NdA : Bonjour, bonsoir, salut ! Comment allez-vous ? Une nouvelle fois, je vous remercie pour vos reviews et compliments et enthousiasme. Vous me faites tous sourire comme pas possible quand je les lis, et ça me rassure sur le fait que je ne suis pas la seule à être emballée par cette histoire ^^. Une note plus longue aujourd'hui, si ça ne vous dérange pas,...

1) Ce chapitre est super long. Sérieusement. Ce n'était absolument pas prévu, mais il faut croire que je me suis laissée emporter ! Je suis désolée si la longueur dérange certains d'entre vous... Je pense que c'est un phénomène exceptionnel, mais on n'est jamais surs de rien...

2) Je rentre de nouveau dans la saison 6 à partir de maintenant, donc vous allez retrouver pas mal de morceaux d'épisodes dans les chapitres, même si je vais essayer d'éviter trop de répétions.. Evidemment les choses vont continuer de changer encore et encore, avec la présence de Wyatt, mais je vais tenter de garder des éléments clés et, bref, j'espère que vous aimerez toujours autant ! ^^

3) Je ne suis pas sûre de pouvoir poster un nouveau chapitre la semaine prochaine, puisque je serais en plein partiels... Cela dit, après, normalement, si je réussi correctement et que l'inspiration ne me lâche pas, je pourrais écrire autant que je veux ^^.

En bref, j'espère que vous aimerez toujours autant ce chapitre, gros bisous à vous!

Précedemment : Wyatt marchande la tête de Chris avec le démon Noréus, chef de l'Ordre Vert, pendant que Chris se fait cuisiner par les soeurs et Léo sur sa relation... particulière avec Wyatt. Il finit par leur dire qu'ils étaient amis auparavant. Le soir, en rentrant au P3, Chris se fait attaquer par un démon... de l'Ordre Vert.


Chapitre 4

L'école de Magie


Après avoir planté un poignard dans le cœur d'un énième démon, Chris s'affala sur son lit, se demandant intérieurement comment il avait pu être amusé pendant ne serait-ce qu'une seconde par le fait que Wyatt ne lui envoyait qu'un démon médiocre en guise d'assassin. Il aurait voulu, en cet instant, revenir deux jours en arrière pour rappeler à son double insouciant que c'était de Wyatt que l'on parlait, et qu'il ne l'avait plus sous-estimé depuis bien longtemps. Encore qu'il n'en pouvait franchement plus des voyages dans le temps – Tante Phoebe avait raison quand elle disait qu'ils n'apportaient rien de bon si ce n'était des migraines.

Penser à sa tante le rendit un instant incroyablement triste, et il se rendit compte avec horreur que ses yeux s'embuaient d'eux-mêmes. Il essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux avec un juron, et maudit ensuite pour la centième fois depuis deux jours son frère, qui pensait visiblement que le tuer rapidement était bien trop simple, et qu'il était sans doute bien plus drôle de le voir mourir d'épuisement.

Chris n'avait pas dormi depuis trois jours désormais, et quand Chris ne dormait pas, il devenait terriblement émotionnel. Beaucoup trop pour affronter les sœurs, beaucoup trop pour se concentrer sur sa mission, et beaucoup trop pour faire face à Wyatt d'une manière assez neutre pour que ni lui, ni les sœurs, ne sachent ce qu'il ressentait exactement, chose qu'il évitait pourtant depuis presque huit mois. Mais c'était typique de Wyatt, bien sur. Arriver comme une fleur dans le passé et bousiller tous les maigres progrès que Chris avaient fait. Avec la chance qu'il avait, son frère révèlerait sa vraie identité à la seconde où il reviendrait. Et, c'était à parier, sans même le faire exprès.

