Bonjour! Je suis heureuse d'avoir posté ce chapitre à temps, car je commence à être débordée de travail avec ma rentrée, mais j'ai bien l'intention de tenir le rythme (en espérant éviter le scénario horrible de la panne d'inspiration). Sinon, pour ce chapitre, je n'ai pas encore pu ajouter de scènes avec James Potter, et pour ceux qui s'interrogeraient: en effet, il ne fait pas partie des personnages principaux (cependant ce n'est pas un figurant, il a quand même un rôle dans l'histoire), donc pour éviter toute confusion, je l'ai enlevé de ma liste. Dans ce chapitre, je développerai l'un des personnages de cet histoire, et vous retrouverez Rose ainsi que d'autres personnages secondaires (Ralston fera aussi une petite apparition).

Bonne lecture!

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4. Lady Lisbeth

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Après avoir basculé en arrière, Rose vit la cime des arbres danser devant ses yeux. La main qui lui maintenait la tête au sol enserrait toujours fermement sa mâchoire, bien qu'elle se débattît avec hargne ; obstinée, elle se roula sur le côté en haletant, mais on lui emprisonna la jambe. « Les prisonniers ! Pensa Rose en griffant la terre jusqu'à ce que des cailloux s'entravent dans ses ongles. Ils vont mourir ! Il faut les sauver ! ». Jamais l'envie de s'investir dans un conflit ne l'avait saisi avec une telle puissance. Toute cette barbarie l'écœurait, à tel point qu'elle en oubliait sa propre peur. Elle étouffa un cri d'effroi lorsque des hurlements spasmodiques résonnèrent en écho à quelques mètres d'elle. Des braises venaient d'être déversées... Le bruit lent et langoureux indiquait que l'opération s'effectuait en douceur, comme pour mieux faire agoniser les victimes.

Alors que Rose s'agitait avec une brusquerie telle qu'elle fut plus en mesure de contrôler ses mouvements, on la fit pivoter sur le dos. Un sorcier à la barbe brune et au teint sombre, arborant une robe orange, se tenait à genoux face à elle et la dominait avec son physique élancé. Il posa un doigt alerte sur ses lèvres pour lui intimer de se taire ; Rose tenta d'écarter sa main en lui lançant un regard furieux. Son estomac se contracta quand elle entendit l'enfant prisonnier hurler. C'était la première fois qu'elle entendait un hurlement d'enfant aussi perçant et désespéré. Elle en pleura de rage, sans cesser de se débattre, alors que le sorcier qui la retenait demeurait imperturbable.

De longues minutes s'écoulèrent, puis les crissements de pelles s'arrêtèrent. Rose sentit l'odeur du feu et du sang l'affaiblir, cependant que le rire de la femme qui dirigeait les opérations du massacre retentissait comme une rafale glacée au milieu du ciel. Des rugissements de victoire s'élevèrent également. Après quoi, la voix de la femme ordonna :

- Ne débarrassez pas les corps ! Que les sorciers viennent ici et voient de leurs propres yeux ce qu'il résulte de leurs actes ! Qu'ils comprennent enfin que leur magie ne les sauvera pas !... Détruisez les bâtons magiques et mettez-vous en route. Notre prochaine destination sera Godric's Hollow.

Grâce au désordre confus des voix et des sabots de chevaux, Rose devina qu'ils étaient en train de repartir. Elle était passée d'une folle anxiété à un déroutement total : le choc l'empêcha de bouger et de réagir, tant et si bien que l'homme la relâcha doucement en la scrutant.

- Tout va bien, petite ? Lui demanda-t-il.

Sous l'effet de son état émotionnel instable, Rose laissa sa main partir en avant. Toutefois, le sorcier s'empara de son poignet pour empêcher la gifle.

- Insolente ! Voulez-vous que je vous corrige ?

L'homme qui avait prononcé cette réprimande venait de se matérialiser sur un tas de mousse. Rose cilla à plusieurs reprises : il était la copie conforme du premier sorcier, quoique ses traits fussent bien plus expressifs. D'un geste vigoureux, il tira de sa ceinture en cuir une longue baguette faite d'un bois à l'aspect charbonneux, puis la dirigea droit sur le front de Rose. Il lui donna l'ordre de se mettre debout d'un ton intransigeant.

