Chapitre 4 : Où l'on aurait mieux fait de faire vœu de silence
Arrivés devant mon appartement, je proposai à Sirius de monter boire un verre. Dans la cage d'escalier, je crevais d'envie de lui prendre la main mais n'osai pas. Lui, que je n'avais jamais vu rester silencieux plus de deux secondes d'affilée, avait apparemment la ferme intention de rattraper tous ces instants de silence perdus. Ca ne m'arrangeait pas spécialement qu'il ait choisi de faire ça maintenant parce que je ne parvenais pas à trouver un sujet de conversation convenable. Quelle plaie d'habiter un cinquième sans ascenseur, il allait falloir que je me farcisse tous les étages dans ce silence pesant….Sur le palier du deuxième, nous rencontrâmes mon insomniaque de concierge qui m'adressa un regard courroucé. Elle avait apparemment une idée assez précise de ce pourquoi j'amenais ce beau brun dans mon appartement. Puisse-t-elle avoir raison tiens…
J'ouvris la porte et arrivai enfin à formuler une phrase :
-Fais pas attention au bordel….
Grandiose non ? Ah pourquoi est-ce que ce clampin ne parlait plus? Mais bon, c'était vraiment en bordel, j'étais en train de préparer mes bagages de retour. A regret je l'avoue…
Pendant que je décapsulais deux bouteilles de bière, je l'espionnai à travers la porte de la cuisine. Il était en train de contempler un superbe pêle-mêle de ma composition autrement dit, un tas de photos grossièrement collées les unes sur les autres. J'arrivai derrière lui avec les verres et ma voix dut le surprendre car ses épaules tressautèrent légèrement :
-Très artistique, non ?
Ouais pas terrible je sais, mais bon…on fait avec ce qu'on a….
-Très, fit-il avec un petit sourire…
Ouf, il parle….Il parle mes amis, c'est fantastique…Que j'ai de la chance !…Mais apparemment, l'effort avait été bien trop intense et d'épuisement, il se laissa tomber lourdement dans un fauteuil. Je l'imitai sauf que moi, je m'assis en tailleur. Oui, bizarre je sais mais JE suis bizarre. Je n'ai jamais pu m'asseoir très longtemps dans une autre position faisant le désespoir des curés, de mes instituteurs et de mes parents. Malheureusement dans ma bête unif française, ils avaient sadiquement inventé des bancs avec tablette qui empêchaient mes jambes de retrouver leur position naturelle. Généralement, je me vengeais en les balançant rageusement et en shootant par la même occasion dans la chaise du pauvre type de devant…Mais bref, ces pensées intérieures n'allaient en aucun cas aider Sirius à composer la phrase qu'il mâchonnait dans sa tête depuis un bon moment déjà.
-Je crois qu'il faut qu'on parle…Fit-il enfin, d'un air grave qui ne lui allait pas du tout.
J'acquiesçai d'un petit hochement de tête. Je resserrai les jambes et bus rapidement une petite gorgée de bière, comme au cinéma, dans une séquence particulièrement stressante. Sauf que là, ce n'était pas la vie d'Harrison Ford qui était en jeu mais bien la mienne ou du moins une grande partie de celle-ci. J'avais déjà ma petite idée sur le contenu de son discours, un truc du genre : « blablabla je suis désolé mais tu as mis trop de temps….blablabla….quand tu seras prête je te présenterai Sandra blablabla et blablaberk…».
Je le devinais en train de chercher désespérément mon regard mais ce dernier était bien trop occupé à compter les petites bulles présentes dans la mousse de ma bière.
-Euh voilà, aujourd'hui tu as revu Remus….
Je levai vaguement mon regard vers lui avant d'être prestement attirée par un trou dans le tissu du fauteuil.
-Alors je me demandais comment ça s'était passé…
Je devrais recoudre ce trou, mais où est-ce que j'avais rangé ma boîte à couture déjà ?
-Euh Julie ?
En fait je n'ai jamais eu de boîte à couture…
-Julie ?
Parce que je ne sais même pas coudre…
-Youhou ? Si c'est le nom de Remus qui te met dans cet état alors je ferais mieux de partir tout de suite.
Je me redressai d'un coup et criai presque :
-Non, ne pars pas !
Exactement comme si j'étais en plein milieu d'un drame hollywoodien. En fait, je ne savais même pas dans quelle scène je jouais exactement vu que je n'en avais écouté que la dernière phrase mais j'étais sûre que ça s'était mal présenté pour moi vu qu'il avait dit qu'il partait dans la minute.
