Bonsoir à tous !

Contrairement à ce que j'avais prévu, je poste une petite suite à cette fiction.

Ce n'est pas facile de s'assumer et de se construire lorsqu'on est seul. Ce n'es pas facile de s'estimer quand on est rejeté pour sa nature. Alors si je peux faire changer les regards, j'espère que cette fic sera une modeste pierre dans l'édifice qui fondera un monde de tolérance.

Utopiste ? Peut être, mais je me dis que ceux qui espèrent un meilleur monde et qui veulent le créer valent mieux que ceux qui se complaisent dans ce monde pourri.

Je dédie ce chapitre à Mitsuganae, car c'est elle qui m'a motivé à écrire cette suit.

Bonne lecture.

Disclaimer : Pokemon appartient à Nintendo, Game Freak et à tous les ayants droits.


Chapitre 4 : Mon bonheur à les cheveux bleus

Solitude : état, ponctuel ou durable, d'une personne qui n'est engagée dans aucun rapport avec autrui.

Des mots banals, tout à fait insipides, qui ne parvenaient pas à couvrir l'essentiel. De simples lettres qui ne pouvaient pas définir l'étendue de sa douleur, alors qu'elle voulait crier une souffrance impossible à exprimer par le verbe.

La solitude est un sentiment qu'Hélène Octavie connaissait très bien, pour l'avoir vécue pendant longtemps. Sa candide naïveté croyait avoir oublié ce froid qui s'insinuait en elle, alors qu'elle savait qu'elle était non désirée. Tout du moins, elle espérait l'avoir enfoui dans un recoin de son âme.

Pourtant, depuis qu'elle avait été rejetée par sa propre mère, Hélène semblait ressentir cette terrible douleur avec bien plus de force qu'auparavant. La simple pensée que la personne qui lui avait donné tant d'amour ne voulait plus rien avoir affaire avec elle était insoutenable.

La dresseuse rousse haleta, vomissant son dégoût, alors qu'elle laissait couler ses larmes. Elle ne voyait plus pour quelle raison elle les dissimulerait désormais. Sa fierté était en lambeaux. Son envie de rassurer ses proches en leur mentant était balayée et son désir de vouloir être forte s'étiolait davantage à chacun de ses sanglots.

Lorsqu'elle était plus jeune, elle avait toujours été victime de l'intimidation de ses pairs. Les enfants se moquaient de son teint pâle, de ses cheveux roux, de sa timidité et de sa faiblesse. Hélène n'aimait pas rester avec eux, parce qu'elle savait qu'ils seraient toujours en train de chercher le moindre prétexte, le moindre coup tordu pour la blesser et la faire souffrir. Elle se faisait discrète, ne voulant pas s'intégrer comme le faisaient les personnes en manque de reconnaissance qui étaient prêts à accepter toutes les humiliations pour ne plus être seules.

Durant son enfance misérable, entre une mère effacée et un père alcoolique et violent, Hélène mentait à sa famille. Elle arborait un visage souriant devant sa mère, pour ne pas l'inquiéter davantage, puisqu'elle savait que sa mère avait beaucoup de tâches, sans personne pour l'assister et elle ne voulait pas lui ajouter de soucis supplémentaires.

Elle mentait aux autres élèves et elle mentait au monde entier. Devant les autres, elle faisait de son mieux pour ne pas pleurer, mais il lui arrivait de craquer et d'avoir d'impressionnantes sautes d'humeurs. Elle criait, mais elle tentait toujours de montrer une pointe de fierté malvenue. Elle leur racontait qu'avoir de la famille aimante, c'était ne pas être seule.

Cependant, Hélène savait ce qu'était la solitude. Elle se mentait à elle même, cherchant à se persuader que sa vie pourrait être pire, mais lorsqu'elle était en privé, sans personne pour la voir, elle se retrouvait en tête à tête avec ses peurs et sa honteuse faiblesse.

Alors elle pleurait silencieusement, incapable de chasser l'étrange tourbillon sombre qui la gangrenait lentement, progressant insidieusement afin de la blesser morceau par morceau, la détruisant avec une lenteur cruellement calculée pour maximiser sa douleur, jusqu'au jour ou elle cèderait à l'appel de la libération.

