tête sur le meuble.
« Ow ! » Saisissant sa tête, elle a couru pour le téléphone. « Allo. » Elle a dit à perdre haleine.
« Olivia ? » Rhett a demandé.
« Oui… c'est elle… » Elle essayait toujours d'attraper son souffle et de ne pas ressembler à une écolière attendant un coup de téléphone.
« Mauvais moment ? Vous avez l'air à bout de souffle. » Il a demandé.
« Oh… non… j'étais dans la cuisine… j'ai couru pour répondre au téléphone… j'ai…… eu votre message… j'allais vous rappeler, mais je n'ai pas eu votre numéro et… » Elle a parlé vite, frottant toujours sa tête où une bosse commençait à se former.
« Ca a marqué numéro privé, n'est-ce pas ? C'est pourquoi j'ai rappelé. J'ai réalisé que je n'ai pas laissé mon numéro. J'ai un numéro privé à cause du travail… vous seriez étonné combien les whackos veulent parler de mes documentaires et combien n'aiment pas ce que je fais… bref, ce qui vous pensez du parc ? » Il lui a demandé.
« J'aimerais beaucoup. Donnez-moi un peu de temps pour finir de ranger mes courses et me changer et je vous retrouverai dans… disons trente minutes ? » Elle décidait déjà quel short elle allait porter.
« Oh, je peux passer vous prendre… » Il a proposé.
« Non… je vous retrouverai là-bas, ok ? Au départ de la piste à vélos la plus proche du fleuve. » Elle était à faire savoir aux hommes où elle a habité tant qu'elle ne les a pas connu mieux.
« Ok. Trente minutes. » Il a dit.
Wow. Elle ne pouvait pas croire qu'il a appelé. Elle avait pensé à lui ce matin et se disait qu'il appellerai peut-être dans la semaine. Mais elle n'a jamais imaginé qu'il le ferai si tôt. Elle était heureuse qu'il l'ai fait. Elle a fini de ranger et s'est dirigée dans sa chambre pour se changer. Elle ne pouvait pas attendre d'être au parc.
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Riverside park
Dimanche 4 mai
Rhett a scruté la piste à vélos pour trouver Olivia. Elle lui a dit qu'elle le rencontrerait au départ de la piste à vélos. Il était arrivé tôt et s'était assis sur un banc donnant sur le fleuve un moment, mais il a dû se dégourdir les jambes pour évacuer l'énervement qu'il ressentait à l'idée de revoir Olivia. Il ne pourrait pas croire qu'il a réagi comme ça. Il a ri de lui, pensant qu'il n'avait pas été aussi nerveux la première fois qu'il a demandé à une fille de sortir avec lui au lycée.
Mais Olivia avait quelque chose de spécial. Au moment où il a posé les yeux sur elle, il s'est rendu compte de quelque chose, une attraction. Il a juste eu le sentiment que les choses allaient être bien avec elle.
Il ne s'était jamais marié. Assez proche deux ou trois fois, mais pas assez parce qu'il n'avait pas trouvé 'la femme'. La personne qui l'inciterait à vouloir lui passer la bague au doigt et lui donner son nom. C'était certainement trop tôt pour penser à ça, mais il a imaginé que c'était Olivia la mariée à la cérémonie hier. Elle serait une mariée extraordinairement belle.
« Votre rendez-vous vous a posé un lapin ? » Une voix familière l'a tiré de ses rêveries.
Se tournant, ses yeux sont tombés pile dans ceux de la femme de sa rêverie. « J'espère que non. C'est une femme impressionnante… si vous aviez une chance de la rencontrer, vous comprendriez ce que je veux dire. » Ils ont ri.
« Salut, Olivia. Je suis heureux que vous soyez venue. » Il a souri, essayant de ne pas trop la dévisager.
Dans ses baskets, elle a aujourd'hui semblé beaucoup plus petite qu'hier. Elle était toujours assez grande, 1m68 ou 1m70 il a pensé, mais elle a du avoir des talons de dix bons centimètres hier. Il ne devait pas trop baisser la tête pour la regarder au mariage mais aujourd'hui il y avait un bon écart entre eux. Elle a porté des lunettes de soleil, un short bleu juste à mi-cuisses et un tee-shirt bleu de l'Université de Columbia. Il a été habillé avec un short kaki, un tee--shirt rouge et des baskets, lui aussi. Une casquette de base-ball des 'braves d'Atlanta' à couvert sa tête.
