Bonjour et BONNE ANNÉE A TOUS! J'espère que vous avez passé de bonnes vacances et un bon nouvel an :D

MERCI BEAUCOUP à toutes les personnes qui suivent ma fiction, et surtout, à celles qui m'ont laissé des reviews. Ça donne le sourire, ça encourage à écrire la suite, ça BOOSTE même xD Que demander de plus ? MERCI MERCI MERCI en tout cas!

DONC voici le chapitre où nous pouvons ENFIN voir le face-à-face de Newt et Thomas! muhahahaha! Ce chapitre est plus long que les autres, ce n'est pas mon préféré, vous allez peut-être trouver que les choses sont longues à se mettre en place :S mais je vous rassure, il se passera plus de choses dans le chapitre suivant :P

Enjoy! :3

On ne s'attendrait pas à ce que la radio continue de tourner après. Pourtant, c'était le cas.

La voiture était pulvérisée. L'impact avait défoncé le capot de la Buick, arraché les portières, projeté les sièges avants à travers la vitre du pare-brise et éventré le moteur. Les roues et les enjoliveurs avaient volé de part et d'autre de la voiture et jonchaient l'asphalte enneigé.

Le réservoir commençait à prendre feu et des flammèches léchaient le trottoir mouillé.

Après une symphonie de grincements, un chœur d'éclatements, une aria d'explosions et, en guise de final, le claquement sinistre du métal se fichant dans le mur en béton de l'immeuble, l'autoradio continuait, dans le calme retrouvé, de jouer la Sonate au Clair de Lune de Beethoven.

Les accords et les arpèges du morceau délivraient leur litanie lugubre et mélancolique, et les notes évanescentes s'évaporaient dans l'atmosphère tendue, comme pour faire écho à la douleur sourde qui vrillait les tempes de Thomas.

Un flot de questionnements et d'émotions avait submergé le brun entre le moment où il avait vu la Buick surgir de la rue pour foncer sur eux, et celui où ce type blond lui avait vraisemblablement sauvé la vie.

Il avait d'abord cru que les agents du WICKED l'avaient suivi, qu'ils avaient décidé de ne pas prendre la peine d'agir dans la discrétion pour l'emmener de force. Là, c'était la panique qui s'était sournoisement infiltrée dans chacune des pores de sa peau.

Et puis, quand il s'était rendu compte que le véhicule indomptable n'était pas la Berline noire de ses ennemis mais une vieille Buick bonne à la casse, ses bons vieux réflexes avaient remplacé l'incompréhension en une fraction de seconde.

Malheureusement, ces sales petits traîtres de réflexes étaient encore quelque peu altérés par la décharge électrique du Taser qu'il avait reçue. Et alors que le groupe de lycéens et la femme prenaient la fuite dans un concert de hurlements apeurés, lui s'était pitoyablement effondré au sol après avoir tenté de se lever.

Un vertige infernal faisait tanguer le monde autour de lui comme sur le pont d'un bateau voguant sur une mer houleuse, rendant irréalisable toute possibilité de se remettre sur pieds. Il avait fermé les yeux en grognant, et s'apprêtait à se rouler au sol pour esquiver le danger.

Mais il n'en avait pas eu le temps, à sa plus grande stupéfaction. Parce que quelqu'un l'avait empoigné rudement par sa veste et hissé sur ses pieds. Et alors que Thomas, toujours groggy par son très récent tasement, sentait la fin proche, l'inconnu l'avait entraîné dans sa suite pour se jeter sur la chaussée, évitant la mort de justesse.

Hébété, Thomas ne pouvait détacher son regard de la structure métallique dépourvue de portières et de sièges avants. Les lycéens qui avaient fui l'arrêt quelques instants plus tôt accoururent jusqu'à la voiture, appelant déjà les secours. D'autres curieux sortiraient probablement de chez eux pour assister à ce triste spectacle en direct et connaître la suite des événements.

Il tourna enfin la tête, et son regard s'arrêta sur son sauveur qui se trouvait sous lui et qui avait amorti sa chute. Il l'observa avec désarroi, mais son vis-à-vis avait les yeux rivés sur l'accident, et affichait une expression manifestement terrifiée.

