Merci à Merlin Potter, Merlin Serpentard et YAMIA pour vos reviews. J'espère que la suite vous plaira.


Chapitre 4 : 1944, un directeur récalcitrant

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Hermione tirait sa lourde valise derrière elle, celle-ci vibrant au rythme de ses pas le long de la rue pavée. N'ayant avancé que d'une centaine de mètre, elle regrettait déjà les diligences attelées qui n'arriveraient à Pré-au-Lard que bien plus tard dans la soirée.

Malgré la précarité de sa situation, Hermione était enchantée de retourner à Poudlard. Cela faisait presqu'un an qu'elle avait déserté le château, et tout lui manquait, des fauteuils moelleux de la salle commune des Gryffondor jusqu'à l'atmosphère si particulière des salles de classe, en passant par les visites à Hagrid, les matchs de Quidditch, et tant d'autres choses. Tant de souvenirs, réminiscences d'une époque révolue. Terminée.

Hermione pleura. Petites gouttes translucides tombant doucement sur son visage fatigué, telles des cris de souffrance silencieux. Sur son passage, des mères de famille aux allures de madones regardaient couler ses larmes avec tristesse, des sorciers d'affaires aux robes ajustées lui jetaient des regards peinés. Comme tous ces gens qui l'entouraient, elle se savait victime d'une guerre qu'elle n'avait pas choisie. Mais à la différence de tant d'innocents, Hermione savait comment lutter. Elle était de ceux qui pouvaient détruire à jamais Voldemort. Alors pour cette raison, elle se battrait. Elle se battrait jusqu'à la fin. La vie avait enseigné à Hermione au moins une chose : la liberté n'a pas de prix, mais elle s'achète.

La jeune femme s'autorisa un dernier moment de faiblesse. Une fois au château, elle devrait oublier son passé pour ne se concentrer que sur le but de son voyage, les informations sur Voldemort. Et, face à Tom Jedusor, aucun moment de faiblesse ne lui serait accordé. Mais à Poudlard, Hermione n'y était pas encore. Elle se laissa envahir par les images de jours passés, heureux, et si lointains. Elle eut l'impression de respirer à nouveau l'odeur du parchemin, de l'herbe fraîchement coupée, son odeur… Odeurs dignes d'un chaudron d'Amortentia, odeurs de bonheur. Elle pensa à Harry, et à Ron. Ron… Ses entrailles se nouèrent, elle n'était pas sûre de les revoir un jour.

Le chemin jusqu'à l'école de sorcellerie fut pénible pour Hermione, tant mentalement que physiquement. Des perles de sueur roulaient le long de son dos, adhérant désagréablement à sa robe de sorcier. Pour rendre le trajet encore plus pénible, un point de côté lui cisaillait les côtes, rendant chaque inspiration douloureuse.

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Il fallut une demi-heure à Hermione pour enfin apercevoir les deux piliers massifs surmontés de sangliers ailés qui gardaient l'entrée du château et, lorsqu'elle s'approcha davantage, elle se retrouva face à l'immense portail de fer forgé, fermé. Hermione lâcha sa valise et sécha ses larmes. Désormais, elle serait forte. Forte pour ceux qu'elle laissait derrière elle, forte pour ceux qu'elle aimait, forte jusqu'au bout.

Elle patienta nerveusement jusqu'à l'arrivée d'une petite femme bossue avec une démarche de canard. Qui était-elle ? Hermione n'aurait su le dire. D'un mouvement de baguette compliqué, la nouvelle venue entrouvrit la grille et, lui jetant un regard suspicieux, s'adressa à Hermione :

- Bonjour, prononça-t-elle d'une voix étonnamment grave pour une personne de cette corpulence. Etes-vous étudiante ?

- Oui, je suis Jean Garreng, et je…

- Garreng ? C'est un drôle de nom.

- Je suis étudiante étrangère, précisa Hermione, de plus en plus mal à l'aise.

Elle avait donné le premier nom qui lui était venu à l'esprit, utilisant volontairement son deuxième prénom pour plus de facilité. Au début, elle souhaiter utiliser Claudia, prénom aux consonances de l'Europe de l'est, mais il pouvait être délicat de s'attribuer un prénom qui lui était totalement étranger. Que se passerait-il, en effet, si un professeur l'interpellait et qu'elle ne réagissait pas ? Garreng n'était qu'une simple anagramme de Granger.

