Malgré le fait que j'avais incroyablement sommeil, je ne dormis pas des masses. Je me réveillai aux alentours de 8h30, puis, après m'être douchée et habillée, fonçai en bas pour prendre mon petit-déj'. Je mangeai comme une Gargantua, pour changer un peu, malgré le copieux MacDo de la veille. Il faut dire aussi que j'avais un terrain diabétique, et que la bouffe était assez importante, à commencer par le fait que je ne devais louper aucuns repas. Sans être hypocrite, j'en profitais parfois pour manger plus que nécessaire, ce qui n'était pas non plus bon. Je me servis quand même un gros bol de céréales, une pomme, un jus de fruit au lait, et deux pains au chocolat. Après ça, j'allai chercher mon sac dans ma chambre, et examinai le plan du métro. Je voulais passer d'abord au cimetière, et ensuite à la Cathédrale. Même en étant chrétienne, j'avais le raisonnement d'une agnostique.

Je sortis de l'hôtel et allai à la même bouche de métro que la veille, en empruntant le chemin pour descendre à la station "Père Lachaise". Arrivée à destination, le cimetière ne fut pas difficile à trouver : il était juste devant moins, avec ses murs imposants et une marchande de fleurs. J'y allai pour prendre un bouquet que je comptais déposer sur la tombe d'Allan Kardec. J'avais envie de le voir depuis longtemps, mais n'étant jamais venue en France auparavant, je commençai à en avoir un peu marre d'attendre le jour J. Enfin, il était arrivé. J'entrai dans le cimetière et grimpai les marches de pierre, pour tomber sur un plan qui me confirma ce que je pensais : que ce cimetière était immense. Allan Kardec se trouvait dans la 44°Division, et je dus marcher un bon moment parmi les tombes, en ruines pour la plupart, avant de tomber sur lui. C'était comme un petit abris, et son buste était posé sur une tour en pierre. Au-dessus était gravée sa citation : "Naître, mourir, renaître encore et progresser sans cesse, telle est la Loi". Je déposai les fleurs devant lui. Ensuite je fis un "Notre-Père" et un "Je vous salue", seules prières que je connaissais par coeur, puis pris le chemin en sens inverse pour aller à la Cathédrale. Je remarquai qu'il y avait un monde pas possible, plus là pour visiter que pour prier. Même si je savais que c'était devenu "logique" ça me dépassait. J'allai voir du côté du Christ et de la Vierge Marie, priai un peu, allumai des bougies, puis sortis pour prendre le métro, direction Bercy. J'avoue que je n'avais pas la tenue la plus appropriée pour aller dans un cimetière et dans une Cathédrale, mais bon, je n'avais pas envie de faire un détour par l'hôtel.

Je descendis à la station "Bercy", pris les escalators pour ne pas me taper les escaliers (pure fainéantise). Je sortis à l'air libre (mais toujours aussi pollué), et me dirigeai vers une place où une foule assez importante faisait déjà la queue. Je consultai l'heure sur mon portable. Il était 15h30, heure française. Je vis que la queue n'était pas aussi importante que ça, alors j'allais vite à une supérette pour m'acheter un sandwich et une bouteille d'eau. Après, je retournai à la salle de concert, et me calai sur l'herbe, en bout de file. Je sortis l'autobiographie de Marilyn Manson, que j'avais complètement oubliée, puis commençai à lire, la phrase d'introduction étant "A Barb et Hugh Warner - Que Dieu leur pardonne de m'avoir mis au monde". Je poursuivis ma lecture en mangeant mon jambon-beurre (spécialité Parisienne, apparemment), sous un cagnard qui ne laissait même pas venir un peu d'air. Pourtant ça aurait fait du bien, surtout si on prenait en compte les gens complètement pétés et bourrés. C'est reconnu, l'alcool et le soleil ne font jamais bon ménage. J'allais finir le passage où Manson parlait de sa chienne Aleusha pour attaquer le deuxième chapitre de la première partie, intitulée "quand j'étais un verre", quand une fille à côté de moi, que je n'avais pas remarquée, me demanda si elle pouvait me piquer un peu d'eau. Je lui répondis que oui, en lui passant la bouteille.

- Tu m'excuses, mais je bois directement...

- Vas-y, t'as pas la galle, plaisantai-je.

Riant, elle porta la bouteille à sa bouche et avala plusieurs gorgées de l'eau, qui était un peu chaude et pas trop bonne.

- Merci, dit-elle en me la rendant.

- De rien.

Je la refermai, et remis la bouteille dans mon sac.

- T'es d'ici ?

- Nan, du tout. Et toi ?

- Je vis en banlieue, à Meaux. Tu viens d'où ? Du Sud de la France ?

- Pourquoi ?

- T'as un drôle d'accent, remarqua-t-elle.

Et c'est reparti !

- Tu viens d'où ?

- Je vis au Japon, lançai-je.

- Cool ! C'est quoi ton prénom ?

- Annouck. Et toi ?

- Alexia. T'y vis depuis longtemps ? Moi, j'ai jamais quitté l'Île-de-France.

