Merci à Lereniel, Aschen et Kanli pour leurs reviews. Et merci à MlleAria pour avoir mis ma fic en Alert.

DISCLAIMER : Le Hobbit ne m'appartient pas, tout est à Tolkien sauf le personnage Moïra, elle est sortie tout droit de mon imagination.


Chapitre 4 :

Un nouveau nom

Assise sur le balcon de la chambre, Moïra regardait l'horizon. Elle s'était réveillée ce matin dans son lit. Il lui avait fallu une minute pour se souvenir d'où elle était et ce qui lui était arrivé.

Ce n'était donc pas un rêve. Elle était dans un autre monde, et elle n'était plus humaine. Qu'allait-elle devenir ? Existait-il un moyen pour qu'elle rentre chez elle ? Comment était-elle arrivée ici, de toute façon ?

Elle regarda ses mains avec tristesse. Sa peau était pâle, plus que de coutume. Et ses cheveux blancs… Quand bien même elle parviendrait à rentrer chez elle, ses parents la reconnaitraient-ils ? Sa mère, oui, elle en était sûre ! Mais son père… Et Clara ? Qu'était devenue sa petite sœur ?

Elle fut tirée de ses sombres interrogations par l'arrivée d'une elfe dans sa chambre. Elle la reconnut, c'était la guérisseuse qui était venue lui apporter à manger hier en fin d'après-midi.

« Le seigneur Elrond m'envoie vous aider à vous préparer pour le petit-déjeuner. »

Moïra acquiesça en silence et suivit l'elfe à travers la pièce jusqu'à une porte menant à une salle de bains très jolie. Les murs étaient peints en bleu avec des motifs de poissons, de nénuphars et de grenouilles. Une grande baignoire taillée dans la pierre était remplie d'eau chaude. Des statues d'elfes caressant des grues étaient disposées de chaque côté.

Une fois seule dans la salle de bains, Moïra ôta sa chemise de nuit puis entra dans l'eau. Elle sentit la chaleur détendre ses muscles. Soulagée, elle ferma les yeux. Mais elle sentit bientôt la vapeur disparaître. L'eau se fit moins chaude. Avec un soupir, la jeune fille saisit un savon posée sur le rebord de la baignoire puis commença à se laver. Une fois propre, elle sortit de l'eau et s'enveloppa dans une grande serviette.

Elle sortit de la chambre et vit que son lit avait été fait. L'elfe était en train de poser une robe et des souliers dessus. La robe était d'un beau bleu qui s'accordait avec la couleur de ses yeux. Les souliers étaient d'une couleur plus claire, et brodés de fils d'argent.

Une fois habillée, l'elfe lui proposa de tresser ses cheveux. Un peu gênée d'être servie ainsi comme une princesse, Moïra se laissa faire malgré tout. L'elfe lui brossa les cheveux puis prit deux mèches de cheveux qu'elle noua en anneau derrière sa tête, retenant ainsi sa chevelure.

Une fois prête, Moïra se leva et suivit l'elfe hors des maisons de guérison. Elles traversèrent un jardin jusqu'à atteindre un escalier qu'elles grimpèrent pour accéder à la demeure du seigneur Elrond.

L'elfe la fit traverser des couloirs et un escalier avant d'arriver sur une terrasse où se trouvait une table apprêtée pour manger. Elrond et ses fils étaient déjà là, en train de discuter. En la voyant, ils se levèrent et la saluèrent. Moïra rougit. Apparemment, les gens étaient plutôt galants dans ce monde.

Une fois installée, la jeune fille tendit la main vers le saladier pour prendre un fruit, quand elle se souvint de l'épisode d'hier, avec les feuilles de salade. Elle lança un regard à Elrond. Ce dernier avait déjà compris pourquoi elle avait arrêté son geste et lui fit signe d'un léger signe de tête. Les jumeaux ne comprenaient rien à leur échange, mais ne dirent rien. Moïra poussa un soupir, puis posa doucement les doigts sur une pomme. Une fine couche de givre se forma aussitôt autour de ses doigts. Les fils d'Elrond écarquillèrent les yeux.

