Chapitre 4
Sarah parvenait à peine à y croire, mais son culot avait eut l'effet escompté. Les gens du Sous Monde étaient trop habitués à vivre enfermés dans leurs règles et leurs codes. Le chaos qu'ils affichaient n'était qu'apparent. Un humain devait avoir peur devant leurs illusions et leurs griffes. S'il se comportait comme si tout lui était du, et bien peut être avait-il raison et mieux valait le conduire devant leurs seigneurs. Il ne leur était jamais jusque là venu à l'esprit qu'un humain pouvait refuser de jouer suivant leurs règles. Même s'il les ignorait en arrivant, il apprenait sur le tas. Sarah s'y était naturellement conformée parce qu'elle avait grandi bercée par des contes de fées. Même Jareth, qui avait été vaincu par sa réalisation qu'il n'avait aucun pouvoir sur elle, n'avait jamais envisagé qu'elle pouvait briser les règles cette fois encore.
Les membres de son escorte n'étaient pas idiots cependant. Ils dépêchèrent des éclaireurs pour s'assurer de l'accord de ceux de la lande. Sarah s'y attendait. Elle comptait sur leur curiosité et leur amusement pour qu'elle obtienne la permission de continuer. Les éclaireurs revinrent, échangèrent quelques mots avec ses gardes qui hochèrent la tête en poursuivirent leur route. Elle avait gagné cette manche.
Tandis qu'ils avançaient, Sarah réfléchit à ce qu'elle allait dire ou faire une fois parvenue devant ceux de la lande. Son refus de suivre les règles du jeu aiderait, mais mais maintenant qu'ils s'y attendaient, il était plus que probable qu'ils se préparent en fonction. La seule bonne nouvelle, c'est qu'ils devaient être aussi incertains qu'elle sur ce qu'ils devaient faire. Cela voulait dire qu'ils parlaient stratégie à l'heure qu'il était et qu'ils devaient temporiser son arrivée.
Ils pouvaient essayer, du moins.
-Je sais que vous me conduisez dans la mauvaise direction, cria-t-elle à ses guides. Cessez immédiatement ces stupidités. Je vous ai donné un ordre.
-Elle sait ! Elle sait !
Les lutins gémirent de désespoir et se mirent à courir en tout sens. Ils n'étaient pas comme ceux qui avaient affronté Jareth avec le monstre. Ceux là donnaient l'effet d'une troupe d'élite à côté des ces êtres facilement terrorisés. Eux avaient été choisi pour leur nombre et parce que leur mort aurait été sans importance. Sarah avait pitié d'eux mais leur adressa quand même un regard noir jusqu'à ce qu'ils se calment et reprennent tous leur place dans son escorte. Après cette réprimande, ils avancèrent beaucoup plus vite, pressés de se débarrasser d'elle.
Enfin, le tunnel se mit à remonter puis déboucha rapidement sur la lande. Avec excitation, les lutins lui désignèrent un pavillon dressé à faible distance. Les tentures étaient d'or et d'argent et battaient au gré d'un vent invisible. Tout un peuple de lutins, de boggart, de brownies et de pixies l'encerclaient, regardant Sarah avec curiosité. Trois trônes d'un métal gris aux nuances violacées, vides, se dressaient au milieu du pavillon, attendaient leurs propriétaires. Sarah y fut conduite et laissée seule face aux trônes. Elle était clairement censée être effrayée face à cette vision. Au contraire, sa colère ne fit que s'exacerber, au point qu'elle envisage de s'asseoir sur un de ces sièges pour insulter l'autorité de son possesseur. Si la vie et la liberté de Toby n'étaient pas en jeu, peut être l'aurait-elle fait.
Elle s'en abstint et, enfin, ceux de la Lande daignèrent apparaître. Leur aspect était formidable, tout comme l'était celui de Jareth. C'étaient un homme et deux femmes aux visages anguleux et aux cheveux noirs coiffés en arrière et attachés par des dizaines de babioles de cuivre. Leurs vêtements de cuir troué laissaient apparaître en dessous des robes de velours rouge sang et des bottes cloutées de métal.
Sarah croisa tour à tour chacun de leurs regards menaçants et intimidants et réalisa qu'elle ne craignait pas leur pouvoir. Cela ne voulait pas dire qu'elle n'était pas inquiète ou qu'elle n'avait pas peur, seulement qu'elle avait confiance en ses capacités à les affronter.
-Voici donc la mortelle qui as pensé pouvoir nous défier, commenta le premier homme d'une voix qui suintait un mépris étudié.
-As-tu vu cela ?, demanda la première femme avec amusement. Elle est bien moins phénoménale qu'on nous avait donné à penser.
Cette voix était familière à Sarah. C'était la femme qui lui avait parlé avant de la faire se conforter à ses reflets. Elle était assez courageuse pour l'affronter, mais pas assez pour le faire en face ou sans aide.
-Pitoyable, murmura la deuxième femme.
