Heya !

Me revoilà avec la quatrième partie de cette fiction qui, je dois l'avouer, a pris une tournure complètement inattendue... Mais que j'aime tout autant ! En tout cas, elle apporte du changement par rapport aux parties précédentes.

En fait, avec cette fiction, rien ne va jamais comme prévu, et je ne me prononcerai donc pas sur le nombre de parties restantes.

Je dédicace encore une fois cette fic à ma bien-aimée Illheart. Cœur sur toi petit poisson !

Et toujours une dédicace à L.S., sans qui cette histoire n'existerait pas.

Merci encore à Aurore Heart et Illheart pour leurs reviews !

Sur ce, bonne lecture.


Ici, le monde est paisible.

Partie IV


Comme un doux manteau blanc, la neige recouvre la moindre surface qui s'offre à elle. Les charpentes des maisons semblent s'effondrer sous son poids, les étals disparaissent sous cet océan immaculé. Le ciel et la terre se confondent, si bien que l'horizon s'efface. Des nuages épais filtrent les rayons du soleil, qui peinent à réchauffer l'atmosphère. Les températures demeurent négatives, et un léger vent souffle, emportant dans son sillage des tourbillons de flocons. A l'orée du hameau, les chênes ont perdu leur vert feuillage pour se fondre dans le paysage hivernal

Le Val des Cerisiers tourne au ralenti. Les échoppes montrent porte close, fenêtres et vitrines barricadées, alors que l'auberge accueille toutes les âmes en quête d'animation. Devant l'âtre, habitués et voyageurs de passage se réunissent dans la convivialité, partageant une choppe de vin chaud pour se réchauffer. Un poulet rôti à la broche cuit au-dessus des flammes, souvent arrosé de jus pour que les viandes ne sèchent pas. Pourtant, malgré les sourires qu'affiche le tenancier, il fixe avec anxiété l'entrée de sa taverne. Bloquée par des bûches et des tables, il craint que cela ne suffise pas. Si les rires des habitués couvrent les autres bruits, cela n'atténue en rien la peur palpable de ceux qui ont choisi de se retrancher ici dans l'espoir que l'horreur les épargne.

Dehors, la nuit tombe. La luminosité s'amenuise, l'après-midi touche à sa fin. Bientôt, les torches apporteront la seule lumière pour voir devant soi. Ils ont passé la journée entière cloîtrés dans son auberge. La rumeur de troubles violents les a tirés du lit avant l'aube, puis, dans la confusion et la panique absolues, la milice a donné ses ordres : toute personne aperçue dans les rues sera fusillé sur-le-champ. Un frisson d'effroi a alors traversé les habitants du village, qui se sont aussitôt retranchés dans leurs maisons, dans l'auberge, voire dans les échoppes pour disposer de vivres.

Le chaos règne au Val des Cerisiers. A plusieurs reprises, des groupes inconnus ont échangé des tirs féroces. Les douilles se noient dans la couche de neige, tachée de sang sur de nombreux mètres. Les conflits ont profondément marqué le paysage les murs des maisons sont abîmés par les coups de feu, qui ont aussi détruit les enseignes des boutiques. Des morceaux de verre brisé se mêlent à ce décor, tandis que des restes de palettes de bois calcinées répandent une odeur de brûlé.

Les miliciens, armes entre les mains pour contre-attaquer à tout instant, patrouillent dans les rues noires et silencieuses, éteignent les dernières traces d'incendie, recouvrent et emportent les corps de leurs camarades tombés au combat. Ils veillent à la sécurité des habitants et traquent leurs opposants, mais l'ennemi a disparu. Il s'est volatilisé dans l'obscurité nocturne.

A présent, seules les questions demeurent, entourées d'une aura mortifère. Qui sont ces attaquants venus de nulle part ? Personne ne le sait. Au petit matin, ils ont fondu sur le hameau avec une efficacité à toute épreuve, déjouant les premières ripostes de la milice. Il a fallu plusieurs heures avant qu'une défense soit mise en place et tienne tête à ces individus masqués. Une bataille de longue haleine a alors débuté, éreintante, sans grande avancée. C'est une victoire en demi-teinte qui en découle : l'ennemi s'est retiré, mais à quel prix ?

