Coucou à tous et à toutes !

Je sais, j'ai été vraiment très très longue ! Seulement, j'ai eu ma rentrée à la fac pour ma première année. Donc j'avais énormément de choses à faire, des habitudes à prendre et pas mal de taffe à faire. Moi qui pensait me reposer à la fac, c'est plutôt le contraire. J'suis noyée sous les devoirs ! Mais bon, je trouve quand même le temps d'écrire. Je viens à l'instant de terminer de rédiger ce chapitre. Je ne peux pas vous promettre une date pour le prochain par peur de me planter. Disons que je vais faire du mieux que je peux et le plus rapidement possible !

Je remercie toutes les personnes qui ont mises mon histoire en favoris ou à suivre. Un gros merci aussi à Noxae, ( je trouverais un surnom pour ton pseudo, j'ai tellement de mal à le retenir ^^ ) et xKelly pour les reviews. Quant aux autres lecteurs, n'hésitez pas à me mettre un petit mot, c'est mon seul salaire et une grande part de ma motivation ! J'espère que ce chapitre va vous plaire, qu'il ne sera pas trop long ou trop court et que vous serez ravi ! Pleins de bisouuus !


« Elena, toilettes avec Sweet Pea ! »

Elena s'était contentée d'acquiescer avec un léger sourire lorsque Blue lui avait jeté ces mots au visage. En voyant son air pincé, la jeune femme s'était demandée à quoi il pouvait bien s'attendre. Il l'avait sans doute imaginé refuser, ou peut-être le supplier pour faire quelque chose d'autres. Mais Elena n'en avait rien à faire. Qu'on lui fasse nettoyer des toilettes ou qu'on l'oblige à couper des oignons pendant toute une matinée, le principe de corvée restait le même. Elle s'était plutôt sentie soulagée en voyant qu'elle n'était pas avec une fille qu'elle ne connaissait pas. Sweet Pea était, certes, celle qui était la plus réservée à son égard mais cela ne leur empêchait pas de s'échanger un sourire lorsque Blue s'en était allé, mécontent du peu d'effet de son annonce. Rocket s'occupait des sols avec deux autres filles dont Elena n'arriva pas à retenir le nom, Amber partait en thérapie avec Madame Gorski et Blondie allait passer sa matinée en cuisine, ce qui ne sembla pas lui plaire.

Les toilettes n'étaient pas aussi sales qu'Elena l'avait imaginé. Évidemment, l'odeur n'était pas la meilleure et leur apparence laissait à désirer. La grimace de Sweet Pea à l'entrée fit deviner à Elena que la jeune femme n'avait jamais vu pire, ce qui n'était pas son cas. Elena fut plutôt contente de voir qu'elle n'aurait pas à nettoyer les pires cabinets qu'elle n'ait jamais vu. Sans se consulter et en silence, les deux patientes prirent une cabine chacune et se mirent au travail. Etrangement, ce fut plutôt rapide d'arriver à un résultat convenable. Les produits d'entretiens donnèrent rapidement la nausée à Elena qui ne laissa rien paraître. Elles discutèrent à voix basse, ce qui allait visiblement devenir une habitude, d'un tas de choses. Elena raconta comment l'école de danse avait été une grande source de joie et une immense source de peine, à cause de la difficulté de l'enseignement et du nombre de fois où elle du revenir les pieds en sang jusqu'à chez elle. Sweet Pea fut plutôt admirative de savoir qu'Elena soit devenue une danseuse professionnelle ayant travaillé avec les plus grands chorégraphes de leur époque. Sweet Pea lui expliqua ce qu'elle pensait de Lennox et son tiraillement entre l'envie de partir et la peur de l'extérieur pour elle et Rocket. Les deux jeunes femmes restèrent plutôt vagues sur leurs vies d'avant, ne rentrant pas dans les détails et ne donnant jamais les raisons de leur internement ici.

« Le travail avance, les filles ?