À eux trois, ils formaient visiblement un ensemble rôdé à insulter ou séduire tour à tour, certains de leur puissance. Deux détails, cependant, sautaient aux yeux de Sarah. Aucun d'eux n'avait prononcé son nom et dès leur arrivée, ils avaient d'un geste chassés leur cour de lutins, boggarts et autres créatures. Ceux-ci s'étaient égayés avec un respect mêlé de terreur, disparaissant dans les airs et les trous du sol. S'ils ne craignaient pas Sarah, même un peu, ils auraient voulu garder cette audience. Elle se garda bien pour autant de montrer sa satisfaction et pria pour avoir raison. Si sa belle-mère et son père n'avaient pas souhaités que Sarah disparaisse au moment de sa crise d'adolescence, ils n'auraient pas voulu voir Toby enlevé.
-Seigneurs de la lande, salua-t-elle d'une voix aussi claire et ferme que possible. Je viens vers vous pour vous donner l'occasion de réparer une grande injustice que vous m'avez fait. Je viens rechercher mon frère, qui a été arraché à sa famille sans raisons. Vous le détenez illégitimement et vous allez me le rendre.
Elle n'implora pas, elle n'accusa pas, déterminée à ne pas miner ses chances de succès. Ses interlocuteurs restèrent impassibles.
-Que nous donneras-tu en échange de ton frère ?, demanda la première dame.
-Je n'ai rien à vous offrir, car il ne vous as pas été donné. Il est libre de partir et je suis libre de le prendre.
-D'aucuns pourraient penser que ce petit bout d'homme est déjà sujet de nos royaumes. Il a déjà été donné.
-Et regagné.
Le seigneur cracha son mépris dans un ricanement.
-Pas de manière légitime, mais par tricherie et en écartant les cuisses.
Sarah fronça les sourcils.
-S'il y a eu tromperie cette nuit-là, elle ne fut pas de mon fait. J'ai gagné légitimement, avec tous les outils à ma disposition et ma victoire me fut concédée tant par le roi des Gobelins que ses sujets et le labyrinthe lui-même. J'ai lutté corps et âme pour obtenir sa libération et je ne verrais pas ma victoire contestée par ceux qui n'étaient pas là cette nuit-là.
Ceux de la lande ricanèrent avec délectation. La seconde dame tapa du pied au sol et Sarah sentit sa langue se figer dans sa bouche et des cordes invisibles l'enserrer, au point de rendre sa respiration difficile. Les trois s'accordèrent un sourire satisfait.
-L'entendez-vous ?, demanda la seconde dame. Avez-vous jamais entendu plus ridicule que cette péronnelle ? Sache, enfant, que nul n'a gagné face au labyrinthe et qu'il ne recrache jamais ses proies. Tu n'es rien ici, tout juste un insecte qu'on écrase au moindre caprice et sans droit de s'exprimer. Faites-le entrer.
À cet ordre, Sarah tourna la tête vers l'entrée du pavillon, pleine d'espoir. Maintenant qu'ils avaient donné l'impression de leur puissance, elle pouvait bien se prêter à leur simulacre de clémence et s'incliner plus bas que terre quand ils lui rendraient Toby. Ses yeux s'écarquillèrent et son cœur s'alourdirent cependant lorsqu'elle réalisa que ce n'était pas son frère qui était escorté auprès d'eux mais Jareth, enchaîné et blessé. Couvert de terre, de sang et de sueur, le visage blême et l'œil hagard, il n'avait plus rien à voir avec l'orgueilleux souverain de naguère. Ses gardes le lâchèrent et il tomba à terre, sans émettre un gémissement avant de s'évanouir. Il était arrivé au bout de ses forces. Bien des fois, avant et depuis leurs retrouvailles, Sarah avait souhaité le voir rabaissé et humilié.
Plus maintenant, pas comme cela, alors qu'on voulait visiblement faire d'elle l'instrument de sa perte.
La première dame se leva avec grâce et s'agenouilla pour prendre entre ses mains le visage de Jareth et le griffer de ses ongles peints en or. Sarah sentait encore la blessure laissée par ceux-ci sur son propre visage, cuisante. La douleur le ramena à lui et il ouvrit les yeux pour les darder sur la dame. Il tenta de lui adresser un regard menaçant et de se redresser mais elle se contenta de rire et caressa son visage avec amusement tout en l'expédiant à nouveau à terre d'une simple poussée du doigt.
-Te voilà à terre. Il y a bien longtemps que nous voulions voir cela.
-C'était inévitable, ajouta son compagnon en se levant à son tour. Espérait-tu pouvoir longtemps cacher ta déchéance ?
-Je suis certaine qu'il s'étonne d'avoir pu être vaincu et capturé si facilement, ajouta la dernière des trois en restant assise, le regard fixé sur Sarah. Il ignore peut être encore qu'il a été trahi.
Les yeux de Jareth se posèrent sur Sarah, fiévreux et suppliants. Son immobilité, son silence, corroboraient les accusation de la dame sans que Sarah le veuille. Elle n'avait jamais montré au roi des Gobelins assez d'affection ou de respect pour qu'il puisse la croire envers et contre toute preuve du contraire. Il devait pensé qu'elle l'avait vendu contre la liberté de Toby. Sarah préférait ne pas se demander si elle l'aurait fait si le marché lui avait été proposer. Ceux de la lande voulaient le détruire totalement et n'avaient que trop bien réalisé qu'elle était ici sa principale faiblesse. Sarah avait cru remporter la manche en refusant de participer à leurs jeux de pouvoir. Elle n'avait pas pensé qu'ils tricheraient avec moins de vergogne encore que Jareth et que son existence ou son opinion auraient si peu d'importance à leurs yeux. Elle s'était trop habituée à être placée sur un piédestal par le roi des Gobelins, oubliant à quel point son attirance l'avait rendu indulgent.
