Le commandant Ryusuke Genda était à son bureau depuis déjà quatre heures lorsque son téléphone sonna :

« Oui ?

- Commandant, mademoiselle Maki Orikuchi de l'hebdomadaire Temps Nouveaux me signale qu'elle a rendez-vous, mais je n'ai pas été prévenue…

- Ma petite Kimiko, considère que mademoiselle Orikuchi est toujours la bienvenue dans mon bureau !

- Très bien, Commandant. Vous pouvez y aller, l'entendit-il dire en raccrochant. La porte s'ouvrit quelques secondes après.

- T'es gonflé, Ryu, tu me demandes de venir et tu ne préviens même pas ta secrétaire !

- Désolé, j'ai encore du mal à m'habituer aux procédures ! Dojo me manque, déplora-t-il en se levant pour préparer du thé. Orikuchi s'assit dans l'un des fauteuils en cuir qui entourait la table basse, installa son coude sur l'accoudoir et l'observa, sa tête posée sur le bout de ses doigts.

- Alors, tu as vu le soulèvement populaire qui s'opère dans tout le pays ?

- Ne m'en parle pas, je reçois des rapports de toutes les bibliothèques.

- Ca n'a pas l'air de te réjouir ! La révolution est en marche, c'est ce qu'on a toujours voulu…

- Je sais, mais je ne peux pas m'empêcher de me représenter le pire. Il suffirait au Comité de créer de faux attentats au sein des manifestations pour les discréditer et mettre en lumière les méfaits de la liberté ainsi que la nécessité de censure. On marche sur le fil du rasoir. C'est ce qui m'inquiète. »

Orikuchi ne répondit rien, elle se contenta de mettre un peu de sucre dans son thé et de remuer négligemment sa cuillère.

« Toi, par contre, tu as l'air étrangement calme… Son regard s'éclaircit. Tu sais quelque chose !

- Non, je me disais juste que tu t'étais assagi. Le commandement de la base t'est bénéfique, finalement ! En disant cela, elle sorti un papier de sa poche et lui tendit. Il le lut en silence « Il faut qu'on se voit, à l'extérieur. Je sais des choses, mais ce serait trop dangereux d'en parler ici : je n'ai pas confiance. ». Alors, reprit-elle, pourquoi m'as-tu demandé de venir ?

- Je… Il eut un temps d'arrêt, essayant de déchiffrer le sourire énigmatique d'Orikuchi. Il en déduit qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter, si elle-même ne s'inquiétait pas. J'ai besoin de toi. Comment a été reçu ton article sur Kasahara ?

- Ah ! Il y a eu deux réactions, très vives : d'un côté, un énorme engouement du public, qui nous envoie des courriers pour en savoir plus sur Iku-chan, d'un autre côté, des réactionnaires qui considèrent qu'une femme n'a pas sa place dans les forces armées.

- Je vois, c'est un peu pareil ici : une chose est sûre, elle suscite des réactions passionnées, positives ou négatives. Mais la plupart des gens ne la connaissent pas vraiment. Leur jugement est erroné.

- En quoi est-ce problématique ?

- On a reçu des menaces de mort à son encontre. Elle est qualifiée de « pistonnée », voire de « trainée » : en gros, elle a choisi une carrière où elle ne serait entourée que d'hommes pour pouvoir coucher avec eux, et, grâce à ça, monter les échelons plus vite que les autres.

- Effectivement, c'est bien mal la connaître, répondit Orikuchi en riant. L'imaginer avec toi… Elle rit à nouveau, voyant l'air gêné de Genda, puis après avoir bu une gorgée : tu veux que j'en fasse un modèle de vertu ?

- Je veux juste que tu en fasses un portrait juste. Tous ceux qui ont côtoyé Kasahara ont fini par l'aimer, quelques soient leurs aprioris. Ta mission est de réussir à la faire aimer du public ! Intéressée ?

- Bien sûr : on a justement eu beaucoup de demandes pour en savoir plus sur elle, je n'aurai aucun mal à faire passer mon article auprès de la rédaction. Je m'en occupe aujourd'hui, comme ça il sera publié mercredi. Ça te va ?

- Nickel !

- Tu crois qu'elle sera d'accord pour que je parle de son histoire de prince ? Ce serait l'idéal pour mettre en valeur son innocence…

- Tu as besoin de son accord ? Ça m'étonnerait qu'elle te poursuive en justice pour avoir publié ça ! D'autant qu'elle l'a enfin retrouvé !

- C'est pas vrai ? Ils doivent être trop mignons ! J'irai les voir, ça doit valoir le coup d'œil ! »

Ils se regardèrent en silence, piqués de nostalgie, se remémorant leur rencontre à l'université et leurs premières sorties ensemble.

« J'espère sincèrement qu'ils pourront en profiter.

- Maki… Je n'attendrai pas que tu aies soixante ans. Ce serait du gâchis ! Le jour où le Comité de censure est dissout, on se remet ensemble, ça te va ?

- Tu es plus optimiste que tout à l'heure, répondit-elle, les joues légèrement piquées de rouge. C'est entendu. »

Genda lui rendit son sourire et se leva. Il décrocha son téléphone et demanda au lieutenant Dojo de lui envoyer Kasahara.

« Evidemment que vous êtes débordés, on est dimanche ! Mais vous êtes cinq maintenant, je ne vois pas où est le problème. On n'en aura pas pour longtemps ! Dis-donc, « prince », tu peux plus te séparer de ta princesse, même vingt petites minutes ? Genda regarda le combiné d'un air circonspect et le reposa sur sa base.

- Il t'a raccroché au nez ?

- Quel manque de respect pour son commandant !

- Ah ! T'es vraiment gonflé ! »

Genda prépara une troisième tasse et, après l'avoir remplie, remplit à nouveau celle de Maki. Ils échangèrent quelques mots, lorsque Kasahara frappa énergiquement à la porte, l'ouvrit et salua son commandant. Son visage s'éclaircit lorsqu'elle vit que mademoiselle Orikuchi était présente.

« Iku-chan, j'ai un service à te demander : après mon précédent article, j'ai reçu énormément de courriers de personnes qui t'admirent et qui aimeraient te connaître davantage. Ma rédaction aimerait que je t'interviewe, est-ce que tu me ferais cet honneur ?

- Ah, euh, ben… L'honneur serait pour moi. Je ne pense pas être vraiment digne d'intérêt ! »

Orikuchi sortit de son sac un magnétophone ainsi que son appareil photo. Elle les posa sur la table, dirigeant l'appareil vers Kasahara et dissimulant la télécommande du déclencheur dans sa main. Elle activa le magnétophone et commença :

« On y va ?

- Oui !

- Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter ?

- Je m'appelle Iku Kasahara, j'ai vingt-cinq ans et je fais partie du Groupe d'Intervention des Bibliothèques. J'ai été promue Lieutenant Troisième Classe après avoir protégé Tôma-sensei. Je suis originaire de la province d'Ibaraki, où j'ai grandi avec mes trois grands frères.

- Pourquoi avoir intégrer le Corps des Bibliothèques ?

