Avant tout, MERCI pour les reviews qui me font plaisir et me motivent! Merci à celles qui me suivent fidèlement, à celles qui me rajoutent discrètement et qui suivent cette histoire même sans reviewer !

Je suis en peu en perte d'inspiration, ce chapitre a été influencé par un des nombreux crash test RP que j'ai fait avec ma meilleure amie... Je ne voulais pas subir cette influence mais elle est bien là, alors on gère avec! J'espère que cela vous plaira toujours autant même si je n'ai aucune idée pour la suite et que j'ai le regret d'avoir le syndrome page blanche...

Merci à Hinatasara pour sa bêta!

Bonne Lecture!

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Convalescence ne rime pas avec repos…

Il était dans l'obscurité, il avait l'impression de tomber dans un trou noir, prit par la panique, la douleur… Il se raccrocha à une faible source de chaleur. Plus son esprit luttait pour faire surface, plus il sentait un contact agréable, réconfortant, familier. Ses paupières remuèrent un peu, ses doigts se crispèrent dans les draps en un sursaut vigoureux après une immobilité trop longue. Un soupir difficile passa ses lèvres avant que la lumière de la pièce, pourtant très faible, ne l'oblige à refermer ses paupières à peine ouvertes. John grogna.

La douleur de son épaule gauche se réveillait et en même temps, il sentait son corps terriblement engourdi. John garda les paupières closes, se laissant le temps d'émerger un peu plus, son cerveau repassant les derniers évènements. La gare, la gamine morte, la bombe, Sherlock puis… Le trou noir. Non, maintenant qu'il repassait les faits dans sa tête, il s'était réveillé contre son ami, blessé à l'épaule d'où sa présence à l'hôpital. Cela sentait l'hôpital, le désinfectant et maintenant qu'il y faisait plus attention, les appareils de surveillance émettaient des signaux réguliers.

Il se concentra pour ressentir chaque partie de son corps, ses pieds pouvaient bouger, son corps encore groggy par les antidouleurs, son épaule qui se réveillait doucement pour lui rappeler la blessure et… Une main sur la sienne ? La chaleur familière…

John finit par ouvrir doucement les yeux pour faire le point visuel en face de lui sans chercher à savoir de qui il s'agissait. Sa vue était correct. Au vue de la lumière tamisée qui éclairai la chambre – provenant sans doute d'une veilleuse – et le couloir aussi peu éclairé que la chambre, il devait faire nuit. Il tourna alors la tête d'un mouvement paresseux vers la personne auprès de lui. Une personne qui était assise sur une chaise, les bras sur le lit, la tête posée sur ceux-ci. Une de ses mains couvrait la sienne et les pupilles pâles le fixaient avec patience derrière les boucles brunes sales et désordonnées. Son colocataire, son sociopathe d'ami qui détestait les hôpitaux, les lieux bondés de personnes stupides, était là.

Un petit sourire étira ses lèvres, le saluant de cette façon si simple tandis que Sherlock le regardait, impassible. Mais ses prunelles ne décrochaient pas de son visage comme s'il menaçait de s'envoler.

-Tu n'as rien ?

C'était tout lui, se préoccuper de l'autre alors qu'il était dans un lit et blessé. Sherlock ne bougea pas d'un poil, un bref étirement ironique aux coins de ses lèvres.

-C'est plutôt à moi de te poser cette question, le rabroua-t-il.

-C'est bien la dernière question que tu poserais Sherlock, répondit-il avec un soupir amusé.

Mais le regard intense posé sur sa personne lui prouva le contraire. Etait-ce de l'inquiétude qu'il voyait dans ses yeux d'habitude si vivant et indifférent ? John resta un instant sans voix avant de souffler.

-J'irais mieux quand je serais sorti d'ici.

-Bientôt, répondit le détective avec un certain empressement.

Cela tira un sourire au docteur alité. Malgré son empressement audible Sherlock restait auprès de lui et John en était sincèrement touché. Il l'avait encore protégé de son corps ce grand imbécile. Sauf qu'il ne s'en était pas sorti sans dommage cette fois-ci. John ferma les yeux un instant, fatigué alors qu'il n'avait rien fait de sa journée à part dormir.

-Quand est-ce que l'infirmière m'a remis une perfusion ?

