Chapitre IV - Nimguem
Le chevalier n'avait pas senti cette journée de route passée, la plupart du temps assoupie pour récupérer de la lourde bataille qu'elle avait menée. Nozomi avait pansé ses blessures et lui avait fait boire un mélange étrange concocté avec quelques herbes rapidement récoltées sur la route. Le coup qu'elle avait reçu du monstre lui avait fait plus de mal qu'elle ne le pensait, mais heureusement, la mixture et les soins de la sorcière l'avait vite remise sur pieds, et avec un peu de repos, elle serait bientôt comme neuve. Les trois jeunes femmes étaient arrivées à la capitale, leur enthousiasme disparu dans la bataille. Pourtant, leur soulagement en apercevant les grandes portes ouvertes de la ville entourée de remparts ne put être dissimulé. La sorcière écarquilla les yeux à la vue des nombreux et énormes bâtiments de la ville, ainsi que devant les centaines de personnes qui déambulaient dans les rues. C'était encore plus impressionnant que la ville où elles se trouvaient deux jours plus tôt. Tout ici semblait démesurément grand. Les auberges étaient construites sur 3 étages, et les échoppes ressemblaient plus à des temples des merveilles qu'à des petits magasins de bord de route comme elle avait pu en voir. Des gardes patrouillaient fréquemment le long de l'avenue principale, veillant à la tranquillité de la capitale. D'une certaine façon, ils lui rappelaient Eri, avec leurs beaux habits et leurs épées.
« - Et bien, on s'en sera quand même sortie, soupira l'archère en s'arrêtant près d'une auberge où d'autres dragons de trait étaient harnachés certains arrivant à destination d'autres s'apprêtant à partir. Nous sommes arrivées plus tard que prévu avec ce qu'il s'est passé, je vous conduirai au comptoir des quêtes demain. »
Eri avait pu expliquer la raison de leur venue à la capitale à la bleue durant leur voyage, et celle-ci leur avait proposé de les conduire là où les aventuriers venaient chercher leur mission et trouver des camarades. Il s'agissait d'une auberge également, la plus grande de la capitale. C'était là que se rassemblaient tous les aventuriers en quête d'aventures, les plus forts comme les nouveaux. Chacun arrivait à y trouver son compte, et c'était là que le chevalier comptait se rendre. Pour accomplir une mission, il fallait d'abord aller s'enregistrer au comptoir des quêtes, en tant qu'aventurier officiel. Jusqu'à maintenant, l'épéiste avait pu accomplir de nombreuses missions pour l'ordre des chevaliers, mais aucune en tant qu'aventurière accomplie.
« - Le soleil ne tardera pas à se coucher, je vais prendre une chambre ici, et je vous conseille d'en faire autant. »
L'archère n'avait pas tort, et même si la chevalière avait dormi pendant une partie du voyage, si l'on pouvait dire ça comme ça, elle était encore épuisée. La sorcière aussi, semblait à bout de force, plus fatiguée mentalement que physiquement, soit dit en passant. Alors les deux amies, elles aussi, se décidèrent à prendre une chambre dans cette auberge. Elles ne tardèrent pas à retomber sur Umi, assise à une table, une pinte à la main, après avoir passé la porte.
« - Je croyais que tu comptais te reposer, rit soudainement la blonde en s'approchant.
- C'est ce que je fais, après cette aventure, cette pinte me parait bien méritée ! »
La demi-elfe sourit avant de s'asseoir à son tour à la table, puis se tourna vers la mauve.
« - Nozomi ?
- Je vais aller directement au lit, souffla la magicienne nerveusement, je suis épuisée.
