Bonne lecture à tous !
Chapitre 4
Daryl n'ouvrit quasiment pas la bouche de tout le chemin jusqu'à sa maison.
Elle lui donna des indications claires et il ne fut pas surpris du quartier vers lequel elle le fit se diriger.
Il était rempli de vraies maison. Pas d' immeubles ternes et de maisons miteuses comme dans son quartier. Ici les maisons étaient toutes bien alignées en retrait de la rue, derrière de petits jardins aux haies bien entretenues, remplis de fleurs et d'arbustes.
Quand il était enfant, il avait aimé se promener dans des quartiers comme ça, flâner le long des rues en se demandant ce que ça ferait d'avoir une maison comme ça, de ne pas être toujours embarrassé par le trou à rats que louaient ses parents.
Une fois qu'il avait été plus âgé, il avait dû mettre un terme à ses promenades. Les gens avaient commencé à se plaindre pensant qu'il était là pour les voler ou faire du vandalisme.
Il la regarda et vit qu'elle était en train de la dévisager. Il se mordit les joues et tourna à nouveau les yeux en direction de la rue.
Elle s'éclaircit la gorge. "Alors, tu bois déjà tôt le matin?"
"Quoi?"Il grommela-t-il, gardant les yeux fixés droit devant lui.
Génial, maintenant les gens disaient qu'il était un alcoolique comme son père.
"Tu étais au bar. Et il est encore tôt." Dit-elle doucement.
"Je pensais que tu venais boire un verre. C'est ce que les gens font dans les bars, tu sais?"
Il risqua un autre regard vers elle et elle lui souriait. "Je suppose que la même remarque vaut pour toi." répliqua-t-il.
"J''étais là pour trouver du travail. Tu as devant toi la nouvelle serveuse du Donovans." Elle semblait un peu amère
Serveuse? Si elle a conduisait une voiture comme ça, et vivait dans un quartier comme celui-ci alors pourquoi diable travaillait-elle dans un endroit comme ça?
"J'étais là pour récupérer mon frère." dit-il.
"Ils ne me serviraient pas d'alcool, même si je demandais."
"Et pourquoi?" demanda-t-elle, l'air un peu choqué. "C'est la prochaine maison sur la droite."
Il se gara dans l'allée pavée. C'était l'une des plus grandes maisons de la rue.
"Parce que je suis mineur." grommela en risquant un autre regard vers elle.
Il fronça les sourcils quand il aperçut son visage. Elle avait l'air presque horrifiée. "Quoi? Quel âge as-tu?"
Maintenant, c'était qui fronçait les sourcils. «Je viens juste d'avoir vingt ans. Pourquoi tu me regardes comme ça?"
Elle souffla, et il remarqua qu'elle rougissait.
Qu'est-ce qui n'allait pas chez cette fille?
Est-ce que Ed l'avait frappée à l'en rendre stupide ou quoi?
Elle était une gosse de riche, vivant dans l'un des meilleurs quartiers de la ville, conduisant une des plus belles voitures qu'il ait jamais vu. Elle bossait probablement comme serveuse juste pour le plaisir. Et maintenant en plus elle se comportait bizarrement.
Elle secoua la tête.
"Pour rien."
"Quel âge tu as, toi?" demanda-t-il, ne sachant même pas pourquoi il prenait la peine de lui poser la question.
"Vingt-quatre." Elle leva les yeux et lui offrit un sourire penaud, elle leva le menton, "et demi."
Elle essayait d'être mignonne. Et ce n'était-ce pas comme si elle devait déployer beaucoup d'efforts pour ça.
Cette nana était bien au-delà de mignonne. Elle était foutrement ... Il secoua la tête et fronça les sourcils à cette pensée. D'ou est-ce que ça sortait ça?
"On se reverra dans le coin." grogna-t-il. "Et fais remorquer cette foutue voiture chez toi."
Elle hocha la tête et essaya d'ouvrir la porte.
Et merde. Pas maintenant. Elle essaya de l'ouvrir, mais cette saloperie ne voulait pas bouger. Elle faisait ça, parfois. Il suffisait de tirer à fond sur la poignée et ensuite de la frapper de l'épaule pour qu'elle s'ouvre.
Bon dieu, pourquoi est-ce qu'il fallait que son vieux pick up lui fasse ça maintenant?