- Ben en fait, je suis née là-bas. Mon père est Japonais. Je suis moitié-moitié.

Alexia poussa un sifflement assez strident, et me dis que j'avais du bol. Mais ça, je le savais.

- Et ils font quoi tes parents, si c'est pas indiscret ? demandai-je, à mon tour.

- Mon père est banquier, et ma mère prof d'espagnol dans un lycée. C'est aussi ma prof, d'ailleurs. Et les tiens ?

- Pfiou ! lâchai-je. Ma mère je sais pas du tout, et mon père est chanteur de rock.

- Genre Manson ?

- Nan, je dirais plus Muse, Red Hot Chilli Peppers ou encore Nickelback. Il fait aussi parti d'un groupe de J-Music.

- Il chante bien ?

- Ben je vais pas dire non, c'est quand même de mon père qu'on parle, riai-je. Tu veux l'écouter ?

Elle me dit que oui. Je sortis le mp3 de mon sac, et programmai sur "finale", ma chanson fétiche. La suivante était "Revelation". D'après ses dires, Alexia avait beaucoup apprécié.

Le temps avait pas mal défilé entre nos conversations et la musique, si bien que quand elle regarda sa montre, il était déjà 18h45.

- Ils vont nous faire entrer, me dit-elle.

Nous nous sommes mises en file indienne, nos billets à la main, et avons commencé à avancer progressivement. Nous sommes entrées dans la salle de concert aux alentours de 19h30. Deux agents de sécurité habillés en noir s'occupaient de nous fouiller, tandis que deux autres validaient nos billets. Il y en avait déjà qui étaient malades, plus par rapport au fait qu'ils avaient picolé que par l'excitation de voir un chanteur réputé "fada" ou même "sujet de psychiatrie". J'étais impressionnée par cette immense salle de concert rouge. Mais elle était quand même un peu plus petite que les salles au Japon, il ne faut rien exagérer.

- T'as soif ? me demanda Alexia, en désignant un stand en retrait de la fosse.

- Ouais. Tu peux me prendre un bouteille d'eau, s'te plait ? Je vais nous trouver une bonne place.

Je lui donnai les sous, et avançai le plus près possible de la scène. La foule commençait à se ramener. Ca avait quelque chose d'assez impressionnant. Même pour les concerts de Laruku les gens sont moins serrés. Alexia revint avec une petite bouteille qu'elle me tendit, avec la monnaie. Je la remerciai.

- Tiens, prends ça.

Je pris ce qu'elle me tendait. Ca ressemblait à un petit bonbon rose. Un cochon y était incrusté.

- C'est quoi ? demandai-je, plus ou moins méfiante.

- T'inquiète, Annouck. C'est un truc pour qu'on s'éclate à fond, histoire d'être bien dans le tripe.

Après tout, pensai-je, ça peut pas être mortel.

Je flanquai ce "truc" dans ma bouche et l'avalai d'un coup avec une bonne gorgée d'eau par derrière.

- Ca a pas de goût, remarquai-je.

- Aucun n'a de goût, me dit Alexia en en prenant un à son tour. Si t'en veux un autre, demande-moi surtout. Ne te gêne pas.

- Ben j'en veux bien un deuxième, parce que je sens rien du tout.

Elle en sortit un noir de sa poche cette fois, et je l'avalai rapidement. Je ne sentais toujours rien. Je regardai Alexia qui me jeta un regard complice, qui voulait dire que j'allais m'éclater. Elle eut malheureusement raison.

Les lumières s'éteignirent, et une meufe blonde mal sapée (sa robe ressemblait à une vieille serpillère) se mit à chanter. Il s'agissait de Queen Adreena. Un mec derrière moi sifflait, et son pote balança une bouteille d'eau que la bassiste reçue en pleine tête. En temps normal, j'aurais trouvé ça abusé, mais là j'éclatai de rire. Alexia était écroulée, et levait son majeur vis-à-vis de la chanteuse et de son groupe de merde. Je fis de même, en hurlant à plein poumons. Jamais je n'avais fait ça avant, mais ça me plaisait. Cette connerie dura presque une heure, et c'est aux alentours de 21h et quelques que Marilyn Manson ramena sa fraise. Tout le monde courut vers la scène, et nous nous sommes tous retrouvés serrés comme des sardines. Ca commença par l'instrumentale de "Antichrist Superstar", puis la chanson "The Love Song", où on ne s'est pas fait prier pour l'accompagner au niveau des paroles. C'est en plein milieu de la chanson "Personal Jesus" (il y avait eu avant "Irresponsable Hate", "Anthem", "Disposable Teens", "mOBSCENE", "Tourniquet") que je réclamai à Alexia des pilules qu'elle m'avait filé plus tôt. Elle s'en prit elle aussi. Manson enchaina avec "Get Your Gunn", puis "Great Big White World". Un mec à côté d'Alexia hurlait à plein poumons les paroles, un autre se "faisait du bien" sans en avoir apparemment honte, une fille était en extase devant son idole... J'aurais voulu me tourner pour voir s'il y avait du monde dans les gradins, mais il y avait trop de foule, et je remarquai que mes forces étaient comme complètement empotées. Ou alors c'était moi qui l'était par rapport à ce que m'avait donné Alexia, qui semblait aussi fraîche que moi. On a ensuite eu droit à une de mes chansons fétiches, "Tainted Love", puis "The Fight Song", "The Nobodies", "The Dope Show", "Rock Is Dead", "The Golden Age Of Grotesque", "Sweet Dreams", "The Beautiful People", et pour finir en beauté "Antichrist Superstar". Par contre, le Révérant partit sans même un "au revoir" pour son public Français. Mais en même temps, j'avais trop la tête là où il ne fallait pas pour trouver à redire...

