Voici donc la suite de cette histoire que vous attendez, et comme nous passons ce soir à la nouvelle année soyons fous, ce sera deux chapitres aujourd'hui ! Comme ça vous ne m'accuserez pas de cruauté pour avoir laissé le suspens trop longtemps.
J'en profite pour remercier la Pamplemousienne pour les reviews qu'elle m'a laissé cette nuit auxquelles je ne peux pas répondre directement, elles m'ont fait plaisir et bien amusé aussi.
Et bonne fin d'année à tous !
Je l'ai regardé sourire Je le veux calme et tranquille Je lui dédie mes sourires
Il m'a parlé de sa vie
Maintenant je peux m'endormir
Une nuit sur son épaule, une nuit sur son épaule
Je le veux tout simplement
Je voudrais qu'il s'abandonne
Une nuit sur mon épaule, une nuit sur mon épaule
Et même tous mes éclats de voix
La violence de son regard
Et voilà, tout simplement
Oh je l'aime
Marc Lavoine/Véronique Sanson
(le « elle » a été changé en il bien sûr !)
Les jours qui suivirent furent un éternel recommencement. Harry tentait de reprendre des forces physiques mais perdait en force morale à chacune des visions nouvelles, de plus en plus troublantes, qu'il avait quand il revoyait Drago.
Les indices se contredisaient et il allait devenir fou à force de se poser des questions. Plusieurs fois, il fut à deux doigts de parler franchement à Drago. Après tout, que risquait-il? Drago ne pourrait s'en plaindre ou s'en vanter puisque tenu par le secret médical, au pire l'humilierait-il en lui demandant de voir un psychologue ce qui après tout lui serait peut être nécessaire, au moins il serait fixé…
Cependant, il avait beau se raisonner, sa gorge refusait de laisser sortir sa voix quand il croyait avoir réuni assez de courage pour interroger son médecin.
Ses émotions, toujours ténues, lui donnaient l'impression de n'être plus qu'une moitié d'homme et la seule chose qui l'intriguait, qui lui donnait envie de vivre d'une certaine façon, il était incapable de savoir si elle était vraie ou pas !
Ses amis le visitaient régulièrement, il les serrait dans ses bras, sentant qu'ils avaient besoin de ce contact affectueux cependant lui ne ressentait toujours rien au contact de leurs corps, ce qui lui donnait l'impression d'être un imposteur. Ce contact n'était ni désagréable ni rassurant, c'était un contact. Etait-il juste un hypocrite à mimer des attitudes que son cœur ne lui dictait pas ? Mais ne rien faire aurait été pire.
Les seuls contacts humains qui le faisaient réagir étaient ceux qu'il avait avec son médicomage, et encore, ceci n'était peut être que physique. Quand il avait l'occasion de le toucher, une chaleur diffuse l'envahissait, le détendait. Il aurait voulu que leur toucher perdure au lieu de ne rester que le temps strictement nécessaire aux gestes médicaux.
Pourquoi éprouvait-il cette plénitude quand il était avec lui ? Etait-ce juste une attraction physique ou ses perceptions étaient elles plus profondes, cette chaleur un signe que ses sentiments engourdis se réveillaient peu à peu ?
Il n'en savait rien, n'osant aborder ce sujet avec personne et ses interrogations incessantes le minaient.
Il en venait, certains soirs, à souhaiter ne pas se réveiller le lendemain.
Ce matin là, pourtant, il se réveilla encore et, las de la situation, décida de ne plus rester dans cette chambre à attendre qu'on le serve ou lui dise quoi faire. Il enfila son peignoir et ouvrit la porte.
L'aube était levée et les couloirs encore déserts.
L'Auror de faction devant l'entrée de sa chambre s'était profondément assoupi et ne bougea pas d'un cil à son passage, ce qui lui arracha un sourire. Harry serait rentré avant qu'il ne se réveille et il ne saurait jamais qu'il avait manqué à son devoir se disait-il.