Pour faire bonne mesure, il jura une nouvelle fois, puis posa avec prudence sa tête sur l'oreiller, espérant de tout cœur que l'Ordre Vert était arrivé à bout de démons à sacrifier. Pas qu'il ait peur de finir par ne plus réussir à les vaincre – le sens du combat était tellement ancré en lui qu'il était devenu un automatisme bien utile au cours des années qui venaient de passer, mais parce qu'il aurait vraiment, vraiment apprécié pouvoir dormir au moins une heure ou deux, ne serait-ce que pour confronter ensuite Wyatt sur le sens de son petit jeu.

Malheureusement, le destin le haïssait (mais qu'est-ce qu'il avait aux anges de la Destinée pour qu'ils le détestent à ce point ?) et alors qu'il se détendait très légèrement en ne voyant apparaître personne, la voix de sa mère retentit brusquement dans sa tête.

« Chris ? Chris, réponds, nous avons un nouveau problème sur les bras ! S'il-te-plait ? »

L'envie de résister à l'appel était forte, mais le «s'il-te-plait » de Piper, inédit depuis qu'il était dans le passé, le fit céder immédiatement. Sa voix avait été beaucoup plus hésitante, et il savait parfaitement qu'une Piper hésitante n'était pas une Piper dans son état normal. Regrettant d'avance la fragile tranquillité qu'il aurait pu avoir pendant au moins quelques minutes, il se téléporta jusqu'au Manoir.

Un léger étourdissement l'attendait à l'arrivée. Il s'appuya immédiatement contre le mur en prenant son air le plus sérieux et réveillé aux vues des circonstances. Il jeta un coup d'oeil à Phoebe et Piper, qui se tenaient côte à côte devant la table ou reposait une... tête humaine ? Avant que son regard ne soit attiré malgré lui vers la porte qui n'aurait pas du être là, au milieu des escaliers.

« On va à l'école de Magie ? » demanda-t-il sans réfléchir.

« Encore cette école de Magie ! » s'écria Piper en même temps que Phoebe demandait, curieuse : « Tu connais l'école de Magie ? Et comment sais-tu qu'il s'agit de l'école de Magie ? »

« J'ai étudié là-bas. » répondit-il calmement.

Il aurait préféré ne rien dire mais depuis que Phoebe avait eut cette vision, elle était devenue incroyablement inquisitrice et il devait bien admettre que ça le rendait mal à l'aise. Il était habitué aux questions incessantes de Paige et Piper – même de leur agacement. Mais Phoebe... De ce fait, lors de ses visites au Manoir ces derniers jours (là-bas les démons n'attaquaient pas – même s'il ne savait pas ce qu'il préférait, les sœurs ou les combats), il avait essayé de réduire au minimum les secrets et non-dits, même si cela allait contre tous ses instincts.

« Et bien j'espère que tu ne vas pas me dire que tu as rencontré Wyatt là-bas ! » s'exclama Piper. « Il est hors de question que mon fils aille dans une école où quelqu'un s'amuse à couper la tête des gens ! »

Le regard qu'il lui lança était sans doute bien trop attendri, mais il ne put s'en empêcher. C'était un discours qu'il avait souvent entendu dans la bouche de sa mère. Elle n'avait jamais été complètement convaincue que l'école de Magie était la meilleure chose possible pour ses enfants, ni quand Tante Paige et Léo avaient commencé à travailler là-bas, ni même quand Wyatt et Chris lui avaient affirmé qu'ils préféraient largement cette école à un collège ordinaire.

« Pour information, ceci n'est pas vraiment ordinaire. » informa une petite voix.

Malgré lui surpris, Chris réalisa avec un temps de retard que c'était la tête qui venait de parler. Il se décala légèrement du côté de Phoebe et Piper pour voir le visage (complètement inconnu) d'un homme à lunettes qui paraissait particulièrement nerveux – et, vraiment, il ne pouvait pas le blamer, au vue de sa situation on ne peut plus particulière.

« Qu'est-ce qui s'est passé, exactement ? » demanda-t-il en haussant les sourcils en direction des sœurs.