Le sourire de la première dame s'élargit. Ses narines frétillèrent, évoquant à Sarah un prédateur sentant le sang et s'apprêtant à fondre sur sa proie blessée.
-Ne veut-tu pas le lui demander par toi-même, Jareth ?
Entendre son nom proféré à voix haute manqua anéantir Jareth. Il roula au sol, les yeux révulsés, un hurlement silencieux coincé dans sa gorge. Sarah aurait volontiers hurlé son horreur et ne put que laisser couler ses larmes de honte sur son visage. C'était sa faute. Tout était entièrement sa faute. Si elle l'avait laissé venir chercher seul Toby, s'il avait du affronter ceux de la lande sans avoir à se soucier d'elle, si...
Non. Quoi qu'elle ressente pour lui, pitié, attraction ou autre, Sarah refusait de regretter sa venue. C'était à elle de s'occuper de son frère. Elle ne laisserait ce privilège et ce devoir à personne d'autre, quelles qu'en soient les conséquences.
-J'imagine que tu souffres le martyre Jareth, fit semblant de compatir le seigneur de la lande. Je ne puis qu'imaginer bien sûr, car pour ma part, je n'ai jamais été assez stupide pour laisser une vulgaire humaine se souvenir de mon nom. Bien sûr, ton arrogance à toujours été la seule chose qui puisse prétendre égaler cette même stupidité. Je suis impressionné.
-Ta souffrance peut prendre fin, Jareth, insista la dernière maîtresse de la lande. Tu n'as que quelques mots à dire. Abandonne ton royaume, confie le nous et nous t'accorderons une mort rapide.
Jareth émis un rire qui ressemblait davantage à un râle et réussit à se mettre sur un genou.
-Me mettre à terre, me battre, me fouetter, m'empoisonner et me poignarder est facile. D'autres y sont parvenus au fil des siècles en tâchant de me prendre le labyrinthe et la ville des Gobelins. Je n'ai pas contre jamais cédé contre une volonté qui ne soit aussi forte que la mienne. La votre est loin de valoir même celle du plus lâche de mes gobelins.
Un coup de fouet, apparut soudain dans la main de la seconde dame, balafra le visage de Jareth.
-À terre, chien, ordonna-t-elle d'une voix très douce. Celui qui a perdu un de ses deux royaumes n'a pas à se permettre ces insolences.
-Nous connaissons parfaitement les termes des traités qui vous lient à vos royaumes. Tant que vous possédez les deux, vous n'avez le droit d'en céder aucun. Mais ce n'est plus le cas, n'est-ce pas ?
Sarah était estomaquée. Elle avait bien compris que Jareth répugnait à affronter directement d'autres souverains du Sous Monde mais jamais elle n'avait imaginée que sa situation était aussi précaire. Il savait à quel point il se mettait en danger pour répondre au défi de ceux de la lande et il s'était servi d'elle pour assurer ses arrières. Au final, ils s'étaient bien utilisés l'un l'autre. Jareth avait peut être raison lorsqu'il disait qu'elle agissait avec la cruauté de sa race. Il fallait dire qu'elle avait appris à bonne école.
-Mes consœurs ont raison, approuva le seigneur. Il est de notoriété publique que tes gobelins ne t'obéissent plus et que la porte de ton château t'es fermée. Tu restes peut être maître du labyrinthe, mais tu n'as plus de peuple à gouverner, plus d'armées. Tu assiège ta propre ville en vain depuis des années. Cesses de te ridiculiser aux yeux de tes pairs et abandonne.
-Ou alors tu es trop imbu de toi même pour pouvoir le faire ? Pourtant, dans la mort, tu récupérera peut-être un peu d'honneur.
-Mes gobelins se sont peut être choisis un nouveau maître, mais le labyrinthe m'appartient toujours. Vous ne pourrez l'arracher même à mes doigts morts. Il luttera contre vous. Le labyrinthe ne peut être obtenu que par deux manières. La première est la force et vous êtes loin, à vous trois, d'avoir celle que j'avais quand je m'en suis emparé seul.
-Alors nous utiliserons la seconde, conclut le seigneur en haussant les épaules.
Jareth lui rit au nez. Il y avait dans ses yeux une étincelle nouvelle tandis que son regard allait de l'un à l'autre des maîtres de la lande en survolant seulement le visage figé de Sarah.
-Vous trois ne comprendrez jamais cette façon de conquérir, pas plus que moi. J'aurais du me méfier à la seconde où j'ai perdu l'allégeance d'un de mes sujets. Le temps que je m'en rende compte, tous m'avaient abandonné. Ils avaient décidé qu'ils préféraient une autre manière de régner à la mienne. Mais vous ne parviendrez pas à les conquérir de cette manière. Ce n'est tout simplement pas la façon de faire de notre race.
Il posa de manière plus appuyée son regard sur Sarah qui réalisa soudain ce qu'il disait. Elle avait toujours su, même à l'instant, que Jareth avait un plan. Elle réalisait maintenant les quelques indices qu'il avait laissé sur sa route, confiant sans doute en ses capacités à comprendre son plan. Quelle horreur il avait du ressentir en découvrant sa sois-disant trahison. Après leur conversation, il devait être persuadé que Sarah n'avait prononcé son nom qu'en apprenant de sa bouche ce qui lui en coûterait s'il était connu de ses ennemis. Et pourtant, même maintenant il risquait tout en pariant sur elle.
