Toujours la même chose. Dans ce travail infernale c'était installé la routine. Une effroyable routine. Les jours se ressemblaient tous affreusement.
Se réveiller couvert de sueur Manger en compagnie d'idiots Faire une ronde en espérant qu'aucun des détenus n'aient eu l'audace de tenter de s'enfuir ( pour le moment il n'avait encore abattu personne, Thomas n'était pas encore devenu entièrement comme eux ) Accueillir de nouveaux arrivants puis les enregistrer s'il avait le temps.
Tout cela en enchaînant les scènes de mise à mort et la sensation de peu à peu se déshumaniser. À présent, Thomas ne tressaillait plus devant les exécutions sauvages. Il n'affichait plus une tête horrifiée lorsqu'il voyait des détenus revenir à la fin de la journée couvert de sang après avoir dépouillé les corps de leurs propres camarades. Il s'était déjà habitué à sa nouvelle vie, et cela renforçait sa conviction qu'il se transformait en monstre sans sentiments.
Mais contradictoirement, il pouvait encore éprouver de l'empathie. Mais bizarrement, cela ne concernait qu'une seule personne, un jeune blond en particulier. Il s'appelait Newt, Newt Wiesel… Ou alors Wiasen ? Enfin peu importait. Thomas connaissait son prénom et c'était tout ce qui compté. Il savait également que ce blondinet n'était pas si jeune qu'il ne le faisait penser. Derrière la candeur de son visage se révélait un jeune homme ayant la majorité. Seulement quatre petites années les séparaient.
Une idée éclaire lui vint Peut-être que le docteur Lingens ( Brenda Lingens ) lui avait fait changer de groupe pour cette raison ? Elle savait probablement que les apparences étaient parfois trompeuses. Par contre, il ne comprenait toujours pas pourquoi seul Newt affectait autant ses pensées et ses actions, il s'était même mis en situation délicate lors de son enregistrement. Normalement, aucun des juifs ne doit être au courant du sort de leurs proches. Si la « petite » faveur de Thomas venait à s'ébruiter, il serait bon pour le camp de concentration jusqu'à la fin de ses jours. Aider un juif était significatif de trahison.
Pourtant, Thomas sentait qu'il voulait aider ce blond comme si son cœur n'écoutait plus sa raison et le poussait à faire des choses inconsidérées. Bien sûr, lui venir en « aide » se traduisait à lui glisser discrètement, la nuit tomber, quelques morceaux de pain supplémentaire ou autres. Il jouerait, en quelque sorte au « héro » bienveillant mais il ne cherchait pas la reconnaissance, loin de là.
Au fond de lui le brun se trouvait vraiment bizarre de ne se préoccuper que d'une seule personne. Il avait vu des familles entières, des couples, des enfants aux portes de la mort mais ce n'était jamais dit qu'il pouvait les aider, ni même éprouvait autant de « compassion ».
C'était injuste. Tous ces gens que Thomas avait vu souffrir mériter autant que le blondinet d'être secouru, cependant le brun n'en avait cure. Ce Newt lui avait provoquer quelque chose que seul lui pouvait faire. Le blond possédait maintenant une petite étoile au-dessus de la tête et Thomas avait trouvé le pilier qui allait l'aider à conserver au moins une infime part de son humanité.
« Entrez. » Thomas ouvrit d'une main hésitante la porte. Il ignorait si son stress paraissait évident de l'extérieur mais à l'intérieur, son cœur tambourinait comme une enceinte au volume au maximum. Il entra et découvrit pour la première fois le bureau du directeur adjoint du camp. Il était assis derrière son bureau, les bras croisés et ce qui essayait de paraître à un sourire, collé au visage.
Le SS se mit en garde à vous.
« Rompez. Asseyez-vous. »
Le brun s'approcha lentement puis prit place en face de l'homme.
« Bien. Pour commencer, je suis le directeur adjoint Janson Fritzsch et c'est moi qui serait en charge de vous, officier Thomas Mengele, jusqu'à la fin de votre réquisition. Mais ça, vous deviez déjà en être au courant. » L'adjoint accompagna son ton mielleux d'un de ses « sourires » qui lui tiraient les traits du visage de sorte à ce qu'il ressemble à un rongeur. Ce cinquantenaire ne devait pas se rendre compte du malaise qu'il instaurait chez son interlocuteur. La vieillesse sans doute, pensa Thomas.
« En effet. Je ne vois pas pourquoi m'avoir convoqué dans votre bureau si ce n'était que pour m'annoncer cela. » Déclara poliment Thomas. Il venait gentiment de rembarrer son supérieur, il devait impérativement faire quelque chose contre son culot. C'était une question de survie.
Une grimace étira la bouche de l'autre.