- Eh bien… J'ai toujours adoré les livres, sans vraiment me soucier du rôle du comité de censure. Mais un jour, j'ai été confrontée à des Agents Spéciaux d'Amélioration. Un agent du Corps des Bibliothèques a pris ma défense et m'a protégée. J'ai alors pris conscience de l'aspect arbitraire de la censure et de la brutalité du monde dans lequel je vivais. J'ai décidé de rejoindre, à mon tour, les forces des bibliothèques, afin de pouvoir protéger ces livres que j'aimais tant. »

Genda et Orikuchi échangèrent un regard étonné. Kasahara semblait, elle aussi, avoir gagné en maturité. Ou avoir élaboré une réponse moins gnangnan à une question qu'on lui posait peut-être souvent. En réalité, elle avait pu lire l'analyse que Dojo avait faite d'elle-même dans son journal.

« Lorsque tu étais enfant, quel métier voulais-tu faire ?

- Ah… euh… Je préfère ne pas en parler. Orikuchi fut naturellement piquée de curiosité.

- Pourquoi ? De quoi est-ce qu'il s'agit ?

- Vous ne l'écrirez pas, hein ? Mais quand j'étais enfant, je passais mon temps à me battre avec mes frères… Alors, le premier métier… auquel j'aspirais… c'était… catcheuse… Le volume de sa voix avait progressivement diminué lorsque le mot fut lâché, Genda explosa brutalement de rire et Orikuchi elle-même ne put s'empêcher de pouffer.

- C'est trop mignon ! Et avant d'avoir été confrontée à la censure, à quel métier te destinais-tu ?

- Je voulais être libraire. Mais… Commandant, cria-t-elle, arrêtez de rire !

- Pardon… mais… je ne… peux… je peux pas ! Je t'imagine… en combinaison… avec… une cagoule ! Ses rires redoublèrent et devenaient visiblement douloureux parce qu'il se tenait les côtes.

- Ne fais pas attention à lui, Iku-chan, marmonna Orikuchi, en se mordant la joue pour ne pas éclater à son tour. Quel métier difficile elle exerçait ! Kasahara avait croisé les bras et faisait une mine renfrognée.

- Après cet incident, je n'avais qu'une idée en tête : me battre pour que ça ne se reproduise plus. Grâce à mes résultats en athlétisme, j'ai pu poursuivre mes études à l'université et intégrer le CB.

- Quelle a été la réaction de tes parents ?

- Je ne leur ai pas dit que je postulais comme agent de défense. Ma mère était déjà très inquiète à l'idée que je devienne bibliothécaire. Je voulais faire mes preuves, leur montrer que c'était ma vocation. Quand ils l'ont appris, mon père s'est montré très compréhensif parce qu'il a reconnu mon professionnalisme. Quant à ma mère, elle est inquiète, mais elle a fini par accepter mon choix de carrière et même par être fière de moi.

- Est-ce que tu peux nous expliquer brièvement en quoi consiste ton travail en tant que membre du Groupe d'Intervention ?

- C'est très varié. Nous sommes aptes à effectuer à la fois le travail de bibliothécaire et celui d'agent de défense. Nous nous occupons donc à la fois de la sécurité de l'établissement, de missions de protections à l'extérieur, mais aussi du service aux usagers, de gestion des fonds, de classification… C'est très enrichissant et passionnant, on n'a pas le temps de s'ennuyer !

- Est-ce que ça a été difficile d'intégrer cette unité ?

- Le plus difficile n'a pas été d'y entrer, mais de faire mes preuves pour montrer que j'étais digne de l'honneur qu'on m'avait fait en m'y intégrant. Mon instructeur a tout fait pour me dégouter de ce métier, parce qu'il ne voulait pas que je suive une voie si dangereuse. L'autre bleu qui a été intégré avec moi excellait dans tout ce qu'il faisait et me rabaissait en permanence. Ça a été très dur, autant physiquement que moralement, mais j'ai serré les dents, je me suis donné à fond et ils reconnaissent aujourd'hui l'un et l'autre mes mérites !

- Le fait d'être une femme a-t-il été un handicap ?

- Non, je ne crois pas. On m'a souvent conseillé de renoncer à ce métier, mais je n'ai jamais eu de traitement de faveur parce que j'étais une femme. Mes collègues sont peut-être plus protecteurs avec moi en situation de danger, mais en termes d'exigence, je suis à la même enseigne que les autres. Et dans la mesure où je suis bagarreuse et que je dis tout ce qui me passe par la tête, il paraît qu'on ne peut pas voir en moi une femme… Cette remarque amusa Orikuchi.

- Qu'est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ? Le visage de Kasahara s'adoucit et rougit légèrement.

- Eh bien… L'expression de reconnaissance sur le visage des usagers… Les gens comprennent la difficulté de notre travail et nous le rendent bien. Surtout les enfants ! Et aussi… l'expression de fierté sur le visage de mes supérieurs… En l'entendant, Genda sourit et lui tapota la tête.

- Tu as sûrement entendu parler des manifestations qui ont lieu dans tout le Japon actuellement : qu'est-ce que tu en penses ? A ton avis, comment va évoluer la situation des bibliothèques ?

- J'ai du mal à me projeter dans le futur. Je ne peux qu'espérer que la censure recule progressivement jusqu'à disparaître totalement. Je suis reconnaissante envers les personnes qui s'impliquent à nos côtés dans ce combat. En tant qu'organisation, nous sommes présentés comme des perturbateurs, des ennemis de l'Etat. Par conséquent, je crois que nous ne pourrons remporter le combat seuls, parce qu'en tant que force d'opposition, le gouvernement ne pourra pas nous donner directement raison : il est nécessaire que l'ensemble des personnes qui se sentent concernées par la censure manifestent leur opposition, pour que l'Etat comprenne que nous nous battons dans l'intérêt du peuple qu'il prétend protéger.

- Ton genre de littérature ?

- J'aime beaucoup les enquêtes, à cause des coups de théâtre et des révélations de dernière minute, je trouve ça amusant ! Mais j'aime un peu tous les genres. Ce qui me plaît le plus, dans la littérature, ce sont les interactions entre les personnages… mais certaines personnes trouvent désespérant que je ne m'intéresse pas à la trame principale d'un livre…

- C'est une façon originale de lire, effectivement ! Dernière question, plus légère : qu'as-tu prévu pour la Saint-Valentin ?

- Qu… ? Hein ?

- Ne me dis pas que tu as oublié ? C'est jeudi prochain !

- Mais… C'est que… J'ai trop de travail pour y penser ! Ce sera comme d'hab, chocolats pour tout le monde, répondit Kasahara en rougissant.

- Le lieutenant Dojo risque d'être déçu !

- Mais c'est fou ça ! Vous êtes une vraie fouineuse ! »

Iku se leva, très embarrassée, et demanda la permission au commandant Genda de retourner à son poste –ou plutôt de s'enfuir en courant de ce traquenard. Lorsqu'ils furent à nouveau seuls, ils en rirent.

« Tu vas vraiment publier la dernière question ?

- Oh, non, je voulais juste avoir des photos d'elle quand elle est mignonne, dit-elle en pianotant sur son appareil photo numérique. Elle le tendit à Genda : regarde !

- Ah oui, son air embarrassé… Je pensais pas qu'elle rougissait encore quand on lui parlait de Dojo ! C'est bon à savoir, je vais m'amuser les deux prochaines semaines !

- En tous cas, je trouve qu'elle a beaucoup évolué depuis que je l'ai rencontrée. Son esprit s'aiguise.

- Clair, ça doit être l'effet Dojo !