- Ca peut aller, Blue. »

Elena plissa le nez en entendant l'échange de paroles entre Sweet Pea et Blue, qui venait d'entrer. Elles étaient toutes les deux agenouillées devant des toilettes, récuraient l'intérieur à l'aide de gants et d'éponges gigantesques gorgées de produits aux odeurs douteuses. Plusieurs fois depuis qu'elles avaient commencées, des infirmiers étaient passés pour vérifier que tout était ok, qu'elles n'essayaient pas de se suicider en avalant de l'eau de javel – ce qui avait fait rire Sweet Pea et Elena pendant plusieurs minutes – mais ils ne s'attardaient jamais, comme si le fait d'être en leur présence les mettaient mal à l'aise. Elena se redressa légèrement et vit que Blue et Sweet Pea discutaient de l'avancement du travail avec courtoisie. Mais Elena savait ce que pensait sa nouvelle amie de l'homme et elle ne doutait pas de la réciprocité de ce jugement. Finalement, Sweet Pea retourna à sa tache alors que Blue venait vers elle, un sourire sur le coin des lèvres. Elena se releva.

« Alors, comment ça se passe ?

- Plutôt bien, avoua Elena en haussant les épaules. Je m'attendais à pire.

- Vraiment ? Il y a pire que de nettoyer des toilettes pendant des heures ?

- Je ne sais pas. A vous de me le dire, répliqua Elena en souriant.

- Peut-être. Qui sait ? Tu serais surprise de voir comme les choses peuvent se dégrader en un rien de temps, ici. J'espère juste que pour toi, ce ne sera pas trop dur.

- Ne vous en faites pas pour moi, j'ai une très haute tolérance à la douleur et aux changements brutaux, souffla Elena en souriant encore plus.

- Tu ne devrais pas me vouvoyer, murmura Blue en s'approchant un peu plus d'Elena. Je n'ai que quelques années de plus que toi, ajouta-t-il en mettant une mèche qui tombait sur son visage derrière son oreille.

- Ces quelques années font toute la différence, non ? Et puis, je suis la patiente, vous êtes l'infirmier n'est-ce pas, demanda-t-elle sur le même ton.

- Je ne te conseille pas de jouer ta maline avec moi, Elena. Tu pourrais perdre plus rapidement que tu ne l'imagines, dit-il alors que leurs bouches n'étaient qu'à quelques centimètres l'une de l'autre.

- Je suis désolée, mais si je veux finir avant l'heure du déjeuner, je dois retourner à mes corvées. »

Elena esquissa d'un sourire désolé à l'adresse de Blue. Le regard de ce dernier passait des yeux clairs de la jeune femme à ses lèvres, de sa bouche à ses pupilles. A l'intérieur de lui se déroulait une véritable bataille sanglante entre sa raison qui lui hurlait de se reculer et de partir et ses envies qui répliquaient sur le même ton de capturer ses lèvres avec violence, de les mordre, de lui faire du mal. Elena ne fit pas le moindre mouvement, elle resta donc contre la paroie de la cabine à attendre que Blue fasse quelque chose. Le plus petit de ses gestes pouvait être interprété d'une façon totalement différente dans l'esprit de l'homme. Et Sweet Pea était à côté. Elena entendait le bruit de son éponge contre les toilettes, un bruit fort, sec et elle devina que l'humeur de son amie était au plus bas. Finalement, Blue recula et parti sans jeter un seul regard en arrière, laissant les deux jeunes femmes seules. Elena ne bougea pas d'un centimètre, elle baissa la tête et vit que ses mains étaient tremblantes. Elle aurait voulu pleurer mais aucune larme ne monta à ses yeux. Il n'y avait que le vide en elle, le vide qui ne disparaissait jamais.

« Elena ? Elena, tout va bien, demanda Sweet Pea d'une voix douce qu'Elena ne lui connaissait pas.

- Ne t'en fais pas, répondit la jeune femme avec un sourire qui se voulait réconfortant. L'odeur des produits me donne juste la nausée, ce n'est rien.

- Tu es sûre ? Tu peux faire une pause, si tu as besoin.

- T'inquiète pas, tout va bien. J'ai juste eu un vertige, c'est tout.