- Je ne tarderai pas, c'est promis ! »
Nozomi ne semblait pas très rassurée depuis son arrivée ici, entourée d'autant de personnes. Elle n'avait pas la force de se méfier de tout le monde après l'abominable journée qu'elles avaient passées la veille. Pourtant, une fois dans la chambre, son cœur n'arrivait pas à se calmer. C'était la première fois depuis leur départ qu'Eri n'était pas à ses côtés. La première fois qu'elle se retrouvait véritablement seule. Elle aussi, aurait voulu rester profiter avec son amie, à rire autour d'une table et d'une chope de bière qui l'aurait surement bien vite assommée. Pourtant, elle sentait bien qu'elle n'y avait pas sa place. Nimguem était peut-être la capitale du pays, mais les gens ici étaient les mêmes qu'ailleurs. Elle avait bien senti les regards sur elle, certains curieux, d'autres insistants, surtout bien trop accusateurs. Encore une fois, elle attirait l'attention. Elle avait l'impression d'être une tare. Où qu'elle aille, ses origines étaient rejetées. Être une sorcière était à la fois être un don et une malédiction.
Les minutes passèrent aussi lentement qu'une saison froide dans son village natale, et l'elfe n'arrivait toujours pas. Nozomi avait du s'assoupir un moment car la lune était désormais haut dans le ciel noir ponctué de petites étoiles blanches. Cela avait le don de l'agacer, alors elle décida de descendre voir. Ses deux camarades de bataille n'avaient pas bougé, toujours assises à leur table. La magicienne les observait du bas des escaliers, ou plutôt elle avait l'impression de les épier. Elle ne pouvait pas quitter des yeux le visage pâle de son amie, dont les joues étaient rosies par l'alcool, espérait-elle. Et ce sourire sur ses lèvres... Ce même sourire qu'elle avait tant admiré, cette fois-ci, elle le détestait. La sorcière ne supportait plus de les voir rires ensembles, pour une quelconque raison, et l'odeur d'alcool flottant la débectait désormais. Elle ne comprenait pas pourquoi soudain tout l'énervait, pourquoi son ventre semblait se tordre douloureusement, ni pourquoi tout l'irritait. Alors, elle enfonça sa capuche sur sa tête, et quitta l'auberge sans se faire remarquer.
La sorcière marcha pendant de longues minutes dans les rues de la capitale, toujours animées à une heure pareille. Elle n'avait absolument aucune idée de l'heure qu'il était, ni d'où elle se rendait. Au fur et à mesure qu'elle avançait, les rues devenaient de plus en plus sombres, de plus en plus étroites, de plus en plus silencieuses. Elle regarda derrière puis tout autour d'elle mais était bien incapable de reconnaitre quoique ce soit. Elle avait passé son temps à repenser à ce qu'elle avait vu un moment plus tôt, sans même regarder où elle allait. Depuis quand marchait-elle ? Quelques minutes ? Une heure ? Plus ? Etait-elle déjà passée dans cette rue ? Ou alors venait-elle de celle-là ? La panique commençait à l'envahir, elle était perdue. Les quelques personnes qu'elle croisait sur sa route la regardaient toutes d'un mauvais œil. Impossible pour elle de s'arrêter leur demander quelque chose. Et puis, elle entendait bien ce qu'ils disaient tous. Ces remarques qu'elle entendait sans cesse... Toujours la même chose. Sa vision commençait à se troubler alors que quelques larmes venaient naitre au coin de ses yeux turquoises. La ruelle tournait sur la droite après quelques mètres, alors la magicienne se précipita, espérant retomber sur l'avenue principale de la capitale, mais son cœur s'arrêta lorsqu'elle se heurta à un cul de sac.
« - Hey, regarde ça... fit une voix masculine derrière son dos.
- Mais voyez vous ça, répondit une deuxième. »
Des frissons vinrent parcourir tout l'être de la mauve quand elle se retourna pour apercevoir deux formes humaines dans l'ombre qui se rapprochèrent d'elle. C'étaient deux hommes, un d'une vingtaine d'année, l'autre sans doute de dix ans son ainé, tous les deux inquiétants. Ils avaient un regard presque sinistre qui mettait tout ses sens en alerte. Que voulaient-ils ?
« - C'est une sorcière, regarde ses habits !
- Les déchets de ton genre n'ont pas à trainer ici, continua un des deux énergumènes. En fait ils devraient tous mourir !