Toujours frémissante de colère, Rose en oublia sa réserve naturelle face à ces deux sorciers. Elle s'écria en bafouillant :

- Vous êtes malades ou quoi ! Vous... vous... Ces gens ont été assassiné, et vous... vous êtes là comme si de rien n'était ! Vous auriez pu leur porter secours, vous êtes des sorciers ! Pourquoi... pourquoi vous ne m'avez pas laissé faire ?... Attendez un peu que je le répète à mes parents et qu'ils portent plainte au ministère !

La respiration frénétique, Rose se souvint alors qu'elle avait changé d'époque et qu'agir normalement risquait de lui porter préjudice. Le deuxième homme se renfrogna d'ailleurs dangereusement, et dans la seconde qui suivit, des chaînes d'une taille impressionnante fleurirent de l'extrémité de sa baguette et vinrent encercler le cou et les poignets de Rose ; mortifiée, celle-ci osa à peine bouger tout en se demandant si la meilleure chose à faire dans cette situation serait de crier.

- Vous allez nous suivre, petite Gorgone ! Gronda l'homme en ignorant les mouvements de tête réprobateurs de son frère jumeau. Deux ou trois journées en prison ne vous feront pas de mal. La prochaine fois, vous réfléchirez avant d'oser vous opposer à un investigateur du Conseil des sorciers !

Rose ne comprit guère la signification du mot « Gorgone », mais eut l'intuition que c'était une injure particulière méprisante.

- Thaïlis, ça suffit ! Hurla si fort l'autre sorcier qu'un feuillage entier se vida de volatiles effrayés.

Le silence s'instaura. Incapable de tenir plus longtemps debout, Rose se laissa tomber au sol, après quoi, on lui ôta les chaînes qui l'emprisonnaient. L'homme à l'air le plus affable s'accroupit par la suite à son niveau, défit les nœuds de sa propre cape et la tendit à Rose en lui sommant de rentrer chez elle. Comprenant qu'il s'apprêtait à lui imposer un sortilège d'amnésie pour estomper toute trace de son choc, Rose s'exclama :

- Non ! Je veux d'abord savoir ! Dites-moi pourquoi vous n'avez pas sauvé ces gens !

- Rentrez chez vous, répéta fermement le sorcier en tirant son frère par le bras. Et restez dans Londres si vous ne voulez pas subir le même sort qu'eux. Considérez ce que vous venez de voir comme un avertissement.

La nécessité de les retenir conduisit Rose à leur demander spontanément :

- Attendez ! Pouvez-vous juste me dire où est Ralston Potter ? Il faut que je le vois !

- Que ce misérable aille au diable ! Répliqua le dénommé Thaïlis avec agressivité. La seule personne responsable de l'instabilité actuelle de notre pays, c'est lui ! Rentrez chez vos parents ou votre mari et mêlez-vous de vos affaires, Gorgone !

Les deux bougres transplanèrent sans une parole de plus.

« Quelles étranges personnes ! Se dit Rose, encore noyée par les terribles événements qui venaient de se succéder. Ils font peu de cas d'actes absolument immondes ! Sont-ils seulement humains ? Comment l'histoire de la magie peut donc glorifier de pareils bourreaux ? ». Elle s'efforça de bouger ses genoux engourdis et de faire taire son vertige, puis elle prit une profonde inspiration en rassemblant le peu de courage qu'elle possédait. D'un geste, sa main écarta le buisson qui obstruait son champ de vision : la vue des cadavres dont les chairs avaient été à moitié rongées par les braises suffit à lui faire instantanément rendre tripes et boyaux.

Elle demeura étalée sur l'herbe, les mains enfoncées dans la terre durant une bonne minute, et elle se redressa en sortant sa baguette de sa poche. En la contemplant hargneusement, elle marmonna en pleurant :

- J'ai laissé mourir des innocents... Je les ai tué ! Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter de supporter tout ça ? Pourquoi moi ?