Dix minutes plus tôt, Sarah n'aurait jamais réussi à vaincre le sortilège qui la rendait muette et immobile. Comment une humaine aurait-elle pu échapper à la puissance des sortilèges de ces êtres ? Dès qu'elle avait compris qu'ils ne l'avaient reçu que pour l'utiliser pour pion, elle avait recommencé à douter de sa capacité à refuser l'emprise des règles du Sous Monde sur elle. Maintenant, elle savait qu'elle pouvait les affronter, même en se conformant à ses règles dont elle ignorait presque tout. N'était-elle pas souveraine, sa volonté égale à la leur ?
-Il ne peut vous donner le labyrinthe, déclara-t-elle d'une voix plus ferme qu'elle ne l'espérait. Il n'en a pas le droit.
Toute l'attention de ceux de la lande se focalisa sur elle. Leur mépris se lisait sur leur figure, tout comme la surprise qui se cachait en-dessous. Sarah décida de ne pas leur laisser le temps de se reprendre.
-Vous dites qu'il est à votre merci, mais vous vous trompez. Il est à la mienne. J'ai entendu votre peuple se moquer en disant qu'il rampait à mes pieds. Ils ont raison. Le maître du labyrinthe m'appartient, tout comme la ville des Gobelins, son château et son palais. Je les ai conquis et j'en suis la reine. Jareth m'appartiens et ne peut donner le labyrinthe sans ma permission. Je la lui refuse.
Elle avait pris grand soin à prononcer son nom d'une manière qui dévoile toute l'attirance, la crainte et le désir qu'elle renonçait envers lui, prononçant enfin son nom comme lui murmurait le sien.
Jareth trembla, mais pas de douleur cette fois.
-Es-tu sûre de toi Sarah ?
-Cela n'a aucune importance. Je comprend mes responsabilités et je les assume.
La seconde de la lande jaillit hors de son siège, prête à cracher une insulte ou un sort. Sa main droite était crispée sur son fouet, prête à l'attaque. Les deux autres de la lande s'emparèrent de Jareth, dardant des poignards acérés vers sa gorge et son ventre.
-Vous n'allez pas faire ça, leur déclara tranquillement Sarah. Le maître du labyrinthe n'est plus un homme à terre que vous pouvez rançonner. C'est un souverain en visite avec sa consort. Si vous attaquez aujourd'hui, cela se saura, tout comme il s'est su qu'il perdait de sa puissance. On ne vous le pardonnera pas, surtout si nous l'emportons aujourd'hui. C'est vers vous qu'ils se tourneront tous et sans pitié aucune pour montrer qu'ils n'étaient pas vos complices. Si même une mortelle comme moi, qui ne connais rien à la politique de vos cours, peut s'en rendre compte, c'est que c'est la conclusion inévitable. Êtes-vous prêts à prendre le risque ?
Un ensemble de regards noirs lui répondirent. Ils n'étaient pas prêts à abandonner le combat. Ils avaient misé trop gros et étaient trop ambitieux. Toujours à terre, Jareth fit signe qu'il voulait parler. S'arrachant au sort qui l'immobilisait sans problème, Sarah vint l'aider à se tenir debout.
-Ma compagne soulève quelques points intéressants. Je rappelle qu'elle peut également convoquer l'ost des gobelins et nous savons tous qu'ils sont plus féroces que vos sujets. Une bataille rangée vous amuserait-elle ?
-Prenez garde, menaça la première dame. Vous êtes peut être en mesure de répliquer désormais mais nous connaissons tout de même votre nom. Vos deux noms.
-Certes, répondit Jareth, mais vous allez vous forcer à oublier le mien pour éviter une guerre ouverte. Quand à Sarah... et bien, toute reine des Gobelins qu'elle soit, elle reste humaine et sa volonté est plus forte que la vôtre. Vous pouvez tenter de l'asservir à l'aide de son nom. Vous échouerez, encore et encore. Et si vous m'asservissez à l'aide du mien, c'est elle et ses armées que vous trouverez sur votre route. Par ailleurs, elle pourrait révéler à vos sujets comment les miens se sont libérés de leurs chaînes pour faire d'elle leur souveraine. Oubliez mon nom.
Entre ses doigts brisés, il fit apparaître une boule de cristal. L'effort que cela lui demanda manqua de le faire tomber à nouveau, mais le sort réussit et la boule s'envola pour flotter tour à tour devant les yeux de chacun de ses adversaires, laissant derrière elle un sillage multicolore. Aucun d'eux n'essaya de protester ou de contrer le sort. Ceux de la lande avaient été prêts à risquer une confrontation avec un Jareth affaibli. Une menace directe contre leur hégémonie sur leur propre cour était plus que ce qu'ils souhaitaient risquer. Les yeux pleins de rage et la nuque raide, ils s'inclinèrent.
-À votre guise, pour l'instant.
-Mais, maître du labyrinthe, réalise que tu nous trouveras encore et encore sur ta route.
-Ton nom est oublié. Les actes d'aujourd'hui ne le serons pas.