Le brun avait été déconcerté quand il l'avait vu se lever tout d'un coup du banc de l'abribus pour s'en éloigner d'un pas vif et revenir ensuite en gesticulant comme un asticot et en criant des paroles en français qu'il ne comprit évidemment pas.

En revanche, il n'avait pas eu de difficultés à interpréter la situation et à comprendre que le garçon cherchait à les prévenir de quelque chose...d'un danger ? Bingo ! Il avait visé juste. Une voiture sur le point de les aplatir !

« Bordel, mais comment a-t-il su pour la voiture, ce tocard ? », pensa le brun en continuant de le regarder fixement en fronçant les sourcils. Des hypothèses lui traversèrent furtivement l'esprit. Toutes plus improbables les unes que les autres. Et il en vint à se dire que son jeune sauveur avait peut-être le gène, tout comme lui.

Mais il rejeta bien vite cette idée. Il ne croyait pas aux coïncidences. Il était activement à la recherche d'un prénommé Newt porteur du gène de la vision onirique, et ledit Newt lui tombait comme par hasard dans les bras à peine deux jours plus tard ?

Non, franchement c'était trop gros. Trop beau pour que celui puisse être vrai ! On n'était pas aux Pays des Bisounours, ici. Se lancer à la recherche d'un inconnu dans une ville inconnue à la langue inconnue était pire que de chercher une aiguille dans une botte de foin.

D'ailleurs, Thomas aurait à la limite préféré chercher une aiguille dans une botte de foin. Parce que mis à part le risque insidieux de se piquer le doigt, cela signifiait beaucoup moins de dangers (et notamment celui de se faire à tout moment harponner par les pions du WICKED qui ne rôdaient jamais loin).

Il n'empêche qu'il ne lui coûtait rien de demander à la dérobée au jeune blond si le prénom ''Newt'' lui disait quelque chose ? Au point où il en était, il fallait bien qu'il se décide à faire quelque chose s'il voulait devancer les agents du WICKED. Ce qui n'apparaissait vraiment pas chose aisée, soit dit en passant.

Il espérait juste que son sauveur parlait un peu anglais. Dijon était une ville française de pure souche. Et les français avaient la réputation d'être nuls en anglais...

Thomas fut soudain coupé dans le fil de ses pensées. Le regard du blond était maintenant braqué sur lui, et il réprima un frisson lorsqu'il croisa les orbes ambrées incandescentes. Les deux hommes se dévisagèrent longuement, s'accrochant du regard avec un mélange de méfiance et d'insistance.

Le blond fut le premier à briser ce contact visuel intense, laissant un Thomas nerveux et confus.

Il se rendit compte avec embarras qu'il se trouvait toujours au-dessus de son sauveur lorsque ce dernier le repoussa et se releva péniblement en frottant la neige qui s'était retrouvée collée à son manteau et son jean.

Thomas en fit de même, malgré la douleur incessante qui lui martelait le crâne. Il retint une grimace et chancela, mais la main du blond se posa immédiatement sur son épaule pour le stabiliser.

Thomas le dévisagea, interdit, surpris qu'un total inconnu se soucie de son sort.

Son sauveur était élancé et très fin, à peu près de sa taille. Ses traits enfantins contrastaient avec son regard plus sombre et mature, rendant difficile l'estimation de son âge. Peut-être avait-il dix-sept ou dix-huit ans ? Ou le même âge que lui, tout au plus.

- Comment avez-vous su ? Demanda soudain Thomas en anglais, espérant que son interlocuteur le comprenne.

Le garçon blond s'immobilisa et parut à la fois troublé et consterné. Son regard exprimait clairement son hésitation, sa méfiance.

- Comment avez-vous su pour la voiture ? Insista-t-il avec suspicion.

Son interlocuteur secoua la tête et marmonna des paroles en anglais, à la plus grande surprise de Thomas qui put y déceler un léger accent britannique.

- Je...je suis désolé, je..., balbutia le blond d'une voix tremblante.

