Updated le 06/08/11
Merci à vous tous : Cap'tain Rily, Sunny angel, Mordax6, My-Doctor-Who ainsi qu'à Ananke Jones !
Allez zou, Chapitre 3 !
Bonne lecture !
Chapitre 3
Le Docteur se figea. Le « Monsieur » résonnait en lui douloureusement. Pourquoi l'appelait-elle donc Monsieur ? A contrecœur, il la déposa à terre et s'écarta d'elle, sans toute fois lâcher ses mains. Il se mit à l'observer plus attentivement, gravant l'image de la jeune femme en lui. Elle avait maigri, et ses traits fatigués rehaussaient le ton pâle de son visage malgré le léger maquillage qui était sensé le camoufler. Il posa sa paume sur sa joue, caressant de son pouce sa pommette. Leurs regards se croisèrent. Dans ses souvenirs, ses yeux pétillaient de malice, de joie de vivre, de jeunesse. Aujourd'hui, ils étaient devenus ternes, douloureux Il n'arrivait pas à distinguer cette lueur qu'il aimait tant.
- Rose... Dit-il avec douceur. C'est moi, le Docteur.
La jeune femme ne réagit pas. Elle se contentait de l'observer et de jouer avec leurs doigts.
- Rose, c'est moi, le Docteur, répéta t-il la voix tremblante.
- Docteur qui ? Qui êtes-vous ? Pourquoi m'appelez-vous, Rose ?
Le gallifréen sentit ses jambes se dérober sous lui. Il tomba sur les genoux. Pourquoi ? Que se passait-il ? Il serra les poings tentant de contrôler les larmes qui menaçaient de rouler sur ses joues. Rose ne le reconnaissait pas. Elle ne savait pas qui il était. Elle semblait même ignorer qui elle était. Comment était-ce possible ? Qu'est ce que Rose avait bien pu faire pour venir le rejoindre ? Elle ne souvenait pas de lui. Pas d'eux.
- Monsieur ? Qu'est-ce qui vous arrive ? Vous allez bien ?
Le Docteur leva les yeux vers la jeune femme. Elle s'était agenouillée face à lui, inquiète. Il avança la main vers elle et prit une de ses jolies boucles dorées entre ses doigts. Il ferma les yeux un instant. Une vague de chaleur le secoua de part en part lorsqu'il caressa sans retenue ses mèches en bataille.
- Qu'avez-vous fait Rose ? Murmura t-il plus pour lui-même.
C'était une chose si simple. De glisser ses doigts dans ses boucles soyeuses. Combien de fois en avait-il rêvé ? Combien de fois avait-il réprimé ce désir innocent ? De si nombreuses fois. C'était elle, Rose Tyler. Il en était sûr. Rose Tyler était inimitable. Il se détestait de ne pas l'avoir reconnu, tout à l'heure dans la rue. De ne pas avoir réagit plus tôt. De n'avoir pas fait tout simplement le lien entre cette chaleur et elle. Car Rose avait toujours dégagée quelque chose d'unique. Une force puissante et sereine, qui avait redoublé d'intensité lorsqu'elle était devenue le Méchant Loup. Elle lui avait apporté cette force dans laquelle il avait puisé le réconfort dont il avait tellement eut besoin.
Le Docteur se maudissait de lui faire cela. Parce que d'une façon ou d'une autre, il était le responsable de son état. Elle était revenue pour lui. Mais comment avait-elle pu atterrir ici ? Comment avait-elle pu, en fait, s'échapper de l'univers de Pete ? Est-ce que cela avait eu pour prix, ce qui faisait elle, sa mémoire ?
Les questions s'enchaînaient dans sa tête, créant un brouhaha qu'il n'arrivait pas à contenir. Elles demeuraient sans réponses. Il ne parvenait pas à réfléchir. Il avait mal. Rose avait été son trésor. La merveille qui lui avait enchante la vie. Et, il ne la faisait que souffrir.
Il essuya les larmes qui roulaient sur ses joues. Il avança les mains vers le visage de Rose qui eut un mouvement de recul.
- N'ayez pas peur. Je ne vous ferais aucun mal.
Le Docteur posa ses doigts sur les tempes de la jeune femme. Il ferma les yeux pour se concentrer. Il allait pénétrer l'esprit de Rose. Il espérait ainsi savoir ce qu'elle avait fait pour rejoindre l'univers qui l'avait vu naître. Et peut-être aussi lui rendre sa mémoire. Retrouvez la Rose. Sa Rose. Celle qu'il n'avait jamais autant désiré de retrouver comme compagne.