- C'est bizarre, sur toi, Dojo a plutôt l'effet inverse, non ? Tu retombes dans l'enfance ! »

Il se contenta de rire. Il lui donna une tape sur la cuisse avant de se lever et de retourner à son bureau. Orikuchi se leva à son tour, le suivit et, se penchant au-dessus de son épaule, elle tourna les pages de son agenda et, ayant trouvé une plage horaire libre, inscrivit son nom et le nom d'un café où ils avaient eu l'habitude d'aller lorsqu'ils se fréquentaient. Lorsqu'il lui jeta un coup d'œil interrogateur, elle se contenta de lui faire un clin d'œil en posant son doigt sur la bouche. « Toi, alors » marmonna-t-il en souriant.

o

« Kasahara, je t'attendais. L'équipe Oda vient nous relever, on part en patrouille. Tezuka et moi, on s'occupe du secteur cinq, Komaki, Soma et toi, vous allez au secteur huit. Compris ?

- Oui, chef ! »

Kasahara salua et ils allèrent ensemble chercher leurs oreillettes-micro.

« T'as des petits yeux, tu t'es couchée à quelle heure ?

- Euh… Je ne sais plus trop…

- T'es pas possible !

- Mais c'est parce que je révisais mes cours de stratégie !

- Sérieux ? Dojo lui jeta un coup d'œil surpris, mais Kasahara ne savait pas mentir. Il ne put s'empêcher de rire.

- Quoi ?

- Y a un grand panneau lumineux qui clignote en rouge en plein milieu de ta tronche avec écrit « JE MENS ! JE MENS ! » ! C'était prévisible, soupira-t-il, je vais venir le reprendre, puisque tu n'es pas assez grande pour te gérer toute seule !

- Ah non, trop tard, maintenant que je l'ai, je le garde à tout jamais !

- Lieutenant Kasahara ! Tout va bien ? On y va ? Soma l'attendait avec impatience, sous le regard amusé de Komaki.

- Mais qu'est-ce qu'elle t'a fait pour que tu lui voues un culte pareil ? Tezuka n'y alla pas par quatre chemins. La dévotion de Soma commençait en effet à piquer la curiosité de son entourage.

- C'est bizarre ?

- Pour nous, oui !

- Je suis admiratif, c'est tout… Le lieutenant Kasahara dégage une force qui donne l'impression que rien n'est impossible, qu'elle serait capable de soulever des montagnes s'il le fallait. Je me trouve vraiment chanceux de pouvoir travailler avec elle ! Toute l'équipe se regarda d'un air ahuri.

- Oh, Dojo, tu as de la concurrence ! Komaki lança la réflexion sur le ton de la rigolade, et rit d'ailleurs de bon cœur, avant de réaliser qu'il était le seul à rire. Un silence gêné pesait sur la pièce, aussi Komaki se sentit obligé de préciser : enfin, je voulais dire, Kasahara va devenir plus populaire que toi… Elle aussi aura son fan-club… Vous voyez… ?

- Lieutenant, lui chuchota Tezuka, vous vous enfoncez…

- On y va Tezuka !

- Oui chef ! »

Dojo tapota la tête d'Iku avant de partir en parlant à Tezuka. Komaki ouvrit la marche, suivit de ses deux subordonnés. Soma ne semblait pas embarrassé par ce qui venait de se passer. Il continua à discuter avec Kasahara :

« Lieutenant, vous avez étudié dans quelle université ?

- Tu sais, c'est un peu embarrassant à force ! D'autant que je ne sais pas grand-chose sur toi, en fin de compte !

- C'est vrai, Soma, tu ne t'es même pas présenté à ton idole, ricana Komaki.

- Hé bien… Je m'appelle Hide, je vais avoir vingt-deux ans, je viens de Chiba, j'ai un petit frère et une grande sœur et j'ai fait de la natation, du collège jusqu'à l'université.

- Quel âge ont tes frères et sœurs ?

- Mon frère Toshi, il a dix-huit ans et il entre à l'université au mois d'avril prochain…

- Oh ! Comme Marié ! Il étudie à Tokyo ?

- Oui, il intègre la faculté de sciences médicales : il veut devenir médecin. Qui est Marié ?

- Euh… Une amie… Elle veut devenir bibliothécaire comme nous. Enfin plutôt comme Shibasaki. Elle est trop mignonne pour devenir agent de défense !

- Pas besoin d'être « trop mignonne », Kasahara, il n'y a pas beaucoup de femmes intéressées par le métier de soldat !

- Dans ma province, il y en avait pas mal… Les Tokyoïtes sont juste trop précieuses ! Komaki se sentit incapable de protester. Et ta grande sœur, Soma, qu'est-ce qu'elle fait ?

- Fuki est pompière. Elle a vingt-quatre ans. Mais elle est restée à Chiba avec nos parents. Vous lui ressemblez beaucoup, lieutenant Kasahara !

- Vous avez tous le sens du sacrifice dans votre famille ! Impressionnants vos choix de carrière !

- Les pipelettes, vous pourriez vous concentrer un peu ? On travaille là, vous discuterez plus tard, au déjeuner…

- Pardon, lieutenant Komaki ! »

Ils se turent et observèrent l'environnement avec vigilance. Après quelques minutes, Iku tapa sur l'épaule de Komaki et s'arrêta. Il regarda dans la même direction qu'elle.

« Sa tête me dit quelque chose…

- C'est la directrice du comité de réflexion pour le développement de l'enfant.

- Ah, c'est ça ! Elle a une attitude bizarre, non ?

- Effectivement… Soma, reste ici pour l'observer : Kasahara et moi allons passer bien en évidence et nous éloigner. Elle tentera peut-être quelque chose quand elle se croira en sécurité.

- Compris. »

Soma prit un livre au hasard, s'assit à une table et prit un air concentré en le lisant.

« Je crois que j'ai compris pourquoi il t'adule…

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Tu es sa grande sœur de substitution !

- Heiiin ? Si sa sœur lui manque, il a juste à l'appeler !

- Elle a choisi un métier dangereux, il lui est peut-être arrivé quelque chose. S'il reporte son amour pour elle sur toi, c'est qu'il ne peut pas lui témoigner à elle… Enfin c'est mon avis…

- Il a l'air tellement heureux et vivant, j'ai du mal à croire qu'il ait perdu sa sœur…

- Ça s'est peut-être produit lorsqu'il était plus jeune. Ça expliquerait son choix de carrière. Et celui de son frère. Tu demanderas son avis à Shibasaki, je suis sûr qu'elle a déjà fait des recherches.

- Lieutenant, résonna la voix de Soma dans leurs oreillettes, la suspecte a glissé trois livres dans son sac à main et se dirige vers la sortie.

- Compris. Dojo, c'est pour vous : une vieille connaissance. Vous aviez pris un café ensemble, mais ça a mal fini…

- C'est trop demandé d'être plus préc… Ah, ok, je vois… Vieille connaissance, hein ?

- Amusez-vous bien ! Soma, rejoins-nous, on se dirige vers la salle de conférence n°4.

