Suite et fin de l'histoire ! Merci à tous pour vos encouragements, n'hésitez pas à commenter. Bonne lecture et amusez-vous !
COMME UN RÊVE
Les jours passèrent rapidement, comme des songes, aussi indistincts que de vieux souvenirs ou qu'un rêve s'estompant.
C'était le soir, mais comme on était en été, la nuit attendait avant de tomber brusquement.
Luciole était perché sur un des rares arbres d'une plaine. Cette dernière côtoyait la forêt qui était séparée du village par un mur fait d'amas de rochers. Il avait l'air endormi. En fait, il n'en était rien.
Il se sentait changé. Aimant toujours le silence et les massacres mais pas seulement: maintenant en plus, il était poussé par ce besoin irrépressible d'avoir Shinrei à ses côtés – juste là – sans besoin de lui parler, de le voir, mais sa simple présence changeait tout.
Et maintenant? Se contenterait-il de vivre ainsi? Et Kyo? Et sa promesse? Et la solitude, qui aujourd'hui lui semblait si lourde à supporter?
Pourtant, il était plus léger, presque content.
Mais peut-être que… peut-être que sa relation avec Shinrei ne l'empêchera pas de mener son projet de tuer l'Ex Roi Rouge à bien. Mais pas Shinrei, plus Shinrei. Il lui avait fait ressentir tant de choses, tant de sentiments…
Devait-il prendre ça pour une faiblesse?
La pensée le fit froncer les sourcils. Bien entendu que c'était une faiblesse! Avoir l'esprit embrumé par quelque chose d'autre qui te ramollit le cœur et qui te rend faible quand cela t'embrasse amoureusement, c'était aveuglant.
Agréable peut-être, mais il n'était plus seul, donc pas fort et donc pas de victoire sur l'Ex Roi Rouge, sur les mibus et surtout, et plus important: pas non plus sur Kyo.
Alors, peut-être qu'une fois devenu le plus fort pourra-t-il revendiquer Shinrei, peut-être aura-t-il le droit d'éprouver ces sentiments du moment que personne ne puisse rivaliser avec lui. Ainsi il n'y aura aucun jugement, aucun regard méprisant, de dégoût. Une fois qu'il leur aura prouvé sa supériorité, tout le monde aura peur de lui! Jamais ne critiqueront-ils son amour (pouvait-on parler réellement d'amour?) avec Shinrei.
Mais lui? Mais Shinrei? Acceptera-t-il?
Luciole grinça d'irritation!
Il sauta à terre, tourna le dos au soleil couchant et longea le chemin jusqu'à son frère.
La tête naturellement dans les nuages, une fois dans les rues, il se surprit de ne pas reconnaître l'endroit où il avait atterri.
Où était le temple du Yin et du Yang? Il faisait maintenant trop nuit et l'ombre étirée de la forêt pouvait très bien être celles de maisons ou de montagnes.
Le bâtard se frotta la tête.
- Ah lala, fit-il en voyant personne.
Il s'était perdu dans la ville basse. Il reprit sa marche alors au hasard. Il arrivera bien là où il le voudrait à un moment ou à un autre, se dit-il avec optimisme.
Et le blondinet y arriva alors miraculeusement. (En fait, ce fut quelqu'un qui l'eut reconnu et connaissant son sens de l'orientation légendaire (ce dernier était en effet célèbre) et qui n'avait pas trop peur de lui (son agressivité aussi, d'ailleurs) lui indiqua le chemin, et finit par l'accompagner lui-même jusqu'aux marches du palais).
Pourquoi était-il là déjà?
Shinrei, bien sûr.
Le voir, l'embrasser, se coller à son corps en sentant ses mains le caresser…
Il grimpa, arriva devant la porte de son frère; l'ouvrit et entra...
Ses oreilles bourdonnèrent un moment. Il s'avança, ses pas frappant distinctement contre le sol de pierre.
Etait-il seul?
Il était plongé dans le noir, mais il sentait quand même la présence familière de son amant, mais…
De sa paume se matérialisa des flammes entrelacées, créant d'inquiétantes ombres autour de lui.
Là, le bourdonnement devint plus clair – bruits entrecoupés, froissement de tissus; une sorte de monstre – là, de l'autre côté de la porte devant laquelle Luciole se tenait.
Il l'ouvrit et rapidement le petit espace fut envahi, révélé des ténèbres.
La porte grinça et claqua, fermée; les flammes chavirèrent, prêtes à se répandre partout, mais rapidement se calmèrent.
Silence dans la pièce à l'exception de quelques respirations rauques.
- Lu-Luciole? Se rendit copte la voix au bord de la panique de Shinrei.