Après sa victoire et son départ, elle avait changé. Sa douleur s'était estompée sans pour autant disparaître, elle avait été comme enfouie sous un nuage de coton.

Lors de son voyage, elle avait été seule durant de longues nuits, errant sur les routes perdues et dans les montagnes isolées. Sauf que même lorsqu'elle se recroquevillait près du feu en laissant ses pokémon sortis, elle savait qu'elle avait encore un point d'accroche dans ce monde.

Son rêve et sa mère.

Son désir de devenir une puissante dresseuse de dragons, reconnue et admirée, juste pour prouver à tous ses camarades qu'elle pouvait réussir et surtout, pour faire la fierté de sa mère.

Pourtant, rien qu'à penser à sa génitrice, Hélène sentait un goût âcre dans la bouche, alors qu'elle se faisait violence pour ne pas vomir son dégoût.

Peine perdue.

L'idée que sa propre mère la déteste, la rejette et la haïsse pour ce qu'elle était réellement, était terriblement dure à assimiler. C'était comme prendre un coup en plein cœur, alors que la personne qui l'avait élevée et qui avait été la seule à l'aimer la rejetait pour ne pas correspondre à ses attentes.

Hélène vomit un nouveau flot de bile amère.

Elle avait tout donné pour la rendre fière et pour ne pas rester une faible idiote.

Et le résultat n'était pas à la hauteur de ses attentes.

La dresseuse rousse ne s'était même pas retenue de pleurer. Elle avait trop longtemps été une pathétique pleurnicharde, alors elle ne voulait plus se montrer faible. Elle afficherait la force, continuant de mentir aux autres.

Pourtant, à ce moment, elle se moquait totalement de son image.

Elle avait mal, terriblement mal alors que ses yeux la brûlaient, que ses doigts picotaient et qu'elle gémissait en respirant par saccades.

La dresseuse rousse n'avait plus la force d'afficher un visage souriant. Si elle menait un combat désespéré pour ne pas céder, affecter la neutralité était le maximum qu'elle pouvait laisser voir sur son visage qui se voulait inexpressif.

Sandra et Hélène avaient écourté leur voyage raté, puisqu'elles n'avaient plus vraiment l'esprit à se détendre. Elles étaient rentrées silencieusement à Ebenelle, sans beaucoup échanger et Sandra s'était inquiété du brusque changement dans le caractère de sa petite amie.

Après deux longs jours faits de regards fuyants et creux, durant lesquels Hélène ne parlait plus que par de simples onomatopées, le tempérament de Sandra était arrivé à ébullition. La championne pouvait avoir des sautes d'humeur, à l'image des placides dragons qui pouvaient déchaîner leur colère lorsqu'on les menaçait ou qu'on s'en prenait à leurs intérêts.

C'est lors d'un repas que tout éclata.

Sandra avait préparé deux bols de soupe instantanée, ainsi que des sushis. Le repas était simple à mettre en œuvre, mais il était parfait pour une personne n'aimant pas passer des heures derrière les fourneaux.

Pourtant, malgré l'odeur alléchante exhalée par les bols chauds, Hélène était toujours aussi inexpressive que depuis son rejet par l'une des deux seules personnes à l'avoir profondément et sincèrement aimée.

La rousse tournait lentement sa soupe au miso avec ses baguettes. Elle était affalée sur la petite table, utilisant son poing pour retenir sa tête et ne pas s'écrouler totalement. Elle n'avait pas vraiment faim et les gémissements plaintifs de son estomac semblaient ne pas la gêner. Ses yeux ternes et voilés se concentraient sur rien, elle fixait le mur de bois depuis le début du repas, alors que contempler un motif uni pendant plus de cinq minutes aurait ennuyé la plupart des personnes.

- Tu devrais manger, la sermonna doucement Sandra en pointant le bol de la rousse avec ses baguettes, tout en engloutissant bruyamment ses nouilles de soja.

Sandra se sentait mal, rien qu'à voir son amante ainsi. Elle avait mal, rien qu'à singer qu'elle était impuissante et qu'elle pourrait perdre sa petite amie, incapable de remettre son cœur en marche.

- Hn, répondit très éloquemment la rousse, n'ayant pas fait attention au moindre mot de l'autre, continuant de tracer des formes dans son bouillon avec ses baguettes.