De la buée s'échappe du casque d'un milicien dans un soupir. Leur village est empreint de scènes de violences remarquables. Leurs instructions ont été inutiles face à l'assaut. Certaines portes barricadées n'ont pas suffi à contenir les échauffourées. Elles laissent désormais place à des trous béants, une entrée libre dans les maisons. A l'intérieur, plus âme qui vive ne les occupent. Les cadavres de leurs occupants s'étendent sur le sol, baignant dans une mare de sang.

Tous les domiciles n'ont pas subi cette brutalité morbide. La frappe a été précise, méthodique, visant certaines personnes en particulier. Le milicien n'en possède pas la certitude, mais il n'imagine pas d'autre explication. La taverne, qui abrite pourtant une bonne majorité du hameau, ne porte aucun stigmate de cette agression virulente. Pourquoi diable a-t-elle donc été épargnée ? Cela n'a pas de sens. Sauf si l'ennemi considère que les morts de ce jour devaient disparaître.

Interpellé par un collègue, il abandonne ses réflexions un départ de feu doit être éteint avant qu'il ne fasse trop de dégâts.

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Quels sont les résultats ?

C'est une presque victoire.

Presque ? Notre équipe a-t-elle rencontré des problèmes ?

Trois cibles nous échappent encore. Elles ont réussi à esquiver l'attaque.

Bénéficient-elles d'une aide extérieure ?

Je ne crois pas. Ce n'est qu'une question d'heures avant que notre équipe ne les élimine. D'après nos informations, l'une des cibles serait blessée.

Laquelle ?

Nox.

Pas la plus dangereuse des trois, malheureusement. Mais un grand pas a déjà été fait en cette journée. Bientôt, cela ne sera plus qu'un vaste souvenir disparu entre les flammes.

Souhaitez-vous donner d'autres indications à notre équipe ?

Qu'elle ne laisse pas s'échapper nos trois cibles, sans quoi cela serait désastreux. La Vertu Déshonorée de la Charité en sait trop.

Je leur rappellerai.

Et qu'elle reste sur ses gardes. On ne sait jamais ce que peut prévoir cet acteur raté pour préserver son feu et l'empêcher de s'éteindre. Le Val des Cerisiers est un terrain connu pour lui.

A cause de la présence du Collège Prufrock à quelques kilomètres de là ?

Exactement. Sa nature d'élève fauteur de troubles l'a souvent conduit à explorer les environs.

Je transmettrai l'information à notre équipe.

Parfait. Il est temps de mettre un terme à cette folie incendiaire.

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Tu vas mourir.

Ces trois petits mots se répètent inlassablement dans ta tête. Ton esprit les martèle sans te laisser la moindre seconde de répit.

Tu respires avec difficulté à cause des angoisses qui t'assaillent à l'idée de voir tes jours toucher à leur fin très prochainement. Tu ne veux pas mourir maintenant. C'est trop tôt, beaucoup trop tôt.

Pourquoi dois-tu mourir au moment où tu te sens enfin en vie ? Au moment où respirer n'est plus une torture ?

L'ironie de l'existence est cruelle. Tu ne peux même pas réparer cette injustice. Tout ce que tu peux encore faire, c'est te battre dans l'espoir de survivre. Cette faible lueur que tu caresses des doigts sans parvenir à la saisir. Elle brille faiblement sous tes yeux, vacille et tu crains qu'elle ne disparaisse pour de bon.