-Le calmant, il y a quatre heures, répondit Sherlock.

-Tu as prévenu Mme Hudson ? Enchaina-t-il.

Un froncement de sourcil apparut sur le visage pâle de Sherlock avant de voir où John voulait en venir. Sur ce coup-là, il avait été plus rapide que lui ou du moins… Il avait des réflexes normaux que lui ne possédait pas, inutile. Il secoua mentalement son cerveau avant de répondre d'une petite voix :

-Non. Mycroft a du le faire.

-Il est venu ?

-Hmm, grogna le cadet Holmes.

Le regard calme de son ami revint détailler Sherlock avec un peu plus d'assurance. Il vit le strip sur sa joue gauche, son état un peu plus propre qu'il n'aurait du l'être après une explosion de bombe. Son aîné avait trouvé les mots justes pour qu'il se fasse soigner ou bien… Non, c'était ça. Personne ne force Sherlock Holmes à faire quelque chose contre sa volonté, même son propre frère. Ils avaient beau se faire la guerre, Mycroft avait dû jouer sur l'inquiétude de son ami envers lui… Ce mot le fit sourire et le touchait énormément. Le grand détective consultant se faisait du souci pour lui, le banal médecin.

Ses prunelles bleues se posèrent avec douceur sur Sherlock qui ne bougeait toujours pas de sa place. L'ex-soldat avait appris à décrypter certains des signes trahissant les « réactions émotionnelles » de son ami et le relâchement de son corps en était un, sans doute du soulagement, son regard coupable toujours posé sur lui semblait lui demander pardon. Et cette main sur la sienne que Sherlock ne voulait pas quitter… pas plus qu'il ne se permettait plus. John lui sourit, fit pivoter sa main pour agripper la sienne d'une pression de ses doigts, reconnaissant de l'avoir à son chevet.

-Tu devrais rentrer prévenir Mme Hudson pour qu'elle ne se fasse pas trop de soucis et aussi pour te reposer.

-Non.

La réponse surpris John qui écarquilla brièvement les yeux. Il ne contredit pas la décision de Sherlock, trop content d'avoir sa compagnie dans cette chambre d'hôpital morne et vide. Il garda sa main sur celle de son ami, fermant à moitié ses paupières, respirant calmement alors que la douleur se réveillait. Son visage se crispa sur une pointe de souffrance avant de disparaître mais ce fut suffisant.

-John…

-Oui ?

-J'appelle l'infirmière pour ton épaule ?

-S'il te plait…

Le brun se redressa mais sa main ne quitta pas celle de son ami, tendant son bras disponible vers la sonnette et appuya dessus. Hors de question qu'il se déplace alors qu'il serrait la main de John. L'infirmière débarqua quelques minutes après et elle bloqua en voyant son patient réveillé. Elle râla auprès du brun qui fit la sourde oreille lorsqu'elle lui rappela avoir demandé à être prévenu de son réveille. Le médecin tempéra les choses d'un sourire et d'un « ce n'est rien ». La jeune femme scruta les deux hommes pendant qu'elle mettait un calmant plus fort puis sortit. John ne s'était pas rendu compte du détail de leurs mains liées parce qu'il avait besoin de réconfort.

Le blond finit par demander à Sherlock où en était l'enquête et celui-ci lui répondit que son état était pour le moment prioritaire. Un sourire appréciateur étira les lèvres de John qui n'en demanda pas plus, connaissant la proportion de Sherlock à sacrifier ses affaires. C'était une grande première, comme le câlin… Il lui jeta un coup d'œil mais garderait ce sujet de conversation pour quand il serait rentré à Backer Street.

Sa blessure lui valut d'être alité deux jours entiers à l'hôpital. Même s'il était médecin et capable de s'occuper de lui à l'appartement, son colocataire l'était nettement moins… Sherlock avait déjà une grande incapacité à s'occuper de lui-même alors John avait profité de l'absence de ce dernier pour dire à son médecin qu'un jour de plus de repos ne lui ferait pas de mal.

Et le retour fut aussi épique qu'il l'avait prévu, non sans avoir un sourire amusé aux lèvres. Mme Hudson avait évidemment nettoyé le bazar semé par le détective dans l'appartement, fait du vide un peu partout et remplit le frigidaire. Il la remercia chaleureusement alors qu'elle préparait le thé, son bras gauche en écharpe pour qu'il ne face aucun effort.