Il erra dans les allées sans trop savoir ce qu'il recherchait jusqu'à ce qu'il voit au bout d'un long couloir la lumière encore faible de quelques rayons de soleil traverser un vitrail transparent.
Il suivit les rais de soleil et se retrouva dans un jardin intérieur.
En y regardant de plus près, il reconnaissait dans les buissons taillés à la française des essences très souvent utilisées pour des potions de guérison, et il en était de même pour les différentes espèces d'arbres au travers desquels la lumière solaire passait, rendant la scène féerique. Il se sentit provisoirement apaisé dans cette vaste cour bucolique.
Puis un bruissement d'aile attira son attention et il sourit franchement en reconnaissant Hedwige qui vint se poser gracieusement sur son épaule. Il la caressa affectueusement et le rapace nocturne émit un petit hululement de satisfaction.
Hermione avait appris à Harry qu'elle rodait autour du bâtiment depuis son hospitalisation, refusant d'être approchée, presque revenue à la vie sauvage, attendant le retour de son maître. Elle était amaigrie mais gardait toujours son ramage immaculé. Harry regrettait de n'avoir pas de quoi la nourrir et trouvait dans son regard un réconfort inespéré.
Tout à ses retrouvailles, il ne vit pas l'éclair vert arriver jusqu'à lui, lancée de l'étage des pathologies des sortilèges et le Doloris l'atteignit à la cuisse gauche, lui faisant pousser un cri déchirant pendant qu'au loin raisonnait un rire hystérique.
Accablé par la douleur, il perdit connaissance.
Quand il se réveilla un peu plus tard, il était dans son lit et ne souffrait plus mais sa chambre était assiégée.
L'Auror qu'il avait surpris à dormir se confondait en excuses auprès de son supérieur qui le renvoyait, une demi douzaine d'infirmières et d'infirmiers s'agitait autour de lui, installant une perfusion antidouleur et ayant déjà enroulé une large bande autour de sa cuisse.
Hermione qui, il l'apprendrait plus tard, avait donné l'alerte (elle avait assisté à la scène de la fenêtre de la chambre où elle était venue lui rendre visite avant le début des ses cours) faisait un rapport détaillé à un autre fonctionnaire.
Tout à leur tâche, personne n'avait remarqué que Harry était revenu à lui et il écoutait, ébahi et déjà rendu un peu apathique par la potion qui coulait goutte à goutte dans ses veines, le chef de l'hôpital expliquer qu'un des patients atteint de folie après le massacre des siens s'était persuadé en voyant Harry Potter que s'il parvenait à le faire souffrir les siens reviendraient à la vie. Il était « heureux » , déclara-t il, que le sorcier pris de folie n'ait pas maîtrisé de sort mortel. Harry n'était pas si sûr que ce fut une bénédiction céleste. Au point où il en était, ce matin, il aurait affronté la mort avec plus de bonheur que son handicap.
C'est alors que la porte s'ouvrit à la volée. Drago furieux entra en trombe, vociférant auprès de l'Auror, reprochant aux infirmiers de ne pas l'avoir informé sur le champ alors qu'il s'agissait de SON patient, qu'il était sous SA responsabilité, chassa tout ce beau monde en un temps record, et ce tout en fixant Harry d'un regard furibond digne de Severus Rogue dans ses plus mauvais jours. A à tel point que Harry se sentit comme un enfant qu'on aurait surpris en train de faire une grosse bêtise, se préparant à une punition mémorable, et il rentra, penaud, sa tête dans son cou. Il tenta de se maîtriser en se rappelant qu'il n'était plus un petit garçon et que même affaibli il avait assez de magie en lui pour se défendre. Cependant, Drago à cette heure restait impressionnant dans son courroux.
Une fois la chambre vidée, il inspecta rageusement le traitement administré, en réduisit la dose en maugréant qu'avec celle qu'on lui avait donné on assommerait un cheval, amena une chaise contre le lit, posa ses coudes sur le bord de celui-ci et prit le pouls de Harry avec une délicatesse qui jurait avec son attitude agressive, puis reposa son regard sur celui de Harry qui perdit son souffle un instant en y lisant un mélange d'inquiétude et d'exaspération.