« Salut, Rhett. » Elle a souri, jetant un coup d'œil à ses chaussures. « Vous courez? »
« D'ordinaire, oui… mais je ne suis pas revenu depuis assez longtemps pour recommencer. » Il lui a dit, regardant aussi ses chaussures. « Et vous ? »
Le «Ouais… j'arrive quelques fois à courir deux fois par semaine… parfois trois… tout dépend du temps que j'ai en dehors du travail. » Elle a passé ses mains dans ses cheveux. « Alors… qu'y-a t'il au programme ? »
« Au programme ? Uh… je n'ai pas vraiment de plans… j'ai juste pensé que nous flânerions et essaierions de nous connaitre un peu mieux. Nous pourrions marcher et parler un peu, qu'en dites-vous ? » Il a souri. Recherchant derrière lui, il a sorti un frisbee et l'a agité devant elle. « Oh… et plus tard, je vous montrerai certains de mes dons. J'ai été deux fois major à l'université. Journalisme et frisbee…. »
Elle a ri. « En fait, je suis moi-même une spécialiste du frisbee. »
Ils ont commencé à marcher lentement, en parlant. Olivia était encore étonnée d'à quel point nerveuse elle était à l'idée de le revoir. Mais maintenant, elle a été étonnée d'à quel point à l'aise elle était avec lui. Ils ont marché environ quinze minutes, avant de s'arrêter au bord du fleuve. Rassemblant quelques cailloux plats, Rhett en a donné à Liv et ils ont commencé un concours de ricochets. Elle était assez bonne à ça, mais il l'a battue.
Il lui a raconté des détails sur son voyage en Irak. Ils ont campé dans un palais bombardé où malgré tout la piscine géante avait toujours de l'eau. Pour passer le temps, ils y jetaient des pièces. De temps en temps, un d'eux plongeait et les ramassait. Elle a été intriguée par ses histoires de guerre.
« J'ai entendu Sam dire à Casey que vous êtes d'ici ? » Elle a jeté un autre caillou et l'a observé rebondir sept ou huit fois.
« Ouais… élevé dans le Bronx. Rejoins les marines à vingt ans. Passé les dernières années à Atlanta… pour mon travail à la CNN. On m'a proposé une mutation à la maison… donc ici je suis. » Il a souri, mais avec regret. Elle n'a pas voulu demander mais elle a voulu savoir plus. Elle a voulu savoir tout de lui, mais elle a également su que si elle continuait à poser des questions il serait juste qu'il l'interroge à son tour. Elle n'était pas sûre d'être prête pour ça, même si elle était à l'aise avec lui. Elle essaierait de rester sur des sujets sûrs.
« Les marines vous manquent ? » Elle a fini de jeter ses cailloux et elle l'observe maintenant jeter les siens.
« Pas comme je pensais … peut-être parce que je pouvais m'investir dans un travail que j'aime vraiment réaliser… je ne sais pas. La camaraderie me manque. Vous savez … ils ont été ma famille pendant vingt ans. Mais maintenant que je suis de retour à la maison, j'ai ma vraie famille de nouveau. Bien que ce n'ait pas été aussi facile que je le pensais. » Il s'est assis par le bord du fleuve, a enroulé ses bras autour de ses genoux et a regardé fixement l'eau.
Elle ne pouvait s'en empêcher. Sa curiosité a pris le dessus sur son esprit. « Que voulez-vous dire vous avez votre vraie famille de nouveau ?
« Longue histoire… je vous raconterai… si vous voulez vraiment savoir… » Il a tourné sa tête pour la regarder.
Elle l'a regardé et a repoussé ses lunettes de soleil sur le dessus de sa tête. « Seulement si vous voulez me dire. »
Il a tapoté la terre à côté de lui et elle s'est assise. « Mon père était un homme dur… il a pensé que s'il apportait un chèque à la fin du mois à la maison, son travail était finit. Il n'a jamais vraiment été brutal avec moi ou mes frères et sœurs, mais il n'était pas exactement un père aimant. Je sais qu' il m'a aimé, mais il ne l'a jamais montré et sûr qu'il ne l'a jamais dit non plus. » Il a soupiré.
