Note d'auteur : en espérant que tous ces codes bousculés ne vous rebutront pas tous/toutes.
4.
— Je m'appelle Hermione, et vous ?
— Vous ne vous attendez pas sérieusement à ce qu'on échange des banalités ? s'emporte vivement le jeune homme que sa petite amie tente d'apaiser d'une main sur la cuisse.
— Et pourquoi pas, bébé ? lui glisse-t-elle dans un quasi-murmure.
— Parce qu'on est dans cette situation !
— C'est au contraire une raison de faire connaissance, intervient le vieil homme sur le ton de la conversation. Moi, c'est Ernest mais on me surnomme Ernie pour aller plus vite.
— Hélène, se présente la mère. Tu veux bien leur dire ton prénom ? demande-t-elle à son fils qui murmure un « Louis » hésitant.
— Annabelle. Et le rabat-joie à côté de moi, c'est mon petit ami, Alan.
— Heureusement que tout le monde ici s'est présenté sinon la camionnette nous aurait emmené où-vous-savez… grince-t-il entre les dents.
— Dans un camp, le corrige Hermione en arrachant ainsi un frissonnement de peur aux autres passagers. Il est plus que temps d'appeler ça par son nom maintenant qu'on nous y conduit. Continuer de dire « où-vous-savez » ne vous en préservera pas. Il faut voir les choses en face pour avancer malgré ces circonstances. Oui ? interroge-t-elle Ernest qui la fixait avec un sourire en coin.
— C'est juste que je connais ce discours… vous êtes une Frontiste, n'est-ce-pas ?
— Quoi ?! s'étrangle Alan. Putain, vous n'avez pas intérêt de nous causer plus d'ennuis !
— Je n'en ai pas l'intention. Cela étant, je ne ferai rien qui puisse trahir ma cause.
— C'est quoi une Frontiste ? lance tout à coup Louis d'une petite voix fluette.
— Ça dépend, bonhomme, lui dit Ernest.
— De quoi ?
— De qui te répond. Pour moi, les Frontistes sont un peu comme des chevaliers qui défendent les villageois mais je te parie qu'Alan n'est pas de mon avis.
— Et comment ! Les Frontistes font tout le contraire : ils mettent les villageois en danger en voulant se faire passer pour des héros !
Tous les regards se braquent sur Hermione qui reste parfaitement impassible devant l'animosité du jeune homme. Il y a encore quelques mois de cela, elle lui aurait servi avec exaltation tous les arguments en sa possession pour le convaincre du bien fondé du Front. Depuis, elle avait fini par comprendre qu'il ne ferait jamais l'unanimité auprès de la population et n'avait eu d'autre choix que d'en prendre son parti. Comme les Frontistes qui l'avaient fait avant elle, comme les Frontistes qui le feront après elle.
— « Chercher à se justifier quand on n'est pas coupable, c'est s'accuser », se contente-t-elle de réciter imperturbablement.
Un lourd silence chargé de pensées s'installe, chacun préférant s'isoler dans sa réflexion personnelle plutôt que se lancer dans un débat. Hélène pose lentement le menton au-dessus du sommet du crâne de Louis puis se décide à parler.
— J'en ai longtemps voulu au Front, annonce-t-elle gravement. Il m'a pris le père de mon fils… il s'est fait prendre en participant à un sabotage qui a mal tourné… il… commence-t-elle avant de plaquer ses mains sur les oreilles du garçon le temps de continuer. Il a été capturé et abattu d'un Avada après une semaine de Doloris.
— Quel était son nom de code ? l'interroge Hermione avec intérêt.
— « Loulène ». Vous le connaissiez ?