Sans pouvoir se retenir, Rose dressa sa baguette et ensevelit les corps des morts comme il se devait ; des fleurs se déployèrent autour des braises. Elle qui avait toujours eu une vision fantasmatique de l'histoire savait qu'elle venait de découvrir la face sombre de l'humanité, celle que les livres occultaient soigneusement au profit d'épopées superficielles. Et étrangement, elle avait le pressentiment que ce n'était qu'un début.

...

De retour à Londres, Rose se perdit dans le mouvement de la foule en oubliant jusqu'à son objectif principal, à savoir trouver le responsable de sa situation actuelle : Ralston Potter, le créateur de la maudite plume ensorcelée. Ce fut avec une sorte de malaise persistant qu'elle laissa son regard s'attarder sur les sorciers qui l'entouraient, notamment les plus juvéniles d'entre eux : n'importe lequel de ces jeunes enfants aurait pu tomber sous la main des assaillants. N'importe lequel de ces frêles corps auraient pu être lentement consumé par le feu. En ayant derechef la nausée au bord des lèvres, Rose continua de marcher.

Bientôt, une effervescence provoqua une grande bousculade au niveau d'un pont, ce qui contraignit plusieurs passants à s'écarter du chemin principal. Plusieurs hommes déambulèrent ensuite à pleine vitesse sur la chaussée tout en émettant des hurlements hystériques. Certains balancèrent en l'air leurs robes de sorcier et se retrouvèrent en caleçon, provoquant ainsi des réactions extrêmement outragées de la part de la majorité des femmes. « Scellez vos bouches, femmes, et laissez-nous nous réjouir de notre bonne fortune ! » beugla l'un d'entre eux. Par mégarde, Rose en heurta un.

Il s'agissait d'un vieux sorcier chauve aux dents cariées.

- Que Merlin soit loué ! S'écria-t-il d'une voix aiguë. C'est le plus beau jour de ma vie !

Sans répondre, Rose s'écarta de lui pour libérer le passage.

- J'attends un enfant ! Poursuivit-il toutefois en lui empoignant les bras (déroutée, Rose écarquilla les yeux). Il devrait voir le jour dans deux semaines ! Heureusement que les prédictions de l'arithmancie sont toujours exactes, ha ha !... Mon œuf, mon cher œuf va enfin éclore !

Après avoir imposé à Rose une accolade qui lui contorsionna le cou, il poursuivit sa course effrénée jusqu'à un moulin dont il agrippa l'une des ailes mobiles, au grand damne du moldu propriétaire du lieu qui regarda son fusil adossé au mur avec une envie grandissante. En se désintéressant de ce spectacle, Rose continua sa route lorsque le calme se fut réinstauré. « L'arithmancie ? » songea-t-elle, soudainement surprise qu'un mot familier dans son langage soit connu dans cet univers qui lui paraissait si archaïque. Cela dit, Bridget Wenlock, la plus célèbre arithmancienne, avait vécu au XIIe siècle !

Irrémédiablement attirée par l'agitation qui régnait quelques rues plus loin, Rose suivit du regard des chiffres immatériels qui flottaient en l'air ; il provenait d'une estrade que la foule tentait d'approcher aussi près que possible. Même les moldus ne ménageaient guère leur curiosité quant au spectacle que Rose découvrit une minute plus tard : une grande femme blonde qui arborait un chapeau pointu vert et une cape en cuir de la même couleur manipulait du bout de sa baguette un tableau suspendu à quelques mètres du sol. Sur ce tableau était esquissé un diagramme comportant une série de chiffres. « C'est vraiment de l'arithmancie ! » se fit la réflexion Rose en observant se détacher du diagramme pour s'inverser en fonction du calcul effectué.

Après un certain temps, la sorcière arithmancienne se tourna vers un homme qui patientait à côté d'elle, fébrile, et lui annonça avec un sourire :

- Vos chiffres vous sont plutôt favorables, mon bon monsieur. Vous développerez des remèdes anti-poison à Saint-Mangouste, et vous élèverez des licornes dans le bois de Smootoff. En revanche, l'année de votre naissance combinée à celle de Mrs Sparlte m'indique que vous ne l'épouserez pas.

