Salut les gens !

J'espère que vous avez passé une bonne semaine ! De mon côté, avec les cours, c'est dur de trouver du temps libre, mais j'ai quand même pu finir ce chapitre aujourd'hui.

Celui-là, j'ai vraiment passé de bons moments dessus, ça m'a amusé, de l'écrire. J'en suis plutôt satisfaite, même s'il semble parfois décousu, et que certaines phrases sont maladroites. Je m'attache vraiment à Jeff et Jack, ça va me faire tout drôle de les quitter, quand j'aurai fini !

Comme à chaque fois, je vous remercie de me lire, ça m'encourage à poursuivre, et surtout à m'appliquer, pour vous fournir un minimum de qualité. N'hésitez pas à donner votre avis, d'ailleurs ^^

Bonne lecture ! :)

Chapitre 4

Tuer, ou ne pas tuer. Jeff soupira, laissant sa main courir parmi ses longues mèches brunes, agacé par cette question aux allures de dilemme Shakespeariens. Il ne se la posait pas, avant. Peu importait la justesse du geste, pourvu que s'éteigne ce besoin vorace et sanglant, brulant au creux de son ventre. Une vie de plus, une de moins, sur cette terre, quelle importance, après tout ? Il n'y perdait rien, sinon quelques fragments qu'une humanité qui ne lui reviendrait jamais.

Hors, cette fois, il hésitait, face à la jeune fille assise non loin. Elle songeait, seule sur son banc, dos à lui, vêtue d'une longue robe noir au style bien particulier.

Il savait ce qu'il avait fait, ce qu'il ne pourrait jamais réparer. Tuer, ou ne pas tuer, ça n'y changerait rien. Mais le choix était là, pourtant, et si son corps réclamait qu'il cédât sur le champ à ses pulsions, il ne pouvait s'y résoudre entièrement. Sa précédente conversation avec le clown lui revenait, une part de lui hésitait alors. Et s'il leur était possible de vivre autrement, malgré ce besoin pressant de tuer, et le dégout profond que lui inspirait l'humanité ?

« -Tu comptes me regarder longtemps ? »

Le tueur sursauta, sa proie venait de se tourner vers lui, assise au bord du banc, les jambes croisées, plantant son regard d'un vert presque brun dans le sien, sans exprimer la moindre surprise. Bien content d'avoir gardé cachée son arme dans la poche ventrale de son sweet – lavé entre temps, même si le sang ne partait jamais totalement – le gamin s'approcha, suspicieux, restant sur ses gardes. D'un moment à l'autre, elle pouvait se reculer, afficher cet air horrifié que tous offraient à la vue de son visage, s'enfuir, ou lui sommer de partir. Cependant, l'objet de son dilemme n'en fit rien.

« -Qu'est-ce que tu fais là ? » Demanda-t-elle, le détaillant de haut en bas.

« -Je passais. »

« -Non, tu étais derrière moi, et tu me regardais.

-Possible aussi. Y a jamais personne par ici, ça m'a surpris. »

Ils se fixèrent, sans rien ajouter. La tuer, ou ne pas la tuer. Si près, il pouvait sortir son couteau, se jeter sur elle, personne ne le verrait s'il faisait vite. Il ne lui resterait plus qu'à partir en courant, rejoindre sa petite habitation à l'abri des regards. On suspecterait n'importe qui, passant par ici régulièrement dans la journée, mais certainement pas un adolescent qui n'existait pas même aux yeux de la loi, encore moins à ceux de l'humanité. D'une certaine manière, son statue de créature hors du monde lui accordait ce privilège.

« -Oui, parait que les gens évitent la route depuis qu'un type ivre s'y est fait descendre. Le timbré qui a fait ça cour toujours. » Expliqua-t-elle calmement.