- La plupart sont même déjà morts, alors pourquoi t'es encore là, toi ? »
Le plus jeune des deux ramassa une pierre par terre qu'il s'amusait à lancer en l'air et à rattraper en ne quittant plus des yeux la sorcière alors que l'autre se rapprochait lentement mais dangereusement. Nozomi fit quelques pas en arrière au fur et à mesure que l'autre avançait, mais se retrouva plaquée contre le mur de béton qui l'emprisonnait ici.
« - Il parait que l'un deux est devenu complètement fou, et qu'il à tué tous les autres, rit alors désagréablement le garçon à la pierre. Et le pire, c'est qu'on sait même pas c'qu'il est devenu !
- Ah ouais ! Je connais cette histoire ! Et bien... On peut dire que t'as vraiment pas de bol, toi... »
L'homme le plus âgé sourit de plus belle alors qu'il faisait encore un pas en avant. Nozomi restait tétanisée, bien trop consciente qu'elle ne pouvait utiliser ses pouvoirs, et bien trop effrayée pour le faire...
« - Ericchi... où-es-tu... »
Après plusieurs pintes de bières qui lui avaient fait perdre la notion du temps, la demi-elfe se décida à aller se coucher à son tour, c'était à peine si elle tenait encore debout. Combien de temps s'était-il passé depuis la dernière fois qu'elle avait bu autant ? Et encore, ce n'était que de la bière. Il fallait dire qu'après ces derniers évènements, et la quête qui l'attendait, elle pouvait bien se le permettre. Même les chevaliers avaient le droit de se détendre, non ? Elle grimpa difficilement les escaliers en s'appuyant à la rambarde, avant de prendre à un couloir puis de tourner à un autre. Enfin, elle arriva face à une porte qu'elle ouvrit sans attendre.
« - Nozomi... T'es là ? »
Mais personne ne répondit. Elle non plus, n'avait aucune idée de l'heure qu'il était et pensait que sa camarade ne dormait pas encore. Dans son esprit, ça ne faisait que quelques minutes qu'elle était monté se coucher.
« - Nozomi ? répétait le chevalier. Nozomi ! »
Mais il n'y avait personne à part le silence glacial dans la pièce, les deux lits vides. Cette vision la figea l'instant de deux secondes avant qu'elle ne se précipite vers le rez-de-chaussée, submergée par un sentiment d'angoisse et une panique incontrôlable. C'était comme si l'alcool qu'elle avait avalé avait instantanément quitté son corps qui bougeait à nouveau normalement. Par chance, l'archère était encore au comptoir, en train de discuter avec une tavernière.
« - Umi ! hurla l'épéiste. C'est Nozomi, elle n'est pas dans notre chambre !
- Calme-toi, elle est surement allé faire un tour, essayait de la rassurer la bleue.
- Non, tu ne comprends pas... Nozomi... Elle ne sort jamais seule ! Et les gens... ici... »
Umi avait bien du remarquer, elle aussi, les messes-basses et les regards des citadins sur la magicienne. Elle-même avait tout de suite compris ce qu'elle était en la voyant dans ses étranges vêtements. Elle connaissais les rumeurs qui circulaient.
« - On va se séparer et fouiller la ville, à pieds elle n'a sans doute pas pu aller bien loin, reprit l'archère. »
Les deux femmes se précipitèrent et prirent chacune une direction différente. Eri réfléchissait, elle pensait à Nozomi, aux endroits qu'elle aimait, mais rien ici ne pourrait lui sembler familier. La capitale était si grande, comment savoir où chercher ? Pendant quelques secondes, le chevalier regretta d'avoir entrainer son amie dans cette histoire et d'être revenue. Si elle ne lui avait pas dit qu'elle voulait sauver le monde, alors elle ne l'aurait jamais accompagné, et en ce moment la magicienne serait chez elle, en lieu sur.
« - Fait chier. Nozomi ! »
La blonde sentait son souffle difficile alors que cela faisait au moins une trentaine de minutes qu'elle couraient dans tout les sens en s'époumonant. Elle était tellement prise d'inquiétude que sa tête ne voulait plus réfléchir, il n'y avait plus que l'image de son amie, souriant timidement près de l'étang de leur enfance, qui occupait son esprit.