- Okay... »

Elena tentait de ne pas flancher. Elle arrivait à rester droite, à cacher les tremblements de ses mains en les mettant derrière son dos et son sourire devenait de plus en plus convainquant. Sweet Pea, elle, se tenait au milieu des toilettes et serrait si fort l'éponge dans sa main droite que les gouttes qui tombaient sur le sol formaient une petite flaque et éclaboussaient les vieilles chaussures qu'elle avait aux pieds. Elena apprécia un peu plus Sweet Pea à cet instant, Sweet Pea qui se révoltait en silence et dont les yeux exprimaient tout ce qu'elle n'arrivait pas à dire. Elle serrait les dents pour ne pas crier, elle serrait fort cette éponge pour ne pas frapper dans un mur et c'était tout ce qu'Elena aurait aimé faire. La vérité, c'est qu'Elena n'arrivait pas à être énervée, elle n'était pas capable de ressentir de la rage par rapport à ce qu'il se passait. Et le fait que Sweet Pea le fasse à sa place était réconfortant. Elena hocha légèrement la tête, s'agenouilla à nouveau face aux toilettes et entreprit de terminer rapidement tout ceci pour sortir de cet endroit et revoir les autres filles. Ce qu'il s'était passé avec Blue sortait peu à peu de son esprit. Avec le recul, elle trouvait ça amusant de voir comme il était facile pour elle de manipuler l'homme. Il suffisait d'un rien.


« Est-ce que vous auriez une clope ? »

Madame Gorski pinça les lèvres. Elena, assise en face d'elle, se contenta de pencher légèrement la tête sur le côté en attente d'une réponse. Elle souriait. Vera avait comprit bien vite, en croisant sa nouvelle patiente dans les couloirs ou lors de leurs rencontres, que ce geste était totalement anodin. La banalité de son sourire était plutôt étrange, surtout dans ce genre d'endroits. Mais l'image de cette jeune femme la regardant sans la voir, tachée de sang, était encore trop fraiche de son esprit. Lentement, la psychiatre se leva et alla fouiller dans ses tiroirs. Pendant ce temps, Elena alla regarder les divers ouvrages de la bibliothèque. Il y en avait pour tous les goûts. Elle passa le bout de ses doigts sur les reliures, fixa tous les titres pour voir s'ils lui rappelaient quelque chose. Mais aucun ne lui disait quelque chose. Elle décida de retourner s'asseoir pour étouffer l'agacement qui commençait à serrer sa gorge. Elle devrait connaître ces livres, elle aurait du les lire un jour. Au lieu de ça, elle avait fait n'importe quoi. Madame Gorski revint et lui tendit une petite boite à cigarette avec un briquet argenté. Rapidement, Elena s'en empara.

« Alors, finit par demander Elena après avoir recraché la fumée par son nez, de quoi nous allons parler ? De tous mes traumatismes, de mes blessures intérieures et de toutes ces choses ?

- Oui, mais pas pour l'instant. Aujourd'hui, j'aimerais qu'on se penche sur la base de ton histoire, si tu veux bien, expliqua calmement Madame Gorski avec un sourire.

- La base de mon histoire ? Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Je voudrais que tu me parles de ton enfance. De tes parents, précisa la psychiatre en croisant les jambes.

- Je ne vois pas très bien ce que mes parents ont à faire ici. Je veux dire, ça fait des années que je ne les ai pas vus et ils ne sont en rien responsables de ce que j'ai fais. Ils sont très bien où ils sont et il n'y a aucune raison de remuer ça, répondit Elena avec un rictus.

- Je sais très bien que tes parents ne sont pas la cause de ta présence ici. Mais il me semble essentiel de passer par là. Parle-moi d'eux, Elena. Raconte-moi ton histoire, souffla Vera en se penchant légèrement en avant. »

Elena ne détourna pas son regard et ne perdit pas son sourire. Elle ne lui donnerait pas la satisfaction de montrer son malaise ou sa peine à l'évocation de ses parents. Elle avait trop pleuré pour eux pour s'épencher encore une fois, surtout sur l'épaule d'une parfaite inconnue. Madame Gorski dégageait pourtant quelque chose, quelque chose de spécial qui donnait envie de lui faire confiance les yeux fermés, de lui confier tout ce qu'on avait sur le coeur. C'était une femme bien et ça se voyait dans sa façon d'être. Mais Elena n'arrivait pas à accorder sa confiance. C'était ce qu'elle possédait de plus précieux, bien plus encore que sa fierté. On l'avait tellement trahi. On lui avait fait tellement de mal. Madame Gorski la regardait, elle attendait patiemment qu'elle se mette à parler mais le silence se faisait pesant. Elena finit par se relever et alla écraser la cigarette dans le petit cendrier sur le bureau de la psychiatre. Elle baissa la tête et regarda le tatouage sur son poignet. Elle fixa les mots ancrés dans sa chaire et ferma les yeux quelques secondes. Il ne fallait pas qu'elle oublie. Non, jamais elle ne devait oublier combien on l'avait dupé. Ses parents ne devaient pas être mêlés à tout ça. Ils devaient être préservés de ce mal.