Il se tut et jeta un regard atterré vers la voiture. Les lycéens s'étaient regroupés côté conducteur, et Thomas se demanda si ce dernier avait survécu au crash. Il se tourna à nouveau vers le jeune homme. Nul besoin d'être devin pour comprendre qu'il était extrêmement chamboulé par ce qui venait d'arriver.

- Hé ça va ? S'enquit Thomas, concerné.

Mieux valait ne pas trop le harceler de questions. Vu l'état dans lequel il était, cela ne ferait sûrement qu'accroître sa crainte et sa méfiance.

Le blond se tourna vers lui avec surprise.

- Je...je ferais mieux d'y aller...je pense qu'on s'occupe de lui, dit-il d'un ton mal assuré en désignant la voiture fracassé, vous n'êtes pas blessé ? Ajouta-t-il à l'adresse de Thomas.

- Non, je...Hé attendez !

Après un bref hochement de tête, le jeune homme avait remis son sac sur son épaule et avait tourné les talons, s'éloignant cahin-caha des lieux, n'ajoutant rien de plus.

Thomas pouvait presque entendre les gémissements et les protestations de ses jambes flageolantes, mais cela ne l'empêcha pas de suivre le garçon blond.

Au loin, il entendit vagir les sirènes d'alarme des camions de pompiers, des ambulances et des voitures de police qui se rapprochaient, mais il n'en tint pas compte. Toute sa curiosité, toute son attention était tournée vers son sauveur qui fuyait le drame.

Il fuyait le drame alors qu'il venait juste de sauver sa putain de vie. Il fuyait le drame comme si ce qu'il venait de faire n'était qu'un simple petit geste anodin dénué d'intérêt. Mais ce geste avait pris une importance capitale dans le cœur de Thomas. Il ne pouvait pas le laisser filer sans lui avoir au moins dit merci.

- Attendez ! Hé ! Attendez je...

Le blond se retourna brusquement, le prenant par surprise. Il se stoppa de justesse devant lui, manquant de lui rentrer dedans. Son teint était livide, ses sourcils fortement froncés, et son visage était figé en une expression éteinte, mais toujours aussi méfiante. Ils se transpercèrent à nouveau du regard, et Thomas se retrouva à nouveau désarçonné par cet échange intense.

Il sentit un trouble lui grignoter le ventre et un étrange sentiment peser sur sa poitrine. L'inconnu parut également désemparé en rencontrant le regard inquisiteur de Thomas. Il cligna nerveusement des yeux à plusieurs reprises et finit par prendre la parole, d'un ton qui se voulut froid et distant. Mais les tremblotements dans sa voix le trahirent.

- Laissez-moi. Je ne sais pas qui vous êtes, et je n'ai pas envie de le savoir. Faites comme si vous ne m'aviez jamais vu, c'en sera autant mieux pour vous que pour moi. Et ne vous avisez pas de me suivre !

Thomas en resta muet de stupeur. Si son cerveau n'avait pas été encore aussi embrumé, il lui aurait immédiatement dit sa façon de penser, sans se soucier pour un sou des conséquences ! Mais il se contenta de grincer des dents en le fixant gravement.

Ce type semblait vouloir cacher quelque chose. Et ce quelque chose ressemblait un peu trop à ce pour quoi il était venu en France.

Sans dire un mot de plus et après un ultime regard noir, le blond tourna les talons et s'éloigna de Thomas d'un pas rapide, s'enfonçant dans la rue sombre et enneigée, quittant les lieux de l'accident comme s'il n'y avait jamais été.

Thomas ouvrit et referma plusieurs fois la bouche, les yeux rivées sur son interlocuteur qui s'en allait. Bordel, il ne devait pas le laisser lui glisser entre les doigts.. Il serra et desserra ses poings, indécis, trépignant sur place, retournant la situation sous tous les angles, puis il poussa un soupir bruyant et commença à avancer pour se lancer à la poursuite du garçon blond.

Il fut stoppé dans son élan par les vibrations de son portable dans la poche de sa veste. Il saisit le cellulaire de ses mains encore tremblantes, mais l'objet tomba à terre pour la énième fois.