« -Y a des fous partout. »

Il se garda bien de l'informer que l'assassin se tenait debout face à elle, conscient qu'il n'y gagnerait aucune sympathie de sa part. Cependant, le brun s'approcha encore de quelques pas, toujours songeur. S'il ne la tuait pas, elle risquait de parler de lui à d'autres personnes, et bientôt, on chercherait à savoir qui il était. Un gamin paumé qui n'avait apparemment ni maison, ni famille, un sourire taillé au couteau, le visage sévèrement brulé et mutilé … Trainant sur les lieux d'un crime encore inexpliqué, qui plus est. Rien qui ne joue vraiment en sa faveur.

« -T'es du coin ? » Poursuivit la fille en noir, penchant légèrement la tête sur le côté.

« -Je suis en vacance avec ma famille, pas pour longtemps. Et toi ?

-J'habite ici depuis huit ans.

-Et t'en a ? »

Adolescente au style excentrique, tant que personne ne les voyaient ensemble, peu de chances qu'on remonte jusqu'à sa propre existence. Donc, elle pouvait rester en vie. Trop âgée, elle avait déjà plus de crédibilité. Trop jeune, rare qu'une gamine puisse inventer et décrire un être aussi atypique que lui.

« -Ça t'intéresse ? » Répliqua-t-elle, étirant son visage d'un large sourire amusé.

« -Possible. » Répondit-il simplement, entrant dans son jeu.

« -J'ai seize ans. Et toi ? »

Elle se leva entièrement, s'approchant petit à petit, ses pieds frôlant le sol plus qu'ils ne le touchaient. Comme un fantôme sur la pierre qui dallait l'allée, bien que son aura ne puisse être comparée à celui de Jack. Lui, il était à part, loin des humains, de la laideur de ce monde. Peut-être aurait-il trouvé une solution à son dilemme ? Ou alors, il se serait contenté d'apporter d'autres questions, comme toujours. Jeff sourit à cette pensée.

Dans l'instant, cependant, il était préférable de se concentrer sur cette fille, plutôt que sur son ami. Son âge ? Il n'avait pas vraiment compté, mais il pouvait se faire une idée globale, s'il s'appuyait sur les dernières dates entendues.

« -J'ai dix-sept ans.

-C'est marrant, on dirait pas, sous ton maquillage. Tu fais plus jeune. »

Son sourire s'étira davantage, se joignant à sa large cicatrice, malgré l'amertume qu'elle venait également d'éveiller cher lui. Du maquillage, bien sûr … Elle ne pouvait concevoir qu'il ait lui-même pu tailler ses joues, un soir, dans un élan de folie, pour parfaire un tableau qu'il admirait déjà. Sûrement ne percevait-t-elle pas la beauté dont il était fondamentalement convaincu, comme les autres humains. C'était pour ça que cette jeune fille n'affichait jusqu'alors aucun signe de dégout, juste une sérénité déconcertante, une innocence presque mesquine, trop douce, trop calme pour être sincère. Elle cachait autre chose, là-dessous, il n'en doutait pas.

« -On me le dit souvent. » Lâcha le garçon, s'appuyant contre le mur. « Enfin, quand on ne part pas en courant.

-Les gens sont con, quand ils s'y mettent … » Elle soupira. « C'est joli. Tu fais ça tout seul ? »

«Oui, tout seul, avec un couteau, un miroir, et quelques fusibles en moins dans la tête » Songea-t-il sans le dire à voix haute. Il se contenta d'acquiescer, il ne mentait pas, de toute façon.

Plus proche, la fille tendit la main, effleurant la marque rouge qui scindait son visage. Surprit, il ne se recula cependant pas, la laissant faire, frémissant. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de contactes légers, désinvoltes, dont il ne savait quoi penser. Soudain, il songea que son interlocutrice entretenait certainement une idée bien particulière, qui la poussait à interagir avec lui.