Mais il n'était pas seul.
Un gouffre se forgea au marteau piqueur dans le torse du le blond. Il restait planté là, fixant sans vouloir comprendre.
- Tiens donc, voilà le petit frère. Tu veux venir te joindre à nous? Ou juste regarder? Ricana-t-on.
Chinmei retira le drap, comme pour l'inviter. Leurs corps fatigués et nus, luisant de sueur sous les chaudes flammes furent dévoilée.
Luciole se fichait de Chinmei, il fixait toujours les yeux bleus de son frère qui n'osait pas bouger.
La planète de la Terre ne comprit pas tout de suite ce qui se passait entre les deux frères, mais l'idée que ces deux-là se soient… retrouver s'imposa à lui.
Il eut une grimace: l'idée était répugnante! …mais intéressante.
Vraiment Shinrei était bête. Il lui fournissait un nouvel élément de pression contre lui. Et surtout il empêcherait ce petit bâtard mou du cerveau de souiller, de pervertir son beau mibu cendré.
Chinmei avait déjà suffisamment perdu à cause des mibus, il était près à tout pour que cela n'arrive plus jamais.
- Luciole, écoute, ce n'est pas… se décida Shinrei à dire quelque chose, mais il s'interrompit, se trouvant lui-même aucune excuse…
…Alors comment espérer que son frère, avec son cerveau bouché, puisse comprendre autre chose que ce qu'il voyait?
- Luciole, chéri, sourit Chinmei, ce que ton cher frère essaie de dire, c'est que…
- Tais-toi!! Cria soudain la planète de Feu d'une voix tant distordue par l'hystérie qu'on avait du mal à croire que c'était véritablement la sienne. TAISEZ-VOUS!! Je ne veux plus vous voir!
Il se retourna pour sortir, mais, pris dans sa précipitation, il se cogna contre la porte qu'il avait oubliée fermée. Violemment il l'ouvrit – la défit presque de ses gonds, ce faisant – et la fracassa fermée.
Sortir. C'est tout ce qu'il veut. Sortir de ce lieu dont le moindre souvenir devient un déchet nauséabond qui le blesse comme une pluie de glace; des larmes amères brouillent sa vue mais bien qu'il bute contre quelques chaises dans le passage, il les repousse du pied tout en trébuchant vers la sortie.
Sorti.
Une fois dehors il ne s'arrêta pourtant pas. Il traversa le village, son sang pulsant, à la limite de lui sortir des oreilles.
Il courut, tête baissée et ce n'est qu'à nouveau hors des limites des habitations qu'il se laissa s'arrêter après avoir heurté un tronc. Il tomba à genou, front contre le bois, courbé, presque sanglotant silencieusement.
Il ne pouvait plus réfléchir, il ne pouvait plus voir d'autres images que celles de Shinrei et Chinmei ensemble, enlacés.
Il ne sut combien de temps il resta là, mais quelqu'un, qu'il n'entendait pas, l'appelait. Il sursauta en sentant une main chaude sur son épaule.
- Luciole – c'était Shinrei qui parlait d'une voix étrangement distante – laisse-moi t'expliquer.
Shinrei se baissa à sa hauteur, encercla de ses bras sa taille, posa la tête entre ses omoplates. Il sentait le cœur battant irrégulièrement mais il ne bougea pas jusqu'à ce que le rythme se stabilise et que les frissons se fassent moins fréquents.
Mais ce fut Luciole qui se dégagea et se retourna pour le face-à-face avec Shinrei. Il n'allait quand même pas perdre la face, face à son frère en plus? Le blond avait le teint pâle, les yeux rouges et gonflés mais il avait repris contenance. Il prit une grande inspiration, bloquant définitivement l'accès de ses larmes à ses yeux:
- Shinrei, tu n'avais pas besoin de venir me consoler de quoi que ce soit, avoua-t-il.
Son frère devint soudainement perplexe et fronça les sourcils. Il osa caresser du bout des doigts sa joue, mais Luciole prit cette main et garda ses yeux plantés fixes.
- Luciole…
Mais il fut interrompu.
- Shinrei, la voix du cadet devint de plus en plus forte alors que les précédents événements s'éloignaient de plus en plus, j'suis pas un passionné, ni un émotif. J'suis un solitaire et je n'ai absolument pas besoin de toi, au contraire.
S'arrêtant, il lâcha la main de son frère qu'il avait tenue. L'aîné encaissa en silence, essayant de comprendre. Il cligna une fois des yeux, puis une deuxième fois.