-Vous auriez du rester quelques jours de plus à l'hôpital dans votre état John…

-Ne vous en faite pas Mme Hudson, je vais mieux. Et Sherlock va faire un effort pour s'occuper de son colocataire blessé.

Le détective consultant fronça les sourcils et lui servit son regard de « certainement pas » mais l'ex-soldat savait qu'il le ferait. Il n'était plus qu'un demi-sociopathe avec lui depuis qu'il était resté à l'hôpital durant son séjour, ne rentrant que pour finir cette affaire et demander à leur logeuse de s'occuper de ses expériences. Sherlock avait dormit dans le fauteuil peu confortable, manger trois fois rien, amener un épais volume d'anatomie avec lui pour s'occuper. La vieille dame leur donna à tous les deux une tasse de thé chaude, un sourire ravi aux lèvres.

-Oh j'ai préparé le repas pour ce soir ! Je vais jeter un œil à mon four, je reviens les garçons.

John posa un regard soupçonneux sur Sherlock qui avait du demander ce service à leur logeuse, un sourire moqueur aux lèvres devant la mauvaise volonté de son ami à s'être fait prendre. Et même si cela présageait peu de repos, il était content d'être revenu à Backer Street dont les murs étaient encore debout, non taggués, non troués et encore moins odorant d'une expérience toxique.

La soirée se déroula tranquillement avec Mme Hudson en petite femme qui bichonna John, non mécontent de l'être et Sherlock qui continuait de faire comme si de rien n'était mais qui honora le plat en mangeant un peu. La vieille femme les laissa en emportant la vaisselle sachant pertinemment que Sherlock ne la ferait pas et que John était interdit de toute corvée. Le blond prit place dans le canapé, tête renversée en arrière pour profiter un peu de son retour, Sherlock ayant prit son violon pour jouer un air lent qui tira un sourire à John.

Il écouta la mélodie avant de poser ses yeux sur lui, observant sa posture moins raide et sèche que d'ordinaire. Quand Sherlock jouait, il arrivait à s'ouvrir plutôt que le sociopathe hors de cette dimension et en tant qu'ami, il appréciait ces moments-là. Le médecin le laissa finir son morceau avant de se jeter à l'eau.

-Sherlock, tu te souviens de ce dont on devait parler ?

Le brun se retourna, l'interrogeant de son regard pâle et pénétrant.

-La soirée où je t'ai ramené ivre.

-Oh… Qu'est-ce que tu avais à dire sur cet incident ? Grimaça-t-il comme s'il désapprouvait de revenir sur cet évènement.

Le regard de John fut lourd à cette façon de se dérober à la conversation en la balayant de son archet. Sherlock leva les yeux au plafond mais son colocataire ne lâcha pas l'affaire.

-Tu as été… bizarre, fit-il après un instant de réflexion.

-Oh.

Sherlock l'interrogea du regard, faignant l'indifférence sur le sujet soirée d'ivresse après l'anniversaire de Lestrade. L'ex-soldat se demandait si Sherlock en avait réellement un souvenir ou… Non, c'était Sherlock, il se souviendrait de tout même complètement shooté à je ne sais quelle drogue. Il ne voulait pas en parler parce que cela le gênait.

-Bizarre comment ?

-Sociable.

Le brun grimaça ce qui fit rire John, qui se calma rapidement car les secousses agitaient son bras et réveillait la douleur.

-Tu m'as fait un câlin, répondit avec amusement le blond. Mais j'enterrerais ton secret avec moi, ne me fais pas ces yeux-là.

Le fameux regard qui niait tout, cet air de grand lord vexé et outré de cette insinuation, le sociopathe excluant tout comportement sociable même avec lui. John soupira et vit un vague signe de sa main comme quoi l'incident était clos et qu'il ne reviendrait pas dessus puisque cela semblait déplaire à son ami. Sherlock le fixa avec intensité avant de se détourner et de se remettre à jouer, feignant la vexation.

Mais son ami avait touché le point sensible qui était en train de se réveiller en lui et il ne pouvait pas en parler ainsi… Sherlock retournait encore le problème dans son esprit, cherchait des solutions à ce problème sans vraiment y parvenir. Si la conclusion était de « tenter » sa chance. Sauf qu'il était tout bonnement incapable de se montrer normal sur ce plan là. Il était novice et cela lui était complètement étranger.

