J'ai rêvé pour la première fois. J'ai rêvé de mon frère jumeau. On était bien. L'un contre l'autre, ensembles pour la première fois dans un endroit où il n'y a rien, juste nous. J'étais bien. Pour la première fois, je ne me suis pas sentis seul. Et puis, il a dut partir.

-Il va falloir que je me réveille dans mon monde, sinon, ils vont finir par croire que je fais un comas-

« Comas ? »

Sourire. Je ne sais pas ce que c'est, mais il ne semble pas vouloir me l'expliquer. Je sens des mains chaudes sur des joues, bien que je ne les voit pas, et sent une paire de lèvres se poser sur mon front. Ca me rappelle lorsque Maman m'embrassait avant que je n'aille m'endormir. Mais là s'est différent. Là c'est encore plus doux, plus chaud. Alors qu'il semble vouloir se retirer, je pose un semblant de mains sur une forme de visage que je ne pourrais deviner au simple toucher, et la maintient contre la mienne. Il reste ainsi pendant quelques instants, avant de me forcer à le lâcher.

-Au revoir-

La chaleur se détache de moi, s'éloigne, puis disparaît. Je suis à nouveau seul, mais on ne me laisse le temps de me ronger le cœur sur cette constatation, car déjà, je me sens revenir dans le monde d'où je viens. Je sens les couvertures peser sur mon corps, et la lumière traverser la barrière de mes paupières.

J'ouvre les yeux. J'observe un moment le baldaquin, avant de me redresser. Il n'y a personne. J'observe la pièce. Elle est en demi-cercle. Il y a de petites colonnes contre le mur, chacune ornée en son sommet d'une vigne. Les fenêtres sont grandes, il y a un grand tapis par terre, un fauteuil à bascule décoré en son coin gauche, et un canapé assez petit en son coin droit. Et enfin, au milieu, une table basse. Et tout cela, sans aucune couleur, sans aucune nuance, sans odeurs.

J'observe, encore, jusqu'à ce qu'une personne entre et claque la porte. De petits pas vieillots frottent le tapis. Le vieil homme s'assied délicatement sur le siège à bascule, soupirant d'aise. Il reste silencieux pendant un instant, avant de prendre parole.

« Alors, reposé ? »

« Oui Monsieur. »

« Bien. Nous allons manger, et après, nous allons parler de choses sérieuses. »

« Oui Monsieur. »

« As-tu seulement faim ? »

Cette question m'étonne. On ne m'a jamais demandé si j'avais faim. Je ne me suis jamais demandé si j'avais faim. Quand il est l'heure de manger, je mange, et c'est tout.

« Euh … Oui … Je pense … Monsieur. »

« Arrête donc avec tes Monsieur, tu m'agaces. »

« Oui M …Oui. »

Il leva son bras que je devinais maigre sous les couches de tissus, et tira sur une cordelette. Un petit cadran que je n'avais pas remarqué auparavant et sur lequel il y avait marqué « Fermé » bougea, et je put lire à présent « Ouvert ».

« Oui Monsieur Tsakolvsky ? »

La vois résonnait dans la pièce ,et semblait venir d'un haut-parleur. Elle était féminine.

« Un petit-déjeuner pour deux s'il-vous-plaît. »

« Oui Monsieur Tsakolvsky. On vous l'apporte immédiatement. »

Tsakolvsky tira de nouveau sur la cordelette, et le petit cadra redevint « Fermé. ».

Quelques minutes plus tard, le repas était là. Je m'étais levé, rhabillé avec des vêtements que l'on m'avait présenté après être passé sous la douche. Nous avons mangé en silence, et pendant tout cet instant, je redoutais ce qui allait se passer après. Puis finalement, le vieil homme, ayant finit son petit-déjeuner un peu après moi, se balança sur son siège, semblant se reposer.

« Hum. Bien. Alors, déjà, commençons par le début. Tu m'appelleras Ihain. Et tutoie moi. »

« Oui. »

Je préfère répondre oui, ça me gêne plus qu'autre chose que de devoir le tutoyer ou l'appeler par ce qui semble être son prénom.

Il se balança encore quelques instants. Avant, arrière…

« As-tu fais ce que je t'ai dis de faire ? »

« Oui. »

« Bien. »

Avant, arrière…

« As-tu compris ce que tu as vu ? »

« Oui. »

« Parfait. »

Avant, arrière…

« Et, lui as tu parlé ? »

« Oui. »

« Parfait ! »

Il se redressa d'un coup, ce qui m'étonne pour son âge.

« Alors vas-y, maintenant, pose des questions. »

J'hoche la tête, réfléchissant par quoi commencer.

« Pourquoi m'avoir montré ça maintenant ? »

« Il a été difficile de trouver où tu étais, mais tu es venus tout seul. Les autres Sages de le Congrégation me tenait à l'écart, il savait ce que je voulais et ce que j'avais déjà fait. Ils savent que je sais plus qu'eux, ils me craignent, et me tiennent donc loin de tout ça. »

« Comment … Comment il a fait pour …Ne pas… »

« Ne pas mourir ? »

« …Oui. »

« Je l'ai sauvé. J'ai découvert très peu de temps avant votre naissance ce qu'était l'élargissement, bien que j'étais déjà au courant pour les mondes parallèles, et perpendiculaires aussi d'ailleurs. J'avais décidé de tester une chose, de changer le court des évènements. »

« Comment ? »

« En remplaçant le produit par un simple tranquillisant innocent pour les touts petits. J'ai ensuite récupéré ton frère, je savais où finissait les personnes élargis. Et j'ai fait voyager son corps. »

Mes mains tremblaient.

« C-Comment ? »

« Ca, je ne te le dirais pas. »

Je déglutit, me taisant.

« Continue à poser des questions. »

Il avait croisé ses mains, les posant sur ses genoux, patientant.

« Que … Pourquoi … Pourquoi ce n'est que cette nuit que j'ai pu…Lui parler ? »

« Parce que tu as prit conscience de son existence. Lui était au courant de la tienne, mais tant que tu n'était pas au courant de la sienne, ou du moins tant que tu ne t'en souvenais pas, le contact ne pouvait pas être établis. Je trouve ça merveilleux ! Grâce à ce lien, j'ai pu conclure mon expérience ! »

« V-votre expérience ? »

Tout à coup, l'espace qui m'entourait me parut hostile. Et les yeux de ce vieillard devinrent fous.

« Oui ! Grâce à ce lien de gémellité, nous avons réussis à établir un contact entre deux mondes différents ! Je ne pensais pas qu'en sauvant un enfant possédant un jumeau et en l'envoyant dans un autre monde, je pourrai un jour pouvoir établir un tel contact ! »

« Je … »

Je me suis soudainement apeuré quand il a énoncé son discours. Je veux m'enfuir.

« Alors ! T'as t'il parlé de son monde ? Comment c'est ? »

« N-Non … Nous… »

Le simple fait que ma réponse soit négative changea radicalement son enthousiasme. Il se transforma en colère hâtive, en colère folle.

« Ah non, ce n'est pas possible ça ! »