Puis il se demanda pourquoi il stressait pour ça, après tout cette fille ne devait pas en attendre moins de lui, elle avait déjà confirmé qu'elle avait entendu parler des Dixon. Il soupira.
"Il faut que tu tires sur la poignée d'un coup sec, en tapant dedans en même temps." expliqua-t-il.
Elle secoua la poignée vers le haut en s'appuyant contre la portière.
"Pas vers le haut. Tu vas arracher la poignée. Et tu dois tirer d'un coup sec, pas secouer."
Elle fronça les sourcils. "Il y a une différence?"
Il renifla. "Les femmes sont si empotées parfois. Oui, il y a une différence."
"Expliques moi ça, je meurs d'envie de l'entendre."
Il se retourna sur son siège pour lui faire face et la regarda avec les yeux plissés.
"Si tu secoues juste la poignée, ça ne te donne pas assez de force. Tires la d'un coup sec, une seule fois et tape dedans avec ton épaule en même temps, fort, sinon ça marchera pas."
"Comme ça?" Elle essaya une fois de plus, mais rien ne se passa.
Il grogna. "Tu as fais exactement la même chose qu' avant." grommela-il.
"Carol?"
Daryl sursauta en entendant quelqu'un derrière lui.
Rien qu'à la tête de l'asiatique, il pouvait voir qu'il pensait avoir interrompu quelque chose de bien plus inapproprié que des explications concernant l'ouverture d'une portière bloquée.
"Salut, Glen." Carol sourit et agita la main. "La porte est coincée." elle secoua la poignée, sans effet. "Tu vois".
Daryl savait que son visage était rouge comme le feu, mais tout ce qu'il pouvait faire c'était de rester assis là et de regarder droit devant lui.
Il connaissait le type. Ils avaient été à l'école ensemble toute leur vie, mais ils n'avaient jamais parlé. Pas un mot.
Glen hocha juste la tête. "Oh. D'accord. Je ... je te verrai plus tard, ça marche?." Il s'enfuit loin du pick up.
Daryl aurait voulu disparaître sous terre.
Carol couvrit sa bouche en essayant de contenir son rire, sans y arriver. Son rire agréable remplit la cabine du pick up. Comme Glen traversait la rue, ses éclats de rire redoublèrent et elle posa la tête sur ses genoux.
Il ne pouvait pas croire qu'elle trouvait ça drôle.
"Comment tu peux rire de ça?" grogna-t-il en la regardant. "Tu sais ce qu'il pense qu'on était en train de faire ? Petit Jésus. Sors de là."
Elle réussit finalement à se calmer et se redressa. Elle essayait de rester sérieuse, il pouvait le voir. S'il n'avait pas été aussi embarrassé il aurait probablement ri juste en voyant les efforts qu'elle déployait pour garder un visage impassible.
"Ok, ok. Mais est-ce que tu peux me faire une faveur d'abord? " demanda-t-elle.
Il haussa les épaules. "Quoi?"
"Est-ce que tu pourrais me montrer encore une fois comment on fait?" elle recommença à rire.
Elle devait penser qu'elle était foutrement marrante. Il grogna, puis se pencha sur elle, tira la poignée d'une main et utilisa la paume de son autre main pour taper sur la portière.
La porte s'ouvrit et il a failli tomber par dessus elle, mais il raidit ses muscles et réussit à rester en place.
"Voilà, maintenant tu peux y aller." grogna-t-il en se rasseyant dans son siège.
Elle glissa et atterrit doucement sur ses pieds, mais elle se retourna pour le regarder une fois de plus.
"Quoi?" demanda-t-il, levant les yeux au ciel.
"Tu veux entrer?" il était douloureusement clair dans son expression qu'elle avait dû rassembler tout son courage pour le lui demander.
Il ne savait pas vraiment s'il voulait.
Rien qu'avec le peu de temps qu'il avait passé avec elle il avait déjà la tête qui tournait.
Il n'avait pas d'amis. N'en avait jamais eu. Il n'était même pas sûr de savoir comment se comporter avec d'autres personnes et il était sûr qu'il devait se conduire comme un con la plupart du temps sans même s'en rendre compte.
S'il disait non, il allait la blesser. S'il disait oui, il allait être mal à l'aise.
"Ne te sens pas obligé si t'as pas envie, je pensais que peut-être ...»
"Pourquoi pas, si déjà je suis là?" dit-il en ouvrant sa propre portière.