- Je comprends mieux, reprit la petite bonne femme, toujours peu avenante. Et pourquoi êtes-vous là ?

- Je suis étudiante étrangère, répéta Hermione.

Voyant que son interlocutrice ne semblait pas vouloir réagir, elle dû expliquer davantage la situation.

- Je viens à Poudlard pour étudier cette année, dans le cadre d'un échange inter-scolaire.

- Dans ce cas, revenez ce soir, avec le reste des élèves.

Hermione ressentait à présent de l'agacement. Le faisait-elle exprès, cette vieille pie, ou exécutait-elle seulement les ordres qu'elle avait reçus ?

- Ecoutez, reprit Hermione d'un ton plus ferme, le professeur Dippet m'a expressément demandé d'arriver au château dans l'après-midi, afin que je puisse me familiariser avec mon nouvel environnement avant le banquet de ce soir.

La vieille dame continua de la fixer, méfiante, puis l'invita à la suivre dans l'enceinte du château. Hermione soupira discrètement, soulagée. Elle avait visé juste en mentionnant le directeur, malgré son mensonge. Elle accéléra le pas pour se mettre à hauteur de la femme qui venait de l'accueillir.

- Qui êtes-vous ? lui demanda-t-elle poliment.

- Miss Chatterbox, concierge à Poudlard depuis quarante ans.

Hermione eut une moue dépitée que, par chance, Miss Chatterbox ne vit pas. Elle qui avait enduré la tyrannie d'Argus Rusard pendant six ans devrait à présent supporter une nouvelle concierge, tout aussi antipathique. Peut-être Poudlard recrutait-il ce poste en fonction du caractère désagréable des prétendants. La seule différence notable était que Miss Chatterbox n'était pas une Cracmolle. Sûrement serait-elle moins à cheval sur la propreté. En effet, si Rusard mettait des heures à nettoyer les saletés laissées par les élèves, elle pourrait le faire en un coup de baguette.

Les deux femmes marchèrent ensuite dans un silence seulement rompu par le bruit de leurs pas le long de l'allée. Hermione observa attentivement le parc de Poudlard. En plus de cinquante ans, celui n'avait presque pas été modifié. Elle étouffa un gémissement d'horreur lorsqu'elle aperçut une cabane rectangulaire très rudimentaire, constituée seulement par quelques planches de bois. Sans aucun doute possible, il s'agissait de la première réalisation de Hagrid, renvoyé de l'école l'année précédente. Hermione sentit ses entrailles se serrer avec peine. Dans la précipitation des événements, elle avait totalement oublié ce détail.

Hermione pénétra dans le hall d'entrée à la suite de Miss Chatterbox. Tout juste passé le porche, elle resta clouée sur place, bouche bée. Une gigantesque statue de marbre blanc trônait fièrement près du grand escalier. Il ne fallut que quelques secondes à la jeune fille pour comprendre que les quatre splendides personnages représentés étaient en réalité les fondateurs de Poudlard. En y repensant avec attention, elle se souvenait que l'Histoire de Poudlard faisait mention de cette représentation, mais ce détail là s'était également échappé de sa mémoire. Cependant, Hermione n'eut plus de temps pour contempler la sculpture. Miss Chatterbox, s'étant aperçue de son arrêt, lui avait agrippé le poignet et l'emmenait avec une force inattendue dans les étages.

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Arrivée devant la gargouille de pierre qui gardait l'entrée du bureau directorial, la concierge prononça le mot de passe, « Magister », et poussa Hermione dans les escaliers sans ménagement. Elle repartit sans un mot, abandonnant ainsi Hermione à son sort incertain.

La jeune fille frappa plusieurs fois ses phalanges contre la double porte devant laquelle elle attendait. Elle n'avait pas pénétré ce lieu depuis sa cinquième année et la découverte inopinée des réunions de l'Armée de Dumbledore par Dolores Ombrage. Une voix étouffée l'invita à entrer et Hermione obtempéra.

- Bonjour, dit-elle timidement en regagnant le fauteuil sommaire qui faisait face au bureau d'Armando Dippet.

Le directeur de l'époque était un vieux sorcier ridé pratiquement chauve. Comme le professeur Flitwick, il avait besoin d'une pile de coussins pour être à hauteur des invités qu'il recevait. Deux petits yeux sombres donnaient à son visage un air suspicieux permanent. Son bureau dissimulé sous quantité de rouleaux de parchemin, le professeur Dippet semblait très occupé. Le moment n'était pas opportun pour Hermione.