« Mes parents sont morts, murmura Elena avec un sourire. J'avais sept ans. Je ne me souviens pas d'eux. Je n'arrive pas à revoir leurs visages clairement. Ce sont juste des ombres, des silhouettes. Je ne sais pas de quelles couleurs étaient leurs yeux, s'ils avaient des cheveux longs ou courts. Avant, je me concentrais tellement que j'en pleurais de rage. Mais j'ai lâché l'affaire.

- Tu ne te rappelles de rien ? Un souvenir précis ?

- Je me souviens des chansons de ma mère et du rire de mon père. Ce sont les seules choses qui me reviennent clairement, répondit Elena avec un rictus amusé. Si vous voulez tout savoir, je me rappelle très bien leur enterrement.

- Comment s'est-il passé ?

- Comme un enterrement. Est-ce qu'il y a une différence pour chacuns ? Je ne voyais que les deux cerceuils en face de moi et je savais que mes parents étaient à l'intérieur. Je ne pouvais rien faire, je n'arrivais même pas à bouger. Je n'arrêtais pas de pleurer encore et encore, je n'ai fais que ça. Pleurer. Comme si ça allait être utile, ajouta Elena avec un sourire.

- L'enterrement de tes parents méritait tes pleurs. Tu n'avais que sept ans, tu ne devrais pas être si dure avec toi, la réprimanda doucement Gorski.

- Vous croyez ? Je ne sais pas. Je venais de perdre mes parents. Ma famille venait de voler en éclat, ma vie aussi. Il ne me restait que mon frère mais il était jeune. Il avait onze ans, vous vous rendez compte ? On était côte à côte, on se tenait la main tellement fort que j'en avais mal et on ne faisait que pleurer.

- Ton frère, comment a-t-il réagi ?

- Comme quelqu'un de plus âgé, je suppose. Il avait comprit bien plus vite que moi ce que la mort de mes parents voulait dire. Ils étaient venus aux Etats-Unis en laissant tout derrière eux. Nous n'avions pas d'autre famille. Il s'est révolté après l'enterrement de mes parents, je me souviens qu'il n'arrêtait pas de hurler contre l'amie de ma mère, Vittoria, qui lui expliquait qu'on ne pouvait pas rester ensembles.

- Vous avez donc été séparés, toi et ton frère, conclut Madame Gorski en acquiesçant. Qu'as-tu ressenti lorsque tu t'es rendue compte qu'en plus d'avoir perdu tes parents, tu avais perdu ton aîné ?

- Je n'ai rien ressenti, sourit Elena en fuyant le regard de la psychiatre. Je n'avais que sept ans, je ne pouvais même pas mesurer l'ampleur des paroles de tous ces gens. Mon frère me disait qu'ils voulaient nous séparer, qu'on ne serait plus ensembles. Mais je ne disais rien, je ne répondais rien. Je voulais juste revoir mes parents. Juste une dernière fois, vous comprenez ? Je me fichais bien qu'on foute ma vie en l'air encore plus. Andy s'est révolté à ma place alors que j'attendais qu'on m'emmène loin de lui. Ca l'a beaucoup énervé et on s'est battus à cause de ça. Il me disait de réagir, qu'on devait se battre pour rester ensembles parce que c'est ce que nos parents auraient voulus.

- Tu étais une petite fille, Elena. La réaction que peut avoir une enfant sont différentes. Tu n'as pas à t'en vouloir parce que tu ne réagissais pas, c'est normal. La perte de tes parents devait être plus difficile que l'idée d'être éloignée de ton frère.

- Je me suis rendue compte de mon erreur quand je me suis retrouvée en foyer, ria Elena nerveusement. Je me suis dis : Pourquoi tu as été aussi bête, Elena ? Tu aurais du faire quelque chose, tu aurais du t'énerver avec Andy, te battre contre tout le monde. Mais je n'avais rien fais. Je m'étais laissée emportée loin de mon frère alors qu'il hurlait à la mort. Je ne m'étais pas battue. Je me retrouvais dans cet endroit sans avoir essayé de m'en sortir.