"Mais si les flics débarquent, ça sera parce que tes voisins
pensent que je suis en train de te voler, te violer ou pire encore."
Elle haussa les épaules en le conduisant sur le trottoir vers le porche de sa maison.
Son malaise s'intensifia une fois à l'intérieur. Il regarda autour de lui nerveusement en la suivant, craignant s'approcher trop près de quoi que soit de peur de le casser ou de le salir.
"Mon grand-père a acheté cette maison il ya une quarantaine d'années. Il l'a agrandie au fil des ans, mais je ne saurais pas te dire pourquoi parce qu'il n'y avait que lui, ma grand-mère et mon père.
Il a construit un garage et d'un atelier à l'arrière. Tu deviendrais sûrement dingue si tu voyais tout ce qu'il y a là-dedans."
"Donc, tu vis avec tes grands-parents ? " demanda-t-il doucement, en espérant que les vieux n'allaient pas rentrer à la maison pour trouver un Dixon dans leur maison.
"Je vis seule." dit-elle en le conduisant dans une cuisine qui faisait la taille de tout son appartement.
"Ma grand-mère est décédée et m'a légué la maison. Malheureusement, mon grand-père avait dû prendre une deuxième hypothèque dessus quand son entreprise a fait faillite. Donc ce n'est pas vraiment la mienne pour l'instant."
"J'espère que tu ne racontes pas ça à tout le monde autour de toi. " grommela-t-il en se perchant sur un tabouret de bar au bord de l'ilot central séparant l'espace de cuisson de l'espace repas.
Il posa ses avant-bras sur le plan de travail en granit noir.
Elle alla au réfrigérateur commença à fouiller dedans. Il était juste en face d'elle et ses yeux se fixèrent sur ses fesses. Il avait beau essayer, il n'arrivait pas à détourner le regard.
Merle avait essayé de lui présenter plein de femmes, il n'avait jamais été intéressé. Elles ne lui avaient jamais fait aucun effet.
Et maintenant, avec la première personne décente, qui ait vraiment envie de lui parler, qu'il rencontrait il ne se comportait pas mieux que son frère.
Allez comprendre.
"Tu as faim." elle tourna la tête et lui sourit. Ce n'était pas une question mais une affirmation.
"Hein?" Il avait réussi à détourner les yeux avant qu'elle ne le surprenne à la regarder.
"S'il te plaît dis-moi que tu as faim. Je dois jeter toute cette nourriture demain et je déteste ça." Elle se leva et se pencha sur le comptoir, le regardant avec des yeux tristes.
Elle mordilla sa lèvre inférieure et sa bouche devint sèche. Il essaya d'avaler sa salive mais rien à faire.
Peut-être qu'il était en retard et que les poussées d'hormones et tous ces trucs censés arriver à la puberté avaient décidé de le frapper là maintenant dans la cuisine de cette fille. Quoi que ce soit, il fallait que ça s'arrête, et tout de suite.
"Alors?"
Il dût détacher son regard de ses lèvres avant de pouvoir se forcer à acquiescer. Et en vérité, il mourrait de faim.
Tout ce qu'il avait à son appartement c'était la viande de chevreuil dans le congélateur et des nouilles chinoises. En plus maintenant il n'avait même plus l'eau courante donc impossible de les faire cuire.
"Super!" Elle sourit.
Il regarda ses mains qui étaient posées sur le plan de travail, puis il les posa sur ses genoux. Avec tout le temps qu'il passait sous le capot de son pick up il avait les plis de ses mains et ses ongles constamment noircis de cambouis. Même quand ses mains étaient propres, on aurait dit qu'il venait à peine de les sortir d'un moteur. Quand il était à la maison il n'y faisait pas vraiment attention, mais, ici, ça le rendait mal à l'aise.
"Tu penses que ça plairait à Merle si je t'en donnais un peu pour le lui ramener?"
Sa tête se redressa. "Tu veux envoyer de la nourriture à Merle?" demanda-t-il, incapable de cacher la surprise dans sa voix. "Pourquoi?"
Elle posa ses mains sur ses hanches et fronça les sourcils. "Est-ce que j'ai l'air du genre de fille qui renverrait un Dixon chez lui avec un le ventre plein alors que l'autre meurt de faim?"