« J'allais venir au sujet principal de notre entrevue. Vous l'ignorez -et j'en suis certain- mais cette semaine vous avez été observé et jugé par un de mes hommes ainsi que moi-même. D'après le rapport que j'ai reçu, votre efficacité et votre soumission aux ordres extérieurs sont, certes, remarquables mais vous manquez cruellement de fermeté envers ces juifs. »
Thomas resta bouche-bée. Ce n'était pas temps le fait d'avoir été espionné dans ses moindres faits et gestes qui le stupéfiait, mais le changement radical de comportement de l'adjoint Janson. Il avait adopté un ton purement haineux et serrait les poings sur son bureau. Sa voix était devenue glaçante.
À première vue rien de différent de ses collègues mais le brun sentait que cette haine provenait du plus profond de l'homme. Peut-être que pour une fois, il y avait une justification à ce comportement.
« Ou bien avez-vous pour de vous salir les mains ? Dans tous les cas, à partir d'aujourd'hui vous serez intégré dans une nouvelle équipe. De cette façon vous pourrez nous montrer votre formidable autorité auprès des détenus. »
« B-Bien sûr, monsieur Fritzsch. » Assura Thomas à mi-voix. Il craignait le pire, cet homme possédait tous les pouvoirs au sein du camp et il lui suffisait d'un claquement de doigts pour rende la vie du brun, un enfer.
Toute la tension qu'il avait ressentie auparavant ne représentait rien à ce qu'il vivait en ce moment même. Il jeta un coup d'œil à ses mains moites. Elles tremblaient. Son pire cauchemar allait peut-être se réaliser.
« En fait, vous ferez partie d'une équipe un peu spéciale… Vous et quelques autres nouveaux arrivants devrez prendre en charge la section 5, la quasi totalité travaille dans le stock des bagages, les autres reviendront à l'heure du repas. Un sous-lieutenant vous encadrera et observera vos moindres faits et gestes. Voyez cela comme une épreuve de dernière chance. Nous accordons beaucoup d'importance à cette fermeté qui vous manque tant. Si vous ne vous montrez pas à la hauteur pas besoin de vous rappeler ce qui s'en suivra, n'est-ce pas ? » Janson avait retrouvé son air suffisant et malicieux.
Le SS hocha la tête.
« Bien, vos collègues doivent déjà vous attendre sur place. Vous pouvez y aller. »
Thomas se leva et se dirigea le plus vite possible vers la sortie. Plus jamais il ne voudrait se retrouver dans cette pièce avec cette homme perfide. C'était tellement oppressant de rester autour de lui. Il ouvrit la porte quand une voix retentit.
« Une dernière chose, » Le brun se retourna, interloqué. « J'ai placé tous mes espoirs en vous, ne me décevez pas juste à cause de vos petits caprices. » Jason lui lança une regard moqueur alors que Thomas ferma violemment la porte sans même l'avoir salué. Il ignorait s'il allait avoir des ennuis plus tard mais cet homme ne valait pas la peine du moindre geste de politesse.
À vrai dire, il n'insufflait à Thomas que de la colère et du dégoût. Il était persuadé que l'adjoint savait qu'il était contre l'acte d'abattre quelqu'un. Et encore moins un innocent. Il l'avait envoyé sur la sellette par pur sadisme, sachant très bien qu'il nepouvaittout simplement pas se faire exclure du camp et partir sur le champ de bataille.
Le soldat sortit précipitamment du bâtiment, bouillonnant de rage. Il vit un tas de pneu traînant dans un coin et décida de se défouler dessus. Il commença alors à enchaîner les coups de pieds et occasionnellement de genoux, vidant toute sa haine. Il en avait besoin. Extériorisé toute la rancœur et toutes les émotions négatives qu'il avait accumulées jusqu'alors.
Après cinq bonnes minutes à martyriser ces pauvres objets, il s'arrêta et partit d'un pas résolu vers l'entrepôt. Thomas traça son chemin, ne se préoccupant pas des rires des gens ayant vu son « petit » excès de colère. Cela lui avait fait un bien fou, il était apaisé à présent. Même s'il s'était adonné à une scène plutôt cocasse vu de l'extérieur.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Après dix minutes de marche frénétique, il arriva devant le bâtiment où se tenait à l'entrée deux jeunes SS. Il entra dans l'entrepôt et fut éberlué par l'ambiance incroyablement pesante qui y régnait. Personne ne parlait - pas même les soldats -, plongeant l'endroit dans un silence presque malsain, en omettant le fait que d'immenses piles de bagages de défunts reposaient en ce lieu. Le brun aurait dit que les juifs se cachaient derrière ses montagnes d'objets, fuyant quelque chose. Il commença à surveiller en marchant tranquillement essayant d'établir les visages qui lui étaient familiers sans grand succès. La plupart avait soit son âge ou plus jeunes. Soudain, un bruit sourd – comme si on lâchait une masse au sol – suivit d'un concert de cris le fit tiquer. Thomas grogna, se disant que dés qu'il se rendait quelque part, c'était la zizanie. Il accourut sur place afin de contrôler la situation. Quelques mètres seulement l'en séparer. Il s'arrêta devant la scène qui s'offrait à lui. Le sous-lieutenant Barkley ( d'après son badge ) était aux prises avec une femme et un garçon. Son supérieur leur assénait de violents coups de crosse avec sa mitraillette alors qu'ils étaient recroquevillés au sol puis il les releva en les poignant fermement par les cheveux.