- Putain de portable de merde, jura Thomas avec exaspération.

Ce n'était définitivement pas son jour de chance. Il ramassa l'objet avec une infinie délicatesse et valida l'appel.

- T'es toujours en vie, Rambo ? Lança Minho à l'autre bout du fil.

- Toujours, grommela Thomas.

Il avait perdu de vue son jeune sauveur qui avait tourné au coin de la rue.

- Les guignols du WICKED sont de retour au bercail. Ils sont repartis à la fermeture de l'université. Visiblement, la personne qu'ils attendaient leur a fait faux bond..

- Ils vont sûrement y retourner demain, raisonna Thomas. Et nous aussi, de surcroît. Cette université est notre seule piste pour l'instant. On va se baser là-dessus et on avisera après.

- Je me demande comment on a fait pendant tout ce temps pour s'en sortir avec tes plans foireux à la con, geignit Minho.

- Si t'as une meilleure idée, fais-le moi savoir, répliqua Thomas avec irritation. Les agents du WICKED savent qu'on est là, maintenant. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne s'en prennent à Newt, et ils peuvent s'en prendre à nous aussi à tout moment. Il va falloir qu'on redouble de vigilance, maintenant, et qu'on intensifie nos recherches pour retrouver Newt au plus vite tout en évitant ces foutus agents ! Bon Dieu on n'avait vraiment pas besoin de ça !

- Oh relax, Max, j'essayais de détendre l'atmosphère. Écoute Thomas, t'as pas à te rendre responsable de cette situation, qui je l'admets, est assez bordélique. De toute façon ils auraient découvert tôt ou tard que nous étions à Dijon aussi. Je te rappelle qu'on est ici pour les empêcher d'épingler un nouvel innocent, on est ici dans le même but qu'eux.

Thomas se pinça l'arête du nez et ferma les yeux en essayant de contenir son impulsion. Il était harassé à cause du décalage horaire, la décharge électrique du Taser qu'il avait reçue avait considérablement exténué et ramolli son corps, émoussé son esprit, il avait failli se faire laminé par une Buick toute pourrie, un inconnu lui avait sauvé la vie mais avait disparu avant qu'il n'ait eu le temps de le remercier.

Et Thomas avait des soupçons quant à ce jeune blond. Peut-être que toute cette histoire lui montait trop à la tête et l'obsédait au point de voir des gènes de la vision onirique partout, mais il était presque certain que ce mystérieux inconnu avait présagé cet accident. Il les avait avertis avant que la voiture ne glisse sur le chaussée.

Peut-être qu'on avait informé le blond du danger imminent...Mais Thomas était à côté de lui sur le banc de l'abribus. Il l'aurait vu se servir de son portable. Ce qu'il n'avait pas fait.

Ou peut-être ce mec était-il médium, mais Thomas avait une opinion très mitigée sur ces...personnes. Il ne considérait pas le paranormal comme une science, et n'avait jamais vraiment considéré les médiums et leurs histoires abracadabrantes comme une source sûre.

Le gène onirique avait une explication scientifique beaucoup plus crédible. C'était une anomalie génétique qui conférait à son porteur cette étrange faculté de prédire l'avenir, le présent et le futur en rêve.

Malgré ses sens encore brouillés par la décharge du Taser, il avait remarqué du coin de l'œil le visage du jeune homme se décomposer lentement alors qu'ils étaient assis à l'arrêt, et il avait ressenti son angoisse. Comme si le blond savait ce qui allait arriver...mais qu'il essayait de se convaincre du contraire.

- Désolé, Min', je suis un peu à cran là...il..il vient de se passer un truc bizarre..., finit-il par dire en cherchant ses mots.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? S'enquit immédiatement Minho avec inquiétude.

Thomas se retourna vers les lieux de l'accident maintenant envahis par les véhicules de secours. Les lumières des gyrophares projetaient sur la façade des immeuble et le sol enneigé leurs éclats glaçants.