Il fronça les sourcils commençant à se sentir parano. Comment savait-elle qu'ils avaient l'habitude d'avoir faim? Et qu'est ce que c'était que ça? Un moyen pour elle de faire de la charité en utilisant les Dixon?
Il secoua la tête. "Merle n'a qu'à se démerder pour manger."
Elle soupira. «D'accord. Je suppose que je n'ai plus qu'à jeter tout ça alors." Soudainement son visage s'illumina, puis elle se retourna et décrocha du réfrigérateur une carte qui avait été maintenue en place par un aimant.
Il la regarda comme elle atteignait le téléphone accroché au mur derrière elle. "Qu'est-ce que tu fais ?" demanda-t-il, le front plissé.
"J'appelle Shane Walsh. Il était chez moi l'autre soir et il m'a dit qu'il vivait de plats surgelés. Lui saura sûrement apprécier mon offre de petits plats maison. C'est bien mieux que de les jeter. Je vais voir s'il peut passer les prendre maintenant."
Avant qu'il ne puisse s'en empêcher, il était à côté d'elle et lui prit le téléphone de la main pour le raccrocher au mur. "Ok." grommela-il. "Vas-y, emballe ça pour mon abruti de frère. Pas moyen que je reste ici si ce crétin de flic débarque."
Elle lui fit un sourire béat et hocha la tête, puis elle pencha la tête sur le côté. "Je pense que ton frère est plutôt gentil."
Elle se retourna et continua ce qu'elle était en train de faire alors qu'il se tenait là à la regarder bizarrement.
"Merle?" grogna-t-il.
Elle regarda par-dessus son épaule. "Tu as un autre frère?" demanda-t-elle.
Il réfléchit pendant une seconde, puis haussa les épaules. "Probablement."
Elle recommença à rire et il décida que ça valait le coup de se sentir un peu humilié juste pour entendre son rire à nouveau.
"Et Shane Walsh est un homme très gentil." dit-elle au bout de quelques secondes. "Je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas vous entendre." Elle se retourna et lui fit un clin d'œil.
"Et toi, t'as de drôles de goûts en amis, ma fille." murmura-t-il.
Elle fronça les sourcils. "Je ne pense pas que ce soit vrai. Jusqu'à présent, je n'avais pas du tout."
Il renifla. "Et tu penses que tu en as maintenant?" Il haussa un sourcil.
Elle appuya sa hanche contre le comptoir et croisa les bras sur sa poitrine, en lui accordant toute son attention ce qui le fit se tortiller un peu et regarder ailleurs.
"Nous ne sommes pas amis maintenant?" demanda-t-elle.
"Tu ne sais rien de moi, on vient à peine de se rencontrer." Il croisa à nouveau son regard. "Les Dixon n'ont pas amis."
Elle plissa les yeux. "Merle en a. Je l'ai vu avec un de ses copains aujourd'hui."
Daryl secoua la tête. "Merle a des potes de défonce. Ce ne sont pas des amis."
"Je sais pourquoi tu es venu ici, Daryl. Je ne suis pas stupide. Je sais exactement pourquoi tu m'as parlé alors qu'il est plus qu'évident que tu n'as pas l'habitude d'être sympa avec les gens."
Il se figea et refusa de croiser son regard pendant quelques longues secondes. Comment diable savait-elle ce qui l'avait amené ici quand il ne le savait pas lui même?
Il n'avait aucune idée de pourquoi il lui avait parlé. Enfin à part le fait qu'il devait lui parler puisqu'il était rentré dans sa voiture.
Et il ne savait certainement pas pourquoi il aimait autant lui parler.
Il devinait que c'était sûrement à cause de la façon dont elle le regardait. Elle le regardait avec ses yeux grands ouverts et sincères, pas avec le regard de suspicion que tout le monde en ville semblait lui réserver.
Oh merde. Est-ce qu'elle s'était rendue compte qu'il regardait ses fesses tout à l'heure ? Est-ce qu'elle pensait qu'il allait essayer de coucher avec elle? Petit Jésus, est-ce que c'était ça qu'elle allait lui répondre ? Il laissa échapper un soupir et croisa son regard à nouveau.
"Pourquoi penses-tu que je sois ici?"
"La voiture". répondit-elle, impassible.
Il sentit ses lèvres s'étirer mais il retint son sourire. C'était beaucoup mieux que l'idée qu'il voulait s'amuser avec elle.