Les autres officiers regardèrent sans bouger, impressionnés ou bien apeurés par l'homme. En effet, celui-ci avait le visage déformé par une grimace diabolique.
Thomas s'avança alors que l'autre se tourna dévoilant et exhibant les visages et corps ensanglantés des deux pauvres victimes. Ce connard ne les avait pas raté. Le brun resta immobile, impuissant face à cette tragédie.
La jeune femme avait de longs cheveux blonds et devait avoir le même âge que Thomas, son visage était recouvert d'ecchymoses et des coupures saignés ça et là. Ses yeux perçants lancés des éclairs à son agresseur.
De l'autre côté se débattait un jeune homme de petite taille, blond, mince… Le brun écarquilla les yeux. Cette bouille d'ange baignée de larmes et de sang… Son blond. Il tenait dans ses mains un manteau et semblait bien décider à ne pas s'en séparer.
Le SS assista à la scène, la fureur se réveillant au fond de ses entrailles.
« Je vous avez prévenu, déchets. On bosse en silence et tout seul. » Il leva le bras par lequel il empoignait Newt, le faisant geindre de douleur. « Et toi p'tit merdeux lâche ce manteau ! Je savais que vous étiez des voleurs mais pas au point de prendre des vêtements appartenant à des morts. Ça me répugne. » Vociféra Barkley. Il balança les deux à terre. « Et vous autres prenez-en de la graine. » Il se tourna vers Newt et prononça sournoisement :
« Prépare-toi à recevoir de la visite très bientôt, je tiens toujours mes promesses. » L'intéressé ne bougea pas, restant replié sur lui-même. Voyant son manque de réaction, le cinquantenaire annonça aux SS en s'éloignant nonchalamment : « Que l'un d'entre vous l'amène à l'infirmerie. J'ai pas envie de l'entendre pleurnicher. »
Thomas sauta sur l'occasion pour prendre en main le blond. Il s'avança et fit comprendre à ses collègues d'un regard qu'il s'en occupait. Ils hochèrent la tête et continuèrent leur ronde.
« Allez, debout. » Sa voix tentait d'apparaître calme et posée mais cela s'avérer difficile avec sa fureur qui ne faiblissait pas.
Il agrippa le juif par la chemise et peina à le remettre sur pied. Thomas s'aperçut que la jeune femme blonde était postée à l'écart en compagnie d'une fille métissée. Elle lui offrit un regard noir tout en touchant aux contusions sur son visage. Elle ne semblait plus se préoccuper de Newt. Les deux victimes ne se connaissaient donc pas ?
Le SS ne se posa pas d'autres questions et embarqua le jeune homme avec lui. Ce dernier avait la tête baissée, se laissant entraîner par Thomas. Une fois qu'ils furent sur le chemin central le brun continua tout droit ( soutenant discrètement le juif par l'aisselle ) et tourna vers la section cinq, celle du blessé.
« On ne va pas à l'infirmerie ? Qu'est-ce que vous allez me faire? » Le soldat regarda le blond qui arborait un regard indescriptible. La panique ne recouvrait même pas sa dernière question. Il avait l'air sacrément confus et désolé. La colère de Thomas disparut aussi vite qu'elle n'était apparue, laissant place à l'inquiétude.
Il devait y avoir quelque chose entre eux, une sorte d'inexplicable alchimie. Dés que Newt se trouvait dans son entourage il se transformait en sorte de protecteur envers l'égard du petit blond.
« Rien de mal, ne t'inquiète pas. Indique moi ta baraque, je vais t'y déposer et ensuite aller rapidement chercher dans les réserves de quoi désinfecter ces vilaines blessures. Et pas question de t'emmener voir une infirmière. Tu ne ressortiras jamais vivant de là-dedans. Ce serait un voyage sans retour. »
Il prenait un gros risque en accomplissant cela. S'il se faisait prendre ou voir il aurait de sérieux ennuis. C'était inconsidéré mais il allait le faire, pour lui. Maintenant que Thomas devait s'occuper du groupe de Newt, celui-ci allait devenir comme son pilier.