La foule se dispersa assez rapidement, même dans les gradins. Heureusement que personne ne courait, parce que je ne tenais quasiment plus sur mes jambes. Et il faut bien avouer que mes New Rock n'arrangeaient rien. J'étais pire qu'une ivrogne, et même Alexia semblait aussi clean que moi.

- Tu fais quoi maintenant ? me demanda-t-elle.

- J'en sais rien.

Je consultai mon portable. Il n'était que 23h30.

- Pfff... J'ai pas envie de rentrer de suite à l'hôtel.

- Ben viens, on va squatter quelque part. Mes parents m'ont pas donné d'heures, donc je rentre quand je veux. T'as déjà picolé, Annouck ?

- Jamais de ma vie. Mais je voudrais bien essayer un jour.

- Ben tu sais que tu pourrais ? T'as quel âge ?

- J'ai dix-huit ans depuis le début de l'année. Pourquoi ?

- T'as l'âge l'égal pour boire de l'alcool. Moi non, mais je m'en fous. J'ai que seize ans. Ca te tente si... ?

Je fis un oui énergique de la tête, et regrettai aussitôt mon geste. Je me serais crue sur un bateau avec en prime des vents violents.

- Viens, y'a encore des dépanneurs ouverts.

On en trouva un près d'un bar où je pris deux pacs de bières, et une bouteille de Pastis 51. Je savais que ça faisait trop pour une première fois, mais en même temps, j'étais en France et je n'avais personne sur le dos. Autant en profiter à fond !

Alexia et moi avons pris le métro pour aller vers le quartier du Châtelet, qui était, selon elle, toujours très animé, et là encore, je ne fus pas déçue. Il y avait de tout dans ce coin : des punks, des goths, des gens très bien sapés, et même des clochards qui cuvaient leurs vins - c'était le cas de le dire pour la plupart. Ce n'était pas l'endroit rêvé, mais pour boire un coup avec une fille qu'on connaissait à peine, ça pouvait être pas mal. On se cala sur des marches, près d'une fontaine, et nous entamâmes directement le pastis.

- Annouck, tu la connais la chanson "51 je t'aime" ?

- Ouais, bien sûr. Des fois je me la chante en solo, mon père comprend pas le sens...

Je me pris encore une rasade d'alcool, et c'est là que je vis que j'étais pas habituée. Tout tournait, c'était affolant.

- Dans une forêt d'Afrique, commença Alexia, un barracuda buvait un cinquante et un nature boisson non alcoolisée...

J'enchainai :

- Oh hé, il y mettait de la menthe pour mieux prendre son pied et du fond de la jungle on l'entendait crier...

Deux jeunes mecs qui passaient près de nous se tapèrent l'incruste, et chantèrent le refrain avec nous :

- Cinquante et un je t'aime, j'en boirais des tonneaux à me saouler par terre sous les noix de coco. Et si tu m'abandonnes alors je m'empoisonne avec une bonbonne de bon ricard bien jaune !

Sans savoir ce qu'il y avait de drôle, on a éclaté de rire comme des gamins. Alexia leur proposa des bières, et nous en prîmes pour nous aussi. Ce fut à ce moment là que, pour la première fois de ma vie, je tirai sur un joint. Mais il ne fit aucun effet... ou bien c'était dû au fait que j'étais trop la tête dans les vapes pour voir la différence... En tous cas, la soirée se termina presque au matin. Je serrais bien rentrée à l'hôtel après le départ d'Alexia pour Meaux, mais mes jambes ne me tenaient plus. C'est aux alentours de 4h que je pus enfin me lever. J'accompagnai mon "amie" à la gare, où elle prit le premier train de la journée. Les garçons en question, un punk et un goth, étaient restés près de la fontaine, et nous avaient salués en nous remerciant je ne sais combien de fois pour les bières.

- Bon, me dis Alexia. Je te souhaite un bon retour au Japon, et j'espère que t'as aimé tes quelques heures en France.

Je ris bêtement, encore sous l'effet de l'alcool et de l'ectasie (car je me doutais que c'était ça). Alexia fit de même.

- Et moi je te souhaite un bon retour à Meaux.

On s'est tapées dans la main comme deux mecs, et elle partit dans le train. Moi, je repartis en direction du métro, et rentrai à l'hôtel pour récupérer un peu. Je m'endormis comme une merde, mais me réveillai juste à temps pour prendre mon petit-déj', et partir choper mon avion.