Une foule de gens avaient commencé à se regrouper autour de la voiture fichée dans l'immeuble, et des agents de police faisaient barrière pour les tenir à l'écart du drame et laisser aux ambulanciers la possibilité de s'occuper du conducteur blessé.

Un détail attira alors l'attention de Thomas. À moitié enfoui dans la neige, un objet sombre gisait sur la chaussée. Là où le garçon blond et lui avaient atterri en s'écartant de l'abribus.

Le garçon blond l'aurait fait tombé dans le feu de l'action ? C'était très probable, stressé comme il était, il n'aurait rien remarqué, trop impatient de fuir les lieux.

Il s'en approcha et retira du pied la neige qui le recouvrait. Il se pencha et ramassa ce qui ressemblait à un agenda. Un agenda dont la couverture grise portait en son centre une effigie. L'effigie de l'université Saint-André. L'université-même qui intéressait les agents du WICKED.

- J'ai peut-être une autre piste, lâcha finalement Thomas avec lenteur, peu certain de ce qu'il allait dire.

O0o0o0o0o0o

Newt marchait sans relâche dans les rues nocturnes de Dijon, désireux de mettre le maximum de distance entre lui et les lieux de l'accident.

Ses pieds gelés imprimaient la marque de ses semelles dans la neige à chaque pas effectué, tandis que son corps l'emmenait mécaniquement en direction de la maison d'Ernest, à une quarantaine de minutes à pieds.

Il claquait des dents sans pouvoir s'arrêter, et des vagues de frissons nerveuses lui remontaient régulièrement le long du dos, lui rappelant sans pitié ce qui venait de se passer. Il ne savait même pas si ses tremblements étaient dus au froid mordant, ou à la terreur qu'il avait ressentie pendant l'accident et qu'il ressentait encore maintenant.

Il porta ses doigts glacées à ses lèvres et tira fébrilement sur sa cigarette, la quatrième, extériorisant l'angoisse et l'horreur accumulées clope après clope. Son esprit s'était égaré dans les méandres de l'adrénaline, et il peinait à recouvrer ne serait-ce qu'un semblant de lucidité, encore profondément ébranlé par ce à quoi il venait d'assister.

Il était passé à deux doigts de la mort. Il avait clairement senti cette voiture le frôler de près en défonçant l'abribus.

Encore était-il soulagé de ne pas être passé sous les roues comme dans son cauchemar, mais à part cela, il avait eu une vision exacte et détaillée de l'événement. Newt ne savait même plus si le terme « rêve » était encore juste. Ce ne pouvait pas être de simples rêves, maintenant il en était certain.

Il n'y avait plus de doutes possibles. Le match de basket, l'AVC d'Ernest, l'accident de voiture, et bien d'autres encore. Ce ne pouvait pas être de simples coïncidences, ou le fruit de son imagination comme il s'était conforté à le croire depuis le début.

Il avait peur. Il était terrifié même. Parce qu'il avais compris que ses rêves n'étaient pas communs. Il avait compris qu'il voyait en songe ce qu'une personne normale ne devrait pas voir. Mais il ne comprenait pas d'où lui venait cette capacité.

Était-il un rêveur au subconscient un peu plus développé que la normale ? Il ne savait pas si c'était une hypothèse plausible, il n'était qu'un simple étudiant en histoire, après tout, pas un étudiant en sciences. Ou peut-être même était-il médium ?

Il fronça les sourcils et renifla avec dédain. Newt était quelqu'un de terre-à-terre, pas vraiment du genre à croire facilement à des histoires aussi farfelues. Il était dans une impasse, piégé dans la confusion et l'incompréhension.

Il se traita de tous les noms lorsqu'il repensa au coup de folie qui l'avait poussé à mettre sa vie en danger pour sauver cet inconnu. Malgré le danger palpable et l'immense peur qui lui avait tordu les boyaux, il n'avait pas hésité à se précipiter au secours du brun.

Et il était incapable d'expliquer ce geste. C'était comme si une force abstruse l'avait incité à jouer aux héros. Il avait ressenti ce besoin viscéral de sauver la vie du brun.