Qu'est-ce qu'ils avaient à parler? Leurs visages étaient tellement proches qu'il aurait pu l'embrasser, mais…
- Je ne comprends pas, sortit-il soudain – on lui interdisait l'accès à son propre frère – si c'est à cause de Chinmei, je peux tout expliquer, et si tu veux…
Il fut de nouveau arrêter dans sa lancé quand il remarqua que l'autre ne l'écoutait plus; Luciole s'était éloignait et s'étirait.
Shinrei commença à avoir de sérieux doute quant à la peine, voire la douleur, que pouvait ressentir ce bâtard.
- Ca t'intéresse pas?! Lui cria l'aîné.
- Hein? Heu, non.
Le blond s'éloigna.
- Tu comptes fuir longtemps comme ça? S'énerva l'autre véritablement. T'es vraiment plus lâche que je le croyais!
La provocation ne porta pas, ne porterait plus; le maître des Eaux le rejoignit et lui attrapa le bras:
- Je ne te comprends pas! Fit-il, excédé.
- Comment? S'il te plait, j'suis fatigué Shinrei, je n'ai pas le temps pour tes enfantillages.
Il lui tourna le dos.
- Mes enfantillages? S'écria le mibu choqué. J'y crois pas, t'as un grain mon pauvre, complètement givré…!
- Comment? Réagit soudainement Keikoku en se retournant.
- Parfaitement! Ecoute, qu'est-ce qui te prend? Pourquoi t'es pas honnête avec toi-même? Cela serait idiot que cela finisse ainsi, tu trouves pas?
- Non, c'est pas ce que je voulais dire – Shinrei sentit inconsciemment son cœur battre à tout rompre – qu'est-ce que tu veux dire par givré?
Avant qu'il ne puisse y avoir une reprise de dialogue, la moitié de la clairière fut détruite.
Les arbres déracinés, les plantes défraîchies, même quelques cadavres d'animaux distordus n'ayant pas pu échapper à la calamité jonchaient la terre meurtrie.
Une fois que Shinrei ait repris son souffle et ses esprits il était seul parmi le chaos. Se rendant compte de sa responsabilité dans cette destruction il fit des poings et baissa la tête, la colère grondant au fond de ses tripes. C'était Luciole le seul responsable dans cette dévastation. Il arrivait toujours à le faire sortir de ses gonds.
Mais là, il l'avait perdu et ça avait un goût définitif.
oOo
Quelque chose comme quelques heures plus tard, en tout début de matinée, il y eut un attroupement d'enfants rapidement dispersé par le responsable – le Renard de Feu – de ce secteur du village mibu. Il trouva à ses pieds le corps endormi d'une des cinq Planètes.
Qu'est-ce qu'elle faisait ici à dormir comme un mendient?
- Peut-être devrions-nous appeler l'un des siens, proposa un des mibus civil, bien qu'un peu intimidé.
- Hé! Mais non, je peux m'occuper de ce pouilleux moi-même. Et toi, ferme-là si tu ne veux pas perdre ta langue.
On n'eut pas besoin de l'avertir une seconde fois. Le mibu partit, sûrement se mettre à l'abri.
Le Renard de Feu donna un coup de pied dans la planète de Feu dormant:
- Allé, debout paresseux! L'heure du glas a sonné pour toi! Une fois débarrassé de toi, je deviendrais membre des cinq planètes !!
Le coup de pied aboutit dans la paume ouverte de Keikoku et qui retint la chaussure, un œil ouvert.
- Hein?
Le Renard dégagea son pied:
- J'ai dit que ta dernière heure était arrivée!
- Ah.
Le blond se releva, se frotta les yeux, regarda autour de lui mais ne reconnut évidemment pas cet endroit.
- Dites-moi, mon brave, s'adressa-t-il au Renard, où est le palais du Yin et du Yang?
Le Renard s'énerva, sortit son sabre et menaça clairement la planète de Feu. Ce dernier ne bougea pas. Pourtant, peu à peu la main armée trembla, puis se fut tout son corps. L'arme tomba.
- Il y a un problème ici?
Le Renard sursauta. Derrière lui: une grande silhouette dont l'aura d'acier était palpable.
Le mibu s'aplatit devant l'un des quatre sages mibus: Yuan. Rapidement, le lâche s'éclipsa.
- Tu viens Keikoku, les Planètes s'impatientent.
- Hein? Demanda le jeune, les yeux mi-clos. Il s'est passé quoi?... ah, c'est vous maître.
Yuan le dévisagea un moment et eut un soupir. Keikoku avait énormément grandi depuis ces quatre dernières années, mais pas suffisamment. Il devait bien avouer qu'il avait un peu peur pour son avenir, mais il semblait s'être pris en main et en être seul maître de son futur.