Brusquement, le gallifréen reçut une décharge qui l'expulsa de l'esprit de Rose. Il recula sous l'effet, incrédule, tout en baissant les bras. Il ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Ce n'était pas elle qui l'avait éjecté. Quelque chose d'autre l'empêchait de fouiller dans sa mémoire, de savoir ce qui lui était arrivé.
-Monsieur, je...
La jeune femme s'interrompit quand les mains du Docteur vinrent encadrer son visage. Il plongea un regard grave dans le sien qui l'hypnotisa.
- Je suis désolé Rose, gémit-il. Tout ceci est de ma faute... Je ne vaux vraiment pas ce que vous avez fait. Ni ce sacrifice...
Il déposa un baiser sur le front de la jeune femme avant de se lever, puis l'aida à en faire de même.
- Je suis désolé pour tout. Mais, je peux vous assurer que plus rien ne vous arrivera. Je vous fais la promesse que l'on ne vous fera plus de mal.
Il enleva son long manteau et le passa sur les épaules de Rose.
- Qu'est-ce que vous faîtes ? Lui demanda t-elle surprise de son geste.
- Je vous emmène avec moi. Je ne vous laisserais pas une minute de plus ici.
Le gallifréen la tira alors qu'il avançait vers la porte, mais elle résista.
- Venez... La supplia t-il. S'il vous plaît...
Louve lui fît lâcher sa main d'un mouvement brusque et recula de quelques pas.
- Rose...
- Cessez de m'appelez Rose ! Je suis Louve ! Pas Rose !
A ces mots, les cœurs du Docteur se serrèrent, lui faisant rappeler péniblement qu'elle n'était tout à fait la jeune femme qu'il connaissait. Elle enleva le manteau de ses épaules et le rendit à son propriétaire.
- Et je ne vous suivrais pas ! Trancha t-elle.
- Et moi, je ne vous laisserais pas ici ! Il en est hors de question !
Il se rapprocha d'elle et lui attrapa la main doucement mais fermement. La jeune femme essaya de se libérer de son emprise, mais le gallifréen ne semblait en aucun cas vouloir la lâcher. Et, il l'entraîna avec lui vers la porte.
- Je n'irais nul part avec vous, lui cria t-elle. Je ne vous connais pas !
Louve aperçut une pointe de douleur illuminer les yeux de l'étrange homme. Elle venait de le blesser. Pourquoi cela lui faisait si mal à elle aussi ? Elle ne voulait pas voir cette peine sur son visage, cette douleur dans ses yeux. Sans savoir pourquoi, cela lui lacerait le cœur alors qu'elle le connaissait à peine. Comment l'a connaissait-il ? Pourquoi, il lui semblait qu'elle avait un lien très spécial avec cet homme ? Était-il une personne de son passé qu'elle n'avait plus depuis son réveil dans cette rue sombre et humide ? Elle ne comprenait pas ce qui se passait en elle. La jeune femme voulait fuir et suivre cet homme en même temps. Son cœur lui soufflait que c'était une personne importante pour elle. Mais que représentait-il pour elle ? Un frère ? Un cousin ? Un ami ? Un amant peut-être ?
Cependant la raison, dans la bataille qui se déroulait en elle contre son cœur, en sortait victorieuse. L'homme lui était inconnu. Elle ne le suivrait pas. Il devait être comme tous les autres. Les hommes avaient trop souvent joué avec elle. Ils lui avaient volé son corps, son intimité, sa dignité. Pourquoi serait-il une exception ?
Le gallifréen s'approcha d'elle et tenta de la soulever dans ses bras alors qu'elle se débattait. D'une manière ou d'une autre, elle repartirait avec lui, ce soir. Elle ne vivra pas une seule seconde de plus dans cette maison. C'était son rôle de la protéger. Sans comprendre ce qu'il lui arrivait, le Docteur sentit une douleur vive sur sa joue. Rose venait de le gifler. Il tituba en arrière. Autant les claques de Jackie faisaient mal physiquement, jamais autant, elles ne lui avaient fait mal psychologiquement. Le choc était violent. Il la regarda, les yeux écarquillés face à son geste.
La jeune femme recula, effrayée de son geste. Elle ne l'avait pas voulu. Mais sa main était partie toute seule. Elle s'éloigna encore un peu plus de l'homme. Il ne réagissait toujours pas. Sa joue rouge portait encore la marque de sa main. Elle se retrouva contre le mur, et se laissa tomber le long jusqu'au sol. Puis elle se cacha la tête dans ses bras.
- Je suis désolée... L'implora t-elle. Je ne voulais pas... N'appelez pas Madame, elle me punira. S'il vous plaît...