- Mais tu vas arrêter ? hurla alors Sandra, excédée, se levant si brutalement qu'elle fit trembler la table et tomber sa chaise.

Hélène soupira, avant de se relever. Elle se retourna, s'éloignant sans un mot, lorsque la main gantée de la dresseuse aux cheveux bleus se posa sur son épaule.

- Regarde-moi ! cria t-elle en la secouant et en la forçant à se retourner.

Hélène ne se débattit même pas, bougeant faiblement en accompagnant les gestes secs de Sandra, comme une poupée de chiffon. Elle ne protesta même pas de la force avec laquelle la dracologue serrait son bras, se retournant face à la dresseuse dont les grands yeux bleus s'écarquillèrent.

Elle ressemble à un cadavre, songea Sandra en observant les yeux noisette boursouflés et veinés de rouge, entourés par ces anneaux sombres qui gagnaient ses joues. Les yeux de la rousse semblaient vides, alors qu'elle respirait faiblement, ne laissant pas la moindre émotion paraître sur son visage.

Sandra se fit violence pour ne pas afficher de douleur, alors qu'elle aurait bien voulu hurler sur la rousse pour qu'elle se ressaisisse et redevienne la dresseuse pleine d'entrain et d'énergie qu'elle était jadis.

- Qu'y a t-il ? demanda Hélène en lui répondant sèchement.

Sandra frissonna en entendant ce murmure froid et dénué de la moindre empathie. Jamais sa fiancée ne lui avait parlé sur un ton aussi agressif. A bien y songer, cela faisait très longtemps que personne n'avait plus osé ne serait-ce que hausser la voix contre elle. Elle ne put s'empêcher d'éprouver un frisson de crainte, alors que la rousse se dégageait sèchement de la prise de la dresseuse tétanisée par cette voix morte.

Hélène ressortit calmement, avec un pas raide, laissant Sandra seule avec ses doutes et ses craintes.

La dresseuse aux cheveux azurés se sentit brusquement oppressée par un sentiment de vide et de manque, alors qu'elle ressentait enfin quel était l'horrible sentiment qui enserrait et opprimait le cœur de sa petite amie.

Chancelante, Sandra se passa la main sur son front, tentant vainement d'essuyer l'inquiétude qui tordait ses traits en un mélange de crainte et de tristesse. Elle se mordit la lèvre inférieure, cherchant un mot miracle pour tout arranger, sans grand succès.

Sandra eut beau réfléchir, rien ne vint. Finalement, elle se décida à chercher son amante pour avoir une petite discussion et crever l'abcès qui ne faisait que ruiner leur relation. Elle utiliserait la vieille technique des dresseurs en difficulté, consistant à improviser au fur et à mesure.

Après avoir fait le tour de la maison, cherchant dans toutes les pièces en étant à l'affût de moindre sanglot, Sandra se dirigea vers l'extérieur. Le ciel était gris sombre, tandis que des trombes d'eau se déversaient sur les montagnes, les gouttes de pluie martelant le bois et clapotaient dans les flaques et les ruisseaux gonflés par l'inondation.

Sandra retourna dans la cour intérieure, ouvrant les panneaux coulissants rigides qui conduisaient sur le bord de la cour, couvert par un parquet. Sandra frissonna à cause du vent et regarda les toits pentus de la maison ancestrale canaliser l'ondée vers le bassin aux carpes. A coté du bassin, les galets du jardin japonais et les bambous étaient en train d'être submergés par la pluie qui ne s'évacuait pas assez vite dans le bassin.

La dracologue remarqua immédiatement la silhouette vêtue de latex rouge qui était assise devant l'étang, observant le bassin avec un détachement glaçant.

Hélène semblait ne pas se soucier de la pluie glaciale qui ruisselait sur ses habits imperméables, trempant ses cheveux qui collaient à sa peau pâle et violacée par le froid. Les yeux ternes de la rousse croisèrent brièvement ceux de son amie.

- Tu crois vraiment que choper la crève sous la flotte t'apportera quelque chose de bon ? dit-elle avec son ironie mordante habituelle.

Hélène ne répondit pas, laissant la pluie couler en suivant le tracé de ses cernes lilas qui empiraient chaque jour.