Phoebe ouvrit la bouche pour répondre mais s'interrompit quand une nuée bleue et blanche laissa apparaître Paige, Léo... Et Wyatt. Chris se tendit immédiatement, Piper avança inconsciemment d'un pas, et Phoebe referma sa mâchoire dans un bruit sec. Paige leur adressa un sourire quelque peu nerveux.

« Wyatt est dans la nurserie... Le heu... Petit Wyatt, évidemment. J'ai pensé qu'on aurait besoin de Léo pour cette histoire donc je suis passée le prendre en chemin et hum... Devinez qui était là ? »

« Qu'est-ce que... » commença Chris, confus.

Il s'interrompit une seconde en croisant les prunelles de Léo, impénétrables comme toujours, et comprit malgré lui pourquoi Wyatt avait été avec son père. Il ignora farouchement le pincement de son cœur.

« Incroyable ! » s'écria-t-il, laissant aisément l'agacement couler dans sa voix. « Même quand ta propre femme est témoin que je ne mens pas, tu es toujours incapable de me faire confiance quand je te dis que ton fils est dangereux et qu'il ne vaut mieux pas que tu le voies ! »

« Chris, » déclara posément Léo « Je crois que tu réagis un peu trop... »

« Oh la ferme, Léo. » le coupa sèchement Wyatt.

Léo se retourna vers son fils, médusé et clairement blessé. Un couinement de suprise s'échappa de la gorge de Phoebe. Paige fronça les sourcils. Le visage de Piper se referma, ses yeux se voilant d'une tristesse mal cachée, et Chris en aurait sans doute voulu à Wyatt de briser le coeur de leur mère ainsi si celui-ci ne le regardait pas avec attention, son regard intolérablement compréhensif et prévenant.

« Relax Chris, » lâcha-t-il sans faire attention aux réactions que son interruption avait provoquées. « C'est moi qui suis allé vers lui. »

Les épaules de Chris se détendirent malgré lui. Quelque chose dans le ton de Wyatt lui faisait repenser à une autre époque, bien ancienne, où son frère était toujours là pour lui changer les idées après que Léo lui ai encore envoyé une de ces fichues lettres. Malheureusement, l'instant fut vite brisé quand son aîné reprit, cette fois-ci avec un sourire légèrement goguenard aux lèvres :

« Tu as l'air bien fatigué, Christopher. »

« Et ça te surprend tant que ça ? » répliqua Chris durement, les lèvres pincées.

« C'est vrai que tu as l'air d'un mort-vivant. » commenta Phoebe, l'observant plus attentivement.

Le jeune homme haussa les épaules.

« Pas plus que depuis deux jours et vous ne m'aviez pas fait la remarque avant donc ça ne doit pas être si terrible. »

Wyatt parut abasourdi.

« Vous n'aviez pas remarqué ? » s'exclama-t-il en se tournant vers les soeurs.

Il était difficile de manquer l'accusation implicite dans sa voix. Phoebe afficha immédiatement une mine coupable, tandis que Piper détournait les yeux. Paige croisa les bras, clairement sur la défensive :

« Hé, ce n'est pas de notre faute si Chris cache bien son jeu. Et puis, honnêtement, il a toujours l'air épuisé. »

« Et c'est une excuse ? » gronda Wyatt en la fusillant du regard.

« Oh pitié, Wyatt, est-ce que tu vas prétendre que tu te préoccupes de ma santé maintenant ? » lâcha Chris, agacé. « Je te signale que tu es celui qui m'envoie des démons non-stop depuis deux jours ! »

Pendant un furtif instant, Wyatt parut sincèrement pris de court par sa réflexion, comme s'il n'avait pas remarqué que son attitude était complètement paradoxale avec ses actions précédentes. Puis les regards des deux frères se croisèrent et, une nouvelle fois, le tyran reprit le contrôle, son visage se figeant dans un masque glacé. Le silence instauré, cependant, suffit pour que la tête (est-ce qu'il avait dit comment il s'appelait ?) les rappelle tous à l'ordre :

« Je ne voudrais surtout pas vous déranger, croyez-le bien, mais nous avons un problème assez urgent ici, alors si vous vouliez-bien qu'on y revienne... »

« Sigmund ? » interrogea Léo, reprenant visiblement ses esprits, en contournant la table pour être face à la tête – enfin, Sigmund.