Perdu dans ses pensées, il entendit vaguement John lui dire qu'il allait se coucher et ne le réalisa que plus tard, se retrouvant seul dans le salon. Sherlock jeta un regard à la place qu'occupait son ami blessé quelques minutes, heures auparavant. Le grand Sherlock Holmes devait se jeter à l'eau dans une nouvelle expérience… Qui attendrait le lendemain et un peu plus de cogitation neuronale. Il se coucha après avoir commencé un épais livre, étalé en travers de son lit. La tête bouclée se réveilla en même temps que son ami qui était déjà dans la cuisine en train de se préparer son petit déjeuné.

Sherlock débarqua en pyjama, pieds nus et dans sa robe de chambre, bâillant largement avant de mettre un ordre savant dans ses cheveux bruns.

-Bonjour Sherlock, fit John avec un sourire.

-Bonjour John…

Il s'assit sur une chaise, s'étirant comme un chat. Ses jambes dépassaient de l'autre côté envahissant l'espace encore vide de la présence de John qui préparait alors une nouvelle tasse de thé. Il était un peu gauche avec seulement son bras droit mais ne fit aucun commentaire. L'ex-soldat pouvait encore gérer un petit déjeuné. Les prunelles bleu pâle se mirent à scruter son ami, aucune trace visible de douleur dans ses mouvements, un peu de tension dans ses épaules par non habitude d'user de son côté droit.

John posa alors sa tasse puis celle de Sherlock avant de retourner au plan de travail afin de s'occuper des toasts.

-Sherlock.

-Hmm…

-Tu veux bien aller me chercher le journal ?

Il n'entendit rien et jeta un regard au-dessus de son épaule. Sherlock semblait le décrypter avec son intensité toute sienne, un regard qui dérangeait bon nombre de gens sauf lui, trop habitué à y être soumis.

-Je n'ai pas mal. J'ai pris mes calmants mais si tu ne m'aides pas…

Un grondement sourd lui répondit et le brun se leva avec un air dramatique, outré par ce chantage de bon matin. Sherlock sortit pour descendre dans cet accoutrement chez Mme Hudson et lui voler son journal qu'elle avait posé sur sa table. La vieille dame lui demanda la raison de ce vol et il répondit un « John » comme excuse avant de remonter à leur appartement sous une remontrance de leur logeuse.

Le regard doux du docteur Watson lui lança un reproche avant de s'asseoir à sa place avec ses toasts.

-Je ne t'ai pas demandé d'aller le prendre chez Mme Hudson.

-Elle l'a fini.

John leva les yeux au ciel et prit le journal qu'il se promit de redescendre après le petit déjeuné. Sherlock s'assit à sa place et prit sa tasse pour la boire avant de sortir son portable d'une poche de sa couteuse robe de chambre. Il commença à pianoter dessus pour regarder les nouvelles du jour tandis que John feuilletait le journal en mangeant son petit déjeuné. Le médecin guettait du coin de l'œil les signes d'impatience de son ami, car depuis qu'il avait atterri à l'hôpital il était allé voir une ou deux fois Lestrade pour cette histoire de la fillette morte du quai 13 mais ne l'avait pas vu activer son fabuleux géni sur une autre affaire.

Et Sherlock qui n'a pas d'affaire est un Sherlock qui s'ennui… par conséquent qui est potentiellement dangereux en vu d'exploser sous l'inactivité de ses cellules grises. La lecture et les expériences étaient gérable mais pas les trous dans le mur ou autre activité dangereuse. John ne pourrait pas tout gérer, sa blessure et un Sherlock inactif.

-Il y a une disparition d'enfant, commença-t-il.

-Ennuyeux.

-Sherlock.

-C'est le père légitime qui l'a embarqué vu que la femme est remarié et qu'il n'a pas le droit de garde, fit-il avec sa logique implacable.

John soupira et continua ses recherches un peu plus tendu. C'était bien une première fois qu'il était tendu parce que Sherlock n'avait pas d'enquête et qu'il paraissait - pour l'instant – tout à fait calme.