« Ne me refais plus jamais ça ! » gronda-t il sourdement sans lâcher son poignet
Une fois remis du choc, Harry sentit la colère s'infiltrer dans ses veines aussi sûrement que la potion qui passait dans son sang.
« Parce que c'est ma faute, peut-être, si ce fou furieux s'en est pris à moi ?! Je n'ai pas été attaqué dans le seul but de te contrarier figure toi !
Tu n'avais pas l'autorisation de sortir de cette chambre ! As-tu seulement une idée du nombre de sorciers qui veulent ta mort ?
Je n'en tiens plus le compte depuis bien longtemps et de quel droit prétend-tu décider de mes déplacements ?
Tu es MON patient !!!
Je ne suis pas TA chose ! Je n'ai jamais laissé personne décider pour moi, même pas cette foutue Prophétie alors si tu crois que je vais obéir aux consignes qu'un petit aristocrate déchu n'a même pas songé à me donner, tu te trompes lourdement !
Harry était en rage, il songeait sérieusement à accompagner ses paroles d'un poing dans la figure de ce petit arriviste qui croyait pouvoir lui dicter ce qu'il avait à faire, mais paradoxalement, alors que leurs regards se lançaient des éclairs de pure rage, la main d'Harry restait toujours blottie dans la paume chaude de Drago, y reposant comme un oisillon dans son nid.
Il savait qu'il était allé trop loin avec cette insulte et la regrettait déjà, tout en étant surpris de ressentir soudain des sentiments aussi intenses alors qu'ils lui faisaient défaut hier encore. Il s'attendait à ce que Drago quitte sa chambre en hurlant qu'il refusait de s'occuper d'un irresponsable pathétique, mais il n'en fit rien.
Au contraire, son visage se décrispa : « Et bien, il semble que cette expérience ait eu du bon malgré tout, si j'avais su qu'un petit Doloris te rendrait enfin un peu vivant, je t'en aurais lancé un moi-même ! »
Et contre toute attente, il éclata de rire, un fou rire, nerveux sans doute, mais qui raisonna agréablement dans la pièce et aux oreilles de son patient.
Harry ne sut comment réagir et son visage ébahi fit encore plus rire Drago qui semblait avoir du mal à s'arrêter.
Une infirmière passa sa tête par la porte et Drago se leva, se calmant subitement en lâchant la main de son patient qui en fut désappointé
Bonjour Monsieur Potter, bonjour docteur. Je viens de prendre mon service, si vous le souhaitez je vais vous remplacer.
Non, merci Anthéa, mais étant donné les évènements d'aujourd'hui, je compte veiller personnellement sur la santé de Monsieur Potter, il est en observation jusqu'à ce soir.
Je comprends, mais vous venez de faire deux gardes de nuit de suite, il faudrait que vous vous reposiez…
Seriez-vous mon médecin traitant Mademoiselle ? » répliqua-t il d'un ton glacial
« Bien sur que non mais…
Alors laissez-nous et dites à vos collègues de ne plus mettre les pieds ici jusqu'à ce soir.
Vous… ?
Vous pouvez disposer. » clôturât-il sèchement
L'infirmière ne demanda pas son reste et referma la porte avec le plus de précautions possible. Drago, satisfait, se retourna vers Harry qui… s'était endormi.
Il inspecta encore la perfusion, ausculta l'endormi en poussant un profond soupir. Tout allait pour le mieux étant donné les évènements. Harry, décidément, était vraiment robuste : dans son état encore fragile, le sort aurait pu le tuer. Rien d'étonnant à ce que son nouveau surnom dans la Gazette du Sorcier soit « L'Immortel ».
Certains en étaient si persuadés qu'il y avait six mois, un infirmier avait été arrêté pour avoir revendu à des laboratoires des cheveux et des rognures d'ongle de Harry dans le but de créer avec des potions d'immortalité.
