Bien... Après cette attente, voilà donc le chapitre trois, un peu plus long, cette fois.
Chapitre 3 : Lutins volants et promotions inopinées, ou la célèbre malchance de Chix Verbil
Dublin, Manoir des Fowl
Holly esquissa un geste pour se saisir de son casque, mais Artemis lui bloqua le bras. Elle se dégagea.
-Mais qu'est-ce-que vous faites ? Il faut que j'appelle le centre de police pour les avertir !
Artemis secoua la tête.
-Réfléchissez, Holly, vous êtes plus intelligente que ça, dit-il. Les FAR sont une unité de police dirigée par le Grand Conseil. Qu'est-ce-que vous gagneriez à envoyer un message ? Vous passeriez pour une folle aux yeux de tous, et le Grand Conseil enverrait un émissaire pour vous tuer.
L'elfe baissa les yeux.
-D'accord, Bonhomme de Boue, mais que peut-on faire ?
-Commençons déjà par contacter tous les autres destinataires du mail de Foaly.
C'est à ce moment précis que les Butler entrèrent dans la chambre en défonçant à moitié la porte.
-Artemis ! cria Juliet en brandissant son téléphone portable. Vous avez vu ça ?
Puis elle remarqua la fée.
-Holly ? Vous aussi, vous l'avez reçu ?
-Oui, Juliet, nous l'avons reçu, soupira Artemis. Il était inutile d'arracher la porte. Et ne hurle pas, tu vas réveiller mes parents et mes frères. J'allais venir vous chercher, mais je vois que vous avez vous aussi appris le décès de Damio.
Il se tourna vers Holly.
-Avez-vous un moyen d'appeler Mulch ?
L'elfe ouvrit le couvercle de son communicateur d'une chiquenaude.
-Bien sûr, qu'est-ce-que vous croyez ?
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Tara, Conduit E1
C'est ainsi que, après un « Mulch, ramène tes fesses à réaction, on a une situation de crise ! » et quelques autres appels plus ou moins amicaux envoyés par Holly, elle, Artemis, Mulch et les Butler se retrouvèrent entassés dans une navette en partance pour Haven.
Pour une fois, Mulch se taisait et affichait une mine sombre. Foaly était son meilleur ami, et il avait été mis au courant par Artemis de la situation, ainsi que Butler et Juliet, qui avaient tous les deux suivi le génie sans trop se poser de questions jusqu'à présent. Quant à Holly, elle pilotait la navette en silence, plongée dans ses pensées. Après son debriefing avec les autres, Artemis s'assit à côté d'elle, sur le siège passager.
-Où devons-nous aller ? demanda-t-il à l'elfe.
-Caballine, Baroud et N°1 nous attendent à la sortie du terminal des navettes, répondit-elle. Oh, et puis Caballine a amené ses enfants, Palef et Ponya.
Elle lâcha un profond soupir.
-Je n'arrive pas à croire que Cahartez soit... Pourtant, il était bon ami avec Julius...
-Il s'est passé la même chose avec Cudgeon, répondit Artemis.
Holly ferma les yeux un instant, puis les rouvrit en se rappelant que c'était elle qui pilotait.
-Peu importe. Comment a-t-il pu nous abuser pendant tout ce temps ? Soit nous sommes vraiment aveugles, soit il a trouvé un moyen de nous effacer la mémoire sans nous en affecter physiquement.
Artemis se massa les tempes.
-Attendons d'avoir plus d'informations pour tirer des conclusions.
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Haven-ville, terminal des navettes E1
L'atterrissage se fit en douceur, grâce à la légendaire habilité du capitaine Short, et tout le monde sortit indemne de la navette, sauf Butler, qui avait mal au dos à force de se pencher pour tenir dans l'espace exiguë qu'offrait la cabine des passagers. À peine Holly eut-elle fait un pas hors du vaisseau qu'une centaure se jeta sur elle et l'étreignit.
-Holly ! s'exclama-t-elle. Oh, Dieu merci, vous êtes saine et sauve !
-Plus pour très longtemps, si vous continuez à m'étouffer comme ça, réussit à lâcher l'elfe malgré la centaure qui l'écrasait contre elle.
Elle recula et s'excusa. Artemis se racla la gorge, attirant son attention.