« -Je te plais ? »

Il pouvait au moins lui reconnaitre sa franchise, maintenant. Quelques minutes à échanger, et elle entrait déjà dans le vif du sujet. Jeff comprit vite qu'elle ne lui posait pas la question par hasard, mais tout de même, elle ne perdait pas de temps, la gamine. Et lui, que pouvait-il perdre là-dedans, hormis son temps ? Il la détailla de haut en bas, son corps mince sous sa robe cintrée au niveau de sa taille, sa peau banale, comme son visage, et ce regard espiègle, rieur, qui n'avait soudain plus rien de candide … Pourquoi pas, après tout ? Il pouvait peut-être devenir autre chose, oui, que l'assassin qu'il était, au moins pour un moment.

Lorsque Jack était entré, Jeff venait de s'allonger sur son lit, fatigué, s'étirant longuement dans un geste félin. Ce n'était pas la première fois qu'il venait, même si leurs petites entrevues restaient assez récentes, mais depuis quelques jours, le garçon rentrait plus tard, ou alors épuisé, toujours ailleurs. Il lui avait parlé, bien sûr, d'Amélie, la fille qu'il fréquentait depuis la semaine dernière, une adolescente pour le moins étrange, et qui se trouvait très certainement être la cause de ses retards, mais, tout de même, comptait-il entretenir encore longtemps cette relation avec une humaine, et lui cacher toujours ce dont il était responsable ? Il en doutait, le clown connaissait assez son ami pour savoir qu'il n'éprouvait pas le moindre sentiment amoureux. Mais en avait-il seulement besoin, pour poursuivre cette liaison ?

« -'lut, Jack.

-Bonjour, Jeff. »

S'approchant, l'épouvantail observa le gamin, dissimulant le mécontentement qu'il éprouvait face à cette situation. Il n'aimait pas cette fille, instinctivement, comme le reste des humains. Aucuns d'eux ne pouvaient le comprendre, et, tôt ou tard, elle blesserait Jeff, ce qui l'agaçait déjà profondément. Mais il lui fallait au moins avouer une chose, plus que bénéfique, le sweet de son cadet ne comportait pas de nouvelles taches écarlates. Devait-il y voir un signe de guérison – si tant est qu'il puisse un jour se débarrasser de ces violentes pulsions – ou même un changement véritable chez l'adolescent ? Cette idée l'effraya plus qu'elle ne le rassura, s'ils changeaient, ils ne pourraient plus se comprendre. Il aimait cet être tel qu'il était maintenant, et il n'en voulait pas d'un autre, plus sain, plus humain.

Jack ne voulait plus des humains, de toute façon.

« -Toujours fatigué ?

-SI je m'endors pendant que tu causes, te vexes pas. » Répondit le concerné en riant.

« -Vous pourriez passer vos journées à autres choses … » Jack soupira, bien que souriant. « Ces gosses, je vous jure … »

Le garçon se tourna vers lui, lui adressant un geste pour le moins impoli, qui ne fit qu'amuser son vis-à-vis. Aucune animosité là-dedans, juste l'habituelle franchise excessive du jeune homme qu'il affectionnait tant. Non, il n'avait pas vraiment changé, toujours aussi vif et impulsif. Cette constatation le rassura.

« -Et toi, tu traines toujours avec ce gosse ? »

L'incolore hocha la tête, lui ayant également dévoilé sa principale source de distraction. Chaque jour, il retournait voir Jeffrey, cet enfant naïf, joyeux, qui lui sautait dans les bras dès qu'il l'apercevait. Non pas qu'il se soit pris d'affection pour lui, l'entité savait pertinemment de quelle manière cette histoire se terminerait, mais lui aussi, il éprouvait le besoin de se distraire, chasser cette blessure gravée au plus profond de sa chaire, juste un instant. D'autant que la nouvelle occupation de son ami lui semblait parfois comme un poids supplémentaire.

« -Tu m'as toujours pas donné son nom, d'ailleurs.