-Hé calme-toi ! Je te posais juste une question.
-Ah…
-Et j'attends toujours la réponse d'ailleurs…
-Ah oui la réponse à la question que tu m'as posée !
Pourquoi m'étais-je bêtement fermée à la discussion, pourquoi ?
-Oui, c'est ça…
-Celle que tu m'as posée il y a quelques minutes…
-Encore exact.
-La question qui était…euh…c'est bête hein, mais en fait, je crois que j'ai oublié…haha…ha…
Le regard de Sirius s'éclaira.
-Je me trompe ou tu n'as strictement rien écouté de ce que j'ai raconté…
-Ben….Il y avait un trou dans mon fauteuil ! Fis-je comme un avocat qui expose l'élément clé de sa plaidoirie.
-Ah…Bon, attends deux secondes…
Il se leva et me tira de force de mon fauteuil dans lequel il s'assit pendant que je prenais place dans le sien.
-Voilà, tu m'écoutes maintenant ?
-Oui.
-Je t'ai juste demandé comment s'était passée ta confrontation avec Remus.
-Ah…Très bien…
-Très bien, genre je suis sûre que je ne l'aime plus, précisai-je
-C'est vrai ?
-Oui, je suis tout à fait désintoxiquée et...
-Et ?
-Et donc, je peux aller vers l'avant…
Etais-je assez claire où est-ce qu'il n'avait toujours pas imprimé que c'était lui, l'avant ?
Je me levai en ayant soin de prendre mon verre vide avec moi. Comme ça, s'il ne se levait pas à son tour, je pouvais toujours faire croire que mon intention était d'aller le porter à la cuisine.
Il se leva également et je pus donc reposer mon alibi :
-Tu dois vraiment repartir mardi ? Demanda-t-il.
-J'imagine que je peux retarder d'une semaine ou deux…
-Ou trois…
-Ou quatre…, renchéris-je.
A ce moment-là, ses mains étaient sur mes hanches et ma bouche n'était plus très loin de la sienne. Je posai ma main sur sa nuque et l'attirai vers moi. Quand nos lèvres se rencontrèrent, un délicieux frisson me parcourut et je passai mes bras autour de sa tête tandis qu'il resserrait son étreinte autour de ma taille. Il passa une main en dessous de mon t-shirt et caressa doucement la peau de mon dos. J'adorais la sensation de protection que m'offraient ses bras et celle de son torse pressé tout contre moi.
Alors que je déboutonnais sa chemise, une question existentielle se posa à moi. Qu'avais-je bien pu me mettre comme sous-vêtements ce matin ? Comme j'allais voir Remus, j'espérais avoir revêtu pour l'occasion ma plus belle lingerie affriolante. Mais en y repensant bien, j'étais dans un tel état de stress que j'aurais très bien pu enfiler à l'aveuglette un horrible machin « petit bateau » avec l'élastique tout détendu. Culotte et soutiens-gorge dépareillés bien entendu…
En découvrant sous mes doigts le torse nu de Sirius, je décidai de remettre mes spéculations vestimentaires à plus tard et de m'abandonner à son étreinte rassurante. Il passa mon t-shirt au-dessus de ma tête et je découvris avec soulagement que je ne m'en étais pas trop mal sortie. Bon, ce n'était pas spécialement affriolant mais on avait évité de justesse le désastreux « petit bateau ». Tandis que j'inclinais la tête pour qu'il puisse mieux m'embrasser dans le cou, je lui murmurai à l'oreille que je l'aimais.
Soudain, ses mains se crispèrent sur mon dos et il me repoussa en arrière presque brutalement. Avant même que je puisse comprendre quoi que ce soit, il avait déjà renfilé sa chemise et s'apprêtait à repartir.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Demandais-je complètement désemparée…
-Il y a que tu l'aimes toujours et que je n'ai de toute évidence pas ma place ici…
-Mais qu'est-ce que j'ai dit ? Explique-moi !
-Tu viens de me murmurer à l'oreille « Je t'aime Remus ».
-Hein ? Mais je…
Je n'eus même pas le temps d'encaisser ce que je venais d'apprendre que Sirius dévalait déjà les escaliers quatre à quatre. Je me laissai tomber dans un fauteuil avec l'impression que je ne saurais plus jamais me resservir de mes jambes. Je n'avais plus la force de lui courir après, plus la force de me saouler. Je n'avais même plus la force de pleurer.
Voilà, je sais j'ai énormément de retard comme presque à chaque fois et je m'en excuse! Si vous me pardonnez, n'hésitez pas à reviewer pour me donner vos avis!