« - T'as vu la dame de tout à l'heure Papy, elle était bizarre hein ?
- Tu ne dois jamais approcher des gens que tu ne connais pas, surtout de ce genre de personne, d'accord ? »
L'elfe se retourna vivement pour apercevoir un vieil homme et un enfant qui marchaient tranquillement le long d'une rue presque déserte. Ce genre de remarque, c'est ce qu'elle entendant sans-cesse depuis le début du voyage, alors ça ne pouvait être qu'elle !
« - Excusez moi, monsieur ! fit alors la combattante. Cette fille dont vous parlez, où est-elle allée ?
- Hmmm, la fille aux habits de sorcière ? Vous ne devriez pas vous en approcher... marmonna-t-il dans sa barbe poivre-et-sel.
- Répondez-moi ! Hurla-t-elle en attrapant la chemise de l'homme. »
Eri commençait à perdre son calme habituel et son sang-froid. Voila maintenant qu'elle s'en prenait à un vieillard. Mais ce qu'ils disaient tous alors qu'ils ne savaient absolument rien... Ca avait le don de la mettre hors d'elle même si elle n'en montrait jamais rien. Elle desserra ses doigts fermement agripper au tissu pour relâcher son emprise, complètement désemparée.
« - Je... Je suis désolée... Mais c'est très important, monsieur !
- Et bien... Vous êtes vraiment tous étranges, ce soir. Elle à tourné à droite à cinq cent mètre derrière, mais c'était il y a au moins dix minutes maintenant.
- Merci ! »
Sans perdre une seconde, la chevalière reprit sa route à vive allure dans la direction indiquée. Il fallait qu'elle soit là !
« - Faites qu'il ne lui soit rien arrivée... »
Le corps de la sorcière semblait se transformer en pierre seconde après seconde. Tout geste lui semblait impossible alors que sa tête lui hurlait de s'enfuir, mais ses jambes refusaient d'obéir. Et puis pour aller où ? Sauter derrière ce mur ? En était-elle seulement capable ? Pourtant, peut-être qu'avec un peu d'élan... Mais il était trop tard, les deux hommes s'étaient bien trop approchés pour qu'elle puisse prendre quelques mètres pou elle.
« - Bah alors, tu dis rien ? Pourtant on va bien s'amuser, tu vas voir... »
Alors elle aussi, finirait comme certains malheureux, morts comme des misérables au fond d'une ruelle ? Est-ce qu'au moins quelqu'un pleurerait sa disparition, ou alors seraient-ils bien content de savoir une sorcière de moins ? Et que penserait Eri ? Elle serait surement triste, et serait bien la seule. Elle lui en voudrait terriblement, car après tout, c'est la sorcière elle même qui avait choisit de sortir dans la nuit, prise de colère. Eri... Si seulement elle pouvait être là...
Le garçon qui avait ramassé une pierre un peu avant tendit le bras en arrière en ricanant avant de commencer à le jeter en avant, mais quelque chose retint son geste des plus minables. Des doigts fins et pâles étaient maintenant serrés fermement autour du muscle du garçons, si bien qu'ils s'enfonçaient presque dans sa chair.
« - Putain, mais t'es qui toi ? »
Les quelques mèches d'or dans l'ombre dévoilèrent un regard bleu céruléen des plus effrayants, comme jamais la sorcière n'avait pu en voir jusqu'à maintenant.
« - Eri...cchi... »
Il ne suffit que d'un geste ferme à l'épéiste pour que le garçon qu'elle avait attrapé ne soit violemment envoyé sur le sol, ce dernier respirant maintenant la poussière et le gravier. Jamais rien ne l'avait déjà mise dans un état pareil jusqu'à maintenant. On pouvait sentir la colère et la haine émaner d'elle comme une aura, l'air lui-même était devenu lourd et presque irrespirable.