« Bonjour, Léo ! J'aurais aimé que nous nous revoyons dans des circonstances différentes mais... »

« Vous vous connaissez tous les deux ? » le coupa – assez rudement – Piper en haussant un sourcil vers son mari.

« Oui... Oui... » répondit distraitement le fondateur. « Sigmund est un fondateur... Qu'est-ce qui est arrivé, exactement, Sigmund ? »

« Le cavalier Sans-Tête... » déclara sombrement Sigmund comme si cela devait tout expliquer. « Léo, nous ne pouvons pas régler ça nous-mêmes... Gidéon voulait que je fasse passer un message aux sœurs Halliwell. Nous avons besoin de leur aide. »

« Nous sommes là, vous savez. » fit remarquer Paige. « Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse, exactement ? »

« Gidéon vous dira ça mieux que moi... Si vous voulez bien me ramenez à l'école de Magie ? »

Les trois sœurs échangèrent un long regard entre elles, se passant un quelconque message silencieux, avant que Piper ne reprenne la parole :

« Je veux bien, mais qui va garder Wyatt ? »

« Je pense que je suis assez grand pour prendre soin de moi-même tout seul. » signala Wyatt en lui adressant un léger sourire en coin.

« Ha. Ha. » rétorqua-t-elle en le dardant d'un regard noir. « Sérieusement ? »

« Chris peut le faire. » lança Paige en haussant les épaules.

« Hé ! » protestèrent Chris et Wyatt en cœur, plein d'indignation pour des raisons bien différentes.

La sorcière rousse leur jeta un regard entre la surprise et l'amusement. Phoebe dissimula à peine son ricanement. Seule Piper secoua la tête.

« Non. » dit-elle fermement. « Wyatt a raison, Chris est fatigué. Il serait capable de s'endormir au lieu de surveiller le bébé. »

« Je peux rester avec lui. » proposa Wyatt aimablement. « Je me surveillerais et Chris pourra... dormir. »

« Pour que tu le tues dans son sommeil ? » rétorqua Piper. « Désolée Wyatt mais non, je ne prendrais pas ce risque. Si tu veux rester avec nous, très bien, mais vas donc avec ton père et tes tantes. Je vais rester ici avec Chris. »

« Wyatt ne pourra pas entrer dans l'école de Magie. » informa Chris. « Il est maléfique. »

« Je ne suis pas maléfique, Christopher. Bien sur que je peux entrer ! »

« Tu es la Source du Mal, Wyatt. Je ne pense vraiment pas que l'école t'ouvrira ses portes ! »

« Détail ! » rétorqua le jeune homme blond en roulant des yeux. « Je l'étais déjà quand j'ai pris l'école il y a six ans ! »

« Hum... Est-il vraiment sage que ce jeune homme nous accompagne ? » demanda Sigmund dans le silence pesant que cette dernière remarque venait d'installer.

« Ne vous en faites pas, Sigmund, mon fils n'attaquera pas votre école. N'est-ce pas Wyatt ? »

« Promis, maman. » sourit sagement Wyatt.

« Très bien ! » s'exclama l'ainée des Halliwell en tapant dans ses mains. « Alors tout le monde se met en mouvement, et plus vite que ça ! Quand à toi, Chris, tu me suis dans la cuisine, je vais te préparer du café, je pense que tu en auras besoin pour survivre à la journée. Si tu veux, tu pourras même dormir un moment dans la chambre d'amis, si une catastrophe n'arrive pas d'ici là. »

« Heu... Piper... C'est gentil mais... » commença Chris, l'idée de se retrouver seul avec sa mère alors qu'il tenait à peine debout le paniquant légèrement.