« Bref, quelque chose s'est produit au travail et ce n'était pas sa faute… il s'est retrouvé au milieu… et après ça il a commencé à boire… vraiment boire. Je terminais le lycée. Les choses étaient vraiment dures pendant deux ou trois ans… alors un jour il a poussé ma mère, je me suis interposé et l'ai poussé moi aussi. » Olivia a essayé de ne pas trop le regarder. Il était bouleversé en parlant.
« Il m'a attaqué, m'a frappé et je l'ai frappé en retour. Plusieurs coups ont suivi et un de mes frères a dû nous séparer. Mon père m'a dit de prendre mes affaires, qu'à ses yeux je n'étais plus son fils… » Il a fait une pause, clignant des yeux plusieurs fois pour retenir ses larmes.
Il a soupiré et a continué. « Je suis parti. Les parents d'un copain m'ont laissé rester chez eux jusqu'à ce que mon année de cours soit terminée. J'ai rejoins les marines et n'ai jamais regardé en arrière. » Il regardait toujours l'eau.
« Et votre maman ? Vos frères et sœurs ? » La pensée de laisser volontairement sa famille était absurde pour elle.
« Maman venait me rendre visite deux ou trois fois par an… habituellement mes sœurs venaient avec elle… et parfois mon plus jeune frère… mon autre frère qui a trois ans de moins que moi… était déjà marié quand je suis parti et n'a jamais eu assez d'argent ou de temps pour venir me voir. Je l'ai seulement vu quelques fois en toutes ces années. Et il est toujours assez en colère après moi pour laisser maman… en partie. »
« Ca n'était pas trop dur…de ne pas voir votre famille ? » Elle ne pourrait pas imaginer faire ça.
« Au début oui, mais après j'ai reconstruit ma vie… j'y suis allé pour un noël il y a onze ou douze ans… nous avons fait des efforts mon père et moi… mais j'ai su que ça ne marcherai plus entre nous. J'ai essayé de revenir après ça mais il était plus facile de rester loin. Il est mort il y a dix ans. Maman vieillit et j'ai voulu être… un peu plus proche d'elle...elle vit loin de la ville maintenant. Elle s'est installée dans la maison du lac que mes grands-parents lui ont légué. Une de mes sœurs vit tout près. » Il s'est penché vers Liv et a poussé son épaule avec la sienne.
Olivia pensait à sa famille et au fait qu'elle-même n'en avait jamais eu. C'était juste elle et sa maman. Elle se demandait s'il était plus dur d'avoir une famille et que les choses soient compliquées ou de ne pas en avoir du tout. Au moins il a des frères et des sœurs et probablement des nièces et des neveux. Elle était heureuse d'avoir trouvé Simon, mais il était seulement son demi-frère et son père, leur père, était le violeur de sa mère. La vie peut-être tellement injuste, elle a pensé. Elle a désespérément espéré qu'il ne pose aucune questions sur sa famille. Elle n'était pas prête à lui dire.
« Je parie qu'elle est heureuse que vous soyez de retour… » Elle lui a souri.
« Ouais… elle l'est. J'aimerai que ce soit la même chose pour le reste de la famille. » Il la regardait droit dans les yeux maintenant.
« Que voulez-vous dire? » Elle a demandé tranquillement.
« Oh… je ne sais pas… un de mes frères, Sonny… il n'arrive pas à me pardonner pour être parti comme je l'ai fait. Il dit qu'il a compris pourquoi je suis parti, mais pas comment j'ai pu rester aussi longtemps et ne pas avoir de contacts avec la famille. » Il était frustré par les mots qu'il disait.
« Pourquoi est-il toujours si bouleversé alors que vos autres frères et sœurs semblent vous avoir pardonné ? Étiez-vous proches ? » Elle était curieuse au sujet de son frère.
« C'est un vrai père de famille… marié depuis sa sortie du lycée… il a eu des enfants… et sa famille est ce qu'il y a des plus important dans sa vie… je l'ai seulement vu une fois en deux mois depuis mon retour. Il trouve toujours une excuse pour ne pas me voir. Et oui… nous étions vraiment très proches. » Il l'a regardée maintenant.
Elle a incliné la tête. Elle pourrait comprendre pourquoi Sonny s'est senti comme ça. Si elle avait une famille, elle ne voudrait jamais les quitter. « Vous lui avez probablement beaucoup manqué… vous lui manquez toujours. Je suis sûre qu'il reviendra. »
« Ouais. Allez debout, jetons ce frisbee ! » Il s'est levé et l'a soulevée, maintenant sa main dans la sienne pendant qu'ils se dirigeaient vers un secteur plus dégagé.