- Oui, chef ! »

o

Le lendemain, Shibasaki finissait de ranger des dossiers d'un geste nerveux, jetant des coups d'œil répétés sur son téléphone. Il ne lui restait que dix minutes avant que Kasahara ne vienne la chercher pour qu'elles passent la soirée ensemble. Il fallait absolument qu'il appelle avant qu'elle n'arrive. Un des dossiers lui échappa des mains et toutes les feuilles se renversèrent. En voulant les ramasser, elle mit un coup dans sa tasse, qui se brisa au sol. « C'est pas vrai, reprends-toi Asako ! » Soudain, son téléphone sonna, la faisant sursauter. Elle décrocha immédiatement.

« Alors ?

- Alors j'ai trouvé où était Satoshi Tezuka…

- Je t'écoute.

- Non, ma belle. C'est du lourd cette histoire. Ça va te coûter plus cher que d'habitude…

- C'est-à-dire ?

- C'est-à-dire que tu vas devoir être très, très gentille avec moi si tu veux trouver le frère Tezuka…

- Je vois. Je te recontacte. »

Shibasaki tomba sur sa chaise, avec une lourdeur qui ne lui ressemblait pas. Elle amena une main tremblante à sa bouche et fronça les sourcils. Ce contact avait été son dernier espoir et il était le seul à avoir pu localiser Satoshi. Il y a quelques mois, elle aurait pu accepter cet échange d'informations, mais maintenant ? Si Hikaru l'apprenait, comment est-ce qu'il réagirait ? Mais surtout, le fait d'imaginer un autre homme que lui la toucher lui donnait la nausée.

« Shibasaki ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Kasahara accourut et constata le désordre qu'elle avait provoqué. Elle ramassa tous les papiers et prit un par un, avec précaution, les morceaux de la tasse éclatée. Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Shibasaki lui jeta un regard presque désespéré. Iku ne l'avait jamais vu dans cet état. Elle se jeta sur elle et la prit dans ses bras. Shibasaki enfouit sa tête dans son cou, mais lutta de toutes ses forces pour ne pas pleurer.

« Kasahara… Je ne sais plus où j'en suis… Je ne sais plus qui je suis… Tout était tellement plus simple, avant…

- Avant quoi ? Tezuka ? Shibasaki se contenta de hocher la tête. Kasahara soupira. Tu n'es pas heureuse avec lui ?

- Si.

- Alors même si c'est plus compliqué, c'est mieux, non ?

- C'est simpliste ce que tu dis…

- Ah ? Mais toi tu compliques toujours tout ! Bats-toi et protège ce qui te rend heureuse, le reste on s'en fout, non ?

- C'est fatigant de passer son temps à se battre…

- Repose-toi sur Tezuka et moi alors ! Elle remonta sa manche et banda son muscle en riant.

- Ah non, pas sur Tezuka !

- Pourquoi ?

- Ça me rendrait trop vulnérable !

- Le pauvre… Il va pleurer de joie quand tu vas lui dire que tu l'aimes !

- Où t'es allée chercher que j'étais amoureuse ?

- Tu ne l'aimes pas ?

- J'ai pas dit ça !

- Alors tu l'aimes !

- Ça suffit, tu m'énerves ! Elle se dégagea de l'étreinte et remit ses cheveux en place. Je passe aux toilettes et on y va ! »

Iku la suivit en riant, amusée par l'air fier que se donnait son amie. En passant la porte, elles se retrouvèrent derrière un groupe de femmes qui travaillaient avec Shibasaki et qui achevaient elles aussi leur journée de travail. Elles surprirent leur conversation :

« C'est vraiment du gâchis, pauvre Tezuka, elle le traite vraiment comme un chien !

- Bah, il doit être avec elle que pour le cul, il parait qu'ils ont couché ensemble direct !

- Ouais, il a tout raconté aux gars du GIB, l'autre jour, dans les vestiaires.

- La honte ! Dire qu'elle se donne des grands airs… »

Shibasaki s'était arrêtée net et n'avait même pas voulu entendre la suite de la discussion. Kasahara s'avança pour les attraper, mais son amie l'arrêta d'un geste. La tête penchée au sol, ses yeux cachés par sa frange, elle resta immobile un bref instant, avant de se réfugier dans une pièce vide où elle éclata en larmes.

Le sang monta immédiatement à la tête de Kasahara, qui, d'un sprint, rattrapa les trois femmes dans le couloir. Elle en attrapa une, la plaqua contre le mur et lui dit, d'un air menaçant :

« Tezuka est mon ami. Shibasaki est mon amie. Vous racontez encore ce genre de conneries et je vous éclate la tronche, c'est compris ? Aucune d'elle n'osa prononcer un mot. Répondez, hurla Iku en frappant le mur de son poing, c'est compris ?

- O… Oui, pardon. »

Iku relâcha sa prise, sous l'œil inquiet de toutes les personnes présentes autour : elle ne les remarqua même pas. Elle n'avait qu'une chose en tête et se précipita dans la pièce où s'était cachée Shibasaki.

« Shibasaki, c'est des conneries ! Je les ai entendus parler, moi, les mecs, dans les vestiaires. Tezuka a refusé de parler de toi à ceux qui lui posaient des questions, en leur disant qu'ils ne respectaient rien. Elles sont jalouses, c'est tout !

- Tu vois, c'est ça le problème, prononça-t-elle entre deux sanglots. Je déteste être vulnérable. Je déteste être sensible à ce que les autres disent de moi. Et à cause d'Hikaru, je baisse ma garde et j'attise les convoitises et je vais finir par être blessée.

- Mais moi, je te protègerai… »

Kasahara et Shibasaki se retournèrent en sursautant et trouvèrent Tezuka dans l'embrasure de la porte.

« Qu'est-ce que tu fous là ? lui demanda Iku.

- Je t'ai vu agresser trois pauvres femmes dans le couloir, j'ai voulu comprendre pourquoi… »

Il s'approcha et prit Shibasaki dans ses bras. Iku rougit et sortit discrètement. Elle hésita longuement entre les espionner et attendre dans la salle de repos qu'ils aient fini.

« Asako, qu'est-ce qui se passe ?

- J'ai une piste, pour retrouver ton frère…

- Tu le cherches ?

- Oui, je suis vraiment inquiète, expliqua-t-elle en s'essuyant le visage, aucun de mes contacts n'a d'information. On ne disparait pas dans la nature comme ça !

- Satoshi est plutôt doué pour ça. Il me contactera quand il aura besoin de moi. C'est pour lui que tu es en larmes ?

- Non…

- Tu as dit que tu avais une piste… Qu'est-ce que c'est ?

- Un ASA, avoua-t-elle, qui m'a dit qu'il l'avait localisé. Mais… je crois que je ne pourrais pas… en savoir plus… Hikaru scruta son visage dégouté et comprit. Il la serra plus fort contre elle.

- Tant mieux. Satoshi m'a abandonné, il ne mérite pas que tu te sacrifies pour lui. Ni même que tu lui prêtes autant d'attention. Occupe-toi plutôt de son petit frère.

- Mais j'ai échoué. J'ai le sentiment de ne plus être capable de faire mon travail d'informateur. Et je déteste ça.

- Asako, tu es quelqu'un d'exceptionnel…

- Je sais !

- … et je sais que tu trouveras d'autres moyens pour arriver à tes fins. Élargis tes recherches, ne te focalise pas sur mon frangin. Je suis sûr qu'en faisant des recherches sur les organisateurs des manifestations ou sur des intellectuels engagés, tu trouveras une piste qui te mènera à Satoshi… Utilise ta tête, moi je couvre tes arrières !