Piper lui adressa son fameux regard. Il ferma la bouche sans un mot.

« fils à maman. » lut-il sur les lèvres d'un Wyatt définitivement moqueur.

Et Chris du admettre qu'il n'avait vraiment rien d'intelligent à rétorquer face à cette évidente vérité.


Piper sentait que Chris était nerveux.

Elle ne savait pas pourquoi, mais c'était inscrit en lettres capitales sur son visage. Pouvoir lire les émotions du jeune homme était fortement déstabilisant (elle était quasiment sûre que ce n'était jamais arrivé auparavant), mais c'était aussi confusément rassurant, comme si elle avait enfin la preuve concrète que Chris Perry était un humain comme tout le monde, et qu'il y avait définitivement quelqu'un d'autre derrière le masque qu'il leur présentait tous les jours. De ce fait, quand elle lui tendit sa tasse de café – bien noir, et qu'il releva des yeux médusés vers elle pendant une furtive seconde, elle dut presque retenir un sourire.

Elle se sentait beaucoup plus courageuse face à ce Chris.

« Ne sois pas si étonné. » dit-elle en s'asseyant à côté de lui. « Je ne sais peut-être pas grand chose sur toi, mais je remarque toujours ce qui se passe dans ma cuisine, et Paige et toi êtes bien les seuls à boire ce genre de café si fort. »

« Je... » commença-t-il, avant de secouer la tête. « Merci, Piper. »

Elle se demanda un instant ce qu'il s'était apprêté à dire avant d'oublier totalement en le voyant prendre une longue gorgée de café, les yeux mi-clos, l'air soudain beaucoup plus calme. Malgré ses cernes sous les yeux et ses traits tirés, il n'avait jamais semblé si jeune qu'en cet instant. Son cœur se serra malgré elle. Était-il seulement dans le présent ?

« Je suppose que tu voulais me parler de quelque chose ? » lança-t-il, la prenant complètement par surprise.

« Pardon ? »

« Je sais que tu es restée pour Wyatt, » explicita-t-il, « Mais tu ne resterais pas ici, maintenant, avec moi, si tu n'avais pas prévu de me parler de quelque chose, si ? »

Elle resta abasourdie pendant quelques secondes, analysant dans un coin de son esprit le regard résigné de Chris, malgré son visage neutre, comme s'il ne pouvait pas imaginer qu'elle ait juste envie de rester en sa compagnie (et, vraiment, songea-t-elle, honteuse, pouvait-elle le blâmer pour penser cela ?) puis finit par soupirer légèrement.

« Je crois que je te dois des excuses, Chris. » déclara-t-elle tout en balayant ce qu'il lui restait de fierté personnelle. « Je t'ai traité comme un démon alors que tu avais raison et que... Que mon propre fils est le chef des démons. Mon fils est devenu un tyran et... Pourtant tu es là. Je... »

Elle se racla la gorge, sentant sa voix se remplir de sanglots refoulés malgré elle. Penser à son fils, à ce qu'il était devenu, lui brisait le cœur. Et pourtant, quand elle l'avait vu arriver tout à l'heure, son premier instinct avait été de sourire et de le prendre dans ses bras pour ne plus le lâcher. Le fait qu'elle l'aime toujours au delà de toute raison alors qu'elle avait maintenant la preuve qu'il avait grandi pour devenir l'être maléfique ultime la faisait se sentir doublement coupable envers Chris, qu'elle avait si mal jugé pour si peu... Certes Chris n'était pas son fils, et cela comptait sans doute dans la balance, mais...

« Piper... » commença Chris, le regard doux.