-Miss Caballine, je présume ?
Il lui tendit la main.
-Enchanté, dit-il. Je suis Artemis Fowl II.
Caballine renifla.
-Comme si il y avait encore une seule fée sous terre qui ne connaîtrait pas votre visage, Fowl.
Elle lui serra la main, puis ferma les yeux.
-Je sais que vous étiez un ami de Foaly... murmura-t-elle. Il me parlait beaucoup de vous, vous savez. Il disait que vous étiez le seul depuis Opale Koboï qui lui offrait un challenge intellectuel.
Artemis se contenta de baisser la tête. Il n'y avait rien à dire.
Caballine salua aussi Mulch, Butler et Juliet, avant de les entraîner dehors. Là, N°1 et deux petits centaures les attendaient. Les centaures se précipitèrent vers Caballine.
-Maman, pleurnicha celui qui devait être Palef, il est où, Papa ?
-C'est vrai, continua sa sœur, il avait dit qu'il jouerait avec nous.
Caballine eut un sourire triste et gêné à la fois.
-Il rentrera tard, ce soir, les enfants. Papa travaille très dur pour gagner de l'argent.
Artemis haussa un sourcil.
-Vous savez, dit-il à Caballine, cacher la vérité à des enfants si jeunes est fortement déconseillé pour leur santé mentale et... aïe !
Holly lui écrasait le pied. Elle l'attrapa par sa cravate et le tira à son niveau.
-Artemis, siffla-t-elle, pour l'amour du ciel, fermez-la, ou je vous jure que vous ne pourrez plus jamais mâcher une salade.
Le jeune homme déglutit. Il devinait au ton de sa voix que l'elfe ne plaisantait pas, mais alors pas du tout. Elle le lâcha, et il se massa la gorge en marmonnant un « désolé » étranglé à l'adresse de la centaure.
N°1 s'approcha d'eux et les étreignit.
-Je suis content de vous voir, mes amis ! s'exclama-t-il.
Holly se dégagea des bras écailleux du jeune démon sorcier et regarda autour d'elle.
-Baroud n'est pas là ?
N°1 afficha un visage triste.
-Les choses ont beaucoup changé depuis que vous êtes allée en surface, Holly.
Elle posa les mains sur les épaules du démon et le secoua comme un prunier.
-Que s'est-il passé ? le pressa-t-elle.
-Les... T-tous les elfes de Haven-ville ont disparu en une nuit !
La fée écarquilla les yeux.
-Qu... QUOI ?
Des étincelles rouges se mirent à danser sur les épaules de N°1 pour refermer les plaies que Holly venait d'ouvrir avec ses ongles.
-S'il vous plaît, Holly, gémit-il. Lâchez-moi, vous me faites mal...
Artemis s'accroupit à côté de l'elfe et passa un bras autour de ses épaules. Un geste familier très inhabituel chez lui.
-Calmez-vous, Holly, respirez profondément et reprenez le contrôle.
Elle se dégagea d'un brusque mouvement et se tourna vers l'humain.
-Je n'ai pas besoin de vous pour me dicter ma conduite, Bonhomme de Boue, lança-t-elle.
Puis elle lui tourna ostensiblement le dos pour s'excuser auprès du démon. Artemis eut un sourire amusé. « Elle a la fierté d'un lion », pensa-t-il. Puis il observa les blessures du démon et faillit laisser échapper un sifflement d'admiration. « Et puis les griffes, aussi. »
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Haven-ville, Centre d'opérations.
-... A-attendez, vous voulez dire que...
N°1 avait entendu ce que le génie venait de dire, mais il n'arrivait toujours pas à le croire.
-C'est la troisième fois que je le répète, soupira Artemis, mais oui, Cahartez est derrière tout ça.