Moïra ferma les yeux, rappelant à elle l'image de sa sœur cadette. La glace formée sur la pomme fondit aussitôt. Avec un air concentré, la jeune fille la prit dans ses mains et commença à manger.

« Comment avez-vous fait ça ? » demanda Elladan.

« Je ne sais pas. C'est comme ça depuis hier », dit la jeune fille en baissant la tête, l'air embarrassé.

Elladan voulut enchaîner avec une autre question, mais il croisa le regard sévère de son père et se tut. Juste à ce moment, Lindir arriva avec un enfant. Moïra se tourna pour dévisager les nouveaux venus. En voyant le petit garçon, elle fut surprise de constater qu'il était humain : ses oreilles étaient rondes. Mais il portait des habits elfiques, comme Elrond et ses fils. Il était brun, avec des yeux bleu-gris et devait avoir environ huit ans.

« Bonjour, Estel », lui dit Elrond.

« Bonjour, Ada ! »

Il se tourna vers les jumeaux, quand son regard intercepta celui de Moïra. Cette dernière le fixait toujours avec curiosité.

« Bonjour ! T'es qui ? » demanda l'enfant.

« Moïra », dit la jeune fille, incapable d'en dire plus.

L'enfant s'approcha et la regarda avec attention, ses yeux s'arrêtant sur ses oreilles rondes comme les siennes.

« T'es pas une elfe. T'es une humaine, comme Naneth… »

« Naneth ? »

« Ma mère. »

L'enfant salua ensuite les jumeaux qui lui répondirent chaleureusement, puis alla s'assoir à côté d'eux. Le petit-déjeuner s'écoula un peu plus joyeusement, les jumeaux et Elrond parlant avec Estel de leurs projets respectifs pour la journée, quand Estel se tourna vers Moïra.

« Et toi ? Tu vas faire quoi, aujourd'hui ? »

Moïra hésita, mais Elrond répondit pour elle : « Moïra devra suivre des leçons avec moi, Estel. Je dois lui enseigner certaines choses. »

« Quelles choses ? »

« Des trucs d'adultes », dit Moïra.

Estel prit une moue boudeuse puis continua son petit-déjeuner. Une fois que tout le monde eut fini, les jumeaux et Estel quittèrent la pièce. Elrond se leva en demandant à Moïra de le suivre, ce qu'elle fit.

Ils prirent un couloir puis un escalier descendant qui les conduisit jusqu'à un jardin. Une fontaine trônait en son centre, laissant de l'eau tomber en cascade dans son bassin.

Elrond s'assit sur le rebord et fit signe à Moïra de le rejoindre.

« Comment vous sentez-vous ? » demanda-t-il.

« Mieux. J'ai réussi à manger un peu plus qu'hier », dit la jeune fille.

« Comme je l'ai dit à Estel, je vais vous faire de mon mieux pour vous aider à maîtriser ce pouvoir. Mais auparavant, j'aimerais vous poser quelques questions. »

Ça y est ! J'aurais dû m'en douter, pensa Moïra.

« Vous m'avez dit que vous aviez été enlevée avec votre sœur, mais où exactement ? D'où venez-vous ? »

Moïra serra les poings. Que pouvait-elle lui dire ? La vérité ? Ou inventer quelque chose ? Mais elle ne connaissait pas la géographie de ce monde ! Elle regarda Elrond. Elle ne le connaissait que depuis quelques heures et pourtant, elle sentait qu'elle pouvait lui faire confiance. Il avait été le premier à découvrir son mystérieux pouvoir et à l'aider.

« Je veux bien vous le dire, mais… J'ai peur que vous ne me croyiez pas ou que vous me preniez pour une folle ! » dit la jeune fille.

Elrond hocha la tête en silence, attendant qu'elle poursuivre. Moïra prit une profonde inspiration, puis elle dit : « Je viens d'un autre monde. Ce monde s'appelle la Terre, ou la Planète Bleue. Là-bas, il n'y a pas de magie, ni d'elfes ni d'orques ou de dragon ! »

La jeune fille attendit une quelconque réaction de l'elfe, qu'il prenne l'air incrédule ou offensé à l'idée qu'elle lui raconte des mensonges. Mais à part un léger haussement de sourcils et un regard plus pénétrant, il ne fit rien.