Tu serres les dents alors que tu changes de position. La balle logée dans ton genou te cause des souffrances que tu as crues oubliées. Tu te revois comme paria, errant dans les rues en piteux état après un passage à tabac. Bien que différente, la douleur reste sensiblement la même, et elle t'empêche de bouger comme tu le souhaites. Ta mobilité s'étiole, et tu te sens piégé comme un rat. Retranché dans cette cahute à la toiture rongée par les termites, tu redoutes que la milice ne piste ta trace. Tu as très bien pu laisser des gouttes de sang sur le chemin, et la confiance te manque pour te reposer sur l'obscurité nocturne.

Tu regrettes tant de choses. Plus ta mort approche, et plus tu ressasses ce que tu as été incapable de faire. Des actions que tu aurais dû réaliser, des mots que tu aurais dû prononcer. Ces dernières semaines ont été tellement riches que tu t'es laissé porter par le courant, entraîné dans toutes ces découvertes. L'organisation V.D.C. recèle encore de secrets que tu ne connaîtras probablement jamais désormais. Tu as conscience d'être encore loin d'être un volontaire accompli, mais le temps te glisse entre les doigts. Le destin semble te jouer un tour et corroborer les propos acerbes de ton paternel. « Tu es incapable de faire quelque chose correctement ! » Plus que jamais, l'impression d'avoir été poignardé par une vérité blessante te saisit.

Inexorablement, tes pensées se dirigent vers Kaku. Sans connaître ton identité, ton passé, cet homme t'a tendu la main. Il t'a offert la possibilité d'une nouvelle vie sans rien demander en retour. Il t'a guidé lors de tes premiers pas au sein du manoir, t'as enseigné les valeurs des volontaires, les fondements de l'ordre que tu as rejoint. Il t'a donné sans compter, a toujours répondu présent lorsque tu avais des questions, malgré ses quelques silences sur des sujets délicats. A aucun moment, il n'a tenté d'en apprendre plus sur toi. Ce qu'il voyait lui suffisait. Ta vie passée n'avait aucune importance à ses yeux. Tout ce qu'il voulait, c'était te monter qu'ici, le monde est paisible.

Et il l'est. Pour la première de ta vie, tu t'es senti accepté parmi une communauté. Pas l'ombre d'une seconde, tu n'as regretté d'avoir attrapé sa main.

Pourtant… Tu n'es désormais plus sûr de rien. Les remords t'assaillent, car tu n'as jamais osé en sa présence mettre des mots sur tes sentiments. Tu as tu ce qui naissait en toi, et à présent, il est trop tard. Tu vas mourir d'ici peu, et même sans cela, tu sais très bien que cela est vain. Même si tu sors indemne de cette cahute, du Val des Cerisiers, tu ne reverras jamais les doux sourires que t'adressait Kaku. Il ne t'expliquera plus le fonctionnement de V.D.C., il ne s'amusera plus de te voir manger comme quatre et de t'émerveiller face à de nouveaux plats. Il ne te fera plus rire.

A quoi bon survivre s'il n'est plus là ? Sans lui, le monde ne sera jamais plus paisible.

Alors autant mourir.

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Qu'en est-il du sucrier ?

Toujours introuvable, j'en ai peur.

Au moins cet acteur raté n'a pas mis la main dessus, c'est déjà une bonne nouvelle. Que nos trois cibles nous échappent pour quelques heures supplémentaires, passe encore, mais jamais Olaf ne doit mettre la main sur le sucrier. Si cela venait à arriver….

Ce serait une catastrophe sans nom. J'en ai conscience.

Les recherches piétinent-elles à ce point ?

Nous avons une piste, mais elle reste maigre. Ce sont que des bribes d'indices, rien de très concret. Nous tentons de la remonter, mais jusqu'à présent, nous ne sommes pas encore parvenus à établir sa localisation.

Espérons donc qu'il en vaille de même pour cet acteur stupide.

Malgré les efforts qu'il mène, il n'est toujours pas parvenu à quelque chose. Je doute qu'il réussisse avant nous.

Espérons, Madame Lulu, espérons. Je refuse que cet idiot nous damne le pion.

Et nous ferons tout pour.