- Aux deux sens du terme à ce que je vois !

- Mmh ? Non, je ne profite pas de la situation, dit-il en commençant à embrasser son visage, sans retirer ses mains des fesses de Shibasaki.

- C'est comme ça que t'as prévu de me protéger ? demanda-t-elle en riant.

- T'es pas convaincue ? Je fais office de bouclier humain pourtant, répondit-il en continuant à l'embrasser.

- Kasahara m'attend ! On se voit demain soir si tu veux…

- Ok, ok ! Il relâcha son étreinte et commença à s'éloigner. Oh, et juste au passage, je n'ai parlé de nous à personne…

- Je n'ai aucun doute là-dessus, mais je supporte pas d'entendre les autres femmes parler de moi. Et j'étais juste à fleur de peau, c'est pour ça que j'ai craqué, hein. Il lui sourit et repartit.

- Hikaru ?

- Mmh ?

- Merci. Vraiment.

- A votre service, répondit-il en s'inclinant. »

Shibasaki, après être passée aux toilettes, se rendit dans la salle de pause, où elle trouva Kasahara debout contre le mur, qui jetait des regards mauvais à toutes les femmes qui passaient. Elle alla la chercher et elles allèrent dans la chambre de Shibasaki ensemble.

« Je vais pouvoir récupérer mes fringues, dit Iku en entrant et en découvrant la totalité de sa penderie proprement pliée sur le sol.

- Oh, j'avais oublié, il faut que tu me racontes ! Mon cadeau a plu au lieutenant Dojo ?

- Il a dit que tu avais très bon goût…

- Évidemment ! Quoi d'autre ? Elle leur servit deux canettes en s'asseyant au sol.

- Que tu avais raison… à propos de mes jambes…

- Ah ! Tu vois ? Je me charge de faire de toi une femme, quand ils seront à Mito. Il ne te reconnaîtra pas quand il reviendra !

- Mais ça n'est pas moi !

- Pas encore. Mais il est tombé amoureux de ton toi naturel, il t'aimera encore plus si tu t'embellis ! Surtout que tu as déjà un corps d'athlète, j'aurai juste à m'occuper de ta garde-robe et de ton maquillage ! Ce sera toi, mais mise en valeur. Tu ne veux pas revenir habiter ici vendredi ? Comme ça on restera ensemble pendant les deux semaines d'entraînement du GIB.

- Si, je voulais justement te le proposer. Tu pourras m'aider à réviser comme ça !

- Alors, dis-moi, ça avance comment avec ton prince ?

- Eh bien, répondit Iku en devenant rouge, il y a tellement de choses… Je veux dire, je savais que je serais heureuse avec lui, mais là, ça dépasse ce que j'avais imaginé. Et chaque jour qui passe, je me sens encore plus heureuse, parce que j'apprends à le connaître un peu plus. J'adore l'embrasser… Et être dans ses bras… Et ses caresses…

- Alors vous allez bientôt le faire ?

- Je crois, oui… Il m'a dit qu'il avait « du mal à rester serein », dit-elle en riant.

- Mais toi ? Tu te sens prête ?

- En fait, j'avais un peu peur, mais… Il m'a offert un journal qu'il a tenu, avoua-t-elle après une hésitation, où il a écrit tout ce qu'il ressentait pour moi, depuis qu'on s'est rencontrés… Les yeux de Shibasaki s'éclairèrent en pensant à une pareille mine d'informations. Je me rends compte, reprit Iku, qu'il a ressenti les mêmes choses que moi, alors ça me réconforte. Je crois que lui aussi appréhende notre première fois…

- Normal, tu l'as tellement idéalisé, il doit avoir peur de te décevoir !

- Mais, demanda Iku en chuchotant, ça fait mal au début ?

- Ben, ça, ça dépend des filles. Toi, t'es une guerrière et, en plus, Dojo fera tout pour pas te faire mal, donc y a pas de raison !

- Et c'est vraiment si agréable que ça ?

- Ben… ouais… Shibasaki avait rougi et prit un air adorablement gêné. La sensation de ne faire qu'un, d'être en parfaite osmose… Elle but une gorgée de soda pour ne pas avoir à en dire plus.

- Mais tu te sens comment après ?

- Incroyablement bien. Tu es vidée, mais heureuse. A ce moment précis, tous tes sentiments pour lui sont parfaitement clairs.

- C'est-à-dire ? Kasahara connaissait la réponse, mais elle voulait lui faire dire. Et Shibasaki l'avait bien compris. Elle resta un moment silencieuse et finalement, elle céda.

- Je l'aime. Vraiment. A chaque fois que je suis dans ses bras, je suis submergée par tous ces sentiments, mais je lutte pour ne pas lui dire. Elle prit une nouvelle gorgée. Tu trouves que je suis cruelle ?

- Non, pas du tout, tu es trop, trop mignonne Shibasaki ! En disant cela, elle s'était rapprochée pour la prendre dans ses bras. Mais Tezuka est intelligent, alors si moi j'ai deviné que tu l'aimais, je crois qu'il l'a compris depuis longtemps ! Et le fait que tu refuses de lui dire, ça montre que tu as peur et donc que tu es vulnérable, alors que tu veux paraître forte… Tu vois ce que je veux dire ?

- Ouais, je sais bien, dit-elle en posant sa tête sur l'épaule d'Iku. Mais bon… je sens que je ne vais pas tarder à craquer.

- Mmh, moi aussi, répondit Iku d'un air pensif. Tiens, au fait, c'est bientôt la Saint Valentin !

- Je pensais que tu aurais oublié !

- J'ai vu mademoiselle Orikuchi hier, qui m'y a fait penser… Tu as prévu quelque chose, toi ?

- Pas spécialement, vu que je n'avais pas prévu de faire de déclaration à Hikaru !

- C'est le moment idéal pourtant ! Surtout qu'il doit s'attendre à ce que tu ne lui offres rien, le pauvre !

- Mouais, je vais y penser alors. Et toi ? Tu vas offrir ta virginité à Dojo ? demanda-t-elle en éclatant de rire.

- Bah dit comme ça, forcément, ça a l'air ridicule ! Je ne sais pas encore… On verra ! Faudra que j'achète des chocolats de toutes façons pour les gars du GIB ! Ah, au fait !

- Oui ?

- Qu'est-ce que tu sais sur la sœur de Soma ?

- Sa sœur ? Shibasaki réfléchit un instant, fouillant dans sa mémoire. Oh, elle est décédée il y a cinq ans, dans un incendie. Elle était pompière, si je me souviens bien, elle est intervenue sur un autodafé sauvage, provoqué dans la bibliothèque municipale. Un de ses collègues est mort avec elle.

- C'est terrible ! C'est pour ça qu'il a voulu devenir agent de défense, dit-elle, le visage assombri d'une triste compassion.

- Et c'est pour ça qu'il t'adore : tu es comme elle.

- Le lieutenant Komaki avait raison… Encore une fois… »

Shibasaki lui tapota la tête et se leva pour leur servir des gâteaux. Elles passèrent ainsi la soirée à discuter, pendant que, dans la chambre de Komaki, Tezuka et Dojo lui apportaient leur soutien pour son déjeuner du lendemain.

o

Dojo attendait Kasahara devant l'entrée principale de la bibliothèque, appuyé contre un mur, les mains dans les poches. Pour la première fois depuis longtemps, il avait pu finir son travail en avance et profitait d'un instant de repos. Il ferma les yeux, repensant à son premier rendez-vous avec Iku, espérant qu'elle n'arriverait pas en courant cette fois. Il sentit quelque chose sur son bras et ouvrit les yeux.