"Tu as le béguin pour ma voiture et tu crois que si tu es charmant avec moi je te laisserai la voir de plus près. C'est grossier d'ailleurs si tu veux tout savoir. "
Elle le regardait avec une expression si grave qu'il n'était même vraiment pas sûr qu'elle soit en train de plaisanter.
Il croisa les bras sur sa poitrine, puis se mordit la lèvre inférieure. «Tu sais, tu devrais vraiment faire remorquer ta voiture."
"Tu vois, je te l'avais dit." Elle sourit, puis se retourna. "Et puis, il faut que je voies si je peux me le permettre. Je ne suis pas sûre de combien il reste sur mon compte et je dois encore payer l'échéance du prêt pour la maison."
"Et tu crois qu'un boulot de serveuse va être suffisant?" demanda-t-il. En voyant son dos se raidir d'un coup, il réalisa son manque de délicatesse.
Elle secoua la tête. "Non, ça ne sera jamais assez, mais c'est tout ce que j'ai pour l'instant alors je n'ai plus qu'à espérer que je vais arriver à m'en sortir."
Il allait se taire mais il continua. "Ca fait un peu beaucoup à gérer, tu crois pas?"
Elle se retourna, l'air un peu plus détendu. "Je suis beaucoup plus forte que j'en ai l'air."
Il repensa à toutes les choses qu'il avait entendu dire à propos de ce que Ed lui faisait subir. Il n'en croyait pas la moitié. Il connaissait Ed mais il l'évitait.
Merle avait été à l'école avec lui et l'avait détesté.
Il ne pouvait pas s'empêcher de se demander qu'est-ce qu'une fille comme elle faisait avec un homme comme lui.
Même s'il n'avait pas été un abruti fini, c'était toujours un gros porc paresseux et laid. Peut-être qu'il n'avait pas toujours été comme ça, mais c'était le cas depuis aussi longtemps que Daryl pouvait s'en souvenir.
Cette fille aurait pu avoir n'importe quel homme dans cette ville et elle ne s'en rendait même pas compte. "Je te crois." murmura-t-il.
Elle leur fit une assiette à chacun, puis s'assit à côté de lui. Il faillit ne même pas pouvoir profiter de la nourriture parce chaque fois que son bras frôlait le sien il manquait de s'étouffer. Mais Bon dieu, la nourriture était bonne. Et encore, c'était juste des restes réchauffés. Et elle semblait être heureuse qu'il soit là.
"Donc, je commence à travailler ce soir. Tu devrais venir me voir. Un visage amical m'aiderait à gérer mon stress." Dit-elle doucement après avoir terminé. Elle prit son assiette vide et commença à faire la vaisselle. Il la regarda pendant une seconde avant de se rendre compte qu'elle avait dit quelque chose.
"Quoi?"
Elle leva ses yeux bleus vers lui. "Alors, tu peux venir?"
"Oh. Au bar?" Il secoua la tête négativement.
Son sourire s'effaça et il aurait voulu pouvoir faire quelque chose pour le faire revenir mais il avait les mains liées.
"D'accord." dit-elle tristement, puis elle fit à nouveau la moue.
"Je ne suis pas assez vieux, tu te souviens?"
Elle leva les yeux et cacha son sourire. "Oh, j'avais oublié. Tu fais plus que ton âge."
"Tu peux me croire je me sens plus vieux." Il grogna et détourna les yeux.
"Tu peux m'appeler? Je vais en pause à onze heures." Elle baissa les yeux vers l'évier. En fait, elle avait l'air gênée de lui avoir demandé.
Il se mordit la lèvre. Pourquoi voudrait-elle qu'il l'appelle ? Ou qu'il vienne la voir ? Ca n'avait sûrement rien à voir avec sa pitié pour lui et son looser de frère.
Il avait obtenu le boulot et devait se lever à quatre heures du matin pour être à l'heure sur le chantier. Il avait l'intention d'être au lit et endormi à dix heures. Plus il restait assis là à y réfléchir et plus il rougissait.
«Ok, je t'appelles à onze heures." dit-il enfin.
Ses yeux brillaient et elle souriait. "J'ai l'air vraiment désespéré hein?"
Il hocha la tête. "Traîner avec un Dixon, ça ne te donnes pas juste l'air désespéré, ça te rend vraiment vraiment désespérée."
"Tu es un vrai crétin, Daryl Dixon." Elle grommela mais elle sourit tout de même.