« Je vous crois », finit-il par dire.

« Hein ?! Vous me croyez…? »

« Je peux lire dans le cœur des gens. Ce que vous dites est assez dur à croire, mais cela expliquerait certaines choses, à commencer par le fait que vous soyez en vie après avoir bu du sang de dragon. Une fille des Hommes de ce monde n'aurait pas survécu. Et vos… manières détonnent de celles des dames de la Terre du Milieu. »

« Ah bon… Une minute ! Mes manières ? Qu'est-ce qu'elles ont mes manières ?! »

Elrond détourna la tête, amusé par sa réaction. Malgré son côté timide, Moïra avait une manière de regarder les gens et de se comporter qui était très spontanée. Rien que sa réaction à ses dernières paroles le démontrait. Il sentait qu'elle allait bien s'entendre avec les jumeaux.

« Bien. Si je vous ai amenée ici, c'est aussi pour que vous vous entraîniez à maîtriser votre pouvoir. J'aurais aimé que le magicien Mithrandir soit là, mais le temps joue contre nous. Vous devez apprendre à contrôler votre magie. Et ce bassin va nous y aider. »

Il se leva. Moïra l'imita.

« Je veux que vous vous entraîniez à geler et dégeler l'eau jusqu'à ce que vous puissiez parfaitement contrôler votre pouvoir. »

La jeune fille réprima une petite moue désabusée, puis tendit un doigt vers l'eau. Celle-ci ne tarda pas à refroidir. Mais il ne se passa rien de plus. Moïra fronça des sourcils, puis plongea toute la main dans l'eau. Rien ne se passa. Énervée, elle allait y plonger le bras quand elle sentit l'eau commencer à se solidifier autour de son poignet. Bientôt, la fontaine entière fut recouverte d'une épaisse couche de glace.

« Bien. Maintenant, ramenez l'eau à son état liquide », dit Elrond.

« Comment ? »

« Absorbez le froid que vous avez créé. Reprenez-le. »

Moïra hésita, elle ne voyait pas comment faire. Pourtant, elle se retint d'en parler et essaya de faire ce qu'il lui disait. Elle se concentra sur la glace autour de sa main, essayant de ressentir le froid. Puis elle inspira et ferma les yeux.

Rentre en moi. Allez, reviens, pensa la jeune fille.

Elle sentit alors nettement quelque chose bouger dans la glace. Elle sursauta, puis reprit sa concentration. Elrond avait raison, elle ressentait le froid, comme si c'était une sorte d'énergie vitale qui faisait partie d'elle. La glace se mit à fondre par petites gouttes, puis la fontaine finit par revenir à la normale.

Moïra sentit soudain ses jambes trembler. Elrond la rattrapa avant qu'elle tombe et l'aida à s'assoir sur le rebord du bassin.

« C'était… dingue ! » dit la jeune fille, en épongeant son front en sueur.

« Cela suffira pour aujourd'hui. Je dois m'atteler à d'autres tâches. Vous retrouverez votre chemin ? » demanda le seigneur en se levant.

« Oui, merci », dit la jeune fille.

Souriant, le seigneur la salua puis prit congé. Moïra resta un instant au bord de la fontaine, puis elle se leva et décida d'explorer Fondcombe. Elle prit l'escalier puis traversa le couloir quand elle vit Estel arriver à l'autre bout.

« Ah, Moïra ! T'as déjà fini tes leçons avec Ada ? »

« Ada ? »

« Mon père ! »

Son père ? Elrond serait son père ? Bizarre, cet enfant ne lui ressemblait pas beaucoup, en plus il était physiquement humain. Bah, après tout, ce n'était pas vraiment ses affaires !

« Oui, j'ai fini pour aujourd'hui. Et toi ? »

« Moi aussi ! Tu fais quoi, là ? » dit l'enfant.