« Iku ?! Dojo eut un peu honte de réaliser qu'il ne l'avait reconnue immédiatement.

- Shibasaki m'a fait du chantage… Je crois qu'elle aime bien jouer à la poupée… »

Iku avait répondu d'un air gêné, reculant pour montrer le résultat à Dojo. Il ne put s'empêcher de sourire en la voyant, vêtue d'une robe bleue ciel et d'un épais gilet blanc, chaussée de bottes couleur cannelle, légèrement maquillée et ses cheveux tirés vers l'arrière par deux fines tresses. La bandoulière d'un petit sac en cuir marron traversait sa poitrine.

« Tu es magnifique ! Mais t'es allée en cours comme ça ?

- Ah, non ! Shibasaki et moi, on a simulé un mal de ventre pour se retrouver vers onze heures et elle m'a préparée, dit-elle en riant. J'ai juste raté une heure, et j'ai trouvé une fille qui me donnera ses notes. »

Il secoua la tête, incapable de déterminer s'il devait se fâcher pour son laxisme ou se réjouir de son apparence. Il prit sa main, la glissa dans sa poche et ils partirent vers la station de métro. Iku se sentait observée par les gens qu'ils croisaient. Elle baissa le nez et regarda ses pieds.

« Les cours se passent bien ? Tu arrives à rester concentrée ?

- Ah, oui. En fait, j'ai l'impression que j'assimile de mieux en mieux.

- Oh ? On arriverait à tirer quelque chose de cette cervelle ?

- Pff, n'importe quoi !

- Tu en es où ?

- On a fini le module de stratégie militaire lundi et ce matin on a commencé le numérique. Moi qui suis allergique aux nouvelles technologies, ça va me plaire, je le sens !

- C'est en grande partie de la réflexion sur les enjeux du numérique, son rôle dans la conservation des œuvres, l'accès à la culture. Techniquement, la numérisation des œuvres revient à des bibliothécaires spécialisés, donc tu auras juste à connaître la théorie, pas la pratique.

- Tu crois que c'est mieux ? demanda-t-elle d'un air un peu dépité, pendant qu'ils s'engouffraient dans le métro chargé.

- Ça va aller, dit-il en se serrant contre elle, je ne pars que deux semaines, mais Shibasaki pourra t'aider. On fera le point quand je rentrerai.

- Merci, chef, chuchota-t-elle, en glissant sa main sous la veste de Dojo pour lui caresser le dos. Le métro était tellement bondé qu'elle ne craignait pas qu'on la voit. Je l'ai presque terminé… ton journal… mais, tu n'aurais pas déchiré des pages ?

- Peut-être…

- Pourquoi ?

- Tu n'as pas besoin de le savoir…

- Dis-moi ou alors… Elle commença à le caresser du bout des ongles pour le chatouiller.

- C'est quoi ce délire ? Shibasaki déteint sur toi ou quoi ?

- Possible… Alors ? Dojo était bloqué et ne pouvait pas attraper le bras de Kasahara. Il sentait un frisson remonter depuis sa hanche et se plaqua contre Iku pour ne pas se tortiller.

- Arrête ça, Kasahara, grogna-t-il entre ses dents.

- J'arrête si tu me dis pourquoi tu les as déchirées, susurra-t-elle au creux de l'oreille de Dojo, dont le visage n'était qu'à quelques centimètres du sien.

- Tu veux vraiment jouer à ça ? T'as oublié ce qui s'est passé la dernière fois ?

- Tu vas pas me faire un suçon ici !

- Tu veux parier ? »

Iku adorait ces petits jeux entre eux. D'un geste, elle plaqua sa main sur son cou, pour se prémunir de tout suçon. De son autre main, elle gratta à nouveau la peau de Dojo du bout de ses ongles. Il fronça les sourcils en se tortillant et, à défaut de pouvoir atteindre son cou, il logea sa tête au creux de son épaule et lui lécha les doigts. Iku s'arrêta net et le laissa faire, étonnée par la sensation agréable que ça lui procurait.

« Je vais finir par te manger toute crue, chuchota-t-il entre deux souffles.

- D'accord, répondit-elle en rougissant. Il recula son visage pour pouvoir l'observer.

- Trop mignonne, murmura-t-il en souriant. »

Après avoir parcouru la moitié de la ligne, le métro s'était désempli et un groupe de trois lycéens s'approcha d'Iku.

« Excusez-moi, mais… c'est vous ? demanda le plus grand des trois, en ouvrant le dernier numéro de Temps Nouveaux, pour montrer la photo de Kasahara à côté de son interview.

- Hein ? C'est quoi cette photo ?! Iku arracha le magazine des mains du garçon. Dojo se pencha pour jeter un œil. Quand est-ce qu'elle l'a prise ? Elle ne m'a même pas demandé !

- C'est dans le bureau du commandant…

- Oh non ! La honte ! Elle a osé…

- Quoi ? »

Iku lui tendit le magazine, son visage devenant froncé par la colère. Les lycéens observaient la scène sans rien oser dire.

« Sérieux ? Tu voulais… Dojo commença à rire. Tu voulais devenir catcheuse ?! Il éclata complètement.

- C'est normal, quand on est gamin, on a des projets loufoques ! Non ? Elle se tourna vers les lycéens. Non ?

- Euh… oui… sûrement…

- Tu vois, je t'avais dit que c'était elle !

- C'est génial ! Ça vous dérange qu'on se prenne en photo avec vous ?

- Euh… Si vous voulez !

- Monsieur, vous aussi vous êtes du Corps des Bibliothèques ?

- Euh… ouais…

- Ça doit être trop cool ! Nous aussi on veut venir se battre à vos côtés ! »

Ils dégainèrent leurs téléphones et se prirent en photo les uns les autres avec Kasahara -Dojo ayant poliment refusé de poser-, sous l'œil intrigué des autres usagers. Un homme d'une trentaine d'année s'approcha à son tour :

« Excusez-moi, je suis un grand fan de Toma-sensei et j'ai suivi son affaire avec beaucoup d'attention. Je tiens à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour le protéger, dit-il en s'inclinant. »

Iku jeta un coup d'œil à la foule qui les entourait beaucoup inclinaient la tête en signe de remerciement ou de reconnaissance et elle sentit des larmes de joie lui monter au yeux. Elle s'inclina et les remercia chaleureusement pour leur soutien. Dojo les remercia également mais, lorsqu'il entendit le nom de leur station, il saisit la main d'Iku et les précipita à l'extérieur.

« Ça peut vite devenir dangereux ce genre de bain de foule…

- N'empêche, ça fait trop plaisir ! Je pensais pas qu'on était aussi populaires !

- Moi je pensais pas qu'on te prendrait pour un agent de défense dans cette tenue ! Ils ont l'œil ces gamins !

- J'espère que tes parents n'ont pas lu l'article !