Et cet échange visuel intense qu'il avait eu avec lui l'avait déstabilisé. Les fourmillements dans son ventre et le poids qui lui avait serré le cœur comme dans un étau l'avaient pétrifié lorsqu'il avait croisé les orbes noisette. Il nota que le brun avait également eu l'air troublé.

Bon sang mais que lui arrivait-il ? Il était dépassé par les événements. La panique et l'incompréhension avaient eu raison de lui, et il s'était enfui sans plus de cérémonies. Comme un lâche.

Fuir le plus vite possible. Telle était sa seule préoccupation à cet instant. Fuir tous ces événements qui venaient chambouler sa petite vie tranquille. Fuir cette menace insondable qu'il sentait approcher. Fuir la vérité trop effrayante à son goût.

Il était complètement gelé lorsqu'il atteignit la porte d'entrée de la maison d'Ernest. Il ouvrit la porte et s'engouffra dans le hall baigné d'une lumière tamisée conviviale. Il se dirigea dans la cuisine et se laissa tomber sur une chaise, son sac mal fermé à ses pieds.

Ernest regardait tranquillement son feuilleton du soir, mais il entendit le murmure de la télévision s'éteindre et la semelle des pantoufles du vieil homme claquer sur le carrelage.

- Bon après-midi ?

Newt releva la tête et regarda d'un air absent son hôte qui se tenait dans l'encadrement de la porte.

- Ça va...j'ai mis beaucoup plus de temps que prévu, finalement...Vous avez mangé ? Ajouta-t-il, embêté, après avoir constaté qu'il était déjà 19h49.

Il réalisa qu'il avait manqué à ses obligations : il n'avait pas préparé le dîner, et il avait l'impression d'avoir mis les filles de côté, à qui il consacrait toujours un peu de temps le soir pour jouer avec elles, les aider à faire leurs devoirs, etc... Ernest leva les yeux au ciel.

- T'es censé m'aider, bonhomme, pas tout faire à ma place, dit-il. C'est d'jà la guerre pour t'empêcher d'lancer toutes les lessives... Le reste de la soupe a largement suffi à nous rassasier moi et les petiotes. Elles jouent dans leur chambre en t'attendant.

- Je suis désolé.

- Oh non, t'excuse pas, va. Faut profiter d'la jeunesse tant qu'on est jeune.

Newt sourit faiblement. Encore un proverbe ernestien qu'il allait pouvoir ajouter au recueil. Ernest se rapprocha et prit place sur une des chaises de la cuisine. Il se tourna vers le jeune homme avec un air de bienveillance.

- T'es pas bien causant depuis quelques temps, p'tit gars.

Newt croisa son regard inquiet et mâcha soigneusement ses mots avant de répondre au vieil homme.

- Ce...c'est mes devoirs de sociologie qui m'épuisent, mentit-il en évitant son regard, j'ai du mal à m'y mettre.

Après tout, ce n'était qu'un demi-mensonge étant donné que son devoir de socio lui donnait véritablement du fil à retordre.

- C'est pour quand qu'tu dois l'faire c'machin-là ?

Ernest avait toujours feint avec beaucoup de talent de s'intéresser à ses leçons et de les comprendre.

- Après-demain.

- Bah alors, t'as encore toute la soirée pis tout demain, t'vas y arriver.

- Je vais tâcher de faire ça oui, mais ça risque d'être compliqué, car je dois aussi terminer mon dossier d'Histoire.

Il ne trouva rien à répliquer, pour la simple et bonne raison qu'il n'y avait rien à répliquer. Newt devrait boucler son dossier d'Histoire avant vingt-deux heures et s'atteler à sa synthèse de sociologie jusqu'à l'aube. Il n'aurait plus qu'à remettre le couvert le lendemain pour peaufiner les détails et tout relire. Et à s'évanouir le vendredi une fois le devoir rendu.

Newt se leva finalement pour dire bonsoir à Ernest. Il récupéra son sac avant de se lancer dans le hall pour gravir les escaliers quatre à quatre et s'enfoncer dans le long corridor obscur.

