5.
Levant les yeux, Skyrone aperçut son cadet à la chevelure de feu qui descendait allègrement les marches menant de la plateforme d'accès aux premières salles du Laboratoire. Il sourit.
- Tu sembles en bonne forme, Aldie.
- Un mois de repos complet te remettre n'importe qui sur pieds ! Quand ce n'était pas Ayvi qui m'interdisait de faire quoi que ce soit, c'était notre mère, et même notre père s'en est mêlé !
- Non, pas n'importe qui. Tu as une constitution d'acier, petit frère.
- Je crois aussi que le sang de Saharya y contribue. Il ne m'immunise pas uniquement contre les maladies, il purifie mon organisme et accélère mon rétablissement.
- Tu as certainement raison.
Delly s'approcha, posa une main sur l'épaule de chacun des deux frères.
- Je dois finir mon rapport. Allez déjeuner tous les deux !
- On peut t'attendre, Delly.
- Tu es sympa, Aldie, mais j'ai pris trop de retard, j'en ai pour des heures ! Je me ferai livrer quelque chose de la cafétéria.
- Allons-y, céda son mari. Je connais cette mine, Delly va bosser sur les chères –ides et –ines !
- En ce cas, fuyons ! gloussa Aldéran en attrapant son aîné par le poignet.
- Toi et ta phobie des –ides et –ines…
Aldéran rit doucement.
Devant une salade, les deux frères avaient d'abord discuté de tout et de rien.
- Alors, tu reprends le boulot.
- Oui. Les greffes de peau de la semaine dernière ont pris et elles estomperont toute trace des morsures d'ici un moment. J'ai passé les tests d'efforts au SIGiP et j'ai été déclaré bon pour le service.
- Et j'imagine que tu trépignes d'impatience ? sourit Skyrone en versant du vin blanc frais dans le verre de son cadet.
- Evidemment. Après tout, Jarvyl n'est pas le Colonel de l'AL-99, il n'a pas à assurer cette responsabilité plus longtemps que de nécessaire. Je dois le relayer. Et puis, il a une Unité à mener !
- Toi aussi, remarqua Skyrone avec pertinence.
Aldéran reposa sa serviette.
- Plus pour longtemps. L'AL-99 est une énorme machine policière et plus le temps va, plus j'ai de charges. Je dois donc charger Soreyn de l'Unité, pour me consacrer à la direction du Bureau et ne plus aller sur le terrain qu'au compte-goutte.
- On dirait que tu deviens raisonnable.
- Non, le bon sens. Le fait aussi qu'en plus de vingt-cinq ans de plaies et de bosses, j'ai quand même esquinté ma carcasse, même si tu as toujours l'impression qu'elle se rétablit plus vite que la normale. Enfin, je dirai à Soreyn que sa nomination n'est que provisoire, une sorte de mise à l'essai, pour moi. Car je ne doute pas que le terrain me manquera et je ne pourrai pas résister bien longtemps à son appel.
- Je me disais bien que ta lucidité ne durerait pas ! rit Skyrone.
- Rien de plus fort pour me faire donner le meilleur que de me donner un ennemi à la hauteur ! Je suis curieux de voir ce qui, cette fois, m'est ré…
A la stupéfaction de son aîné – mais pas tant que cela au final – Aldéran se volatilisa de son siège.
- Saharya, vous devriez éviter ces tours de passe-passe en public ! marmonna-t-il alors que les regards s'étaient tournés vers la place vide, mais juste quelques instants, l'indifférence habituelle des galactopoles l'emportant et chacun ne pensant plus qu'à soi.
- Saharya, tu devrais éviter ces tours de passe-passe en public ! lança Aldéran en se rematérialisant au Sanctuaire de la Magicienne Blanche. Qu'avais-tu de si important, ou si urgent, à me dire que la télépathie ne suffisait pas ?
Saharya s'approcha, son éblouissante blondeur illuminant l'espace immédiat autour d'elle.
- Tu les as vus revenir à la vie : les Généraux de l'Apocalypse.
- Un rêve, se défendit encore l'enfant qu'elle avait mis au monde. Un rêve particulièrement réaliste et persistant, mais ça s'arrêtait là.
- Non, tu ne crois pas toi-même à ces propos, répondit-elle doucement et fermement, ses mains sur les siennes. Tu as lu l'article de Presse, les deux Galacto-Anthropologues sont morts là où tu avais assisté à leur exécution.
- Et ces trois nudistes m'ont balayé comme un rien… Je ne vois vraiment pas ce que je viens faire dans cette histoire ! ? Ils sont un peu trop nombreux et trop puissants… J'ai toujours su m'en sortir face au surnaturel, mais ce n'est qu'en étant relié à ton Sanctuaire que je peux développer mon énergie à son paroxysme et ça ce n'est pas bon… Mon corps humain a du mal à tenir le coup…
- Je ne l'ignore pas, Aldéran.
Il se racla la gorge.
- Si tu m'as fait venir, c'est que ta vision de l'avenir immédiat s'est déclenchée. Oui, je vais être face à ces trois Généraux, c'est bien ça.
La Magicienne inclina légèrement la tête.
- Je sais ce qui va arriver, je peux même avoir la vision de ton entière destinée désormais ! Pour en revenir aux Généraux, comme dans une autre mythologique, les Généraux doivent être quatre. Ils sont d'ailleurs en ce moment à la recherche de leur dernier compagnon.
- S'ils se dressent sur ma route, ils verront de quoi je suis capable, rugit Aldéran, poings serrés, ses prunelles bleu marine étincelantes. Qu'ils ne s'approchent pas de RadCity et encore moins de ma famille ! Qu'ils soient trois, ou quatre, ça ne me fait nullement peur !
- Je l'espère… Je ne peux rien pour toi, désolée.
- J'ai appris à me débrouiller seul. Ca ira ! Maintenant, renvoie-moi auprès de mon aîné, s'il te plaît.
La nuit tombée, Alféryone, Alrénaze et Alganhar observaient depuis les hauteurs les lueurs de RadCity.
- Le quatrième Général est ici.
- A nous de le retrouver.
- A nous de faire en sorte qu'il nous suive.
- Ensuite, nous pourrons aller à notre Sanctuaire et déclencher l'Apocalypse !