Et la journée se déroula sans explosion contre toute attente. Sherlock manifestait de la mauvaise volonté quand il lui demandait de l'aide mais il venait toujours, conscient que John était handicapé pour le moment. Le blond se reposa sur le canapé durant la matinée, mangeant avec Mme Hudson à midi car celle-ci l'invita. Sherlock déclina, penché sur son expérience et elle n'insista pas, connaissant fort bien les habitudes alimentaires de ce dernier. John était ravi de pouvoir se faire cocooner par leur logeuse, avoir un repas normal et une conversation aussi même si celle-ci dériva évidemment sur Sherlock et le fait qu'il n'ait pas d'enquête en cours.

-Tant qu'il ne fait pas de catastrophe, c'est tout ce que je demande, fit-il avec un sourire.

-Il a l'air de faire attention sur ce point là.

Mme Hudson pointa son doigt sur ses lèvres, réfléchissant avant de rajouter.

-Sherlock s'est fait du souci pour vous, je l'ai rarement vu inquiet de la sorte.

-Ça prouve au moins qu'il est humain quelque part sous la couche de charisme arrogant et la mention sociopathe.

La vieille dame eut un petit rire à cette description qui lui sciait parfaitement. John la remercia chaleureusement puis remonta pour se reposer dans le canapé, mettant la télévision en route après avoir refermé la porte coulissante de la cuisine pour que Sherlock soit tranquille durant ses expériences – et qu'il ne râle pas pour le son de la stupide télévision. Le regard de mercure du brun avait scruté John derrière ses boucles brunes avant de revenir sur son expérience. Son ami semblait avoir définitivement enterré l'histoire du câlin post anniversaire de Lestrade.

Et John se rendit effectivement compte que son colocataire mettait un certain point d'honneur à ne pas faire de catastrophe – comme habituellement lors de ses expériences – sans aucun doute pour le ménager. Ce qui lui tira un sourire content. Le médecin rejoignit la cuisine pour se faire un thé tandis que son silencieux ami était toujours penché sur son microscope. Il fit deux tasses, en posant une près de Sherlock avant de retourner dans le salon. Une tasse que le brun regarda avant de suivre le dos de son colocataire de son regard perçant. Il la prit, but avant de continuer à focaliser son attention sur son microscope.

Mais son esprit était souvent en train de sauter sur le problème John Watson qui se développait dans une partie de son Palais Mental comme il l'appelait si bien. La partie rationnelle de son être – qui l'était à 99 % - se refusait à passer à l'attaque, d'attenter quelque chose pour montrer à John ce qui se passait dans sa tête, de son inquiétude, de ce début d'affection qu'il avait pour lui. C'était totalement inutile, une donnée qui n'avait pas lieu d'être et qui pourtant restait…

Le soir arriva sans qu'il ne s'en rende vraiment compte et il fixa John en train de faire la cuisine… Le médecin étant gaucher, il pestait régulièrement contre sa maladresse avant d'avoir un soupir excédé. Ses épaules s'abaissèrent avant que sa voix ne s'élève :

-Sherlock tu voudrais venir m'aider, s'il te plait ?

Sa voix trahissait son agacement, sachant que le brun mettrait toute la mauvaise volonté du monde à venir l'aider. Ce dernier se leva sans un commentaire, sans protestation, se plaçant dans le dos de son ami et tendant son bras gauche vers le plan de travail comme pour remplacer le sien. John lui lança un regard par dessus son épaule avec un froncement de sourcil.

-Tu as uniquement besoin d'un bras gauche, non ?

Le blond leva les yeux au plafond devant cette réflexion qui montrait toute la mauvaise volonté de Sherlock. Mais un sourire un brin amusé étira ses lèvres.

-Arrête de faire l'imbécile et serre-toi de tes deux mains pour m'ouvrir cette boite de conserve! ordonna-t-il avec douceur.

Sherlock eut un bref sourire amusé sur ses fines lèvres. Ses deux bras autour de John, il prit l'ouvre boite, la dite boite et commença à exécuter la demande de son ami.

-Sherlock à quoi tu joues, soupira John mal à l'aise.

-Je fais ce que tu me demandes, répondit-il avec son calme olympien.