Nous aurions dû l'éliminer il y a de ça des années. Ce fut une erreur de lui laisser la vie, qu'importent les bénéfices que nous a apportés le schisme.

Mais sans le schisme, nous n'aurions jamais acquis le sucrier une première fois.

Il est vrai.

Un soupir lui échappe.

Rappelez-vous, Madame Lulu, qu'il est impossible de faire confiance aux volontaires ignorants. Tôt ou tard, ils failleront à leur tâche. Sans eux, le sucrier n'aurait pas été perdu.

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Jyabura se fige quelques secondes. Quand il entre dans la chambre de Fai, il ne s'attend pas à la voir faire son sac alors que les ordres sont clairs : personne ne quitte le manoir. Encore une fois, elle n'en fait qu'à sa tête.

— Tu peux m'expliquer ce que tu fais ?

— Cela ne se voit donc pas ? Ou ta stupidité te rend-elle aveugle ?

Elle lui répond sans redresser la tête de ses affaires. Elle lui parle avec son ton hautain habituel qu'elle réserve aux autres. Avec lui, elle l'a abandonné depuis des lustres, sauf lorsqu'elle a envie de le taquiner. La voir redevenir indifférence avec lui l'agace.

— Fai ! Je ne plaisante pas !

— Cesse donc de te mêler de mes affaires, Jya, cela vaut mieux pour toi.

— Mais à quoi tu joues !

— J'agis pour la Compote. Mais tu es trop stupide pour comprendre.

— Tu ne m'expliques rien aussi !

Il ne sait pas ce qu'est cette « Compote », et il doute de vouloir réellement savoir. Fai a toujours eu cette aura de mystère, et la percer à jour risque d'entraîner un lot de conséquences effroyables. Et avec les récents évènements, Jyabura ignore s'il pourra le supporter.

— D'abord Kaku qui… s'insurge-t-il avant de s'interrompre et d'enchaîner avec la suite. Et maintenant toi ! Qu'est-ce qu'il te passe par…

— Dis-le, le coupe-t-elle sans douceur.

Elle le fixe droit dans les yeux, inflexible.

— Dis-le, Jyabura.

— Tais-toi !

— Kaku est mort.

— Ta gueule !

Il crie son opposition à la vérité. Il ne veut pas l'entendre, trop douloureuse pour ses oreilles. Et surtout, il ne veut pas l'accepter. Il ne veut pas y croire. Fai renifle avec dédain.

— Pour quelqu'un qui se prétend son meilleur ami, tu ne fais pas grand-chose pour lui. Tu restes planté là, à te lamenter sur son sort. Tu me déçois, Jya. Tu n'as décidemment pas les valeurs de la Compote.

Elle attrape son sac, le jette sur son épaule. De sa démarche fière elle rejoint la porte de sa chambre. Elle s'arrête un instant devant Jyabura.

— C'est fini entre nous, Jya. N'essaye même pas de m'en empêcher, ou de me rattraper, ou je te jure que ce n'est pas un couteau dans le dos que tu te prendras.

— … Fai !

— Tant que tu seras aussi lâche, n'espère même pas comprendre les tenants de cette situation. N'espère même pas comprendre le sacrifice de Kaku. Tu resteras à jamais un volontaire ignorant.

Sans lui accorder un regard supplémentaire, ne prêtant aucune oreille à ses protestations vaines, elle quitte sa chambre et s'éclipse dans le couloir.

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Tu entends du bruit, des râles étouffés qui s'approchent. Là, dehors, dans la neige, le froid, et l'obscurité, une personne s'avance vers la cahute. Ou plusieurs, tu n'en es pas certain. La peur qui te saisit les tripes t'empêche de le savoir avec exactitude. Tu redoutes l'identité de celui ou celle qui franchira la porte.