Il le mena jusqu'aux marches de la grande bâtisse, mais Luciole s'arrêta. Quelques marches plus haut, le mibu aux yeux bandés se retourna, demandant silencieusement pourquoi il hésitait à suivre.
- J'aurais besoin de quelque chose…, avoua le jeune bond, la tête baissée.
oOo
- Il exagère! C'est toujours le même qui est en retard! Criait bien évidemment Shinrei.
- Faudrait peut-être mettre au point un système de billets de retard? On serait envoyé chez sir Fubuki, sourit Saishi, les yeux en cœurs.
- Comme ça, personne n'oserait plus être en retard, approuva sa collègue l'idée, mais pas pour les mêmes raisons.
- Ah, bah, soupira Chinmei en s'allongeant à même le sol, peut-être s'est-il simplement suicidé notre petite planète de Feu. Après tout, le taux de suicides de jeunes est en hausse, non?
- D'après mes calculs il y a trois pourcents de suicidés de plus par rapport à l'année dernière. Taux rentablement comblé par le nombre de ressuscités que le village produit.
- Arrêtez de dire n'importe quoi! Keikoku ne s'est pas suicidé, il s'est juste paumé dans le village, con comme il est! Comme d'habitude d'ailleurs.
Rien ne put être ajouté à cela car le retardataire arriva et sa voix impatiente s'éleva surprenant tout le monde :
- Quelle bande d'enfants vous faites!
Shinrei se retourna, prêt à lui dire ses quatre vérités mais en même temps intrigué par cette nouvelle tonalité. Il agrandit les yeux, aucun mot ne sortit de sa bouche. On ne voyait plus ses cheveux blonds et fous, ni ses yeux de rapaces; son jeune frère s'était mis sur la tête, recouvrant tout son corps, une sorte de tunique rouge et or, brillant, arborant sur la poitrine le signe de la paix.
- Qu'est-ce que c'est ce que cette accoutrement? Demanda Shinrei, ayant peur d'être en plein délire collectif.
- C'est vrai que c'est assez folklo, admit en rigolant Chinmei.
L'impudent se retrouva bientôt avec la lame de Luciole contre sa gorge, ce qui arrêta sa crise de fou rire; il se contenta d'un ricanement silencieux.
- Je ne crois pas que cela soit le moment de faire l'andouille, menaça Keikoku dans l'oreille de Chinmei.
Taihaku était bouche bée. C'est qui, qui avait échangé sa planète de Feu contre ce maniaque déguisé?
Il avait du mal à imaginer Luciole parler ainsi. Si froidement, ayant complètement annexé ce ronronnement triste qui se cassait avant dans le fond de sa gorge.
Le chef regarda Shinrei fixement. Celui-ci, se sentant épiait leva la tête. Les orbes or que le subalterne rencontra étaient d'une sévérité sans précédent. Shinrei en frissonna presque, enveloppé par cette aura de reproches.
Taihaku avait voulu un peu apprivoisé sa planète de Feu en la rapprochant avec celle d'Eau, espérant que les gênes fassent le reste.
Tu parles. Taihaku les avait peut-être surestimés. Au lieu d'un peu d'harmonie, l'affaire avait finalement abouti à un fiasco dramatique et dément dans lequel Chinmei avait – c'était plus que certain – sa part de responsabilité.
Shinrei détourna les yeux, fixant le sol tout en haussant les épaules. Mais pas longtemps. Il les releva vers son parent et dit:
- Luciole, enlève ce manteau et arrête de te mettre en spectacle.
- Ta gueule! C'est pas un petit mibu faiblard comme toi qui va m'ordonner quoique ce soit. Maintenant, j'ai pas toute la journée, alors si nous en venions aux faits?
- Répète un peu ça, petit insolent! S'énerva Shinrei sortant ses armes.
- Rhooo? S'émerveillèrent Seichi et Saisei. Deux beaux mecs en pleins combats… Quel spectacle!
Mais la tournure des événements n'était pas des plus favorables. Taihaku se vit obliger d'intervenir:
- Shinrei! Range-moi ces armes. Keikoku, je te prie de mettre ton insolence au placard en ma présence.
La planète de Feu renifla de mépris et Shinrei fit la grimace mais obtempéra; aucun des deux ne se quittèrent du regard.
L'aîné ne comprenait pas l'arrogance de Luciole, ce comportement de provocation. Il grinça ses dents de frustration. Il n'avait aucune envie d'aller lui parler, et il se dégoûtait lui-même d'avoir pu, un jour, avoir partagé une partie de lui-même avec son jeune frère, serré dans ses bras.