Le sourire arrogant et sanglant de Jareth était la seule réponse qu'il avait besoin de leur adresser. Sarah tâcha d'imiter sa posture.
-Maintenant que vos royales affaires sont résolues, ajouta-t-elle, reste à régler les miennes. Il est temps que vous me rendiez mon frère.
-En gage d'amitié, ajouta Jareth, son sourire se durcissant.
-Impossible, répondit la première dame tout en levant une main pour apaiser Sarah qui commençait déjà à protester. À peine nous étions nous emparés de lui qu'il nous était arraché par un gobelin et deux autres créatures. Vos sujets, j'imagine.
Sarah manqua de sauter de joie. Toute politique des cours oubliées, elle tourna ses pensées vers Hoggle, Ludo et Sir Didymus.
Le monde se mit à tourner.
Ce n'était pas la première fois que Sarah se déplaçait ou était déplacée par magie. Le processus avait par contre toujours été déplaisant. Par cette fois. Il avait semblé à Sarah glisser de manière naturelle d'un endroit à l'autre. D'une simple pensée, elle se tenait désormais au centre du labyrinthe, dans la salle du trône de Jareth, ou du moins, son ancienne salle du trône. Le maître du labyrinthe n'était visiblement pas le bienvenu. Dès que lui et Sarah apparurent, une vingtaine de gobelins armés jusqu'aux dents dardèrent leurs lances vers lui. Dans l'état où il était, ils l'auraient achevé sans souci.
Sarah le lâcha et le laissa glisser au sol. Toute son inquiétude pour lui s'était envolée, remplacée par un intense soulagement qui lui mit les larmes aux yeux. Derrière les gobelins en armes et d'autres qui faisaient maladroitement la révérence à Sarah, se tenait Ludo, assis au pied du trône. Assis sur ses épaules, Toby tournait avec concentration un œuf de poule entre ses doigts. Sarah courut vers lui et le souleva pour l'embrasser avec véhémence. L'enfant lui rendit brièvement son étreinte avant de se tortiller pour s'échapper. Sarah le reposa délicatement sur le sol et enlaça férocement Ludo.
-Merci de l'avoir sauvé et gardé en sécurité. Comment avez-vous fait ?
Hoggle et sir Didymus contournèrent le trône et s'inclinèrent, presque timidement.
-Ludo t'as entendu l'appeler et lui confier Toby, expliqua Hoggle. Nous nous sommes échappés et avons obéi à ta requête.
-La bataille fut rude pour s'emparer de votre brave jeune frère ma dame, ajouter sir Didymus en faisant une révérence. Le droit et la justice étant pour nous et puisque votre amitié était notre flambeau, nous les avons vaincu. Nous serions évidemment morts plutôt que de revenir sans lui.
Ludo et Hoggle hochèrent la tête avec conviction. Elle les étreignit à leur tour, incapable d'arrêter son flot de larmes. Elle se souvint de l'histoire qu'elle avait raconté à Toby avant sa disparition. Elle avait souhaité que son étrange petit frère ait des protecteurs comme les siens, rien de plus.
-Vous n'aviez pas à faire tout ça pour moi, réussit-elle à articuler entre deux sanglots. Vous avez déjà tant fait pour m'aider.
-Foutaises, ma dame. Nous sommes vos bons et loyaux sujets et nous répondrons le cœur joyeux à la moindre de vos demandes. Nul n'était besoin de nous donner un ordre pour que nous agissions. Si nous avions voulu des bras pour nous épauler, nous aurions croulé sous les volontaires.
Chaque gobelin présent autour d'eux approuva d'un hochement de tête. Sarah était soudain forcée de réaliser la responsabilité qu'elle avait accepté en clamant pour elle son titre. Elle était reine désormais. Elle avait un peuple, un royaume, dont elle ignorait presque tout. Cette seule idée l'aurait submergée si l'euphorie d'avoir retrouvé Tedy n'avait pas continué à la submerger. Elle tacha de sourire à la petite foule qui peuplait la salle du trône, intimidée par l'espoir et l'admiration qu'elle lisait dans leurs yeux.
-Si l'autre nous avait donné un tel ordre, nous aurions obéi par contrainte, ajouta Hoggle. Il n'en est pas de même pour toi. Tu es la reine que nous nous sommes choisis. Maintenant dis-nous ce que nous devons faire de lui ?
La voix d'Hoggle trahissait sa colère envers Jareth tandis qu'il le désignait.
-Il est mon invité pour l'heure, déclara Sarah. Pouvez-vous le faire soigner et lui trouver un lit ?
-Si tu le veux, nous obéirons, mais ce sera sans joie cette fois. Beaucoup ici souhaiteraient qu'il continue à souffrir.
Encore une fois, les gobelins approuvèrent du chef ou d'un grognement colérique. Pourtant, tous se mirent au travail, se positionnant pour soulever l'homme inconscient. Ils s'arrangèrent en ricanant pour que son crâne heurte le sol à plusieurs reprises. Sarah ne les rappela pas à l'ordre. À ses yeux, ils avaient assez souffert sous son règne pour se permettre cette petite mesquinerie. Rassurée en ce qui concernait la survie de Jareth, elle reporta toute son attention vers Toby et son royaume. Elle avait du pain sur la planche.