-Un nom des plus communs, tu l'auras oublié aussitôt. »

Etrangement, Jack ne pouvait se résoudre à lui avouer cette similitude entre son camarade, et ce petit jouet de chaire. Quelque chose le bloquait, toujours, lorsque le nom tentait en vain de franchir la barrière de ses lèvres. Et si Jeff interprétait mal ce détail, pourtant anodin ? A moins que le problème ne vienne d'ailleurs, de lui-même. Une part de lui qu'il refusait, tout comme ces vagues de sentiments, trop soudain, après toutes ces années à errer en fantôme.

« -Sérieux, on dirait que t'as peur, par moment … C'est bon, je vais pas aller te le piquer ton gamin, tu sais. J'ai autre chose à faire.

-Ca, j'avais remarqué. »

La réponse fusa, et son destinataire s'étonna de la froideur qu'il crut y percevoir. Devait-il foncièrement croire au sourire amicale que le clown afficha, comme pour se rattraper ? Il était direct, certes, et il manquait très certainement de tact, mais jusqu'alors, ses petites remarques, parfois osées, n'avaient jamais posé problème à l'être filiforme.

Se redressant, avant de s'assoir au bord du lit, le tout sans quitter son vis-à-vis des yeux, il haussa simplement les épaules, sans chercher à aller plus loin, ce qui rassura le concerné. Pourtant, son esprit n'en restait pas moins assailli par les questions. Et puis … Il peinait à l'avouer, mais cet éternel air énigmatique peint sur son visage de plaisantin, il l'agaçait presque, maintenant. Oui, Jeff aurait voulu, au moins une fois, le voir afficher autre chose, ne serait-ce qu'un semblant d'émotion, de jalousie, peut-être. Allez savoir pourquoi, il ne s'était pas attendu à voir le tueur longiligne accepter aussi facilement la présence d'Amélie dans son quotidien.

« -D'ailleurs, pas la peine de passer demain soir, je serai pas là.

-Tu restes chez elle ? » Devina aussitôt l'incolore, surpris.

« -Yep, plus pratique. T'auras qu'à en profiter pour retrouver ton gamin. »

Il mentait, effrontément, sans le moindre regret. Pourquoi ? Il n'en savait rien, l'idée lui était venue aussi soudainement qu'il l'avait appliquée. Il voulait que son ami réagisse, lui dise quelque chose, la moindre petite remarque, quoi que ce soit qui puisse rendre compte de son désaccord. Pas même un mot, s'il le fallait, juste un regard particulier, un mouvement de la tête … Il n'en pouvait plus, de le voir là, droit, présent, proche, et pourtant absent, dans un sens, car lui fermant entièrement son esprit.

Et Jack serra les poings. Ce fut bref, presque instantané, mais il le vit.

« -Bien. »

Un seul mot, pas une phrase. Soit un second signe d'agacent. Le cadet sentit son cœur battre plus fort. Le masque que son invité se construisait minutieusement venait de s'effriter. Il avait touché un point sensible, et, loin de le regretter, il se réjouissait de cette nouvelle. « Vas-y, réagit, dis ce que tu penses vraiment … Arrête de le cacher comme tu le fais … » Pensa-t-il, si fort qu'il craignit un instant d'être entendu. Tout à coup, l'idée de tirer l'entité de ce brouillard indéchiffrable qui l'entourait l'amusa bien plus que les après-midis en compagnie d'Amélie.

« -C'est agréable de rester avec les humains, parfois … Ça change.

-Je n'en doute pas. »

A nouveau, les poings serrés, et les dents, cette fois, sous ce sourire faussement doucereux. Plus il frappait, plus son opposé se faisait calme, serein, comme pour compenser les quelques signes d'énervements qui le trahissaient. Le savait-il seulement, qu'il lui dévoilait sans le vouloir ce qu'il cherchait tant à dissimuler ?

« -Mais c'est épuisant, à la longue. Je ne diffère pas des humains, sur ce point-là. » Ajouta-t-il, le tout en riant, avant de se rallonger.