Ils étaient tous rassemblés au QG des FAR, où le désordre général régnait. Privés de leur commandant, les officiers de police ne savaient pas quoi faire. D'ailleurs, la plupart d'entre eux ne faisaient rien du tout, pendant que les autres couraient, volaient ou rampaient dans tous les sens en hurlant. La petite bande s'était donc isolée dans le centre d'opérations de Foaly, malgré leur réticence à le faire, car c'était à cet endroit qu'ils avaient les meilleures chances de survie, grâce à la paranoïa du centaure, qui avait renforcé les murs avec tout ce dont il était possible de les renforcer . Artemis eut un sourire amer. « Quelle ironie. Nous avons le plus de chances de ne pas mourir précisément dans le lieu où il... »
Sa pensée fut interrompue par le bruit d'une chose apparemment lourde qui s'écrasait contre la vitre. Il se retourna juste à temps pour voir le visage d'un lutin malchanceux écrasé sur le mur translucide. Caballine appuya sur un bouton du tableau de contrôle pour rendre les vitre opaques et ainsi épargner à ses enfants le spectacle peu ragoûtant du lutin qui glissait lentement vers le bas en produisant un chuintement strident, comme dans un dessin animé.
-Maman, dit Palef, pourquoi Papa, il est pas dans son bureau ? Il s'est fait kidnapper avec les elfes ?
La centaure essaya de transformer son sanglot en une expression rassurante, mais elle ne parvint qu'à afficher un pauvre sourire.
-Non, Palef, Papa est parti en voyage.
La réponse sembla satisfaire le petit centaure, mais sa sœur n'était pas du même avis. Elle plissa les yeux suspicieusement. Avec cette expression sur le visage, elle ressemblait de manière frappante à Foaly.
-Hmmm... fit-elle à la manière de son père.
Mais elle n'ajouta rien d'autre. Elle voyait bien qu'il valait mieux qu'elle se taise pour l'instant. C'était manifestement la plus intelligente des deux jumeaux. Le portrait craché de Foaly et la même vivacité d'esprit que lui.
À cet instant, quelqu'un se mit à frapper comme un dément à la porte de la cabine et Holly vérifia l'identité de la fée sur les écrans de surveillance, avant de pousser le bouton pour ouvrir.
Le lutin malchanceux précédemment cité entra comme une tornade en donnant un coup de pied dans la porte et grimaça quand ledit pied lui rappela douloureusement que cette porte était constituée d'un alliage de plexiglas, de titane renforcé et de divers métaux, dont la combinaison formait une protection à l'épreuve de n'importe quel pied de lutin, aussi musclé soit-il. Ce qui, précisons-le, n'était pas vraiment le cas de Chix Verbil (car c'était bien lui).
-Capitaine Short ! cria-t-il. Holly ! J'ai des nouvelles pour vous !
L'elfe haussa un sourcil et croisa les bras.
-Quoi, Chix ? Je n'ai pas vraiment le temps de discuter, là.
-C'est important ! Est-ce que...
Il jeta un regard éloquent aux autres occupants de la pièce, particulièrement aux trois humains, et encore plus particulièrement à Butler.
Holly leva les yeux au ciel et soupira.
-C'est bon, Chix, tu peux parler, le grand bonhomme ne te fera pas de mal.
-En fait, ça dépend de ce que vous avez à dire, rectifia le géant eurasien.
Verbil déglutit.
-Bon. Heu... Disons qu'on a discuté avec les autres FARfadets qui essayaient de contrôler la situation et...
-Tu essayait de contrôler la situation ?fit Holly, Toi ?
-Oui, enfin, disons que je passais par là et qu'ils m'ont confié la périlleuse mission de vous transmettre ce message... Je disais donc, le Grand Conseil étant apparemment indisponible, étant donné que la plupart des membres étaient des elfes, nous avons décidé de nommer un commandant temporaire pendant l'absence de Baroud, je veux dire, du commandant Kelp, et que vous étiez sans doute notre meilleure choix.
Holly en resta sans voix.
-M...Moi ?
-Oui, vous. Personnellement, je n'aurais jamais confié ce rôle à une femelle, c'est bien trop dangereux, mais ce n'est pas moi qui décide.
Holly était trop stupéfaite pour penser à l'étrangler.
-Moi ? répéta-t-elle, manifestement encore sous le choc.
Chix épingla le triple gland d'or à sa combinaison. C'était assez inédit de se faire remettre une promotion par un sous-fifre, mais elle ne s'en soucia pas. Elle fixa le badge comme si elle avait vu un alien.
-Félicitations, commandant Short, fit Mulch, amusé.
L'elfe l'ignora.
-Mais je suis capitaine ! Il faut être major pour pouvoir devenir commandant !