Sauf que le blond n'aimait pas vraiment la position un peu trop suggestive à son gout, cette façon d'être entouré des bras de son ami qui le touchait à peine, sa silhouette qui le surplombait. John soupira prenant sur lui et concentrant son regard sur la boite que les longues mains pâles ouvraient pour ne pas faire apparaître son malaise. Soit Sherlock avait esquivé la conversation du câlin la veille et faisait donc exprès de l'embêter avec ça à sa manière, soit… Soit quoi ? Le regard de John était sur la boite de haricot en train d'être ouverte alors qu'il sentait de plus en plus chaque mouvement de Sherlock contre lui, la présence de son torse à quelques centimètres de son dos, le frôler de ses bras aussi léger et subtile qu'un félin, son souffle pas loin de son cou et qui agaçait son oreille.

John ne put contenir de légères rougeurs de gêne à ses propres pensées qu'il fit disparaître en secouant brièvement sa tête et lâchant un soupir quand Sherlock eut fini d'ouvrir la boite. C'est étrange comme une simple ouverture de boite de conserve peu parfois vous paraître durer une éternité…

-Merci.

Le blond prit la boite mais ne bougea pas, ne souhaitant pas entrer en contact avec le corps de son ami si proche du sien… Sherlock évitait tout contact habituellement. Cette révélation le fit bloquer et la boite fut reposée sur le plan de travail. John releva un regard incertain sur le détective qui avait penché la tête sur le côté, son regard venant s'ancrer au sien. Le médecin lui posait silencieusement la question de « qu'est-ce que tu es en train de me faire là ? ». Le regard d'acier le fixa avant de se décoller de son dos et de repartir avec son calme impassible vers son microscope. Le blond resta abasourdi par la situation qui avait tout d'un rêve. Enfin, rêve façon de parler… Il cligna des yeux et chercha une réponse au comportement de son ami mais rien ne vint, les yeux rivés sur son expérience en cours.

John ouvrit la bouche pour la refermer aussitôt après, ne sachant pas quoi dire. Il se demandait s'il n'était pas tombé dans une dimension parallèle mais Sherlock était de nouveau à sa place, lui-même sans qu'il est la moindre idée de ce qui s'était passé dans cette fichue tête bouclée. Il se passa machinalement la langue sur ses lèvres pour se donner de la contenance, réfléchir au problème mais il n'avait pas de solution et que des questions dont une finie par franchir la barrière de ses lèvres :

-Je peux savoir ce que tu m'as fait là Sherlock ?

-Je t'ai aidé à ouvrir une boite de conserve, répondit immédiatement le brun.

-Je ne parle pas de la boite Sherlock, je parle de toi presque collé dans mon dos !

Sa voix s'était un peu emporté ce qui eut pour effet de faire remonter les prunelles d'acier sur sa personne. Sherlock était terriblement calme et maitre de lui alors qu'il était gêné, anxieux et qu'il se posait des questions sur le comportement de son colocataire.

-Problème ?

-Tu ne touches jamais qui que ce soit, tu évites les contacts comme si la stupidité des autres pouvait te contaminer donc oui Sherlock, il y a un problème.

Sherlock le dévisagea tranquillement avant de répondre de son ton calme et serein :

-Tu sais très bien que je n'ai pas ce genre de problème avec toi John.

Le regard de Sherlock se baissa sur l'oculaire du microscope tirant un soupir excédé à John.

-Le privilège d'être mon seul ami, rajouta la tête bouclée sans se relever.

Le regard de John chercha le piège dans cette réponse avant de se retourner devant le plan de travail et de se remettre à faire la cuisine. Il sentait qu'il y avait autre chose, que Sherlock ne lui disait pas tout comme d'habitude mais quand ce grand imbécile avait décidé de ne rien dire, même lui son meilleur ami – puisqu'il l'avait reconnu lui-même – n'arrivait rien à en tirer. John se concentra sur le reste de la cuisine en ne faisant plus appel à lui, la situation avait été trop bizarre à son gout pour provoquer autre chose de ce même acabit.

Il se souvenait bien évidemment de la main de Sherlock sur la sienne le jour où il s'était réveillé à l'hôpital mais avait mit ça sur le compte de son inquiétude – humaine – pour son seul ami et colocataire. Aurait-il du s'en méfier ? Son regard bleu dériva sur Sherlock impassible derrière son engin. Ah il détestait ce calme flegmatique sur lequel tout glissait. Un peu d'émotion que diable, John ne ferait pas son procès ni ne bloguerait là-dessus – même si beaucoup de monde le payerait cher pour une bride d'émotion sur ce visage.