- Tu crois vraiment que je n'ai pas compris ton petit manège ? ajouta t-elle avec bien plus de calme. Tu restes là, parce que la pluie masque les larmes que tu as trop honte de montrer.

La rousse renifla, honteuse d'avoir été si facilement percée à jour. Elle voulait tellement cesser de paraître si pitoyable et la pluie était le camouflage parfait pour ses larmes.

- Tu n'as pas à avoir honte, reprit Sandra en saisissant la main de sa petite amie. C'est le fait que tu puisses ressentir des émotions qui font de toi une personne sensible et humaine.

La rousse renifla une fois de plus, mais cette fois-ci ce son était teinté de mépris. Elle en avait assez de la pitié des autres et ne voulait pas non plus sembler si faible qu'elle serait réduite à être un poids mort pour celle qu'elle aimait.

- Allez, conclut Sandra en la relevant, rentrons.

Hélène se laissa mollement guider vers la salle de bain, laissant une traînée humide sur le sol, alors que ses cheveux gorgés d'eau retrouvaient leurs tendances rebelles.

- Tu es glacée, s'inquiéta la championne en touchant les joues creuses de la rousse.

Avec minutie, elle retira les vêtements de latex qui collaient à la peau de son amante, avant de la dénuder totalement et de la sécher avec douceur. Lentement, elle enveloppa la rousse dans un peignoir épais et conservé sur un radiateur, la réchauffant pour qu'elle ne tombe pas malade.

- Tu sais, avoua Sandra, j'ai peur pour toi. Quand je te vois comme ça, j'ai atrocement mal, parce que tu souffres et que je ne peux pas te rendre le sourire. Est-ce que tu peux me laisser une petite chance de t'aider ? demanda t-elle en suppliant. Juste une ?

La dresseuse de dragons la serra dans ses bras, enfouissant son visage dans l'épaule de la rousse, qui tremblait légèrement en sentant une larme glisser sur sa clavicule. Hélène resta interloquée, avant de se détendre légèrement.

- J'ai été idiote, n'est-ce pas ? demanda t-elle avec crainte.

Sandra se redressa, soulagée de ce changement. Hélène ressemblait à une petite fille fautive, qui avait impérieusement besoin de réconfort. Sandra resta en contact avec ces yeux noisette, qui laissaient poindre une lueur d'inquiétude.

- On est tous idiots à un moment ou un autre, concéda la dracologue en se grattant l'arrière du crâne avec gêne. Il n'y a pas de honte à avoir. Par contre, ajouta t-elle avec un sérieux mortel, le jour ou tu décidera à ne plus vouloir éprouver d'émotions, juste pour ne plus courir le risque de souffrir, alors seulement j'aurais honte de toi.

Hélène baissa les yeux, honteuse. Elle avait été tellement idiote d'avoir rejeté Sandra à cause de son sale caractère, alors que son amante avait voulu la soutenir. Elle avait failli la perdre et son cœur se serra davantage à cette idée.

- Je suis désolée, murmura t-elle en glissant ses bras autour du cou de sa petite amie.

- Je ne t'en ai jamais voulu, mentit la championne.

Hélène ne remarqua pas le léger tremblement dans les yeux azurés de Sandra, qui fit tout son possible pour ne pas laisser son amante voir qu'elle avait été blessée.

Sandra sourit, attrapant la rousse dans ses bras, la portant en position maritale. Cette dernière rougit, alors que son peignoir glissait lentement, révélant ses formes aux yeux de Sandra, qui commençait à bien s'amuser.

Hélène avait toujours cette pudeur en elle, alors qu'elle avait beaucoup de mal à s'exposer aux regards. A l'inverse, Sandra se déplaçait avec une grâce indécente, révélant son habitude à se promener totalement nue dans sa chambre.

Hélène se glissa dans les draps soyeux, aux côtés de son amante qui la rejoint bien vite.

La rousse se blottit contre la championne, collée contre le corps chaud de celle qui faisait battre son cœur.

A ce moment là, elle se sentit plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été, tandis qu'une bouffée de chaleur naissait dans son cœur et irradiait tout son être.

Lovée contre Sandra, Hélène se sentait en paix avec elle même.