4.

D'une lumineuse blondeur, Maetel sourit et étreignit familièrement le jeune homme qui avait pacifiquement arraisonné le Galaxy Express 999.

- Alie !

- J'ai reçu le gravity saber que tu as réalisé dans les forges de Râ-Métal ! Il est magnifique !

- Je l'ai pensé entièrement pour toi. Il est parfaitement équilibré. Et j'ai créé une garde…

- … une garde décorée d'un dragon ! sourit Alérian. Zunia a apprécié le clin d'œil à son égard !

- J'en suis ravie, fit l'éternelle voyageuse. La Dragonne fait partie fusionnelle de toi. Elle est ton emblème, tout comme le phœnix est aussi ton emblème et qu'il sera celui de toutes les générations des balafrés. Mais mon cadeau ne demandait aucun remerciement. Pourquoi avoir souhaité notre rencontre ?

- Comme si tu l'ignorais, remarqua doucement Alérian en accompagnant sa visiteuse au salon de son appartement où du vin et des petits fours attendaient cette dernière.

- Je ne sais pourtant rien, murmura Maetel en s'asseyant devant l'en-cas, ôtant sa toque en fausse fourrure noire. Et je peux encore moins influer sur ta destinée. L'amiral Warius Zéro est un Militaire remarquable, un tacticien de première force, et en dépit de ses responsabilités écrasantes il a conservé un cœur pur. Je te prie de croire, jeune Humain, qu'il a dû prendre sur lui à un point inimaginable pour donner ces ordres aux meilleurs commandants de bord de sa Flotte : aller là où d'inconnus adversaires persécutent des populations innocentes tout en progressant.

- Pourquoi moi… ? gémit Alérian.

- Je crois que tu l'as deviné depuis longtemps ! rétorqua Maetel en trempant ses lèvres dans le vin rouge millésimé.

Alérian marcha de long en large.

- J'ai presque rabroué mon second et ami… Et pourtant je n'en mène pas plus large que lui ! Je suis dans les mêmes doute, colère et rébellion !

Le jeune homme s'appuya à l'une des colonnes de son salon, passant presque violemment les doigts dans sa crinière d'acajou, tirant sur la mèche immaculée.

- Les Erguls, ce qu'ils ont fait… Comment arriverais-je à donner les ordres de les aider ? En plus de mon second, c'est tout mon équipage qui va se mutiner quand ce sera officiel… Aucun de nous n'a oublié ce que nous avons souffert face aux Erguls…

- Ceux-là sont désarmés, isolés, sans même un jet de reconnaissance, releva Maetel en grignotant un petit pain garni de pâté et de crudités acidulées. Même si on peut les qualifier de clandestins galactiques, ils ne sont plus une menace, ils se sont même intégrés à la population de Kréadyne où ils sont appréciés !

Alérian se raidit, poings serrés, tétanisé, les yeux levés au plafond.

- Ils se sont installés, ils se sont reproduits ! Ils recommencent à pulluler ! Jamais je ne pourrai supporter de me retrouver face à ceux qui ont saccagé mon adolescence, qui m'ont causé tant de souffrances physiques et psychologiques ! Je les vomis, je les hais, je ne rêve que d'atomiser les derniers représentants de cette engeance de mort !

Le jeune homme frémit.

- Les Erguls, ils étaient comme des insectes, ils ne pouvaient procréer sans Reine, ou plutôt sans Symphora… Maetel, les Erguls sont en train de se reconstruire ! Et je refuse que les tourments de ma jeunesse ne se reproduisent, pour moi ou pour d'autres peuples ! Maetel, moi non plus je ne peux promettre de ma réaction une fois face à ces monstruosités. Je ne souhaite que leur entière disparition !

- C'est normal, c'est Humain, c'est compréhensible. Mais c'est aussi inadmissible pour le commandant du Starlight, aux ordres de l'amiral Zéro ! jeta soudain froidement Maetel en lui prenant néanmoins les mains, tendrement.

- Je n'ai pas entamé cette mission, ce voyage, si je ne savais que je devais obéir, souffla Alérian. Je sais ce que j'ai à faire. Mais je ne peux répondre de mes réactions instinctives…

- Tu es un jeune Humain remarquable. J'ai toute confiance en toi. Tu ne feras jamais aucun mal à des êtres sans défense !

Alérian esquissa une grimace.

- Pour une fois, je ne jurerais de rien. Mais je te sais gré d'avoir confirmé mes pires inquiétudes, Maetel. Je poursuis donc mon voyage en pleine connaissance de cause, et sans plus aucune illusion. Je vais donc être devoir faire face à mes pires cauchemars !

- Bon courage, mon ami, assura chaleureusement Maetel en enlaçant le jeune homme, déposant un baiser sur la joue balafrée.

- Je vais avoir dur…

- Et tu n'imagines même pas à quel point !

- Maetel ? !

- Je suis désolée, Alie !

Et ce fut presque en s'enfuyant que l'éternelle voyageuse quitta le Starlight, sans attendre qu'on l'a raccompagne, le 999 s'écartant lui aussi presque précipitamment pour disparaître.

A nouveau seul, Alérian ne desserra pas les poings, les prunelles enflammées, frémissant de fureur.

« Je ne pardonnerai jamais le passé. Jamais je n'aiderai ceux que j'ai combattus de toute mon âme et qui nous ont brisés, physiquement, mon père et moi ! J'arrive, Erguls, pour votre malheur, pour finir le travail d'il y a près de dix ans ! ».