« Non, non. Je m'excuse, Chris. » reprit-elle plus fortement. « Si j'ai été si virulente avec toi après que tu nous ais avoué pour Wyatt, c'est parce que je ne pouvais pas croire que je pouvais élever si mal mon fils et... Et bien, visiblement, j'ai eut tort... J'ai été une mère terrible et je suis... »

« Piper, stop ! » s'exclama le jeune homme, l'air farouche, lui attrapant inconsciemment les mains. « Tu vas être... tu es une merveilleuse mère. Si Wyatt est devenu... ce qu'il est devenu, ce n'est absolument pas ta faute. Il... Il t'adore. Tu n'as pas remarqué que tu es la seule qu'il écoute depuis qu'il est ici ? La seule à qui il cherche à... faire plaisir ? Tu comptes plus que tout, à ses yeux. »

Cette fois-ci, Piper du faire un effort incroyable pour ne pas se mettre à pleurer. Est-ce que Chris savait seulement ce qu'il venait de lui offrir ? Bien sur, ça n'effaçait pas totalement sa conviction qu'elle aurait du faire quelque chose pour empêcher son fils de devenir maléfique mais... Savoir qu'elle n'avait pas tout loupé... Elle adressa un sourire brillant au demi Être de Lumière, qui rougit faiblement et lâcha ses mains.

Ils restèrent par la suite silencieux pendant que Chris terminait son café, puis elle finit par se lever.

« Je vais voir comment va Wyatt. » déclara-t-elle. « Si tu veux essayer de dormir un moment... Si un de ces démons arrivent je serais là pour les faire exploser.. »

« Ils n'attaquent pas au Manoir. » répondit-il avec légèreté. « Merci de la proposition mais j'ai comme l'impression que quelque chose arrivera à la seconde où je fermerais les yeux. C'est comme ça depuis deux jours. »

Elle s'humecta les lèvres, hésitante, avant de demander :

« Pourquoi il fait ça ? Il... Il a le pouvoir de te tuer lui-même. Pas que je veuille qu'il te tue, » rajouta-t-elle précipitamment. « Mais je ne comprends pas... »

« A vrai dire, moi non plus. » avoua-t-il en haussant les épaules. « Et c'est étonnant, parce que d'ordinaire, j'arrive à comprendre ses plans assez rapidement. Tyran maléfique ou non, il n'a jamais été des plus subtiles. »

« Peut-être qu'il ne veut pas vraiment te tuer ? » lâcha-t-elle, en essayant de réfréner l'espoir qui pointait dans sa voix. « Si vous avez été amis... Peut-être qu'il ne veut pas vraiment te tuer. » répéta-t-elle, avec plus de conviction.

Chris lui lança un regard à la fois triste et fatigué.

« J'aimerais croire ça, Piper. J'aimerais vraiment. »

« Il avait l'air différent, aujourd'hui. » fit-elle remarquer. « Il n'avait pas l'air... si froid. En fait, si je n'avais pas vu votre... hum... dispute, il y a deux jours, j'aurais pu penser... »

« … Qu'il n'était pas si mauvais ? » termina pour elle le jeune homme, un semblant de sourire amer aux lèvres. « Je peux comprendre ça. Il y a... Il y a ces moments où c'est presque comme s'il... Comme s'il était encore mon ami, celui avec lequel j'ai grandi. En toute franchise, c'est à cause de ces moments que je suis convaincu qu'il peut être sauvé. Malheureusement... Ce n'est pas une facette dominante de sa personnalité, loin de là. Je... (de nouveau, il tourna vers elle des grands yeux tristes) Ne t'y habitues pas trop, Piper. »

La jeune femme allait répondre quand une nuée – bien plus sombre que d'ordinaire – d'étincelles apparut près du frigo.


Wyatt n'avait pas menti à Chris quand il avait dit qu'il pourrait entrer dans l'école de Magie. En revanche, il avait sciemment omis le fait que c'était désagréable, voire presque douloureux, de franchir la barrière qui protégeait l'école du Mal. En passant la porte, il réprima donc à grande peine une grimace, tout en se concentrant pour repousser les défenses mises en place pour éviter que l'alarme se mette à sonner. Cela ne dura que quelques secondes à peine – il était bien assez puissant pour arriver à bout d'un enchantement des fondateurs facilement – mais il sentit tout de même les répercussions du sort pendant une minute ou deux.