- Ce qui ne veut pas dire que tu méritais ce traitement, rassura Vera avec un sourire indulgent. Ils n'auraient pas dus vous séparer, ils auraient du tout faire pour que vous restiez ensembles. Séparer deux enfants de vos âges après un si lourd traumatisme que la perte de deux parents n'est pas une bonne chose. Ca brise définitivement des vies. »

Elena avait bien conscience de toutes les perches que lui tendaient Madame Gorski. La psychiatre était habile, chacun de ses mots étaient fais pour rassurer comme pour la pousser à aller plus loin dans ses confidences. Mais Elena était plus forte que ça. Elle ignorait délibérement les astuces de sa psychiatre et ne s'éloignait pas du sujet premier. Intérieurement, elle implorait ses parents de l'excuser de les mêler à cela. Elle avait l'impression de salir leurs noms et leurs mémoires. Jamais ils ne devraient être assimilés à tant de violence et de dégradation physique et mentale. Elena osait à peine imaginer leur réaction s'ils avaient été en vie et qu'ils avaient appris ce qu'elle avait fait. Finalement, elle se souvenait que s'ils n'avaient pas été tués dans cet accident, jamais elle n'aurait fini par tuer sauvagement ces deux personnes, jamais elle n'aurait mit un seul pied à Lennox. Tout ceci aurait été si éloigné d'elle. Avec un sourire, Elena demanda si la scéance était finie. Quoi que lui réponde Madame Gorski, la jeune femme ne dirait rien de plus sur son passé, son enfance ou ses parents. Réveiller tous ces souvenirs n'était pas bon. Le mal se collait à eux, il se répandait comme une traînée de poudre vers ses parents et son frère. Vera acquiesça et lui souhaita une bonne après-midi. Elena parti sans un seul regard.


Le repas du soir avait été acceuilli avec autant de réserve que tous les autres. Visiblement, la nourriture stagnait toujours à un niveau médiocre. Elena n'avait pas pu avaler quoi que ce soit excepté un morceau de pain dur pour tenir le coup. Elle avait écouté en souriant les après-midi des autres filles, riant discrètement à la bonne humeur communicative de Rocket et aux faux airs de princesse de Blondie. Sweet Pea ne parle toujours pas de ce qu'il s'était passé dans les toilettes. Quant à Amber, elle avait l'air totalement épuisée et ne décrocha pratiquement aucun mot. Passé cela, Elena suivit ses amies jusqu'au dortoir. On lui avait visiblement attribué un lit, coincé entre celui de Blondie et d'une autre fille qu'elles appelaient MJ mais qui n'était pas bavarde. MJ était une petite rousse au regard fuyant qui se contenta d'hausser les épaules lorsqu'Elena lui demanda si cela ne la dérangeait pas qu'elle dorme ici. Blondie étouffa un rire contre la paume de sa main en voyant la scène et Rocket enfoui son visage dans son oreiller pour que personne n'entende son rire. MJ était donc quelqu'un à qui il ne fallait pas parler.

La plupart des filles du dortoir se couchèrent sans un seul mot. Elena n'avait pas pu s'empêcher de remarquer à quel point le pyjama était encore plus atroce que l'uniforme. Amber avait sauté sur son lit, elle s'était sûrement dopée en secret, pour montrer qu'il la grossissait. L'un des infirmiers arriva pour leur demander – hurler, plutôt – d'arrêter de parler aussi fort et de dormir. Finalement, Elena s'était assise sur le lit de Blondie, bientôt rejointe par Amber. Rocket et Sweet Pea étaient par terre, côte à côte et cachées par l'un des lits et l'aînée avait passé un bras autour des épaules de sa cadette. Elles discutèrent en faisant le moins de bruit possible, pouffant lorsqu'on leur demandait de répéter, gloussant en entendant certains ronflements. Blondie avait posé sa tête sur les cuisses d'Elena qui lui caressait distraitement les cheveux en racontant la première représentation qu'elle avait fait avec son ballet.

« Ca devait être génial, souffla Rocket émerveillée. Je suis trop jalouse !

- Tu n'as pas à l'être. Elle a quand même fini au même endroit que nous, constata Sweet Pea.

- C'est quand même merveilleux, contra Amber en fronçant les sourcils. Je ne crois pas que l'une d'entre nous puisse se vanter d'avoir eu une meilleure expérience.