- Bonjour Miss. Je dois reconnaître que je suis surpris de vous voir devant moi. En effet, tous les étudiants étrangers avec qui nous partagerons notre bien aimé château cette année sont arrivés ce matin, par portoloin express.

Hermione fut surprise que le directeur soit déjà au courant de sa requête, elle n'avait pénétré dans à Poudlard que depuis quelques minutes et ne s'était pas aperçue que Chatterbox avait envoyé un message. Ce devait pourtant être le cas.

- Oui, c'est parce que…heu, bredouilla la jeune fille, je me suis décidée très tard à participer à cet échange scolaire, je n'ai donc pas suivi la voie… conventionnelle.

- Je ne vois pourtant par d'autres « voies », comment vous le dites, pour intégrer cet échange.

Dippet poussa un long soupir et chercha dans les nombreux tiroirs que possédait le bureau. Il en ressortit quelques instants plus tard un épais registre qu'il posa devant lui.

- Votre nom, je vous prie.

- Jean Garreng.

Il ouvrit le volume à une page contenant une liste de nom manuscrite. Son doigt parcourut doucement les différentes colonnes puis, ennuyé, Dippet s'adressa de nouveau à Hermione.

- Votre nom ne figure pas dans la liste. De quelle école venez-vous ?

- Durmstrang, répondit-elle machinalement.

En dehors de Poudlard, c'était certainement l'école de magie qu'Hermione connaissait le mieux, grâce aux longues descriptions dont lui avait fait part Victor Krum, trois ans auparavant.

- Vous n'avez pourtant pas l'accent de l'est, remarqua le directeur.

- C'est que mes parents vivent en Angleterre depuis leur enfance, improvisa-t-elle. Mais ils ont tous deux fait leurs études à Durmstrang, c'est pour cette raison qu'ils m'ont envoyée là-bas.

Hermione s'appliquait à être le plus convaincante possible, mais elle voyait sur le visage d'Armando Dippet ses chances s'amoindrir au fur et à mesure de la discussion.

- Avez-vous une lettre ou tout autre document corroborant votre histoire ?

- Non, je l'ai… oubliée.

Hermione vit les sourcils de Dippet se rejoindre au milieu de son front, et elle sut que la partie était perdue. Les mains tremblantes, elle attendit le coup de grâce.

- Dans ce cas, j'ai bien peur de ne rien pourvoir faire pour vous, Miss Garreng, conclut le directeur, embarrassé.

- Ecoutez, professeur Dippet, tenta désespérément Hermione, je comprends votre réticence face à ma situation, mais je vous assure que je suis une élève sérieuse. Je souhaite vraiment passer une année à Poudlard, alors laissez-moi un peu de temps et je vous apporterais les preuves donc vous manquez.

Le vieux sorcier prit en compte ses paroles durant quelques secondes, puis répéta :

- Je suis sincèrement désolé pour vous, mais je ne peux accéder à votre requête. Si cette école vous intéresse tant que ça, refaites une demande l'année prochaine. Dans les règles. Je vous demanderais à présent de quitter cet établissement, si vous voulez bien me suivre…

Dippet se leva et se dirigea vers la porte. Hermione le suivit, totalement perdue. Des dizaines de questions se bousculaient dans son esprit. Qu'allait-elle faire à présent ? Ou allait-elle dormir ? Elle n'avait plus que quelques Gallions en poche, bien trop peu pour tenir dix mois dans cette époque hostile.

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Elle retraversât en sens inverse les nombreux couloirs, descendit de nouveau le grand escalier de marbre pour se retrouver dans l'immense hall d'entrée ornée de l'immense statue qu'elle n'avait qu'entre-aperçue. Hermione cherchait un moyen de convaincre le directeur qui la raccompagnait de l'accepter au château, coûte que coûte, mais aucune idée brillante ne lui vint à l'esprit. La jeune femme était prête à s'avouer vaincue lorsque des bruits de pas précipités retentirent derrière eux.

- Armando, appela alors une voix familière.

Cela faisait plus de deux ans qu'Hermione ne l'avait pas entendue, mais la voix d'Albus Dumbledore restait identifiable entre cents. Le directeur s'arrêta brusquement et fit face au nouveau venu.

- Oui Albus, vous désirez ?