« Je vais me promener, j'ai envie de visiter Fondcombe. »

« Oh ! Tu veux que je te fasse la visite ? Je connais bien la cité ! »

« D'accord. »

Souriant, l'enfant lui prit la main et la guida à l'extérieur de la demeure. Ils se mirent en marche à travers les rues de la cité. Fondcombe était une vraie merveille, Moïra ne se lassait pas de regarder autour d'elle. Les elfes allaient et venaient, certains s'arrêtèrent même pour la regarder. La jeune fille détourna le regard, troublée d'être le point d'attention de ces êtres si parfaits, d'une beauté incroyable ! Il n'y avait donc pas de personnes âgées dans cette cité ?

Elle sourit en voyant qu'Estel prenait son rôle de guide très au sérieux. Ils s'arrêtèrent devant une fontaine et là, Estel plongea ses mains dans l'eau pour s'asperger le visage. Moïra voulut l'imiter, mais l'eau se gela dans ses mains.

« Wouah ! Comment tu fais ? » demanda Estel.

Avec un soupir, Moïra ferma les yeux et se concentra. L'eau reprit bientôt son état liquide. Elle put alors la boire.

« Je suis comme ça depuis quelques jours, c'est tout », dit la jeune fille.

« Tu pourrais m'apprendre ? »

Moïra regarda l'enfant avec surprise. Il ne semblait nullement effrayé ou dégoûté d'elle. Avec un sourire, la jeune fille lui dit que non, elle ne pourrait pas. Elle seule pouvait faire ça. Estel fit une moue déçue, puis lui tendit la main. Ils reprirent ensemble leur visite.

Ils finirent par revenir dans les jardins de la demeure d'Elrond. Là, ils virent qu'Elrond les y attendait.

« Ah, Estel, Moïra ! Je vous cherchais. »

« Je faisais visiter la cité à Moïra, Ada. »

« C'est bien, Estel. Moïra, j'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit, et je pense que vous devriez suivre des leçons avec Estel. »

« Des leçons ? »

« Oui : géographie, histoire et cours d'elfique. »

Moïra échangea un regard surpris avec Estel.

« Vous commencerez demain, tous les deux. Et je pense également que vous devriez changer de nom, Moïra. »

La jeune fille écarquilla les yeux.

« Pourquoi ? »

« Parce que, le jour où vous quitterez Fondcombe, si jamais cela arrive, et je pense bien que cela se produira, vous devrez mettre toutes les chances de votre côté pour… passer inaperçu », dit Elrond en jetant un regard à Estel.

Moïra comprit qu'il ne voulait pas parler en détail de l'enlèvement et de la torture que les Orques lui avaient infligée, pas devant Estel.

« Ah… Et je devrais porter quel nom, alors ? » demanda tristement la jeune fille.

Elrond fit silence un instant, réfléchissant, quand Estel prit la parole.

« Niphredil. »

« Quoi ? » dit Moïra, surprise.

« Niphredil ! C'est joli, non ? Ada, vous vous souvenez des leçons que vous m'avez données au sujet des plantes ? Vous m'avez parlé de cette fleur qui pousse à Doriath et en Lothlórien, elle pousse même en hiver ! On pourrait appeler Moïra comme ça ? »

Elrond interrogea la jeune fille du regard. Celle-ci haussa des épaules. Niphredil… Après tout, pourquoi pas ?

« D'accord », dit-elle.

« Youpi ! Bon, tu viens, Niphredil ? » dit Estel en tirant sur sa main.

« Où ça ? »

« On va se préparer pour le dîner ! »

Levant les yeux au ciel, la jeune fille le laissa la mener à l'intérieur de la demeure, sous le regard amusé du seigneur Elrond.


Et voilà ! Alors, qu'en pensez-vous ? Niphredil vous plaît comme nom ? La légende dit que cette fleur poussa pour la première fois en Doriath lors de la naissance de la dame Luthièn.

Je l'ai trouvé dans un dictionnaire sur le Sindarin. La niphredil est en effet une petite fleur blanche, un peu comme le perce-neige, et son nom signifie "petite pâle" en sindarin, ce qui correspond assez à notre héroïne, je trouve.

À partir du chapitre suivant, l'héroïne s'appellera ainsi, je n'utiliserai plus le prénom Moïra.