Le Docteur sortit de sa torpeur, et observa la jeune femme recroquevillée contre le mur. Il s'effondra de l'intérieur. Qu'avait-elle bien pu vivre ces dernier temps ? Sa compagne avait l'air si dévastée, si brisée. Cela faisait si mal de la voir dans cet état-là. Contrairement à ce qu'on pouvait croire, cela avait toujours été elle, la plus forte d'eux deux. Parce qu'il savait qu'il l'avait fait souffrir à plusieurs reprises. Et malgré ses mensonges, ses secrets, ses promesses qu'il reniait, elle avait toujours été là pour lui. Elle s'était toujours tenue droite à ses côtés pour le soutenir, pour l'aider et le rassurer. Tout le contraire de lui. Et là, elle semblait si fragile.
Il se rapprocha et s'accroupit face à elle.
- Ce n'est pas à vous de vous excuser, dit-il d'un ton doux. C'est à moi de le faire.
Il prit le visage de la jeune femme entre ses paumes. Elle leva vers lui un regard indéchiffrable qui le bouleversa. Elle avait les yeux qui brillaient de larmes, les lèvres tremblantes.
- Je suis désolé, Rose. Sincèrement désolé. Je ne voulais pas vous faire de mal. Êtes-vous prête à me donner une seconde chance ? Pour que l'on puisse reprendre tout depuis le début...
- Pourquoi ? Gémit-elle. Pourquoi êtes-vous si gentil avec moi ? Pourquoi vous semblez me connaître ? Alors que moi, non. Que savez-vous de moi ?
Louve baissa la tête réprimant un sanglot. Elle sentit les doigts de l'homme glisser le long de son visage dans une caresse voluptueuse vers son menton. Une légère pression lui fit relever la tête. Elle croisa son regard. Inquiet, coupable, désolé, triste. Chaud et tendre aussi. Elle ferma les yeux. Sa paume contre sa joue. Son pouce balayant la larme solitaire qu'elle n'avait pu retenir. Elle se laissa attirer à lui, contre lui. Ses lèvres sur son front. Sa main dans ses cheveux. Son bras autour de sa taille. Elle était si bien.
Le Docteur était ravagé. Rose était meurtrie dans sa chair, dans son âme. Elle était perdue, sans défenses. Il prenait conscience qu'il allait devoir être patient. Rose avait tout oublié. Il ne fallait pas qu'il la brusque davantage. L'essentiel, c'était qu'il l'avait retrouvé. Elle allait revenir à ses côtés. Elle serait à nouveau sa compagne. A sa place. Comme cela devait être. Peu importe le temps qu'il faudra. Mais Rose se souviendra à nouveau. Il fera tout pour l'aider. Cependant, pour le moment, il devait regagner sa confiance. Et surtout la sortir de cet endroit.
Il s'écarta d'elle, un petit sourire aux lèvres.
- J'ai toujours été un idiot lorsqu'il s'agissait de vous.
La jeune femme le regarda, quelque peu décontenancée de ce revirement de situation, puis finalement sourit à son tour. Il se redressa et lui tendit la main qu'elle attrapa après un moment d'hésitation. Il l'aida à se relever puis il la tira doucement vers le lit. Il s'assit sur le bord avant de lui désigner la place à ses côtés. Elle s'y installa avec prudence. Ils demeurèrent silencieux, un long moment.
- Qui êtes-vous ? Finit-elle par demander.
- Je suis le Docteur.
- Docteur qui ?
- Je m'appelle juste le Docteur, lui affirma t-il avec un petit sourire.
Elle l'observa, légèrement méfiante, en fronçant des sourcils. La main qui se crispait à quelque chose au travers de sa blouse.
- J'avais un nom, expliqua t-il, il y a très longtemps. On me l'a retiré. Et j'ai choisi Docteur pour le remplacer en quelque sorte.
La jeune femme hocha de la tête, acquiesçant son explication.
- Pourquoi m'appelez vous Rose ?
- Parce que c'est ainsi que vous nommez, Rose. Rose Marion Tyler.
Rose Tyler, c'est ainsi qu'elle s'appelait. Et étrangement, elle ne ressentait aucune émotion, aucun attachement à ce prénom Rose. Rose n'était pas elle, c'était une inconnue.
- Vous m'êtes une amie très chère, continua t-il. Une compagne que je croyais perdue à jamais...
Amie... Compagne... Que voulait-il dire par cela ? Les deux mots pouvaient signifier bien des choses. Étaient-ils intimes ? Ou juste amis ?
- Je suis une sorte d'aventurier, un voyageur. Vous partagiez mes aventures. Ils nous arrivaient parfois d'avoir quelques problèmes, mais cela faisait partie du charme de nos voyages.