Un « clac clac » intempestif se fit entendre à la fenêtre : c'était Hedwige. Ayant constaté par elle même que son maître était de retour, elle comptait bien reprendre sa place auprès de lui. Drago hésita un instant pour des raisons d'hygiène puis finit par ouvrir la fenêtre. La chouette s'engouffra dans la chambre d'un vol gracieux, avec un signe de tête pour celui qui lui avait ouvert qui ressemblait à un remerciement et choisit la barre métallique au pied du lit en guise de perchoir.
Drago contacta Hermione avec laquelle il avait sympathisé contre toute attente pendant le coma du Survivant pour qu'elle ramène après ses cours la cage de l'oiseau ainsi qu'un peu de miam hibou. La chouette se jeta sur la nourriture mais dédaigna la cage, refusant de quitter son poste d'observation, le regard focalisé sur son maître assoupi.
Toute la journée, Drago resta dans la chambre d'Harry à s'assurer de son rétablissement, qu'aucune complication malvenue ne survienne et quand il eut fini il s'installa sur la chaise et travailla sur sa thèse.
Il comptait bien se spécialiser dans la recherche médicamenteuse, la pratique de la médecine dite générale n'était pas faite pour lui : tous ces corps à palper, cette chair souvent flétrie, purulente ou crasseuse… et il se retenait souvent de rappeler à certains patients des règles élémentaires d'hygiène.
A midi il oublia de déjeuner et c'est vers cinq heures de l'après midi que Harry se réveilla.
Hedwige s'ébroua et voleta jusqu'à son épaule, menaçant Drago qui s'approchait à son tour mais Harry la convainquit d'un regard de changer d'attitude.
Le médicomage le pressa d'une multitude de questions auxquelles il fut bien embarrassé de répondre. Il était las qu'on lui demande toujours comment il se sentait alors qu'il ressentait si peu de choses.
La vérité, c'est que la plupart du temps, comme à cette heure, il n'éprouvait rien. Seulement cette lassitude, cette impression de vide.
Drago n'insista pas longtemps et il en fut soulagé.
Ils se firent apporter une légère collation. Harry avisa les pages noircies sur la table de chevet et interrogea Drago sur sa thèse qui, lancé sur son sujet de prédilection et oubliant momentanément qu'il s'adressait à son patient s'assit, les coudes posés sur le bord du lit, pour se lancer dans un long discours passionné.
Harry n'avait jamais été intéressé par les potions, il perdit donc vite le fil. Ce qui l'intéressait c'était surtout de l'entendre parler, d'avoir l'occasion de le regarder tranquillement et il se repaissait de cette vue à l'envie.
Le discours devint conversation qui dévia sur leur enfance. Dans ses « souvenirs », Harry ne se rappelait pas d'en avoir parlé avec lui, excepté le jour de la mort de sa mère, et s'ils évitèrent soigneusement de parler de Poudlard pour ne pas évoquer des conflits, la conversation fut des plus enrichissantes.
Harry était en train de lui raconter les mauvais coups qu'il avait parfois fait à son cousin moldu quand il s'aperçut que son praticien laissait tomber brusquement sa tête vers l'avant pour la relever aussitôt : il tombait littéralement de sommeil. Harry ne put réprimer un sourire attendri.
Il parla alors plus doucement en regardant, fasciné, le médicomage lutter puis finir par s'effondrer sur le lit : une de ses mains touchait la sienne du bout des doigts et sa tête, dont Harry adoucit la chute, retomba mollement sur son épaule.
Ce poids contre lui le faisait se sentir… complet, et son corps se détendit aussitôt.
Ce simple contact réveillait en lui des émotions, à présent il en était sûr.
A l'idée qu'il y avait une infime chance que ses flashs aient été réalité, il se sentit aussi léger qu'une plume et s'endormit aussitôt comme si le sommeil du blond était contagieux.
Avant que le sommeil ne l'emporte tout à fait, il se dit qu'il était grand temps de faire la seule chose qui le délivrerait et qui, selon, le ramènerait totalement à la vie ou lui donnerait envie d'en finir.