Il prépara deux assiettes lorsque tout fut cuit et les posa sur le côté de la table non encombré que Sherlock avait bien voulu laisser.

-Lâche ton microscope et vient manger.

Son ton ne laissa pas la place à une protestation quelconque. Il n'avait aucune affaire en cours alors il pouvait bien lui tenir compagnie pour le repas et John avait remplit de moitié l'assiette de cet entêté. Sherlock mit quelques secondes avant de décrocher son regard de l'oculaire et de déplacer sa chaise devant l'assiette qui lui était octroyé. Le détective prit sa fourchette et commença à manger après un « bon appétit » de son ami, hochant simplement la tête en retour.

John resta un moment silencieux avant de finalement se décider à engager la conversation. Enfin, plus exactement à faire la conversation, puisque Sherlock ne répondait que quand il voulait corriger ses propos ou que c'était vraiment utile. Il arriva tout de même à lui délier la langue quand il amena le sujet de la fillette et de la tournure de l'enquête dont laquelle il ne s'était pas soucié à cause de la douleur et que Sherlock avait tut. Son ami savait très bien que John désapprouvait son engouement pour le jeu de Moriarty. Sherlock lui répondit au sujet de l'enfant, que le père sensé être le père biologique ne l'était pas et qu'il avait donc contacté le plus grand criminel de Londres pour se débarrasser de son aînée. Elle était en faite la fille de son meilleur ami qui avait fricoté avec sa femme avant leur mariage et qui était tombée enceinte, le taisant vu qu'il était proche sur le plan génétique – brun, grand, yeux bleus.

John fronça les sourcils à cette explication avant de demander :

-Moriarty a utilisé ce client pour son propre intérêt en lui mettant une bombe ?

-Il semblerait. L'enfant devait disparaître selon leur accord, le père ne voulait pas que le corps soit retrouvé.

Le blond pinça les lèvres à cette réponse. Si Moriarty se servait de ses clients pour jouer, cela devenait d'autant plus dangereux. Son regard scruta avec intensité Sherlock mais il n'y avait aucune trace de cette excitation malsaine quand il parlait – où entendait le nom même – de Moriarty. L'ex-soldat décida d'orienter la conversation sur un autre sujet, même si Sherlock avait toujours un mot négatif à dire. C'était préférable plutôt que son foutu cerveau ne continue de réfléchir à ce fou furieux de James Moriarty.

Leur repas achevé, John laissa la vaisselle en plan – sachant que ce serait Mrs Hudson qui passerait l'aider et non pas le second habitant de l'appartement qui mettrait la main à la patte – resta un peu devant la télévision avant de prendre ses calmants et de monter se coucher. Il était fatigué de forcer sur son bras de temps en temps et la situation bizarre de la cuisine lui revenait sans cesse en tête. Depuis qu'il côtoyait Sherlock, il avait appris à anticiper un peu ses pensées mais les trois quart du temps, sa logique lui échappait totalement. Il était hors de ce monde avec son cerveau hors du commun et sa manière de fonctionner tellement en marge qu'un mal de tête fini par pointer le bout de son nez dans le crâne de John Watson.

Un soupir passa ses lèvres et il ferma les yeux, essayant de se vider l'esprit. Ne plus y penser, cela passerait sans doute. Sherlock avait toujours des comportements bizarres qui disparaissaient ou avaient une explication à retardement. Il l'aurait tôt ou tard, pas la peine de se tracasser pour rien dans l'immédiat. John finit par s'endormir contrairement à Sherlock qui après avoir pris une douche avait élu domicile sur le canapé, allongé de tout son long et réfléchissant comme toujours à son… « attirance » pour son colocataire.

Le brun s'endormit d'un sommeil léger après avoir eut la conclusion qu'il devait passer à l'attaquer afin de savoir s'il avait une chance de faire changer John d'avis sur sa sexualité.