Le gallifréen sourit chaleureusement à la jeune femme, et d'un geste tendre lui passa une mèche de cheveux derrière l'oreille. Le contact furtif de leurs peaux se frôlant, les fit frémir de concert.
- Si je voyageais avec vous, pourquoi suis-je ici ? Le questionna t-elle.
Louve aperçut tout de suite les yeux de l'homme s'assombrir avant qu'il ne détourne son regard d'elle. Et, il mit quelques secondes pour lui répondre.
- Nous avons été séparés brutalement lors d'une bataille. Ils nous étaient impossible de nous retrouver. Je vous croyais perdue à jamais Rose...
- Pourquoi, je n'arrive pas à me souvenir de vous ? S'énerva t-elle tout à coup. Alors que je sens que vous êtes très important pour moi ! Pourquoi je n'ai aucun souvenir ! Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi !
Elle se mit à frapper le Docteur de ses poings, ne sachant pas réellement la raison de sa colère. Mais elle avait besoin de l'évacuer. Contre lui. Parce qu'il disait des choses sans aucun sens pour elle. Elle était perdue. Elle n'avait rien à quoi s'accrocher. Elle voulait savoir qui elle était. Cela faisait des mois qu'elle cherchait en vain. Depuis tant de temps, elle se sentait une inconnue pour elle-même. Et lui, il débarquait comme ça, de nul part, dans sa vie ! En lui disant des choses qu'elle voudrait se rappeler. Qu'elle veux se rappeler ! Et elle n'y arrive pas ! Rien ! Et quelque part, elle lui en voulait de savoir tant de choses sur elle, qu'il avait l'air de la connaître par cœur. Et qu'elle ne se rappelle rien sur lui. Qu'elle ne sache rien sur lui.
- Allez-vous en ! Je veux plus jamais vous voir, Monsieur, hurla t-elle. Je ne suis pas Rose ! Je ne suis pas votre amie ! Je suis Louve ! Partez !
Le Docteur la bloqua en la serrant contre lui, alors qu'elle pleurait de rage et d'impuissance. Il tenta de la calmer en lui chuchotant avec tendresse et douceur des mots sans aucun sens. Il ne savait pas quoi faire d'autre. Il se sentait si démunit face à la situation. Mais cela semblait marcher. Rose se calma graduellement, la joue contre ses cœurs tout en agrippant sa veste. Quand elle releva finalement la tête, quelque chose venait de changer. La colère était tombée. Il ne restait plus que de la tristesse et de la culpabilité. Culpabilité de ne pas se souvenir. Il comprenait ce qui se passait. Elle n'était pas encore prête à accepter la personne qu'elle était réellement. Ni à écouter ce qu'il avait à lui raconter sur elle ou sur eux. Elle était bien trop fragile. Bien trop égarée aussi. Il lui disait des choses dont elle ne pouvait pas se souvenir. Il voulait aller trop vite. Oui mais voilà, il voulait tant retrouver sa Rose. Il avait tant de choses à lui dire et d'autres qu'il n'avait pas eu le courage de lui avouer...
Il posa son front contre celui de la jeune femme.
- Chut... Je suis là, maintenant... Tout ira bien...
Le Docteur se laissa tomber sur les draps avec la jeune femme dans les bras. Il passa maladroitement un bras autour de sa taille pour la maintenir contre lui. Elle n'y opposa aucune résistance. Elle se blottit contre lui, s'accrochant désespérément à ses vêtements alors qu'elle gémissait de la laisser tranquille et qu'elle ne voulait plus jamais le voir. Il lui caressa le dos, doucement, tendrement, la serrant toujours plus contre lui. Il la sentit s'apaiser. Elle ferma les yeux. Elle semblait épuisée et à bout de force. Les derniers mois avaient été plus qu'éprouvant. Sa respiration se fit plus lente, plus régulière. Elle commençait à s'endormir tout doucement.
- Monsieur, souffla t-elle. Je...
- Chut... Je suis là Rose... Je serais toujours là, maintenant... Je vous en fait la promesse...
A présent, le gallifréen sera là, à chacun de ses réveils. Pour elle. Pour sa si délicate Rose. Plus personne ne la lui arrachera de sa vie. Ils s'étaient retrouvés. A nouveau ensemble. Comme avant. Il venait de retrouver celle qui lui avait redonné une raison de vivre. Une douce lumière recommençait, enfin, à illuminer son chaos. Il savait que le chemin serait long, douloureux, parsemé d'embûches pour que Rose retrouve sa mémoire. Mais peu importe... Parce qu'en ce moment même, il la tenait dans ses bras. Et elle ne les quitterait plus jamais. Le Docteur se le jurait...