Stupides fondateurs, incapables de comprendre que ce n'était pas parce qu'on avait des pouvoirs dits 'maléfiques' que l'on était forcément mauvais ! Qu'est-ce qu'il détestait ces appellations inutiles !

À quelques pas devant lui, ses tantes s'émerveillaient sur la grandeur de l'école, tandis que le fondateur expliquait, du fond du sac que portait Paige, que le couloir principal était infini. Il leur indiqua finalement la direction qu'ils devaient prendre pour rejoindre ce Gidéon, qui était apparemment l'actuel directeur de l'école. Wyatt les suivit lentement, les mains dans les poches, regardant autour de lui avec de nouveau cette impression dérangeante de retomber dans l'enfance. Il avait adoré l'école de Magie – plus pour les élèves et le fait qu'il n'avait pas à cacher qui il était que pour les cours, vraiment – mais c'était pendant une époque si joyeuse, si insouciante... Il n'aimait pas s'en rappeler.

« Woh ! » s'écria soudain Phoebe, les yeux grands ouverts.

« Quoi ? » s'exclama Paige en sursautant (apparemment, elle aussi pensait à autre chose)

« O.K, je ne veux faire peur à personne, mais il y a un loup qui nous suit. » expliqua sa tante dans un chuchotement dramatique.

Haussant un sourcil sceptique, Wyatt se retourna pour ne voir le que le long couloir vide. Il jeta un regard légèrement condescend à Phoebe, qui fronça les sourcils.

« Je jure qu'il y avait un loup ! » assura-t-elle.

« Tout le monde ne voit pas toujours la même chose, ici. » expliqua le fondateur calmement.

Ils arrivèrent enfin dans la salle commune. Tout était exactement pareil à son souvenir – les quelques canapés, les élèves voyageant de part et d'autres en discutant ou les yeux plongés dans un livre, les artefacts magiques dans les immenses armoires aux vitres transparentes, et des livres, des livres de partout. Wyatt se força à concentrer son regard sur ses tantes et Léo pour se rappeler qu'il était dans le passé – un passé plus lointain encore que celui qui lui manquait bien trop.

« Ah, Léo ! Et Paige et Phoebe ! Et... Oh, je suis désolé, je ne pense pas savoir qui vous êtes ? »

« Qui parle ? » chuchota Phoebe.

« Et comment sait-il qui nous sommes ? » marmonna Paige en retour.

« Gidéon, je pense que tu as oublié que tu étais invisible... » lança Léo avec l'ombre d'un sourire.

« Oh, pardon ! Avec les évènements récents, je deviens distrait... »

Un homme apparut au milieu de la pièce, vêtu de la robe des professeurs de l'école. C'était de toute évidence un fondateur et un homme de pouvoir – Wyatt, en étant un lui-même, les reconnaissait aisément – car son sourire, bien qu'aimable, était assuré, à la limite du mépris, comme s'il en savait bien plus qu'eux tous mais qu'il était certain de ne pas attiser les questions grâce au charisme de ses discours. Leurs regards se croisèrent alors qu'il les dévisageait un à un. Il y avait une lueur étrange dans ses yeux bleus qui rendit Wyatt... mal à l'aise. Une chose qui n'était pas arrivée depuis si longtemps qu'il se jura intérieurement de trouver un moyen de se débarrasser de l'homme dès que possible.

Gidéon se détourna cependant après que Paige ai sortit la tête de l'autre fondateur du sac.

« Oh, Sigmund... Je suis désolé. » lâcha-t-il, l'air sincèrement navré.

« Ne vous faites pas, monsieur, j'ai pu délivrer le message, c'est le plus important, n'est-ce pas ? »

« Est-ce que quelqu'un pourrait nous expliquer ce qui se passe exactement, maintenant ? » demanda Phoebe, incapable de retenir sa curiosité plus longtemps.