- Pour moi, ce ne sont que des bons chiffres ! S'enthousiasma le sorcier. Qu'est-ce que Mrs Sparlte à côté d'une place à Saint-Mangouste ? Juste une femme, nom d'une bouse de dragon, rien de plus !

En dissimulant l'air suffisant qui lui démangeait le visage, l'arithmancienne intima à la femme – qui se trouvait en tête d'une longue file d'attente – de s'avancer. Trois chiffres alignés sur neuf colonnes apparurent dans le tableau accompagné d'un calcul moyennement complexe à résoudre. En honorant son statut de meilleure élève en arithmancie, Rose résolut mentalement les deux premières équations, alors que l'arithmancienne tapotait le tableau d'un geste hésitant. Elle semblait avoir perdu toute son assurance. Rose s'étonna d'ailleurs de la voir abandonner dix minutes plus tard sous les rires moqueurs des spectateurs. La difficulté du calcul était pourtant moindre, et n'importe quel élève de cinquième année aurait pu avoir un exercice semblable à un examen.

Certains moldus eurent des rires moqueurs, et les plus effrontés d'entre eux utilisèrent des sacs de farine comme projectiles, lesquels atterrirent sur l'estrade.

- Qu'on jette cette sorcière charlatan en prison ! rugit l'un d'entre eux.

Un bruit de roues dévorant la poussière du sol interrompit ce brouhaha, et la sorcière arithmancienne, humiliée, en profita pour s'enfuir. Rose tourna la tête et aperçut un gigantesque carrosse escorté par deux gardes du corps et une dame de compagnie ; avec une concordance impressionnante, les passants s'écartèrent d'un même mouvement pour faire place à cet attelage digne d'une reine ou d'un Lord. Un vernissage doré et des sculptures sur le toit rendait la voiture pompeuse, et de lourdes tentures cachait les fenêtres du regard extérieur. Le carrosse s'arrêta avec un bruit sec, puis un garde s'empressa d'ouvrir la portière principale.

Une belle femme à l'allure très sophistiquée en émergea et descendit le marchepied d'un pas assuré : sa chevelure avait été soigneusement bouclée au fer, et un collier en perles venait orner son long cou pâle. Sa robe, très ouverte sur le devant, était d'un vert émeraude sombre, et une masse de dentelles venait garnir son corsage et ses manches amples. Rose la reconnut d'emblée : c'était la Lady qui l'avait attaqué le jour de son arrivée. Cependant, son expression était beaucoup plus affable et douce, et sa main gantée vint offrir de chaleureuses caresses à toutes les personnes qui se pressèrent devant elle pour la saluer – moldus et sorciers confondus. « Alors, même les sorciers l'admirent ? » se demanda Rose, surprise.

Les exclamations, parfois ponctuées de larmoiements, se succédèrent :

- Mes hommages, ma Lady !

- Par la grâce de Dieu, restez parmi nous aussi longtemps que possible !

- Par Merlin, accordez-nous l'honneur de partager l'un de nos repas au Conseil des sorciers !

Un sourire lumineux, que Rose fut presque tentée de croire sincère, vint embellir le visage de la Lady face à tant de dévotion et de respect de la part du peuple. Elle ne comprenait pas d'où provenait cette femme, et s'interrogea sur ce qu'elle avait pu accomplir de si incroyable pour avoir tout Londres à ses pieds. Une couturière près d'elle, prise d'une crise d'hystérie depuis que la Lady était apparue, finit même par s'évanouir. Puis, avec un sursaut, Rose reconnut Mrs Thourny, dont le visage avait viré au rose sous l'effet de l'excitation. Elle s'avança vers la Lady qui lui demanda d'un ton bienveillant :

- Comment se porte votre établissement, ma chère Fanny ?

- Bien, bien, ma Lady.

- Votre mobilier commence à se faire vieux, n'est-il pas vrai ? Je vais faire en sorte que cela change. Et je ferai également venir un personnel qui se chargera de l'éducation de vos filles.