Trois jours passèrent, ou du moins, le soleil se leva et se coucha trois fois. Les journées étaient d'une durée très inégale et Sarah craignait parfois d'apprendre combien de temps s'était écoulé dans le monde normal. Hoggle lui certifiait qu'elle n'avait rien à craindre et qu'il ne se serait écoulé que le temps qu'elle souhaitait.
Hoggle lui était d'un secours inestimable ces derniers jours. Il était toujours présent quand elle avait besoin de lui, à ses côtés ou caché derrière son trône à lui murmurer des conseils tandis que Sarah prenait l'air régalien. Elle avait reçu des ambassadeurs venus de cours lointaines ou rivales, réglé des différents entre gobelins et établi des stratégies avec ses conseillers. Elle n'en revenait toujours pas d'être reine, même avec les explications d'Hoggle.
Cela s'était fait naturellement, selon lui. La défaite de Jareth avait retenti comme un coup de foudre. Chaque gobelin le craignait et avait été ravi de le savoir publiquement rabaissé. Les récits d'Hoggle et de sir Didymus avaient renforcé l'aura de Sarah auprès de ces sujets désabusés. En quelques mois, ils s'étaient mis à l'aimer en apprenant de ses amis qu'elle était douce, aimante, courageuse, que bien qu'humaine, elle considérait les gobelins et les autres habitants du labyrinthe et de la ville comme ses amis. Tous s'étaient dit qu'ils auraient aimé l'avoir comme reine, elle qui, comme leurs sœurs, leurs frères, leurs pères, leurs mères, avait abandonné son frère, mais qui s'était battue pour lui et l'avait regagné. Un matin, alors qu'Hoggle, sir Didymus et Ludo étaient déjà les prisonniers de Jareth, condamnés pour sédition et trahison à la prison à vie dans les pires geôles du labyrinthe, les gobelins s'étaient réveillés et avaient senti le lien de fidélité qui les liait de gré ou de force à Jareth se dissoudre, remplacé par un autre, bien plus doux, envers Sarah elle-même. Ils avaient oublié son nom et ne se sentaient plus obligés de lui obéir. Jusque-là, tous ignoraient qu'ils pouvaient se choisir un souverain. Sarah se demandait si leur parler du concept d'élection était une bonne ou mauvaise idée. Dès leur changement d'allégeance, les gobelins avaient refusé d'obéir à Jareth et la ville lui avait fermé ses portes dès qu'il avait posé un pied hors de ses murs pour inspecter le labyrinthe. Le roi déchu assiégeait depuis la ville à l'aide de toutes les armes et de toutes les armées que pouvait lui offrir le labyrinthe. Il avaient essuyé de rudes assauts et subi de lourdes pertes, mais avaient toujours tenu bon.
Avec honte, Sarah avait réalisé qu'elle aurait pu venir les aider depuis des années. Il lui aurait suffi le souhaiter suffisamment fort pour qu'un gobelin puisse échapper au blocus et venir lui apporter des nouvelles. Comme elle avait au contraire rejeté tout ce qui venait du labyrinthe, même, sans le réaliser, Hoggle, Ludo et sir Didymus, ils étaient restés coincés à l'intérieur de la ville, subissant le blocus de Jareth sans pouvoir le vaincre car leur reine n'était pas avec eux. Ses amis les plus chers n'avaient pas répondu à ses appels à cause de la magie de Jareth qui les avait gardé emprisonné, jusqu'au jour où la volonté de Sarah avait été plus forte que la sienne et où ils avaient pris la décision de protéger son frère. Selon eux, elle désirait si fort que son frère soit sauf qu'ils avaient entendu sa pensée. D'un commun accord, ils avaient choisi de réaliser son souhait plutôt que de répondre à leur appel.
À l'intérieur des limites de la ville, le pouvoir de Sarah était donc incontesté et les gobelins la traitaient avec respect et admiration. Quand à Sarah, elle tâchait de leur adresser la parole avec gentillesse et essayait de toujours se souvenir qu'ils avaient été des enfants humains lorsqu'elle était atterrée par leur comportement puéril ou leur sauvagerie. Hoggle soupirait régulièrement en disant qu'ils étaient trop habitués aux ordres et à la violence de Jareth et qu'ils peinaient à comprendre sa manière de faire. Leurs caprices n'étaient que la marque de leur incompréhension. Toby se débrouillait presque mieux avec eux que Sarah. Lui qui avait toujours eu horreur du bruit riait toujours en les voyant et savait toujours les pousser dans la bonne direction quand ils ne savaient pas sur quel pied danser face à un ordre de Sarah qui ressemblait un peu trop à une prière.
