Entre la vie et la mort
Chapitre 4
Spock et Léonard se matérialisèrent à l'ombre d'une dune de sable. Deux immenses colonnes de pierre leur indiquèrent l'entrée d'un souterrain. Mais avant de descendre le long escalier menant à la cité, ils se désaltérèrent dans une première salle, creusée dans la roche. C'est là qu'ils firent la connaissance de leurs nouveaux collègues, des mâles Vulcains . Leur campement et leur matériel de recherche occupaient deux autres pièces adjacentes. La température à l'intérieur de la grotte était de 22°C.
Spock comme Léonard frissonna dès le franchissement du seuil. Léonard, du fait du changement brutal de température après avoir parcouru 200 mètres sous une chaleur écrasante, et Spock parce qu'il reconnut immédiatement l'un des membres de cette expédition scientifique.
Ce vulcain et lui avaient le même âge et ils avaient fréquenté la même école. Son nom était Svagak. De lui, Spock n'avait retenu que sa méchanceté gratuite et son mépris à l'égard de tous les étrangers vivants sur Vulcain. Xénophobe comme son père, Svagak détestait tout particulièrement les Andoriens, les Tellarites, les Humains et dans une moindre mesure toutes les autres races que comptait l'Univers. Cela valait aussi pour lui, Spock, enfant issu d'un croisement entre une humaine et un vulcain, son souffre-douleur préféré durant huit ans !
Spock réprima les frissons qui continuaient de lui parcourir l'échine, se disant que cette réaction était bien trop humaine…Il se demanda durant un dixième de seconde comment cette information, à savoir la présence de Svagak sur le planétoïde, avait pu lui échapper. N'avait-il pas tout lu sur cette expédition, de leurs premiers rapports de mission jusqu'aux noms de ses membres ?
« Je m'appelle Torgan. Je suis le chef de ce petit groupe. Votre présence nous honore, Commandant Spock et Dr McCoy. »
Après s'être ainsi présenté, saluant par le Ta'al ses nouveaux collègues, Torgan s'empressa de leur servir à boire. Cette autre coutume vulcaine fut très appréciée par Spock et McCoy.
« Comme vous allez le voir, Faradrina recèle bien des trésors, Dr McCoy. L'un d'eux étant une source d'eau potable, fraîche et désaltérante. »
Le docteur s'empressa de remercier son hôte et futur collègue avant de vider son verre d'un trait. Intérieurement, il se rappela qu'il devrait se passer d'alcool durant ces quatre mois, un autre challenge intéressant…
Spock but plus lentement, tout en continuant de dévisager Svagak. Ce dernier avait-il changé de mentalité à l'égard des étrangers ? Ce dernier l'avait-il oublié ? Impossible de le dire tant son visage demeurait impassible…
« Laissez-moi vous présenter le reste de l'équipe, principalement constituée de géologues, de linguistes et d'archéologues. Voici mes fils Tenet, Vark et Tondar. Voici Solan, qui a longtemps étudié la géomorphologie sur Terre et qui nous a rejoint il y a peu. Et enfin Svagak, originaire de la ville de Shikahr tout comme vous, Spock. »
Léonard et Spock suivirent ensuite Torgan pour une visite guidée de leur nouvel habitat et laboratoires. Seul Solan les accompagna, les quatre autres membres de l'équipe retournant à leurs travaux en cours dans un silence quasi religieux.
L'endroit était peu spacieux et la température confortable, du moins pour un humain. Léonard ne regretta pas un instant de porter un short. Cependant, plusieurs questions se bousculaient dans sa tête. Questions qu'il s'empressa de poser à Torgan.
« Mais dîtes-moi, pourquoi avoir installé vos laboratoires ici et non en bas ? Si j'ai bien lu le rapport que Spock m'a envoyé, la cité se trouve 286 marches en dessous de nous…Ne me dîtes pas qu'on va devoir monter et descendre cet escalier toute la journée ! »
Si Torgan montra son étonnement, Spock leva les yeux au ciel et ne retint pas un bref soupir.