- Oh, ma Lady... ce n'est vraiment pas nécessaire... vous êtes trop bonne !

Mrs Thourny s'éclipsa ensuite avec un sourire ravi.

C'est alors que Rose réalisa qu'elle s'était inconsciemment rapprochée d'un peu trop près du carrosse et qu'elle apparaissait désormais très nettement dans le champ de vision de la Lady. Celle-ci ne manqua d'ailleurs pas de poser ses yeux sur elle : Rose vit un éclair furtif passer dans ses iris noires et eut la désagréable sensation que la Lady se souvenait d'elle. Pourtant, elle l'avait bel et bien soumis à un sortilège d'amnésie après sa tentative de meurtre, alors comment avait-elle pu conserver une mémoire intacte ? Totalement déroutée, Rose éprouva le brusque besoin de s'enfuir.

Néanmoins, la Lady lui barra adroitement la route en l'abordant.

- Comment allez-vous, mon garçon ?

- Je..., commença Rose, prise au piège.

- Comme votre robe fait peine à voir ! Dit doucement la Lady en prenant un air compatissant (feint avec tant de subtilité que Rose frémit) Je sais qu'il y a énormément de jeunes orphelins dans cette ville – qu'ils soient sorciers ou non – qui peinent à se vêtir décemment. C'est ce pourquoi j'ai apporté des costumes neufs que tous ceux qui le désirent pourront emporter avec eux. Soulagez mon cœur troublé et prenez en un, mon garçon !

En contenant sa colère, Rose répondit le plus sèchement possible :

- Vous vous méprenez. Je ne suis pas un garçon.

- Allons, fripon ! Fit la Lady sans se départir de son sourire. Comment puis-je croire que vous oseriez tromper une Lady ? Prenez donc ce costume (un valet tendit un textile plié vers Rose) et faites-moi l'honneur de l'essayer devant moi.

Rose se sentit ramollir face à tous les regards qui fusaient dans sa direction. Sans savoir que faire, elle considéra le costume, et son obstination à désobéir ne tarda pas à déclencher les réactions les plus hostiles du côté de la foule ; beaucoup l'injurièrent et lui sommèrent d'enlever sa robe. Rose demeura paralysée, d'autant plus que le sourire de la Lady s'intensifia. Elle se vit contrainte de réagir quand un homme se précipita sur elle en criant :

- Obéis donc, sale gamin ! Ou je me chargerai moi-même d'enlever ta robe !

Le réflexe de défense de Rose fut immédiat : elle sortit sa baguette de sa poche, et un jet rouge vif explosa en l'air, provoquant un mouvement de panique général. Seule la Lady resta imperturbable en observant Rose avec un rictus inquiétant. Son regard s'assombrit davantage. Haletante et les bras tremblants, Rose la dévisagea en laissant ses yeux s'attarder sur ses jupons : renfermaient-ils la même arme à feu massive que la dernière fois ?

Elle n'eut guère le temps de s'interroger davantage, car une matière gluante gicla sur sa nuque et ses cheveux : des tomates.

- Voilà pourquoi il faut brûler les gens comme toi, sorcier ! Excuse-toi auprès de la Lady ! Entendit-elle.

Des mains l'attrapèrent, la bousculèrent, et la jetèrent sur les pavés boueux du sol. S'attendant à subir un traitement des plus humiliants, Rose s'apprêta à lancer un sortilège informulé, cependant, le bruit se tut autour d'elle. Elle se redressa donc péniblement en tentant de débarrasser ses vêtements de la poussière et des morceaux de tomate qui jonçaient ses épaules.

- Rose Weasley ?