Aussi étrange que cela paraisse, il était heureux ici. Tandis que Sarah donnait des ordres, il se tenait au pied de son trône et dessinait avec application des têtes de gobelins à la craie sur le sol. De temps en temps, il hochait la tête pour montrer son accord avec un des conseillers gobelins, avec une expression sérieuse qui donnait toujours envie de rire à Sarah. Par moment, l'idée de le ramener à Londres ou en Amérique la peinait. Elle refusait de douter de l'amour de ses parents pour lui, même lorsqu'ils réalisaient que leurs soupçons étaient fondés, mais il s'épanouissait parmi les gobelins qui le suivaient avec fascination. Lui-même ne semblait pas impatient de rentrer. Il ne tempêtait plus comme il l'avait fait à l'hôtel mais riait et courrait joyeusement quand il n'était pas d'humeur réservée et contemplative. Les seules colères qu'il piquait avaient lieu quand on osait déplacer ses craies au pied du trône ou lorsqu'on bougeait Lancelot. Depuis que Sarah lui avait confié en l'embrassant que la peluche l'avait aidé à lui donner confiance pour qu'elle le retrouve, Toby l'avait placé sur le trône et nul n'avait le droit de contester sa place. Seule Sarah trouvait grâce à ses yeux et pouvait le placer sur ses genoux pendant qu'elle accueillait ses visiteurs. Elle se prêtait au jeu avec complaisance, trop soulagée d'avoir retrouvé Toby. Elle aurait cédé à tous ses caprices.
En quelques jours, une routine s'était installée et Sarah rechignait à l'idée de la détruire. Elle le devait pourtant.
Le réveil de Jareth fut presque un soulagement dans ces conditions. Sarah l'appris alors qu'elle se tenait dans la salle du trône avec ses conseillers et tâchait de déterminer la meilleure façon à une tentative des vignes du labyrinthe de forcer la porte ouest. La reine arrêta immédiatement la réunion, le cœur battant.
-Surveille Toby, demanda-t-elle à Ludo qui hocha la tête avec un grand sourire. Je ne veux pas que le maître du Labyrinthe lui mette la main dessus.
Elle ne craignait plus Jareth comme auparavant, mais cela n'empêchait pas la prudence. Une fois seule, Sarah vérifia sa tenue et sa coiffure, pas par coquetterie, mais parce qu'elle était de plus en plus consciente de l'importance de l'apparence dans les luttes de pouvoir du Sous Monde. Une fois certaine d'avoir l'air impérieux de la reine qu'elle était censée être, Sarah rejoignit les quartiers des invités où Jareth était soigné et férocement gardé par son ancien peuple.
Ouvrant la porte de sa chambre, Sarah songea qu'elle s'apparentait plus à une oubliette qu'à une chambre de malade. Seul un très maigre rayon de soleil éclairait la pièce et son occupant, provenant d'une meurtrière étroite à l'angle de la pièce. Cette faible lumière aggravait le teint pâle de Jareth. Sans entrer, Sarah constata sa maigreur et les poches sous ses yeux.
-Ne me regarde pas ainsi Sarah, dit-il en ouvrant les yeux et en l'invitant à entrer dans la pièce.
Presque malgré elle, mais bien consciente des désirs qui la poussaient, Sarah obéit. Il la regarda faire en admirant sa robe.
-Je suis contente de vous voir en meilleure forme, avoua Sarah. Je m'étais fait un sang d'encre ces derniers jours.
-Nul n'est plus soulagé que moi. À deux ou trois moments, je n'aurais pas donné cher de ma peau et de la tienne. Mais regarde où nous en sommes ? N'ai-je pas toujours dit que je ferais de toi mon égale ?
-N'exagérez rien. Ce sont les gobelins qui ont décidé de s'en remettre à moi plutôt qu'à vous. Mes gobelins qui ont décidé d'eux-même de libérer Toby. Dans toute cette histoire, je ne vous doit rien.
Jareth leva un sourcil devant ce qu'il voyait comme une exagération, mais ne releva pas. Sarah lui sourit et poursuivit.
-Malgré tout, je vous suis reconnaissante d'avoir bien voulu m'accompagner et me guider dans les landes. Sans vous, je n'aurait peut-être pas survécu et nous savons tous deux que vous avez fait bien plus que ce que j'étais en droit d'attendre de vous. Pour tout cela, merci.
Il était visiblement étonné de la voir prête à reconnaître sa dette et Sarah leva le menton d'un geste qu'elle espérait de défi. Finalement, il sourit.
-Tu ne devrais pas remercier si facilement tes rivaux. N'as tu pas réalisé que mes forces assiègent ton petit royaume ? Tu peux diriger tes pitoyables gobelins autant que tu veux Sarah. Sans moi pour t'épauler, ton royaume est le plus faible de tous.
-Qu'il le reste. Je ne resterais leur reine que pour les protéger. Je ne vous rendrais pas votre royaume.
Avec une force inattendue, Jareth jaillit du lit et plaqua Sarah contre le mur de pierre. Elle refusa de se crisper ou de se fondre dans son étreinte, se contentant de le défier du regard. Avec un sourire de prédateur, Jareth la déshabilla du regard et posa sa main non bandée dans le creux de ses hanches.
-Va tu crier pour qu'on vienne te défendre ?, souffla-t-il dans son cou.
-Pourquoi faire alors que je pourrais vous mettre à terre d'une simple poussée ?
-Tu sous-estime ma force. Je pourrais te faire crier mon nom de plaisir, encore et encore jusqu'à ce que tu demande grâce.
-Et vous sous-estimez votre état, de même que vous oubliez que je ne suis plus une pitoyable petite humaine apeurée comme vous aimez les terroriser. Vous répétez que je suis votre égale, pourtant vous détestez que ce soit véritablement le cas. Vous ne pourrez jamais plus me dominer.
Frustré et furieux, le maître du labyrinthe se détourna et tapa du pied dans la paille qui tapissait le sol de la pièce. Sarah s'avança vers lui, maîtresse d'elle-même. Elle maîtrisait ses désirs et ses peurs désormais. Poussant son avantage, elle poursuivit.