Ta prise se resserre sur la crosse de ton arme. Si besoin, tu es prêt à t'en servir, mais tu sais que tu n'iras pas bien loin avec. Ton chargeur est presque vide, il ne te reste que deux balles. Tu doutes de réussir à faire mouche avec autant de pression sur tes épaules. Tu n'es pas un grand tireur, à dire vrai tu as commencé à apprendre avec Kaku, au sein de V.D.C.. Tu n'as jamais tenu de pistolet entre tes mains auparavant, et les sensations qui en découlent te paraissent toujours étranges. Tu n'as même jamais tué, alors l'idée de franchir ce cap en cette nuit te déstabilise quelques secondes. En seras-tu seulement capable ?

La poignée qui tourne interrompt tes réflexions. Ton cœur s'accélère dans ta poitrine, ta respiration s'affole. Ton esprit ne parvient pas à se décider sur ce qu'il veut, entre rester en vie et périr. Tu déglutis difficilement, la porte s'ouvre dans un grognement contre l'hiver et ses températures trop basses.

Un homme apparaît. Il se fige un bref instant lorsqu'il t'aperçoit, sa bouche se déforme en un « oh » de surprise, et son regard balaie la cabane délabrée à la recherche de quelque chose qu'il ne trouve pas. Il ne te semble pas hostile, et de toute façon, tu ignores ce qu'il convient de faire. Le menacer ? Parler ? Le sommer de partir ? Tu n'en pas la moindre idée.

— Ça, pour une surprise. Moi qui croyais que cette cahute serait déserte.

Sa voix te surprend. Tu demeures un moment coi, alors qu'il s'intéresse à peine à toi. Il continue d'observer le reste des lieux, restant planté devant l'entrée. A aucun moment il n'effectue de geste déplacé. Il a dû voir ton arme, et préfère donc se montrer prudent.

Cet homme t'est inconnu. Malgré tes années à vivre dans la rue, tu n'as pas le souvenir de l'avoir déjà croisé. Toutefois, avec ses yeux bleu pâle, son crâne dégarni sur le devant, et ses cheveux grisonnants qui forment une touffe sur l'arrière de sa tête, tu le reconnaîtrais à coup sûr.

— Je peux m'asseoir ?

Cette fois-ci, il te fixe alors qu'il se frotte les bras pour se réchauffer. Sa politesse t'étonne, tu l'imaginais plus… brute. Il ne te paraît pas le genre de personnes à faire des courbettes pour obtenir ce qu'il désire. Pourtant, il semble faire quelques efforts pour que la situation ne s'envenime pas. Tu n'en comprends pas encore la raison, mais cela vaut sans doute pour le mieux. Tu es extenué par les derniers évènements, et tu n'as pas envie de déclencher un nouveau conflit sans nul doute évitable.

Tu hoches donc la tête sans prononcer un seul mot. Tu ne sais pas ce que tu pourrais dire, s'il convient même de lancer une discussion. A dire vrai, tu te sens un peu mal à l'aise en sa présence. Depuis qu'il s'est assis, il ne te lâche plus, il te dévisage sans interruption.

— Tiens donc. Si je m'attendais à croiser le fils Nox.

A cette déclaration, tu écarquilles les yeux. Tes oreilles doivent te jouer un tour, cela ne se peut… En dehors de Fai, personne ne connaît tes origines depuis que tu as rejoint V.D.C.. Alors comment ?

— … Pardon ?

— Oh, ne prends pas cet air effarouché, tu croyais vraiment que c'était un secret ?

Tu restes silencieux, atterré. La situation t'échappe complètement. En à peine quelques secondes, tu as l'impression d'être projeté en un milieu hostile et inconnu, où tu risques de trépasser à tout instant.

Il ricane, attirant de nouveau ton attention.

— La belle affaire, que tu sois le fils Nox. Pour ce que ça change.

— Vous connaissez ma famille ?

Tu te décides enfin à formuler les questions qui t'assaillent. Tu ne tiens pas à rester indéfiniment dans l'ombre, alors tu prends ton courage à deux mains pour aller chercher des réponses. Puisque cet homme semble ouvert à la conversation, autant en profiter.