-Vous l'avez déjà oublié ? dit Chix. Vous étiez sur le point de devenir major avant... avant votre démission.
Il avait faillit dire : « avant la mort de Julius. »
-Mais il faut remplir tout un tas de paperasse !
-Nous n'en avions pas vraiment le temps. Ni l'envie, d'ailleurs.
Il sembla soudain se souvenir de quelque chose.
-Au fait, pourquoi vous n'avez pas été enlevée, vous ? Vous êtes une elfe, non ?
Il plissa les yeux.
-C'est suspect, tout ça.
Holly paniqua. Elle avait été épargnée uniquement parce qu'elle était en surface à cette heure-ci. Mais son visa était illégal. Elle avait utilisé une navette des FAR pour monter, faute de poussées de magma. Apparemment, tous les autres départs de Haven avaient été annulés. Elle ne pouvait pas dire la vérité à Chix, car il faisait lui-même partie de la police. Elle ne pouvait pas non plus utiliser son mesmer, car le Livre l'interdisait. Aussi eut-elle un réflexe idiot qui consistait à assommer le lutin.
-D'Arvit ! lâcha-t-elle. Désolée, c'était purement instinctif !
-Inutile de vous excuser, dit Artemis. Il ne vous entend pas, et de toute façon, c'était la meilleure chose à faire étant donné la situation.
-Mais qu'est-ce-qu'on va faire de lui, maintenant ? demanda Holly en soulevant le bras flasque de Chix.
-Il faudrait trouver un moyen discret de le faire taire.
N°1 prit la tête du lutin entre ses mains, soudain illuminé d'étincelles rouges.
-Si ce n'est que ça, dit-il, sa voix déformée par la résonance magique, alors il n'y a aucun souci à se faire !
Les étincelles entrèrent par tous les orifices possibles dans le crâne de Chix, et le démon sorcier ferma les yeux.
-Je me demande ce qu'il est en train de faire avec son cerveau, marmonna Mulch.
Butler frissonna.
-Mieux vaut ne pas le savoir.
N°1 fit passer Chix derrière la porte. Il se réveillerait dans quelques secondes avec un léger mal de crâne, et plus aucun souvenir de ce qui venait de se passer.
-Bon, si j'ai bien compris, seuls les elfes hors-la-loi qui étaient en surface illégalement ont échappé à l'enlèvement en masse ?
-Mulch, c'est pas ça, le plus important... soupira Holly.
-Effectivement. La question à se poser est plutôt : pourquoi et comment Cahartez a-t-il enlevé les elfes ?
-Apparemment, son but est de faire en sorte que seule la première Famille de Fées survive.
-Peut-être veut-il se créer une armée ?
La suggestion lancée par Juliet, peu pertinente à première vue, semblait la plus probable en y réfléchissant un peu.
Holly se prit la tête entre les mains.
-Mais pourquoi ? Pourquoi faire une chose pareille ?
Artemis croisa les bras.
-Un fanatique, dit-il d'un ton neutre.
L'elfe se tourna vers lui.
-Quoi ?
-Cahartez est un fanatique. Il n'y a qu'un fanatique pour en arriver là pour une raison aussi invraisemblable. Il est complètement fou.
Butler frappa le mur de sa paume massive.
-Génial. Un autre psychopathe fou. Juste ce dont on avait besoin, en plus du fait qu'Opale court toujours. Madame Fowl en ferait une maladie.
Artemis agita le doigt.
-Une minute, vieux frère. La folie n'empêche pas l'intelligence, comme nous le savons bien, alors autant nous préparer correctement.
Tous les adultes présents dans la salle eurent un hochement de tête entendu. Artemis croisa ses jambes dans la position du lotus et ferma les yeux.
-Dis, Maman, fit Palef après quelques secondes. Il dort, le Bonhomme de Boue ?
-Non, Pal'. Il réfléchit. Voilà le légendaire sens de planification d'Artemis Fowl à l'œuvre. Il est vraiment aussi intelligent qu'on le prétend ?
Holly imita le sourire vampirique d'Artemis.
-Vous n'imaginez pas à quel point.
Personne n'imagine à quel point, je pense... Brrr... Enfin bref. Dans le chapitre suivant, un personnage un peu spécial va apparaître... Suspense...
En attendant, review!