En tressaillant, elle redressa la tête : c'était Ralston Potter qui venait de s'adresser à elle et qui paraissait fort étonné de la voir en si mauvaise posture. De nouveau habillé d'un costume de ville moldu, il avait noué ses cheveux en catogan avec un ruban de taffetas. Une vague de soulagement parcourut Rose, ravie d'avoir face à elle la résolution de tous ses problèmes. Elle allait enfin s'enfuir de cette époque barbare ! Elle s'approcha de lui d'un pas empressé, mais il ne prêtait déjà plus attention à elle. Stupéfaite, Rose le scruta alors qu'il esquissait un sourire timide en regardant la Lady. Ses yeux bruns brillèrent comme ceux d'un enfant devant une gratification particulièrement intéressante. La Lady lui rendit son sourire alors qu'il vint effleurer sa main gantée de sa bouche en murmurant :

- Mes respects, Mrs Black.

« Black » se répéta Rose mentalement en s'efforçant de se rappeler la provenance de ce nom qui lui semblait familier.

- Lisbeth, le corrigea immédiatement la Lady. Vilain garçon ! N'aviez-vous pas promis de venir me rendre visite ?

- Pardonnez-moi, je suis vraiment très occupé en ce moment. Il y a beaucoup d'affaires en cours au Conseil des sorciers... Heureusement que vous êtes là pour maintenir la paix et la prospérité dans Londres, je vous en suis reconnaissant, Lisbeth, ajouta-t-il, toujours timidement.

En remontant élégamment le marchepied de son carrosse, la Lady déclara d'une voix suave :

- J'attends votre visite demain, Ralston. Ne soyez pas en retard.

Son carrosse s'ébranla une minute plus tard. Ralston se tourna ensuite vers Rose qui était demeurée figée sur place, puis sans crier gare, il la prit par le poignet et l'obligea à le suivre. Les protestations de Rose n'eurent aucun effet sur lui, et il continua de lui faire traverser plusieurs rues et à lui faire suivre sa cadence prompte. Ils s'arrêtèrent au niveau d'un chemin boisé très calme.

- Pour quelle raison avez-vous manqué de respect à Lady Lisbeth ? Interrogea vivement Ralston en fronçant les sourcils. Croyez-vous que vous pouvez vous permettre vos caprices d'enfant devant une femme comme elle ?

Un rire amer franchit les lèvres de Rose.

- Cette femme cache bien son jeu, monsieur, s'énerva-t-elle. Bon sang, c'est incroyable ce que vous pouvez être crédule ! Vous êtes crédule ou bien aveuglément amoureux d'elle !

- Que... que dites-vous ? S'étonna-t-il en dissimulant un certain embarras. Quel genre de langage est-ce là ? Une enfant de votre âge ne devrait pas aborder de pareils sujets ! Quoi qu'il en soit... demain, je vous amènerai chez Lady Lisbeth et vous lui présenterez convenablement vos excuses.

- Vous plaisantez ? Cette femme est...

- Obéissez, Rose, ou je vais sévir !

Toute volonté s'évapora instantanément de Rose. Elle ne pouvait plus supporter Ralston Potter, et encore moins ce peuple idiot qui rampait devant une femme sournoise et cynique qui trompait certainement les personnes les plus honnêtes. Il n'était guère étonnant que les persécutions de sorciers continuent de se propager clandestinement avec un gouvernement aussi incompétent que le Conseil des sorciers actuel. « Cette fois-ci, trop c'est trop ! Je veux rentrer ! Tout de suite ! Il me faut ce manuscrit et cette plume ! » pensa Rose. Elle examina les poches de la veste de Ralston, puis, perdant patience, elle tâta ses habits sans ménagement du col jusqu'à la taille en laissant ses doigts glisser dans toutes les poches disponibles.

Prit au dépourvu, Ralston s'écria en l'écartant de lui :

- Où mettez-vous vos mains ? Quelle sorte de fille êtes-vous ?

Le silence se fit. Puis, Rose finit par dire :

- Où se trouve votre manuscrit ? J'en ai besoin.

...

Merci pour votre fidélité, et pour vos reviews! Donc voilà, j'ai un petit peu levé le mystère sur le personnage de la Lady, mais j'imagine que son nom doit quand même vous intriguer^^ Je n'ai pas l'intention d'en dire plus sur elle pour l'instant, mais ça viendra plus tard. En attendant, si vous avez des questions, surtout, n'hésitez pas! N'hésitez pas non plus à me donner vos avis:) A bientôt!