- Vous remettre ceci, répondit Dumbledore en montrant l'enveloppe qu'il tenait à la main. Cela concerne la demande tardive d'une étudiante pour passer sa dernière année.

Hermione était sous le choc. Premièrement par l'apparence si semblable et pourtant différente de cet homme qu'elle avait connu avec cinquante ans de plus, mais également par la lettre que celui-ci apportait. Elle était certaine qu'Albus Dumbledore lui venait en aide, même si elle n'aurait su dire comment c'était possible. Son intuition se confirma rapidement lorsque Dippet lut à voix haute le nom inscrit sur la missive, le sien. Cependant, une masse conséquente de travail attendait encore le directeur et il chargea Dumbledore, en sa qualité de directeur adjoint, de régler ce problème.

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Hermione se retrouva donc assise dans une pièce qui deviendrait plus tard le bureau de Minerva McGonagall, face à un Albus Dumbledore qui ne semblait pas la connaître mais venait néanmoins de lui sauver la peau. La situation prenait une tournure qu'elle n'aurait jamais imaginée.

- Bien, Miss Garreng, avant que vous ne puissiez participer au banquet de ce soir comme étudiante à part entière, nous devons régler quelques formalités. Si j'ai correctement compris votre situation, vous aimeriez passer vos ASPIC à Poudlard.

- Passer mes… ASPIC…

La voix d'Hermione se fit si aiguë qu'elle menaçait de passer dans le domaine des ultrasons. Comment avait-elle pu oublier les examens ? Elle se mordit la lèvre, mortifiée. Après un an d'absence à l'école, ses chances de réussite étaient plus minces que jamais. Etonné par sa réaction, Dumbledore demanda :

- N'est-ce pas la raison de votre présence parmi nous ?

- Si, bien sûr ! se reprit Hermione.

- Il vous faudra donc choisir les matières que vous souhaitez étudier cette année. Notez que celles-ci sont peut-être différentes de celles que vous avez l'habitude d'avoir.

- Je ne pense pas avoir de difficultés pour m'intégrer, assura la jeune femme.

- Concernant les affaires dont vous aurez besoin, je vous remettrais une liste pour que vous puissiez les commander au plus vite. Elles vous seront prêtées par l'établissement en attendant.

Hermione acquiesça d'un simple hochement de tête.

- Pour terminer, vous avez sans doute été informée que notre école possède quatre groupes d'élèves que nous appelons « maisons ». Pour les première année, la répartition se fait en présence de l'école réunie. Cependant, pour les élèves qui rejoignent nos rangs pour quelques mois seulement, la décision se fait en comité plus restreint.

- D'accord, dit simplement Hermione.

Elle devrait ainsi poser le Choixpeau Magique sur sa tête une seconde fois.

- Je m'apprêtais justement à répartir les deux autres camarades étrangers que nous recevons cette année, vous allez donc pouvoir vous joindre à nous. C'est parfait.

Dumbledore invita Hermione à se lever et l'entraîna dans une salle plus petite, attenante à son bureau. Deux personnes étaient déjà présentes. Une grande fille de type hispanique les regarda entrer avec intérêt tandis qu'un garçon corpulent à la mâchoire carrée ne leur accorda pas même un regard. Celui-ci était plus jeune qu'Hermione et semblait nerveux.

Le Choixpeau trônait déjà au milieu de la pièce, posé sur le petit tabouret toujours utilisé cinquante ans plus tard.

- Voici Miss Garreng, présenta Dumbledore en refermant la porte derrière lui. Comme vous, elle vient d'une autre école. Mais assez de bavardages pour le moment. Vous aurez tout le temps de discuter une fois avoir pris connaissance de la maison qui vous accueillera. Mr Petters, asseyez-vous sur le tabouret et coiffez le Choixpeau, je vous prie.

L'appelé obéit, anxieux. Il ne fallut pas plus d'un dixième de seconde au Choixpeau pour l'envoyer à Serpentard. Ensuite, ce fut au tour de la jeune fille, Miss Merewood, d'être appelée.

- Serdaigle !

Hermione se leva avant même que Dumbledore ne l'invite à le faire. Ses entrailles se tordaient en signe d'appréhension. La maison qui lui serait décernée jouerait un rôle primordial dans la réussite de sa mission.

Hermione prit place sur le petit tabouret de bois et récupéra le vieux chapeau rapiécé que Miss Merewood tenait encore entre ses mains.