Gidéon se tourna vers elle avec un nouveau sourire.

« Toujours impatiente, Phoebe. Comme ta grand-mère avant toi... Et bien, à vrai dire, tout a commencé innocemment... Des blagues faites aux professeurs... Vous savez comme sont les enfants... Et puis, le cavalier Sans-Tête est apparut... Et les jours sont devenus nuits... La...»

« Est-ce qu'on pourrait couper le passage mélodramatique ? » lança Wyatt, ennuyé. « Un cavalier s'amuse à couper la tête des gens dans votre école, c'est ça ? Et bien pourquoi vous ne trouvez tout simplement pas qui l'a conjuré ? »

Les lèvres de Gidéon se pincèrent, ses yeux se refroidissant sensiblement. Ah, donc apparemment, il n'aimait pas être interrompu. Wyatt ne pu s'empêcher de sourire insolemment. Les professeurs avaient toujours eut ce genre d'effet sur lui.

« Encore une fois, je pense que je n'ai pas le plaisir de vous connaître ? » demanda le fondateur.

« C'est Wyatt, Gidéon. » lança Léo avant que Wyatt ne puisse répondre. « Il est hum... Revenu du futur. »

Les sourcils du directeur se relevèrent comiquement.

« Ton fils maléfique du futur, Léo ? » précisa-t-il, cette fois-ci clairement hostile.

Léo parut sincèrement embarrassé mais il y avait une lueur farouche dans ses yeux qui ne trompait pas – il était visiblement prêt à défendre les intérêts de Wyatt. Dans d'autres circonstances, Wyatt se serait beaucoup amusé à l'entendre s'humilier en plaidant une cause perdue, mais cette fois-ci, la situation était déjà bien trop agaçante à son goût.

« Techniquement, je ne suis pas maléfique. » lança-t-il donc, toujours souriant. « Juste assez puissant pour détruire ceux qui se mettent à travers mon chemin. »

Gidéon pâlit, le regard rempli de dégout et de peur. Wyatt se détendit. Voilà une réaction bien connue.

« Je pense que nous avons déjà laissé entrer bien trop de Mal dans cette école. » déclara froidement le fondateur. « Je préférerais ne pas en rajouter. En revanche le pouvoir des Trois pourrait être utile ici... »

« Gidéon... » commença à protester Léo.

« Non, vraiment, Léo, n'uses pas ta salive inutilement. » le coupa Wyatt. « Ce n'est pas comme si j'avais vraiment envie d'être là au départ. Je vais aller chercher maman. »

Il se téléporta sans préavis dans la cuisine du manoir, atterrissant visiblement au milieu d'une conversation importante, au vue des regards désolés que s'échangeaient Chris et sa mère. Les deux se retournèrent cependant en même temps vers lui, l'air à la fois prudents et interrogateurs. Ils se ressemblaient à un point affolant. Wyatt se demanda distraitement comment personne dans la famille n'avait pu deviner qui était Chris.

« Wyatt ? » demanda finalement Piper. « Qu'est-ce qui se passe ? »

« Apparemment, le directeur de l'école ne m'apprécie pas trop ! » lança-t-il joyeusement. « Et le Pouvoir des Trois est quémandé. Désolé maman, mais il semble que je vais devoir rester avec Chris ici ! »

« Je ne suis toujours pas sure que ce soit sage. » rétorqua sa mère « Je voudrais pouvoir te faire confiance, Wyatt, vraiment, mais au vue de la dernière fois... »

Elle jeta un coup d'œil hésitant à Chris. Celui-ci lui adressa un léger sourire rassurant.

« Ne t'en fais pas, Piper. Vas-y. C'est important. Je surveillerais Wyatt. »

Son sourire devint plus moqueur tandis qu'il tournait un regard provocateur vers son frère.

« Les deux Wyatt. »