— Bien sûr que je connais ta famille. Ton cousin est un sacré petit con.

— … Je n'ai pas de cousin.

— Si, c'est juste que tu ne le connais pas. C'est là toute la nuance.

Tu es perdu. Tu ne comprends rien à ce qu'il te raconte. Tu ne parviens pas à le croire lorsqu'il t'affirme connaître ton cousin. Quel cousin ? Comment peut-il mieux connaître ta famille que toi ?

— Toi, le fils renié, tu crois vraiment que ton père t'aurait fait rencontrer cette partie-là de sa famille ?

— Mais vous, vous la connaissez ?

— Bien sûr. J'ai étudié avec ton cousin, au collège Prufrock. Et c'est un vrai petit con, toujours à réciter ces stupides codes littéraires. Il m'exaspérait.

Tu fronces les sourcils. Le collège Prufrock. Kaku t'en a brièvement parlé lorsque tu as croisé ce nom dans un ouvrage. Cette école située non loin du Val des Cerisiers sert avant tout de repérage pour les futures recrues de V.D.C., et accueille même les enfants des actuels volontaires afin qu'ils rejoignent à leur tour l'organisation.

Les pièces du puzzle s'assemblent soudainement dans ton esprit. Son soi-disant « cousin » a étudié au collège Prufrock, et récitait des codes littéraires, une particularité des volontaires. Est-il… ? Non, impossible.

Mais tu hésites. Tu observes l'inconnu en face de toi, cherchant à déceler la vérité. Tes doutes t'empêchent de te décider sur la marche à suivre. Puis, finalement, tu te jettes à l'eau.

— Je n'avais pas réalisé qu'il s'agissait d'une occasion triste.

Un reniflement de dédain et d'amusement te répond.

— Tu as vraiment cru à toute cette poésie ? Le monde est paisible, le passé des volontaires n'importe pas ? Tu es bien naïf.

Tu ouvres la bouche, mais aucun mot n'en sort, choqué. Les réponses t'apparaissent enfin. Tu es face à un V.D.C. scélérat. Et ton soi-disant « cousin » doit aussi être un volontaire. Tu n'en reviens pas.

— Vous êtes de l'autre côté du schisme.

Il éclate de rire sans retenue à cette déclaration.

— Parce que tu ne sais pas même qui je suis ? Ils ne vous apprennent vraiment plus rien !

Il retrouve cependant son calme sans tarder. Il plonge ses yeux droit dans les tiens, adoptant un sérieux nouveau.

— Et que vas-tu faire ? Utiliser mon arme, me tirer dessus ?

Tu ne réponds rien. Tu n'en as aucune idée. Comptes-tu réellement le tuer ? Tout s'enchaîne trop vite à ton goût, les données s'entremêlent dans ton esprit. Ce schisme au sein de l'organisation t'est encore étranger, tu n'en connais pas les véritables causes. Avec si peu d'informations, décider de la vie d'un homme dont tu ignores tout t'apparaît abject.

— … Non.

— Parfait ! Evitons donc de nous écharper, je ne tiens pas à leur faciliter le travail.

— Leur faciliter le travail à qui ?

Tant de choses t'échappent, tu le sens. Cet homme en sait bien plus que toi sur la situation, sur ce chaos qui a secoué le Val des Cerisiers depuis l'aube. Il connaît même une partie de ta famille dont tu ignores tout.

— Tu es encore un volontaire ignorant, forcément. J'oubliais presque.

— Comment ça ?

Tu affrontes ton regard, déterminé à ne pas lâcher cette source inestimable d'informations.

— Tu ne connais rien de la réelle face des V.D.C.. Tu te contentes de toute leur poésie qui ne rime à rien. Tu crois seulement ce que l'on te raconte.

— Alors expliquez-moi votre position.

Il ricane. Son sourire est un peu effrayant, comme si tu venais de mettre un pied sur une pente glissante dont tu ne pourras pas te dépêtrer. Mais tu ne recules pas. Autant découvrir le point de vue controversé de l'organisation.