« -Je vais te laisser te reposer, alors. J'ai à faire, de toute façon. »

Sa respiration s'accéléra, alors que ses yeux fuyaient vers les recoins miteux de la pièce, traites. Jeff gagnait du terrain, alors que Jack peinait à redessiner sur son visage ce masque imperturbable. La colère … Bien, encore un nouveau sentiment que son nouvel ami ravivait chez lui. Décidément, il savait s'y prendre, pour déterrer ce qu'il avait désespérément enfouit au fil des années. Ce qu'il ne voyait pas, en revanche, sous ces quelques marques que l'épouvantail laissait malencontreusement filer, c'était la douleur qu'il ravivait par la même occasion.

« -Déjà ? Tu n'es pas resté bien longtemps.

-Comme je te l'ai dit. J'ai à faire. Et puis, tu auras besoin de force, pour demain, je suppose ? »

Il rit, et jamais le rire du clown ne sonna aussi faux aux yeux de l'adolescent. Soudain, son jeu lui parut bien moins amusant, puisqu'il venait de faire fuir son unique adversaire. Alors, c'était là la seule solution qu'il avait trouvé pour se défendre ? Disparaitre aux yeux de son agresseur – s'il pouvait se qualifier ainsi – pour ne pas risquer d'en dévoiler trop ? Un instant, il le pensa lâche, puis réalisa qu'il ne pouvait pas non plus se valoriser, au vu de son comportement. Et s'il était allé trop loin ? Il voulait faire réagir l'invité, certes, mais pas au point de le pousser à partir. D'autant plus qu'il perdait, par la même occasion, une soirée passée en sa compagnie. Pouvait-il encore revenir en arrière ?

Trop tard, malheureusement. Jack lui adressa quelques mots en guise d'au revoir, mal à l'aise, avant de s'en aller, s'éclipsant derrière la porte, comme chaque fois qu'il partait. Et à nouveau, le cœur du gamin se serra.

« - T'es ailleurs, toi. »

Assise en tailleur sur le lit double de la pièce, sa couverture mauve rayée en partie remontée sur son corps nu, Amélie porta sa cigarette à ses lèvres, soupirant. La fumée qui accompagnait le geste s'éparpilla lentement, se dissipant, laissant derrière elle un parfum acre, dont le brun ne se plaignit cependant pas. Il n'avait que faire, de toute façon, des agissements de la jeune fille, tant qu'elle ne soufflait pas dans sa direction. Si elle voulait se ruiner la santé, il s'agissait d'elle, pas de lui. De toute façon, il n'était pas bien placé pour lui faire la morale, alors qui volait celle des autres.

« -Tu rentres chez toi quand ? » Demanda-t-elle, remarquant que l'adolescent ne lui répondait pas.

« -'chais pas. Dans quelques jours, sûrement.

Il se souvint vaguement des mensonges qu'il lui avait raconté lors de leurs rencontre, mais n'y songea pas plus. S'il voulait la revoir, il reviendrait. Lorsqu'il se serrait lassé, il prétexterait tout simplement son retour. Ou alors, il se contenterait de ne pas revenir, lui poser un lapin, comme elle l'aurait dit. C'était une idée, aussi. Lâche, certes, mais il n'aimait pas s'embarrasser avec ce genre de formalité, qui ne collait d'ailleurs pas à leur étrange couple. Un couple ? Non, le terme désignait bien mal leur réalité, seulement, il n'en trouvait pas d'autre. Amants, trop romantique pour lui, compagne, trop soutenu, ami, peu adapté à la situation. Il n'éprouvait de toute façon rien pour elle, pas le moindre semblant d'affection.

« - C'est ce que tu me sors depuis le début. C'est quand, quelques jours ?