"Comment est-ce que tu comptes aller bosser?" dit-il, se souvenant soudain qu'elle n'avait plus de voiture.
"Je vais marcher. Tout comme j'avais prévu au départ de rentrer à pied à la maison."
Elle le choqua en l'attrapant par la main et le tirant vers elle.
Il n'était pas habitué au contact physique avec qui que ce soit. Ses parents n'avaient pas été vraiment affectueux, c'était le moins qu'on puisse dire.
La plupart des gens l'évitaient.
Il avait vécu à l'ombre de la réputation de son frère il avait bien fallu l'accepter.
En fait, en général, on ne lui adressait même pas la parole.
Merle attirait l'attention. Toujours la bouche ouverte et essayant de prouver au monde entier qu'il n'était pas le genre de mec à qui il fallait chercher des embrouilles.
Daryl était différent. Il était discret et essayait de rester dans l'ombre autant que possible.
Et ça marchait très bien. Jusqu'à maintenant. Maintenant, il était aux prises avec cette fille cinglée qui n'arrêtait pas de le faire parler et qui n'était même pas capable de garder ses mains pour elle, histoire de lui laisser un peu d'espace pour souffler.
"Tu ne peux pas y aller à pied." grommela-t-il comme elle l'emmenait sur le perron de la maison. Est-ce qu'elle le raccompagnait à la porte pour qu'il parte ? Qu'est-ce qu'ils faisaient ici sinon? Il n'avait même pas réalisé où elle l'emmenait.
"Je peux aller où je veux. Tu n'es pas mon patron." dit-elle en s'asseyant sur la plus haute marche et en le tirant à ses côtés. Elle laissa tomber sa main dès qu'ils furent assis.
"Qu'est-ce qu'on fait?" il la regarda en fronçant les sourcils, puis jeta un regard vers la rue.
C'était déjà assez malheureux que les gens puissent voir son pick up garé dans son allée. Il ne voulait pas que les gens la voient avec lui.
Pas seulement pour lui mais surtout pour elle.
Il savait que les gens allaient commencer à lui raconter des horreurs au sujet de sa famille et l'idée qu'elle le regarde comme tous les autres gens de la ville le rendait malade.
Et s'ils ne lui racontaient pas d'horreurs, alors c'est probablement d'elle qu'ils allaient commencer à parler en mal.
Elle soupira. "Je ne sors quasiment jamais. Je suis toujours à me cacher dans la maison et je n'ai pas envie de me cacher pour l'instant. Je veux m'asseoir sur le porche, et profiter tranquillement de la journée avec mon ami," Elle le regarda et sourit " C'est ça que nous faisons. " Elle lui cogna l'épaule avec la sienne.
"Pourquoi est-ce que tu te caches?" demanda-t-il, en gardant les yeux sur la rue.
"C'est juste plus facile, je suppose." sa voix était soudain triste et il jeta un coup d'œil vers elle une fois de plus.
«Je ne veux pas le voir lui et je ne veux pas voir non plus la pitié dans le regard des gens. Je n'ai pas besoin de leur pitié. Ils peuvent se la mettre au cul."
Il aboya un rire avant même qu'il ait eu une chance de le retenir.
Elle le regarda alors, les yeux écarquillés et le sourire revint à ses lèvres.
"On dirait que t'es plus dure à cuire que ce que tu parais." Il secoua la tête, mais garda les yeux sur son visage. Il sentait l'inquiétude lui
tordre l'estomac.
"Je peux rester là et t'emmener au boulot. Je dois passer prendre Merle de toutes façons."
"Tu n'as pas entendu ce que je viens de dire? Je n'ai pas envie que tu te sentes obligé de me rendre service juste parce que tu as pitié de moi. J'ai des jambes"
Elle tendit une jambe vêtue de jean pour le prouver" Et je suis sûre que tu n'as pas que ça à faire."
Il ne pouvait pas s'empêcher de l'admirer. Elle était forte. Mais il avait aussi entendu parler de l'enfer qu'elle avait subi. Même s'il ne la connaissait pas très bien, le moins qu'il pouvait faire c'était au moins d'essayer d'éviter qu'il ne lui arrive du mal.
Enfin bon, elle ne serait sûrement plus aussi amicale une fois que les gens de la ville auraient commencé à lui raconter tous leurs ragots.