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Résidence Benson
Dimanche 4 mai
Olivia souriait toujours et cela faisait des heures qu'elle avait quitté Rhett au parc et était rentrée. Elle ne pouvait pas arrêter de penser à lui et à l'après-midi qu'ils avaient passé. Elle ne pouvait pas se rappeler la dernière fois qu'elle s'était autant amusée avec un homme. Ou personne d'ailleurs. Ils ont marché, ont parlé, ont jeté le frisbee, ont fait des ricochets.
Ils ont écouté un chanteur jouant de la guitare et ont chanté les chansons qu'ils connaissaient. Un autre groupe a joué de la musique country et Rhett lui a enseigné quelques pas de danse. Il lui a acheté une glace au chocolat. Il en a mangé une à la fraise et ils riaient pendant que la crème glacée fondait sur leurs mains à cause du soleil trop chaud. Ils les ont rincées dans le fleuve et se sont arrosés jusqu'à ce qu'ils soient trempés. Ils ont mangé des hot-dogs en regardant deux petits garçons jouer avec des bateaux téléguidés dans la fontaine.
Elle a eu l'impression d'être de nouveau une enfant. Enfin, comme un enfant devrait être… parce qu'elle n'a jamais vraiment été une enfant avec une mère alcoolique.
Il l'a convaincu de monter sur le pont suspendu. Ils sont même montés sur les animaux géants à ressorts. Ils ont fait un concours pour savoir qui se balancerait le plus haut...elle a gagné. Alors il l'a fait tourner sur place sur la balançoire jusqu'à ce que les chaînes bloquent. Quand la balançoire est repartie dans l'autre sens, Olivia criait pour faire croire qu'elle avait peur.
Quand elle est descendue, elle avait beaucoup de mal à marcher. Il l'a attrapée avant qu'elle soit tombée à terre, amortissant sa chute en se jetant lui-même sous elle. Il avait balayé ses mèches de son visage, l'avait embrassé sur le nez et avait commencé à leur faire dévaler la pente en les faisant rouler. Quand ils se sont finalement arrêtés et il l'a aidé à se relever. Elle avait chaud, elle était en sueur et sale mais ne pourrait se rappeler de la dernière fois où elle avait juste profité d'un agréable moment.
Elle s'est sentie merveilleusement et quand il lui a demandé s'il pouvait l'appeler de nouveau elle n'a pu cacher la joie sur son visage. Oui. Certainement oui. Elle lui a presque demandé de venir chez elle pour le dîner, mais s'est dit qu'elle avait déjà passé presque cinq heures avec lui aujourd'hui. Mais peut-être dans la semaine...
Elle a été étonnée, et pour être honnête, un peu déçue, quand il n'a pas même essayé de l'embrasser pour lui dire au revoir. Il avait pris ses deux mains dans les siennes, puis les avaient embrassé l'une après l'autre, lui disant qu'il avait passé une journée formidable et qu'il l'appellerait bientôt. A cet instant elle s'était demandée quel effet cela ferait de l'embrasser, puis s'est dit qu'elle allait peut-être un peu trop vite.
Elle avait pris une longue et fraîche douche quand elle était arrivée à la maison. Puis elle a mis un pyjama court en coton. Se détendant sur son divan en écoutant quelques vieux disques de sa maman, elle a ri en réalisant que la voix étouffante de Carly Simon chantait au sujet de 'l'anticipation'. Totalement approprié. Elle était tellement impatiente de connaître mieux Rhett Chapman. Profondément plongée dans sa rêverie, elle n'a pas senti tout de suite la vibration de son téléphone portable la ramenant de nouveau au présent.
« Benson. » Elle a parlé doucement.
« Liv… hé. Nous avons une affaire. Viol collectif possible au Washington Square…. Je passe te chercher… je serai là dans environ dix minutes. » Le travail était tout pour Elliot. Rien de nouveau à ce sujet.
« Bien. » Elle a soupiré et a refermé le téléphone.
Donc pas de soirée tranquille rejouant son après-midi merveilleux. Saisissant une paire de jeans, un tee-shirt et des baskets, elle s'est dépêchée de s'habiller avant l'arrivée d'Elliot. Une autre sorte d'anticipation a commencé à faire surface. Celle de savoir dans quelle humeur il serait et comment il la traiterait ce soir.