« Il est vrai qu'il faut une bonne condition physique pour vivre ici. Nous ne remontons cet escalier que trois à quatre fois par jour. Mais je suis sûr qu'après quelques semaines vous vous y serez fait, Docteur McCoy. Je dois cependant ajouter que la cité elle-même s'étale sur des kilomètres…en longueur comme en profondeur. D'autres escaliers la jalonnent. Mais si notre endurance physique est un avantage, nous autres Vulcains sommes vulnérables aux basses températures et à la forte humidité rencontrées dans la cité. Ceci explique que nous ayons décidé d'installer notre campement au plus près de la surface. Nous nous octroyons également des pauses à l'extérieur… »
« Des pauses à l'extérieur ? Vous voulez dire, dehors, par 45°C ? » Répliqua Léonard, abasourdi. Bien entendu, lui n'irait dehors sous aucun prétexte, à part peut-être pour profiter d'une nuit à la belle étoile.
Après avoir déballé et rangé leurs affaires, Spock et Léonard emboîtèrent le pas à Torgan, lequel allait les mener à la cité souterraine des Fabrinis. L'escalier était sombre. Un autre avantage des Vulcains sur les Humains était leur bonne vue nocturne. Léonard suivait Spock de près, une lampe torche à la main, tout en espérant que dans les profondeurs de Faradrina, la cité serait mieux éclairée. Sans cela comment pourrait-il vivre les prochains mois dans cette semi-obscurité ?
Arrivé à la deux-cent-trente-sixième marche, Léonard fit une pause. Si ses difficultés commençaient à la descente de cet escalier, qu'en serait-il à la remontée ? Fort heureusement, il ne se séparait jamais de sa trousse de médecin. Une dose de fortifiant plus tard, il reprit le décompte des marches et rejoint ses collègues qui l'attendaient en bas. La bonne surprise fut qu'il y voyait très bien ! La magnifique cité s'étendait devant et au-dessous de lui, un éclairage de qualité y avait été installé. Mais alors, pourquoi ne pas avoir mis le même éclairage dans l'escalier, demanda-t-il.
« L'escalier n'a aucun intérêt archéologique, Docteur McCoy. Et la vision nocturne des vulcains étant excellente, il était illogique d'y installer un quelconque éclairage ! » Lui répondit Svagak, sur un ton qui ne laissait aucun doute à Spock. Non, ce dernier n'avait pas changé. Proclamer la supériorité des Vulcains par rapport aux autres races était toujours son cheval de bataille.
Léonard ne répondit pas et pour cause, un simple coup d'œil à Spock l'en dissuada. Etrangement, même sous cet éclairage, Léonard percevait la gêne et l'appréhension de Spock. Craignait-il un éclat de sa part ? Léonard se remémora aussitôt la promesse faite à Jim, celle de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler !
« Je comprends. Je vous prie de m'excuser pour m'être arrêté dans la descente, mes jambes ont eu un peu de mal à vous suivre. » Ajouta-t-il, sur un ton léger.
Le souffle court, les jambes en coton, Léonard regretta immédiatement de ne pas avoir suivi le conseil de Spock. Le port du short n'était plus adapté dans les entrailles de Faradrina où la température n'excédait pas les 16°C. Le froid engourdissait à présent son corps tout entier, ajouté à cela une sueur glaciale collant sa chemise à sa peau.
Demain, je change de tenue ! Pensa Léonard.
Cette première journée fut fascinante, telle fut la seule déclaration de Spock lorsque le soir venu, Léonard et le demi-vulcain regagnèrent leur lit respectif. Léonard ne fit aucun commentaire, trop fatigué par la remontée des 286 marches…pour la 3ème fois de la journée ! Léonard s'endormit avant même que la lumière ne fut éteinte.
Demain sera un autre jour, pensa Spock. Demain, je tenterai de parler à Léonard et de m'expliquer avec lui.
En attendant, une longue séance de méditation attendait Spock. La présence de Svagak allait-il lui causer un problème supplémentaire ? Etrangement, si Léonard et Spock s'étaient retrouvés ici, c'était à cause de leurs propos quasi xénophobes à l'égard de l'un et de l'autre. Si les autres membres de l'expédition ne montraient aucun grief à la présence d'un humain parmi eux, l'attitude de Svagak à l'encontre de Léonard était sans équivoque. Il le détestait. Solan avait fait de longues études sur Terre. Il s'était formé à la géomorphologie et à la spéléologie, activité rare pour un Vulcain. Il avait longuement discuté avec Léonard et semblait bien s'accommoder de sa présence. C'était une bonne chose, se dit Spock. Lui aussi, s'entendrait bien avec lui, enfin, en théorie.
A suivre…