« - Tu vas crever toi aussi ! »
L'homme encore debout se précipita vers la blonde en sortant un couteau bien planqué jusque là. La lame tomba rapidement au sol alors que la chevaleresse avait aisément esquivé le geste et avait riposté d'un coup de genou dans l'abdomen. Le criminel tomba au sol en crachant ses tripes sans pour autant vouloir abandonner, alors l'elfe lui asséna un dernier coup assez puissant derrière la nuque et il s'écroula comme l'autre. Ces deux crapules n'avaient vraiment aucune chance contre un chevalier. Surtout le meilleur de sa promotion.
« - Mais qu'est ce qui t'as prit, Nozomi !? hurla la victorieuse en regardant enfin son amie dans les yeux. Tu aurais pu te faire tuer ! »
La magicienne serra les dents à s'en endolorir la mâchoire, mitigée entre le soulagement et la colère qu'elle ressentait envers elle-même. Elle avait été inutile, comme toujours...
« - Répond-moi !
- C'est ta faute, Ericchi ! Tu avais promis ! Mais tu étais bien trop occupée à rire en meilleure compagnie ! Avoua la mauve. »
L'elfe se figea. Mais qu'était-elle donc en train de raconter ? Pourquoi était-elle en colère ? Comment la situation avait-elle pu s'inverser en quelques mots ? C'était à l'épéiste d'être en colère, en colère que son amie soit partie sans dire un mot pour se mettre en danger.
« - Hein ? Mais de quoi tu parles, c'est à propos d'Umi ?
- Je ne suis qu'un fardeau... »
Le sang du chevalier se glaça dans ses veines alors qu'elle ne comprenait plus rien. Ses doigts se serrèrent sur ses paumes tant tout ceci n'avait aucun sens. Et cette frayeur qu'elle venait de lui faire la mettait hors d'elle. La fille aux cheveux d'or s'avança alors silencieusement vers sa camarade. Cette dernière savait très bien l'importance de ses actes, ainsi que celle de ses mots. Et maintenant, elle ne savait si elle devait être rassurée ou un peu plus effrayée par ce qui venait d'arriver. Eri avait raison, ce soir elle avait mit sa vie en jeu, mais pas seulement la sienne.
Le corps de la divinatrice se crispa lorsque son amie ne se retrouva plus qu'à quelques centimètres d'elle. Qu'allait-elle faire ? Qu'allait-elle dire ? Une chose était certaine, c'était qu'elle lui en voulait. Alors, elle ferma les yeux, mais la sensation qu'elle ressenti ensuite était bien plus agréable que la froideur à laquelle elle s'attendait, bien au contraire. A la place, elle sentit une chaleur réconfortante l'entourer avec douceur et les larmes commencèrent à rouler sur ses joues. Elle pouvait sentir les bras de l'elfe l'entourer et se resserrer autour d'elle dans une étreinte qui semblait la juger avec délicatesse.
- Tu n'es qu'une idiote, Errichi ! sanglotait la sorcière.
- C'est toi l'idiote, Nozomi... »
Celle-ci passa à son tour ses bras autour du chevalier pour la serrer plus fermement que jamais, comme si elle voulait l'empêcher de partir ou de disparaitre. Comme si elle voulait enfouir sa tête dans le creux de son cou et rester comme ça pour toujours. Jamais elle ne pourrait oublier le regard de son amie, aussi inquiet qu'effrayant. Elle ne voulait pas la décevoir. Après tout, tout ce qu'elle faisait, c'était pour elle.
« - Ne me refais plus jamais ça, Nozomi.
- Ericchi...
- Hmm ?
- Tu as entendu, ce que les gens racontent...
- Tu ne devrais pas prêter attention à toutes ces histoires.
- Ces histoires... Elles sont vraies. »
La sorcière se libéra à contrecœur de leur étreinte et s'avança dans la pénombre. Le regard qu'elle jeta à Eri, cette nuit là, fut le plus sombre et le plus triste de toute sa vie. Un regard qui venait du passé, et qui pesait sur son avenir, comme une épée de Damoclès prête à s'abattre n'importe où, n'importe quand.
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