-Quand mes parents auront décidé de rentrer, c'est pas moi qui décide. »

Elle n'insista pas, consciente du caractère fort désagréable du gamin qui partageait son lit. Ecrasant son mégot, la fille se glissa hors des draps, pour récupérer ses vêtements. Jeff se retourna alors, pour sa part toujours emmitouflé dans l'épaisse couverture. Il avait froid, quelque part en lui, dans un coin reculé, enfoui dans ce corps trop frêle, trop faible. Trop humain. Il ne l'était pas, pourtant. Un monstre, dans un corps d'humain, quelle ironie … Et elle, elle ne se doutait de rien, elle l'invitait dans sa chambre, ils couchaient ensemble, et ses mains pleines du sang de ses victimes, il les posait sur son corps. Un faible rire lui échappa, que son hôte ne remarqua apparemment pas.

« -C'est pas tout, mais mes parents vont pas tarder. Mon père termine de bosser dans ces eaux.

-Compris, je dégage. » Répondit-il, se levant à son tour.

« -Le prend pas mal, il ...

-Y va me défoncer s'il me voit dans ton lit, sans mes fringues, j'ai compris, et j'y tiens franchement pas plus que ça. »

Pas de tendresse entre eux, rien d'amicale. Peut-être un semblant de respect, qui volerait en éclat sitôt leur petit jeu devenu ennuyeux. Mais ils ne cherchaient rien d'autres, après tout. Le tueur avait bien vite réalisé qu'Amélie aimait jouer avec le feu, les limites qu'on lui fixait, et qu'elle ne rêvait que de dépasser. Il lui plaisait, allez savoir pourquoi, son pseudo maquillage, le fait qu'il était plus âgé, une chose ou une autre. Il s'en moquait, au fond. Tout ce que l'adolescent blessé recherchait, bien loin de l'amour ou du réconfort, c'était de quoi se distraire, chasser de son esprit le sourire de Liu, le souvenir de son sang sur ses vêtements, son couteau. Et, de par son incroyable délicatesse, la soirée qu'il passerait seul, sans Jack. Enfin, il l'avait cherché, après tout.

« -Ton tee-shirt est là. » Lâcha la joueuse, récupérant la boule de tissu, avant de la lui jeter dessus.

Elle rattacha ensuite les agrafes de son soutien-gorge d'un geste bref, et il se remémora la première fois qu'il l'avait défait. Amélie se moquait de lui, et de sa maladresse. Elle, en revanche, lui parut bien plus expérimentée dans le domaine, à en juger par son agilité, et la facilité avec laquelle elle l'avait débarrassé de son sweet, son pantalon, et tout le reste, avant qu'il n'ait eu le temps de s'en rendre compte. Là, pour oublier son frère, il l'avait oublié. Mais leurs après-midis passés dans cette chambre, sur ce lit, c'était trop brutales, insensées, presque mécaniques, par moment. Ils savaient faire, alors ils faisaient, et c'était terminé. Lui, il ne désirait rien au monde plus que de fuir, elle, elle voulait jouer. Parfois, elle le trouvait absent, mais jamais l'assassin n'accepta de répondre à ses questions.

« -Tu repasses, demain ?

-Ouais. Même heure.

-D'accord. »

Des mots, de simples mots, des formalités, pour ne pas se quitter sans rien dire. Mais ni l'un, ni l'autre n'avaient envie de faire la conversation. Le brun soupira, réalisant comme chaque soir l'absurdité de cette situation. Puis il sorti, fila dehors, et cette fois, ce fut le froid de la rue qui lui mordit la peau, malgré ses épais vêtements. Il rentra chez lui, s'enferma dans la chambre, sorti son couteau, s'amusa à tailler ce qu'il lui passait par la tête sur la table, tourna en rond, songea à tuer, hésita, pensa au clown, et à ses propos, finalement, se laissa tomber sur le lit. La vie était affreusement ennuyeuse, et douloureuse, aussi, lorsqu'il était livré à lui-même, qu'il ne pouvait plus fuir.

Jack lui manquerait, ce soir. Beaucoup.