- Ça m'étonnerait, il est sorti aujourd'hui. »

Ils marchèrent plusieurs minutes d'un pas rapide, Dojo les guidant à travers les rues. Ils s'arrêtèrent devant une résidence et, après avoir appuyé sur l'interphone, la porte s'ouvrit. Ils montèrent les escaliers sur trois étages. Arrivés sur le pallier, ils furent accueillis par la mère de Dojo, qui les serra, l'un après l'autre, dans ses bras.

« J'avais hâte que vous arriviez, je suis tellement contente ! J'ai invité Aimi, mais elle ne pouvait pas venir…

- C'est pas très grave, répondit Dojo soulagé.

- C'est ta petite sœur ?

- Oui, elle a ton âge.

- Oh, je pensais qu'elle était plus jeune !

- En tous cas, reprit madame Dojo, d'après ce que j'ai lu, vous n'avez pas du tout le même caractère !

- Comment ça ?

- Une voisine m'a apporté le nouveau numéro de Temps Nouveaux, ce matin. Madame Ishikawa, tu te rappelles d'elle, Atsu ? Elle aurait aimé vous rencontrer, d'ailleurs. Mais je lui ai dit qu'aujourd'hui, vous étiez à nous ! »

Elle rit doucement et referma la porte derrière eux, et après qu'ils se soient déchaussés, elle les guida au salon où les attendait son mari. Il se leva et se présenta à Iku, qui se présenta à son tour en s'inclinant.

« Oh, j'ai failli oublier, dit Iku en ouvrant son sac, j'ai un cadeau pour vous ! Atsu…shi, se reprit-elle, pour ne pas paraître trop familière, m'a dit que vous partiez pour la Thaïlande cette après-midi.

- Oui, on y est allés pour notre voyage de noces, c'était magnifique. Il y a longtemps qu'on n'a pas pris un peu de repos, on a décidé de se faire ce petit plaisir ! Merci, Iku, répondit madame Dojo en prenant le cadeau qu'elle lui tendait.

- C'est un roman qui se passe en Thaïlande. Je l'ai trouvé vraiment très touchant et les descriptions sont magnifiques. J'espère qu'il vous plaira. »

Iku observa, l'un après l'autre, les parents d'Atsushi. Il était le portrait craché de son père, le même visage sévère et renfrogné, mais lorsqu'il souriait, il prenait les traits délicats de sa mère. Elle remarqua des photos sur les meubles, pendant que ses parents prenaient des nouvelles de lui. Sur l'une d'elle, deux enfants en yukata tenaient une glace. Ils avaient le même visage, mais l'un était légèrement plus grand que l'autre.

« Trop mignoooon, laissa échapper Iku, avant de se plaquer la main sur la bouche d'un air gêné.

- N'est-ce pas ? C'est Atsu et Aimi, avant qu'ils ne soient assez grands pour nous causer des soucis ! Tu veux voir d'autres photos, Iku ?

- Oh, oui ! Elle répondit sans se soucier du regard fusillant de Dojo qui était censé l'inciter à refuser.

- Alors, mademoiselle Kasahara, qu'est-ce qui vous a fait renoncer à vos rêves de catcheuse ?

- Franchement papa, je ne crois pas qu'elle ait renoncé !

- Mais ! Mais ! Iku se retrouvait attaquée par Dojo, père et fils ! C'est pas de ma faute, ce sont mes frères qui m'ont élevée comme un garçon ! Et mademoiselle Orikuchi m'avait promis de ne pas publier cette question, dit-elle d'un air boudeur.

- Arrêtez d'embêter ma petite Iku, intervint la maman, revenant avec son album photo dans les bras.

- Vos parents habitent à Ibaraki ?

- Oui, avec mon frère le plus jeune. J'en ai trois.

- Atsushi, tu avais fait un stage, il me semble, à la bibliothèque d'Ibaraki, non ?

- Oui…

- C'est amusant, si ça se trouve, vous vous êtes croisés, sans même le savoir !

- Oh, ça ne m'étonnerait pas, renchérit madame Dojo, le destin se joue de nous ! Tiens, regarde, dit-elle en montrant à Iku une photo : c'est lui quand il a été promu officier.

- Ah mais oui, répondit-elle avec enthousiasme, je le reconnais ! Tu as changé de coupe, c'est pour ça ! Elle leva les yeux vers Atsushi, qui enfouit sa tête dépitée derrière sa main. Elle réalisa alors qu'elle avait trop parlé. Les deux parents regardèrent leur fils avec curiosité, attendant une explication, mais il s'enfuit en prétextant qu'il allait aux toilettes.

- Vous vous êtes connus là-bas, alors ?

- Eh bien… oui…

- C'est lui, le fameux agent qui t'a protégée de la censure ?

- Euh… oui…

- Tu vois, dit madame Dojo à son mari, j'ai gagné !

- Je suis bluffé ! Alors vous êtes rentrée dans le Corps des Bibliothèques uniquement pour retrouver mon fils ? Iku se contenta de hocher la tête en pensant au sermon qui l'attendait quand elle serait seule avec Dojo. Vous m'avez l'air d'une personne déterminée !

- Tiens, Iku, reprit madame Dojo en retirant la photo de son album et en lui tendant, prends-la, en souvenir du jour où vous vous êtes rencontrés.

- Vraiment ? Je peux ? Merci beaucoup, madame, j'en prendrai soin, répondit Iku en s'inclinant, un large sourire sur le visage, avant de ranger précieusement la photo dans son portefeuille.

- Alors, racontez-nous, vous travaillez avec Atsushi ?

- Oui, nous faisons partie d'une équipe de quatre, non, maintenant cinq membres dont il est le chef. Mais en ce moment, je ne travaille qu'un jour sur deux, je suis à l'école des officiers le reste du temps.

- Ce n'est pas trop dur, de tout cumuler ?

- Un peu, si, mais je suis bien entourée ! Ça me paraît moins difficile que mon entrée au GIB, sûrement parce que je me sens soutenue…

- Tu as dû te sentir seule, au milieu de tous ces hommes…

- Oh que oui ! Ajouté à ça un instructeur sadique et rabat-joie…

- Difficile de se montrer enthousiaste face à une subordonnée étourdie et maladroite !

- Ben je n'ai jamais demandé à intégrer le GIB moi ! Si j'étais si nulle, fallait me laisser agent de défense !

- C'était le seul moyen pour t'avoir auprès de moi. Et ça t'a bien arrangé de pouvoir travailler en bibliothèque quand tes parents sont venus !

- J'ai jamais dit le contraire !

- Eh bien, dit monsieur Dojo en riant, c'est toujours comme ça entre vous ?

- Elle passe son temps à me tenir tête !

- Oh ! C'est de ma faute en plus ? Quelle mauvaise foi ! »

Madame Dojo proposa de passer à table. Le déjeuner se passa pour le mieux, Iku se sentait comme dans sa propre famille et discutait avec enthousiasme avec les parents de Dojo. Celui-ci se montrait soulagé de la voir aussi bien intégrée. Ils débarrassèrent la table et prirent le thé. Finalement, le temps passa sans qu'ils ne s'en rendent compte.

« Il est déjà 14h30 !

- A quelle heure est votre vol ?

- 15h ! Pardon, mais on doit partir immédiatement !

- Vos affaires sont prêtes ?

- Oui, on a déjà tout chargé en voiture. Tu as ta clé Atsushi ?

- Oui, allez-y, on s'occupe de tout ranger. Profitez-en bien !