— Tu crois toujours que le passé des volontaires importe peu ?

Tu papillonnes des yeux, désarçonné. Quel est le rapport ? Tu ne comprends pas les raisons derrière cette demande soudaine. A quoi cela l'avance de savoir cela ?

— Cela n'a aucune importance, oui.

— Alors tu es bien naïf. C'est parce que tu es un Nox que tu te retrouves dans cette galère.

— Pardon ?

— Tu es bouché ? Ton oncle est un volontaire, bien que méconnu. Il appartient aux hautes sphères de l'organisation, il agit dans l'ombre. C'est pour ça que tu n'as jamais entendu parler de lui, comme de ton cousin. Mais lui, à coup sûr, il te connaît. Ton père lui a sûrement demandé de t'éliminer.

— Comment pouvez-vous savoir ça ?

Tu refuses de le croire. C'est trop inattendu, trop tiré par les cheveux. Tu n'as jamais su que ton géniteur avait un frère, tu l'as toujours cru fils unique. Pourtant, dans les milieux bourgeois, les familles revêtent des dimensions importantes, on entretient des liens avec toutes les branches. Cela te dépasse.

— Disons que la Compote est une alliée qui m'est des plus utiles.

Il arque un sourcil alors que les informations s'enchaînent sans qu'il ne parvienne à les comprendre.

— La Compote ?

— Tu ne peux pas comprendre. Tu es un V.D.C. noble, cela ne te regarde pas.

— Soit, concèdes-tu pour changer de sujet. Alors pourquoi les hautes sphères de V.D.C. sont méconnues ?

— Parce que cela ne regarde pas les volontaires ignorants. Personne ne doit connaître la valeur du sucrier, les raisons derrière le schisme. Cela nuirait considérablement à votre image.

— Le sucr…

La porte de la cahute s'ouvre brutalement, elle claque contre le mur, t'empêchant de terminer ta phrase. L'espace d'une brève seconde, tu pestes, car tu approchais enfin de réponses jusque-là hors de portée, mais ton sang se fige l'instant suivant. Par réflexe, tes mains se serrent autour de ton arme, prête à faire feu sur l'intrus. Est-ce la milice ? Ou toute autre personne hostile ?

Le V.D.C. scélérat s'est redressé dès l'irruption de l'inconnu, mais il ne bouge pas. Ses mains sont levées au-dessus de sa tête alors qu'un revolver est braqué en sa direction.

— Olaf.

Tu reconnais cette voix froide, acerbe, et il ne te faut pas davantage pour te souvenir de l'identité de l'homme. Law Trafalgar, le médecin des V.D.C. que tu as brièvement rencontré lors de ta visite à l'infirmerie. L'impression glaciale qu'il t'a laissée n'a pas changé d'un iota, et tu crains l'évolution de la situation.

Puis le choc te frappe. Olaf. Le Comte Olaf. Tu écarquilles les yeux. Depuis le départ, tu discutes avec le chef des V.D.C. scélérats comme si de rien n'était, et il s'est bien gardé de te révéler cette information.

Tu te secoues intérieurement, resté atterré par la situation ne t'aidera en rien. Il vaut mieux que tu essaies de comprendre ce qu'il se passe.

— Law ?

— Ta gueule, ou je te flingue avant lui.

Tu déglutis face à cette réplique sèche. Olaf demeure de marbre, impassible quant à la tournure des évènements.

Cette fois-ci, tu crois bien que ton heure est venue.

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On n'agresse pas l'auteur pour ce suspense exacerbé, ce flou qui règne, ou encore pour certaines informations concernant les personnages (qui assume d'ailleurs totalement ses choix, et s'amuse d'avance des réactions).

La suite devrait arriver dans des délais plus courts (en toute logique), de toute façon, j'édite mon profil pour tenir au courant de mes avancées !

N'oubliez pas que la review est l'alimentation principale des auteurs, alors n'hésitez pas à en poster une !

See ya !