« Pourquoi je te croirais ? » Hoqueta l'autre entre deux sanglots. « Ça se trouve tu veux juste me faire subir le même sort que le pourri. »
Le pourri ? Parlait-il de Barkley ? Thomas observa le blond -toujours sa main droite le soutenant sous l'aisselle gauche, l'aidant un tantinet sans que cela ne se voit de trop-, son arcade sourcilière droite fendu laissait s'écouler du sang ainsi que sa lèvre inférieur et son front. D'après ce qu'il avait devant lui, il n'y avait pas besoin de recoudre quoi que ce soit. Un petit poids en moins pour Thomas qui n'y connaissait rien en médecine.
« C'est-à dire ? » Ils avançaient de plus en plus dans la section. « Quelle baraque ? » Répéta le brun.
Le juif pointa du doigt le dernière bâtiment de la rangée et mit un temps avant de répondre, essuiyant les larmes qui cessèrent de couler.
« Il… Il m'a fait comprendre qu'il voulait m-me… Violer. » Ce dernier mot avait claqué dans la bouche du blond. Newt posa son regard sur le SS alors qu'ils entrèrent dans l'ancienne grange.
Le brun pouvait comparer ses yeux à deux taches d'encre noire. Elle s'imprimèrent dans son esprit tel un souvenir indélébile. Il sortit de sa transe et ordonna au blond de s'allonger sur l'une des paillasses et de ne pas bouger.
« Ne te laisse pas faire… Fais-toi protéger par quelqu'un, n'importe qui mais ne te laisse pas faire. » Le SS ne pouvait accepter la simple idée de Barkley en train d'abuser le corps de son blondinet. Certes ce genre de chose n'était pas rare dans le camp mais si un jour il tombait sur une scène semblable, il interviendrait. Peu importe la personne. La colère menaçait de revenir mais Thomas l' apprivoisa pour la faire devenir détermination.
« Tu es sympa toi. J'ai personne pour me protéger. J'ai plus personne ici de toute manière. Et je ne suis pas assez fort pour me débrouiller seul. Ça sert à rien de me battre alors que j'ai déjà perdu d'avance, et de loin. J'ai ouvert les yeux et me suis rendu compte que c'est la loi du plus fort ici. Et je vais me faire, du moins on va tous se faire bouffer par tes petits collègues. » Newt n'avait même pas usé de la haine pour ses dernières paroles. Il était défaitiste, ça en crevés les yeux.
Le SS continua d'observer l'autre qui s'était allongé, un bras sur les yeux, tremblant. Il était brisé et avait perdu tout espoir. Il fallait lui redonner du courage, une raison de vivre. Il fallait raviver la flamme qui le pousserait à se battre et à survivre.
« Je t'aiderai. Je t'aiderai à survivre dans cet enfer. Il ne faudra pas s'attendre à des choses grandioses mais j'imagine que de la nourriture en plus ainsi qu'une couverture ne seraient pas de refus. » Il fit une pause. « Cependant, je compte sur toi pour ne pas lâcher prise. Tu vas vivre des atrocités autant mentalement que physiquement mais accroche-toi. Dit toi bien que les chances de survie sont minces mais pas inexistantes pour autant. Garde espoir. » Assez fier de sa tirade, Thomas se détourna vers la sortie de la bâtisse. « Et nous ne sommes pas tous comme le pourri. » Termina-t-il puis il partit à grandes enjambées vers le stock.
Sur le chemin, il repensa aux dires du blond. Il était seul donc la jeune femme plus tôt et lui ne se connaissaient pas. Le manteau qu'il tenait désespérément il y a quelques minutesappartenait sûrement à un membre de sa famille et l'homme dont il avait demandé le nom également…
Tous ces indices concordaient sur une effroyable vérité, bien que courante dans le camp. Newt était le seul survivant de sa famille. Une profonde désolation habita Thomas alors que le soldat arriva devant le bâtiment de stockage.
Il sortit sa clef -que Janson n'avait pas eu la jugeote de récupérer-, pria pour que personne ne le remarque et s'élança, se disant qu'il n'y avait normalement aucun risque que les choses tournent mal. Si bien qu'il ne s'était pas aperçu qu'une pair d'yeux l'espionnait de la fenêtre d'en face.
Bonjouur ! Chapitre 4 posté ! Enfin. On a notre premier vrai dialogue avec notre duo favori :D Et puis je voulais vous dire un grand merci de lire et de mettre cette histoire en favori ou en follow ! Ca me bouste pour continuer l'histoire. Et un merci spécial pour Le Saut de l'Ange qui poste à chaque chapitre une review qui fait super plaisir ! A bientôt pour de nouvelles aventures !
PS : Pardon pour la ligne de transition en trop qui se baladait dans le texte ( même après de nombreux efforts et de redémarrages de LibrOffice cette sal**** n'a pas voulu dégager ).