Quand il était parti de la clairière détruite la veille et retourné chez lui, il avait trouvé Chinmei habillé, fumant sur un siège, visage rivé dans la nuit, lunettes blanchis par les reflets lunaires.
Chinmei avait été un peu surpris qu'il soit revenu; le lui reprocha presque.
Il s'eut levé, s'eut approché de Shinrei, immobile devant la porte. La Terre eut demandé s'il avait quelque chose à lui dire avant qu'il ne parte.
D'abord aucune réponse ne vint. Visiblement Shinrei n'était pas dans son assiette, puis peu à peu, il avait articulé, lentement et distinctement, une nouvelle lueur dans ses yeux, qu'il ne voulait plus le voir, ou ne serait-ce l'apercevoir; qu'il pouvait dire ce qu'il voulait à qui il voulait, il n'avait pas peur, et avait certainement des appuis bien plus conséquents que les siens. Et bien qu'il soit le joker de l'Ex Roi Rouge, au fond, on se foutait bien de lui.
Chinmei eut souri à ça, de ce sourire de requin et eut un mouvement de tête. Shinrei eut libéré la sortie et le brun partit, nonchalamment. Le mibu cendré espérait avoir été assez clair. Enfin, cela semblait être le cas, du moins pour le moment.
Maintenant, il fallait faire face à l'indifférence mordante de Luciole, mais là c'était moins facile de rester de marbre.
- … les quatre grands Sages nous demandent donc d'être prêts, expliquait Taihaku. Je compte particulièrement sur toi Shinrei.
- Heuu… oui, bien sûr.
Malheureusement, il n'était plus très au courant là. Il se réprima de ne pas faire plus attention aux réunions.
- Comment?! S'écria la voix de Keikoku. Et moi là dedans?! Vous comptez me laisser faire le sale boulot?
- Non planète de Feu, tu seras avec Chinmei dans la forêt d'Aokigahara pour…
- Non, je travaille seul, contredit Keikoku immédiatement.
- Mais quel caractère de cochon, ce Keikoku, rigola la planète de Bois et sa création.
Silence. Taihaku se frotta le menton.
- Sale petit prétentieux, rétorqua Shinrei machinalement sans vraiment y mettre de cœur.
- Shinrei tais-toi, ordonna le chef. Keikoku? Tu n'aimes pas Chinmei, c'est tout à ton honneur. Tu n'aimes pas Shinrei? Rien de plus surprenant, cela a toujours été ainsi. Mais tu ne crois pas que c'est en les supportant le plus possible que tu pourras devenir plus fort? Supportant leur présence n'est-il pas le meilleur moyen de te forger un caractère d'acier?
- Ne me baratine pas, Taihaku. J'ai entendu dire que tu étais très fort à ce petit jeu, fit la voix suspicieuse de l'autre blond. Mais ça ne marche pas sur moi, j'ai pas l'esprit faible et influençable comme Shinrei ici présent.
Chinmei rigola à cela mais on ne fit pas attention. Taihaku sourit:
- Keikoku, ne penses-tu pas qu'entouré des gens que tu anathématises le plus, tu apprends à mieux les supporter à mieux connaître leur points faibles?... non, ne me réponds pas, je sais pertinemment ce que tu vas me dire. Tu peux partir. N'oublis pas : demain tu pars avec Chinmei à Aokigahara.
Luciole sortit en trombe. Et en colère. C'était qui l'impertinent? C'était quoi son problème?! On ne lui avait rien demandé à ce grabataire humain! Comment osait-il le juger? Comment osait-il avoir raison?!
Supporter Chinmei?
Supporter Shinrei?
Non, il devait lui-même se monter insupportable pour dissuader les autres pour qu'on le laisse tranquille et seul. Son but, c'était de tous les anéantir, jamais il ne ferait parti des leurs. Il avait appris ça dernièrement à ses dépends.
Au loin, quelque temps plus tard, il vit le conseil des cinq planètes se séparer. Il devina la silhouette de son frère.
Il n'avait pas besoin de ces vulgaires marionnettes… il n'avait besoin de personne… sauf de lui, de son frère. Mais Shinrei n'était pas encore son frère, il faisait encore parti de ces abrutis, ils lui avaient bourré le crâne avec leurs idéologies creuses et leurs rêves de conquêtes chimériques ; il était devenu un pantin sans véritable esprit propre, sans véritablement savoir qui il était, à quel frère il était lié. Mais Luciole jura de changer tout cela.
Maintenant, tout ce qui lui restait à faire, était d'attendre Kyo. Et alors Luciole allait libérer Shinrei de ses chaînes, il allait le sauver. Et tout ça, parce qu'il l'aimait.
FIN