Mais pour l'instant il était ici et elle avait l'air d'apprécier sa compagnie. Alors autant éviter qu'elle se fasse ramasser dans la rue par son psychopathe d'ex-mari.
"J'ai rien de mieux à faire de toutes façons. Mais si tu tiens vraiment à prouver à quel point t'es grande et forte, alors je suppose que je peux rentrer chez moi. " bluffa-t-il en se levant pour partir.
"Daryl, attends!" Elle se leva et lui saisit à nouveau la main, marchant à reculons et le tirant vers la maison. " Emmènes-moi si tu as envie de le faire, ok ? Mais s'il te plaît ne le fais pas parce que tu te sens obligé. Je n'ai pas envie que tu le fasses parce que tu as pitié de moi, d'accord?."
Il jeta un coup d'œil vers la rue sans lui lâcher la main. Sa main se serra quand il a vit la voiture passer au ralenti, et l'homme derrière le volant leur lancer un regard furieux.
Elle avait dû sentir quelque chose car elle leva les yeux et tout son corps sembla se figer.
Il détacha son regard de l'homme dans la voiture pour la regarder. Son visage était pâle et elle déglutit. Ses yeux étaient grands ouverts et sa main, qu'il tenait toujours, tremblait légèrement.
"Tu veux que je lui brise la nuque?" proposa-t-il. Elle leva les yeux, comme si elle venait seulement de se rendre compte qu'il était toujours avec elle. A quoi est-ce qu'elle avait pensé en voyant l'homme?
Elle secoua la tête et prit une grande inspiration. "Les hommes comme lui ne s'arrêtent-ils donc jamais?" demanda-t-elle d'une voix basse et tendue alors ses yeux revenaient à la voiture.
"Je ne sais pas. Je ne suis pas comme ça." dit-il en gardant les yeux sur son visage. Il détestait voir ce regard dans ses yeux. Comme si elle venait de prendre une raclée. Il sentit les muscles de sa mâchoire commencer à se contracter comme il serrait les dents.
"Normalement, il passe juste devant la maison sans s'arrêter. Pourquoi n'est-il pas encore parti? Il sait qu'il y a une ordonnance restrictive contre lui."
Daryl regarda la voiture une fois de plus, puis se dit et puis merde. Il laissa tomber sa main et commença à traverser la rue. Quand il arriva environ à mi-chemin Ed partit, faisant crisser ses pneus sur le goudron. Daryl s'arrêta.
Il aurait bien voulu que le type sorte de la voiture et essaye de lever la main sur elle. Il aurait juste suffi qu'il s'approche d'elle et il aurait eu une excuse pour lui casser la gueule.
Il cligna des yeux et reprit ses esprits. Qu'est-ce qui lui prenait? Il ne devait rien à cette fille et sa réputation était déjà assez mauvaise comme ça. Il n'avait pas besoin d'emmerdes en plus. Bon dieu en plus maintenant elle devait probablement penser qu'il était un abruti.
Il se retourna, et elle était là. Il recula d'un pas.
Il pensait au boulot qu'il venait de décrocher, pensait à Merle et à tous ses ennuis.
Il repensa au fait que dans quelques jours lui et Merle devraient être dehors de leur appartement, et à toutes les emmerdes qu'il avait déjà.
"Désolé." marmonna-t-il en passant derrière elle, se s'arrêtant pas avant qu'il soit à nouveau assis sur la plus haute marche du porche.
Il allait rester là jusqu'à ce qu'il soit l'heure de l'emmener travailler puis il allait la chasser de sa tête .
Il n'avait pas besoin de davantage de problèmes et si il ne faisait pas gaffe il allait se retrouvé embringué dans ses problèmes à elle.
Il devait garder la tête froide et c'était impossible quand il était avec elle.
Il allait la déposer au boulot, récupérer son frère et oublier qu'il l'avait rencontrée.
Enfin, après l'avoir appelée ce soir, il oublierait qu'il l'avait rencontrée.
Et il allait l'appeler uniquement parce qu'il lui avait déjà dit qu'il le ferait, alors ne pas appeler serait ... Eh bien, ça serait foutrement malpoli. Après, ça serait fini.
Il leva les yeux vers elle. Elle recommença à se mordiller la lèvre inférieure.
Immédiatement une partie de lui commença à se demander ce qu'il ressentirait s'il tenait cette lèvre entre ses dents à lui.
Et merde!