Il rentra dans la chambres des jumelles. Les trois sœurs étaient assises sur un des deux lits simples, une tonne de crayons de couleur et une pile de feuilles étalés sur la couette.

Elles relevèrent la tête à l'unisson en voyant la porte s'ouvrir, et étouffèrent des cris de surprise et d'horreur en apercevant Newt.

- Qu'est-vous que vous fabriquez encore ? Fit Newt avec suspicion en voyant Maddie et Victoria se jeter sur leurs dessins pour les cacher.

- Ah non Newt tu vas tout gâcher ! S'écria Zoé en bondissant de son lit.

Elle fonça sur le blond et se mit à le pousser sans ménagements vers la sortie.

- Sors, sors vite, on doit finir avant que tu rentres !

Newt arqua un sourcil et se laissa guider vers le couloir en résistant un peu pour embêter la fillette.

- Rhhaaa mais tu pourrais sortir plus vite ! Râla-t-elle en redoublant d'efforts.

- Oh non ! C'est la loi de l'apesanteur, je vais fondre ! Répondit Newt de manière théâtrale en s'accrochant désespérément à l'embrasure de la porte.

- C'est pas vrai !

- Si, Zoé, il m'est arrivé la même chose hier, se lamenta le blond.

- Tu fais n'importe quoi, t'auras pas ton cadeau si tu continues, l'admonesta-t-elle en fermant la porte à la volée.

Il secoua la tête, amusé, et toqua à la porte de la chambre.

- Loin de moi l'idée de vous déranger, mais vous devez préparer vos sacs. Vous retournez chez vos parents demain, lança-t-il d'une voix plus sérieuse.

Les trois fillettes protestèrent de vive voix mais obéirent quand même à l'étudiant qui put enfin rentrer dans la chambre. Les crayons et les feuilles avaient disparu, mais Newt ne posa pas plus de questions, malgré sa curiosité évidente.

Il les aida à préparer leurs affaires et les leur lit une histoire avant de les coucher. Une nouvelle longue soirée à plancher sur son devoir l'attendait.

O0o0o0o0o0o

Lorsque Thomas ouvrit les yeux, le soleil pointait à peine et s'infiltrait paresseusement au travers des vitres embuées de leur voiture. Il retira ses pieds du tableau de bord, les laissant retomber mollement au sol. Il frotta le bout de son nez gelé avant de réajuster son écharpe pour cacher chaque parcelle de sa peau exposée au froid.

Il n'avait rien rêvé de très utile cette nuit. Seulement quelques fragments de son passé dont il aurait préféré se passer.

Il grimaça en massant son cou endolori et se redressa un peu pour s'étirer comme un chat. Un jet de vapeur s'échappa d'entre ses lèvres lorsqu'il expira bruyamment.

- Mais t'en fais du boucan ! Grogna Minho à côté de lui, sur le siège conducteur.

L'Asiatique s'était coltiné le volant toute la nuit, mais il avait miraculeusement réussi à trouver une position assez confortable pour pouvoir dormir un minimum, capuche rabattue sur sa tignasse de cheveux sombres. Le dossier de son siège était rabaissé au maximum, ses bras étaient croisés sur son torse pour conserver un peu de chaleur corporelle, et il avait replié ses jambes, genoux contre le volant.

Ce n'était pas la première fois que les deux amis dormaient dans une voiture, mais le manque de sommeil et les courbatures s'en faisaient toujours ressentir le lendemain.

Thomas ignora la pique lancée par Minho. Sa cervelle pulsait et rebondissait contre les parois de son crâne à chaque mouvement trop brutal comme un vieux ballon de basket dégonflé.

- Le prochain qui essaie de m'électrocuter avec un Taser, je le fume, maugréa Thomas en se massant les temps.

- En attendant, c'est moi qui vais te fumer si tu continues à m'empêcher de dormir.

- Tocard. Il fait jour, de toute façon, va falloir qu'on se bouge. Tu t'es engagé à renoncer aux grasses matinées en me suivant, il me semble.

Oui, Thomas savait se montrer impitoyable et cinglant quand il le voulait. Minho émit un long gémissement en guise de réponse, et il étendit ses jambes.