- Laissez tomber, soupira Elena. De toute façon, c'est fini. J'suis avec vous maintenant, plus rien d'autre ne compte.

- D'ailleurs ! Tu devais nous dire quelque chose pour qu'on te trouve un surnom, s'exclama Blondie avec un grand sourire.

- Elle a raison ! Alleez !

- Okay. Blondie, bouge deux secondes. Je vais vous montrer. »

Blondie se redressa et fit un sourire à Elena. Cette dernière leva les yeux au ciel en voyant que tous les regards étaient tournés vers elle. Tant d'attention pour si peu ! Néanmoins, elle leur tourna le dos et enleva le haut de son pyjama. Au début, aucune d'entre elle ne remarqua la particularité jusqu'à ce qu'Amber ne se redresse vivement en poussant des petits cris excités. Délicatement, elle enleva les cheveux d'Elena qui tombaient sur ses omoplates et les mit par dessus son épaule. Les autres filles lâchèrent un : « Oh ! » d'émerveillement. Sur l'omoplate droite d'Elena, il y avait un tatouage. Les traits noirs étaient parfois fins, parfois larges mais tous semblaient avoir été dessinés avec la plus grande dextérité. Rocket imagina un tatoueur talentueux qui le faisait du bout des doigts. Un véritable artiste dans son genre. Sweet Pea se releva et s'approcha pour tenter de comprendre ce que tous ces traits signifiaient. Puis elle réussit à comprendre la forme dessinée sans qu'aucuns des traits ne se touche ou ne s'effleurent. Elena finit par remettre le haut de son pyjama et s'assit face à ses amies.

« C'est un papillon, n'est-ce pas, demanda Sweet Pea en se rasseyant.

- Oui. Je l'ai fais il y a quelques années, avant de rentrer au ballet. Il n'est pas très gros alors je pouvais le cacher, expliqua Elena en haussant les épaules. Je n'aime pas vraiment qu'on le voit.

- Il est vraiment super, sourit Blondie en remettant sa tête sur la cuisse d'Elena.

- Beauty Butterfly, murmura Amber avant de rire. Mais oui ! C'est ça ! Beauty Butterfly, c'est tellement toi !

- Elle a raison, renchérit Rocket. Un papillon, c'est libre, comme toi ! On dirait que cet endroit n'a pas d'emprise sur toi, que tu t'en fous des connards d'infirmiers ou de Blue ! Beauty Butterfly !

- Vraiment ? Vous trouvez ça bien, grimaça Elena.

- Tu n'as plus le choix, BB, ria Sweet Pea.

- Blondie, Amber, Sweet Pea, Rocket et BB, chuchotta Amber en leur forçant à joindre leurs mains. A la vie, à la mort les filles. Ils ne pourrons jamais nous séparer.

- Jamais, répondirent-elles en choeur. »

Quelques mois plus tard, peut-être des années, Sweet Pea repensa à ce moment. Elle revit avec clarté chacun des visages qui se détachaient des ombres de la nuit. Le bras de Rocket passé autour de sa taille et son sourire qui illuminait le coeur de sa soeur. Blondie qui s'était redressée, le bras d'Elena autour de ses épaules et qui riait sous son impressionnante chevelure sombre. Amber qui avait mit son pied au lieu de sa main, trop fatiguée pour faire l'effort, ses yeux en amandes encore plus plissés lorsque son sourire s'était agrandi. Elena, assise en tailleur, sa main tremblante posée sur celle de ses amis et la promesse sur ses lèvres que, bien plus qu'un pacte, c'était la vérité qu'elles avaient énoncées. Toutes les cinq, plus fortes que Lennox, que Blue, que les infirmiers. Plus fortes que la mort. Sweet Pea ferma les yeux en laissant couler ses larmes. Elle se dit que jamais plus elles n'avaient eu aussi tord qu'à cet instant.


Voilà :) J'espère que ça vous a plu et qu'il n'y a pas trop trop de fautes de conjugaison/ortho/grammaire dans le lot. Je me suis bien éclatée avec ce chapitre, surtout pour le passage Blue/Elena, c'était que du bonheur. Croyez-moi, je vais être encore plus sadique que ça que ce soit pour Elena ou pour Blue :D Allez, à plus et n'oubliez pas la review ;)