- Mademoiselle Kasahara, c'était un plaisir ! Vous êtes la bienvenue, revenez quand vous voudrez.

- Au revoir ma petite Iku ! Atsu, prend bien soin d'elle ! »

Ils les saluèrent encore, puis franchirent la porte.

« J'adore tes parents !

- C'est réciproque visiblement !

- Comment est ta petite sœur ? Je n'ai pas osé poser de questions sur elle…

- Aimi, c'est tout le contraire de toi.

- Mais encore ?

- Elle est petite, avec de longs cheveux noirs elle déteste le sport parce qu'elle déteste transpirer, elle ne travaille pas mais se fait entretenir par des hommes, elle est fausse et ne dit jamais ce qu'elle pense… Ton opposé quoi !

- Oh… Tu crois qu'on peut s'entendre quand même ?

- J'y arrive bien, y a pas de raison ! »

Iku sourit à cette remarque. Elle avait hâte de présenter à son tour Dojo à sa famille, surtout à ses frères. Elle le regardait avec bienveillance et lui proposa de l'aider à faire la vaisselle. Lorsqu'ils eurent fini, elle lui demanda, l'œil pétillant :

« Au fait, tes parents ont toujours habité ici ?

- Oui, pourquoi ?

- Alors, il y a toujours ta chambre ?

- Euh… ouais… Il la regardait avec suspicion, en essayant de deviner ce qu'elle avait derrière la tête.

- Tu me la montres ? Je ne suis jamais entrée dans la chambre d'un garçon, même mes frères ne voulaient pas !

- Ils avaient peut-être peur que tu casses quelque chose ?

- Je pense qu'ils avaient plus peur que je trouve des revues cochonnes !

- Allez, viens, dit-il en riant et elle le suivit en trépignant dans le couloir. Lorsqu'il ouvrit la porte, Iku n'osa franchir le seuil et se contenta de passer la tête par l'ouverture pour regarder l'intérieur de la chambre. Ben entre !

- C'est intimidant !

- A ce point ?

- Oh, une guitare ! Tu as fait partie d'un groupe ?

- Ouais, avec Komaki au chant et Genda à la batterie…

- C'est pas vrai ! dit-elle en grimaçant.

- Ben non, idiote, répondit-il en lui mettant un léger coup de poing sur l'épaule.

- Je suis sûre que t'étais populaire quand t'étais jeune !

- Tu crois que je ramenais les filles chez moi et que je les faisais craquer en leur jouant de la guitare ?!

- Bah en tous cas ça aurait marché, répondit Iku en parcourant les livres qui remplissaient l'étagère.

- C'était pas tellement mon genre…

- Je sais… Des médailles ? De karaté ?

- Ouais…

- Ah, je comprends mieux pourquoi je fais pas le poids contre toi !

- Tu ne crois pas si bien dire, dit-il en la renversant sur le lit. Il s'allongea sur elle en la tenant par les mains. On va pouvoir régler nos comptes !

- Hein ? Comment ça ?

- Tu t'es bien éclatée tout à l'heure, à me chatouiller dans le métro… Iku comprit où il voulait en venir et commença à se débattre.

- Non ! Non, non, non ! Pas de suçon ! Elle avait beau se débattre, Dojo commençait déjà à embrasser son cou. Et tu m'as déjà léché la main en représailles !

- T'avais l'air d'aimer ça, donc c'était pas une punition… Iku le sentit lécher sa peau.

- Pas dans le cou, on va encore se moquer de moi ! Dojo s'arrêta, redressa la tête et fixa son visage empourpré.

- Où alors ?

- Je sais pas, quelque part où je pourrais le cacher !

- Tu te débattras pas ?

- Promis !

- Ok… »

Il s'appuya sur ses coudes et commença à déboutonner sa robe. Iku sursauta lorsqu'elle sentit une main sur son ventre. Heureusement, Shibasaki avait aussi pensé à ses sous-vêtements et lui avait fait porter un joli ensemble bleu nuit, couvert de broderies blanches. Dojo déposa plusieurs baisers sur sa poitrine, cherchant l'endroit idéal pour poser sa marque. Il descendait peu à peu le long de son ventre et s'arrêta au niveau de sa hanche, qu'il commença à mordiller, pendant qu'Iku se tortillait, partagée entre plaisir et chatouilles. De sa main droite, il caressait la hanche opposée, s'égarant parfois sur le ventre, puis remonta vers la poitrine et se glissa sous le soutien-gorge. Il la caressa un long moment et Iku sentait une excitation de plus en plus violente monter en elle. Par moment, elle laissait échapper un « Atsu… » d'une voix presque inaudible.

Délaissant sa hanche -sur laquelle trônait un fier suçon-, Dojo remonta jusqu'à sa bouche, qu'il embrassa langoureusement. Il retira sa main et la plaça sur la joue d'Iku. Après un long baiser, il se contenta de s'allonger à côté d'elle et de la prendre dans ses bras pour la coller contre sa poitrine. Iku resta sonnée quelques instants, puis murmura :

« Continue…

- Non… C'est déjà limite… Si on va plus loin, je pourrai plus m'arrêter !

- Je ne veux pas que tu t'arrêtes ! Elle ne vit pas Dojo lever les sourcils d'étonnement, ni le sourire qui s'inscrit sur son visage à ce moment-là.

- T'avais qu'à prévenir tes parents qu'on était ensemble, si tu voulais que je continue, lui marmonna-t-il.

- Hein ? Elle se dégagea de son étreinte pour le fixer.

- Ton père m'a demandé de veiller sur toi. Tu imagines si tu tombes enceinte, alors qu'ils ne sont même pas au courant ? Iku le regarda surprise. Il avait froncé les sourcils et prenait son habituel air fâché. Elle se blottit à nouveau contre lui.

- Je te demande pardon, je n'y avais pas pensé…

- Je sais, tu ne penses jamais aux conséquences de… Il s'arrêta net, sentant Iku sangloter dans ses bras. Désolé, c'est pas le moment pour te sermonner…

- Je suis… vraiment… stupide, laissa-t-elle échapper.

- Mais non. Tu es insouciante et impulsive, c'est ce qui fait ton charme… Il faut juste que tu prennes l'habitude de penser un peu plus aux conséquences de tes actes. Je sais que c'est difficile, j'étais comme toi avant… Iku, soupira-t-il après un long silence, ça me fait mal au cœur de te voir pleurer, murmura-t-il.

- Désolée, prononça-t-elle en tentant de réprimer ses larmes. C'est juste que… je voulais…

- Je sais, la coupa-t-il, et je suis touché. Merci. Il l'embrassa sur le front, puis sur la joue et finalement sur la bouche. Ah la la, dire que tu n'avais qu'à leur passer un coup de fil hier soir. C'est bête !

- En fait… Je préfère leur dire de visu. Je trouve ça trop important pour leur annoncer au téléphone… »

Dojo la regarda surpris, puis sourit. Il était fier de la voir si intègre, et, après avoir passé sa main dans ses cheveux, il serra sa tête contre lui. Il se retint de lui demander si elle n'avait pas des cours l'après-midi, désirant la garder pour lui tout une journée, avant de partir pour Mito. Elle aurait tout le temps d'étudier lorsqu'il ne serait pas là. Ils restèrent plusieurs heures allongés l'un contre l'autre, à s'embrasser et se caresser.