- Je te déteste, marmonna-t-il en se frottant les yeux. Il est quelle heure ?

- Huit heures quarante...On a raté ceux qui avaient cours à huit heures.

Minho était passé chercher Thomas la veille, juste après l'accident. Le brun avait expliqué à Minho ce qui s'était passé à l'abribus, il lui avait parlé du blondinet qui l'avait sauvé et de ses doutes à son propos.

Ils avaient décidé dans un commun accord qu'il valait mieux ne pas passer la nuit près de l'hôtel où dormaient les agents du WICKED. Ils avaient donc fini par atterrir sur le parking situé juste en face de l'entrée du campus, plus sûr à leur goût. Au moins, ils n'auraient pas à bouger le lendemain, puisqu'il était fort probable que leur « cible » se trouvât ici.

Malgré les risques évidents que cela représentait, ils fonctionnaient souvent grâce à des probabilités plus ou moins fortes. Ils avaient été plutôt chanceux jusqu'ici, ce qui les encourageait toujours à continuer, mais viendrait un moment où cela leur jouerait des tours...

Thomas ouvrit la boîte à gants et en sortit l'agenda qu'il avait trouvé la veille. Il le feuilleta, mais il ne contenait aucun nom, juste les devoirs à faire pour chaque matière et quelques gribouillages et dessins au crayon ou au surligneur. S'il retrouvait le blond, il pourrait au moins s'en servir comme prétexte pour lui adresser la parole.

- Des nouvelles du mec de tes rêves ? Demanda Minho.

- Arrête de le surnommer « mec de mes rêves », tu veux ? C'est franchement gênant. Et non, je n'ai eu de visions de lui cette nuit.

- Techniquement, ce surnom va comme un gant à ta situation actuelle, s'esclaffa l'Asiatique.

- C'est vraiment bizarre qu'ils ne soient toujours pas là. Ils préparent un sale coup, j'en suis sûr.

- C'est ce qu'ils font à chaque fois, Tom.

- Si on s'en était tenu à ce que j'avais prévu, on prendrait nettement moins de risques à l'heure actuelle, marmonna Thomas.

Avec tout ce qui s'était passé, Minho avait catégoriquement refusé de le laisser seul à nouveau, ce qui avait sérieusement énervé le brun. Thomas avait tout planifié dans sa tête : Minho aurait continué de surveiller les pions du WICKED tandis que lui se serait rendu à l'université pour mener sa petite enquête.

Mais Minho n'était pas de cet avis, bien décidé à ne plus le lâcher d'une semelle. S'était ensuivi une nouvelle engueulade entre les deux amis. Et Thomas avait fini par capituler.

Et c'est ainsi qu'ils se retrouvaient tous les deux sur le parking de l'université. Thomas scrutait consciencieusement le visage de chaque étudiant qui entrait ou sortait de la fac tandis que Minho se chargeait de guetter les alentours, prêt à sonner l'alerte à l'approche de leurs ennemis.

Après toute une matinée de recherches infructueuses, un bref aller-retour à la cafèt' d'à côté pour le repas de midi, Thomas finit par reconnaître une tête blonde parmi la masse d'étudiants qui sortait du bâtiment universitaire.

Il plissa les yeux et fronça les sourcils, ce qui n'échappa pas à Minho qui se redressa sur son siège.

- Quoi ? Il est là ? Tu l'as vu ? Il est où ? S'impatienta-t-il en lisant l'hésitation et le doute sur le visage de son ami.

- ...Il est là.. oui, je crois que c'est lui !

Voilà pour ce chapitre 4! Qu'est-ce que vous en avez pensé? :)

Le chapitre 5 est en cours d'écriture, mais je ne préfère pas me prononcer sur la date à laquelle je le publierai, on ne sait jamais x)

Sinon en attendant vous pouvez aller voir ma nouvelle fiction ''Le son d'un piano", même s'il n'y a que le prologue...non non je ne fais pas de pub xD)

Je vous fais de gros gros bisous baveux et rendez-vous au prochain chapitre! Et merci encore de suivre cette fiction! :)