-Mon royaume est aussi grand que le vôtre désormais mais avons-nous besoin de nous défier ? Le labyrinthe et la ville des Gobelins ont toujours fonctionné de concert. Je souhaite que ce soit toujours le cas. Il est de mon devoir désormais de prendre les enfants offerts à la reine des Gobelins. Il faut cependant toujours présenter une épreuve à ceux qui souhaitent les récupérer. Je veux que ce soit toujours le labyrinthe et vous qui vous en chargiez. Collaborons, voulez-vous ?
Jareth la regarda avec étonnement, puis son sourire s'élargit.
-Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'ils n'atteignent jamais les limites de ton domaine.
-Et je tricherai avec véhémence pour aider les plus méritants, rétorqua Sarah.
Le rire joyeux de Jareth résonna dans toute la pièce et Sarah lui rendit son sourire. Elle avait tout prévu. Comprendre son nouveau rôle était une chose. Il était par contre hors de question qu'elle règne comme l'avait fait Jareth. Elle enlèverait les enfants mais les rendrait à tous ceux qui étaient sincères dans leur regret et près à changer leurs façons de faire. Quand aux enfants capturés, elle leur laisserait le choix de devenir gobelin ou de rester humains. Ils ne quitteraient pas les limites de la ville, mais ce serait toujours mieux que l'absence de choix imposée par Jareth. Ses conseillers répétaient encore et encore que ce serait mal vu dans tout le Sous Monde. Sarah n'en avait cure. Elle se montrerait implacable dans ses relations avec ses voisins et dans son traitement de ceux dont le repentir n'étaient pas sincère. Nul ne la prendrait pour une faible et surtout pas Jareth.
-Je pense pouvoir collaborer, pour l'instant, finit par dire Jareth une fois qu'il eut cessé de rire. Je vais donner l'ordre au labyrinthe de cesser le siège de la ville.
-Je vous en suis reconnaissante.
-Mais prend garde Sarah. Tant que tu ne m'auras pas donné tout ce que je désire, je reste ton adversaire. Le siège terminé, je pourrais tout de même décider régulièrement de tester tes défenses et celles de ton domaine.
-Faites-le tant que le cœur vous en dit. Vous découvrirez nos défenses solides et notre place force imprenable. Ma volonté, après tout, est aussi forte que la votre, Jareth.
L'entendre prononcer son nom amena un nouveau sourire aux lèvres de Jareth, mais celui-ci se dissipa vite. Il échangea avec Sarah un nouveau regard qui s'éternisa dans un silence pesant. Ils ne pouvaient plus nier où ils se tenaient l'un par rapport à l'autre. Leur désir était palpable et Sarah n'essayait plus de nier le sien. Cependant, ils étaient aussi deux souverains, chacun avec des ambitions et des objectifs différents. S'ils n'étaient pas rivaux, ils n'étaient pas non plus alliés. Ce qu'ils désiraient tous deux perdait toute importance face à cette réalité. Ils finirent l'un et l'autre par détourner tristement leur regard sur autre chose.
-Vous êtes libre de partir dès que votre état le permettra, finit par dire Sarah. Vous n'êtes pas prisonnier ici et votre royaume vous attends.
Jareth hocha la tête mais ne fit pas un pas vers la porte. Sans grande conviction, il tendit une main vers Sarah avant de se reprendre. Finalement, il disparut. Sarah resta seule à regarder l'espace où il était l'instant d'avant. Quelques jours auparavant, elle aurait été soulagée de le voir disparaître. Désormais, elle se languissait de sa présence après quelques secondes d'absence. Il était cependant inutile de pleurer là-dessus. Elle le reverrait bien des fois au cours des mois et des années à venir, lorsque leurs devoirs respectifs les y forceraient. Il était par contre peu probable qu'ils en éprouvent de la joie. Il y aurait toujours quelque chose pour se mettre entre eux maintenant. Sarah avait rêvé d'être son égale. L'être enfin avait un goût amer.
Presque à contrecœur, elle finit par quitter la pièce, non sans lui jeter un dernier regard et espéré irrationnellement qu'il revienne et qu'il la prenne dans ses bras pour lui donner l'absolu qu'il lui promettait depuis si longtemps. Sarah pouvait pleurer sur cette déception, mais la reine des Gobelins ne pouvait se le permettre. Elle devait prouver qu'elle pouvait conduire son royaume convenablement, à elle-même, à Toby, à son peuple et à lui. Elle devait apprendre à sourire et menacer, à diriger et tout un peuple de gobelins à protéger. Il lui fallait trouver un moyen de conjuguer sa vie ici et sa vie là-bas. Peut-être devrait-elle abandonner ses recherches qui lui semblaient bien vaines désormais, mais elle allait rendre Toby à ses parents et il était hors de question qu'elle ne puisse pas être auprès de lui pour le voir grandir et veiller à son bonheur. Charger un gobelins de veiller à sa sécurité et de le ramener en sécurité au palais s'il manquait d'amour ou d'acceptation ne serait pas suffisant.
Sarah, la reine des Gobelins, ferma la porte et retourna à ses devoirs. Il serait toujours temps de se battre pour que son cœur obtienne ce qu'il désire plus tard.