Sherlock se réveilla vers 3h du matin en entendant un cri puis des gémissements. Tous ses sens en alerte, il se leva et monta rapidement les escaliers jusqu'à la chambre de John. Ce dernier était en train de faire au cauchemar, la guerre, les ordres du médecin qu'il était sur le terrain afin de sauver des vies. Le brun s'approcha rapidement après avoir allumé la lampe de chevet et lui attrapa les épaules pour le maintenir, surtout la blessée avant de l'appeler avec une certaine douceur pour ne pas trop le brusquer. Mais John semblait être prisonnier de ses vieux démons et chercha à se défaire de sa prise.

-John ! Appela-il avec plus de fermeté.

Le souffle court, le front en sueur, le blond ouvrit les yeux avec la peur hantant ses entrailles, son cœur battant comme s'il avait été réellement sur le champ de bataille. John fixa Sherlock comme si c'était un mirage et son bras droit agrippa soudainement le sien qui maintenait son épaule. Dès que le contact fut établi, il relâcha un soupir, son corps se détendant brusquement. Il referma les yeux, une grimace de douleur étirant ses traits tandis qu'il faisait mentalement le point sur la réalité et les souvenirs.

Le détective ne bougea pas, le scrutant de ses prunelles de glace tandis que son ami recouvrait peu à peu un rythme cardiaque plus normal. John déglutit avec difficulté avant de rouvrir ses yeux sur son ami.

-Sherlock… Tu veux bien…

-Calmants ?

-Oui, souffla-t-il d'une voix pâteuse.

Il relâcha les épaules de John pour descendre récupérer un verre d'eau puis les boites de calmants et remonta d'un pas plus tranquille. Le médecin s'était redressé dans le lit, l'attendant, son bras gauche pendant le long de son corps pour le ménager mais la douleur se lisait sur son visage. Sherlock lui tendit le verre avant de lui passer les pilules et John les avala rapidement. Le brun s'assit sur le rebord du lit après avoir posé verre et boites, scrutant John avec attention.

-Merci Sherlock.

Il ne répondit rien, son visage neutre où aucune émotion ne se lisait mais il était inquiet. John releva son visage vers lui et lui offrit un pauvre sourire.

-Je vais bien, va te coucher.

-J'ai déjà dormi.

-Te connaissant, pas assez, répliqua-t-il avec douceur.

Sherlock haussa les épaules sur le sujet qui n'était pas vraiment important.

-Je reste, rendors-toi John.

Le blond fronça les sourcils devant son ton un peu autoritaire et à ses paroles. Il le scruta de ce qu'il pouvait distinguer de son visage, de ses traits mais il était illisible comme toujours. Les prunelles pâles le fixaient avec cette indifférence habituelle.

-D'un c'est inconvenant et gênant, de deux je vais bien, de trois… c'est non Sherlock.

-Le premier point n'est pas vraiment important surtout qu'il n'y a aucun témoin, le second est discutable et le troisième n'est pas valide. John, tu n'as pas fait de cauchemar à l'hôpital car tu savais une présence dans la pièce donc je reste. Et m'allonger sur ta couette n'a rien de tendancieux.

John ouvrit la bouche pour protester mais… Sherlock avait raison, Sherlock avait fichtrement raison comme toujours. Ses lèvres se pincèrent pour signaler son désaccord mais il se rallongea avec précaution, sur le dos et soupira de douleur. Le brun ne bougea qu'une fois que son ami était installé, il éteignit la lampe et s'allongea sur la place disponible, sur le côté pour fixer John.

Le médecin avait son corps tendu par cette présence peu habituelle dans son lit, il savait que Sherlock le fixait et cela ne l'aidait pas pour s'endormir.

-Sherlock arrête de me fixer, grinça-t-il.

Le brun resta sur sa position encore une pleine minute avant de se tourner dans un bruit de couette et de tissus, se mettant sur le dos. John lui jeta un regard en coin et sembla se détendre sans ce regard sur sa personne. Il finit par se rendormir vaincu par la fatigue, la douleur encore présente. Mais comme l'avait si bien souligné Sherlock, il ne fit aucun cauchemar. Une nuit sans rêve comme si le précédent avait été trop intense pour lui permettre de s'évader.

La tête bouclée fixait le plafond, ses yeux s'habituant au noir, ses sens à l'écoute de John qui s'endormait progressivement. Lorsqu'il fut certain que son ami dormait, Sherlock se tourna et se rapprocha de lui, portant sa tête à son niveau proche d'une vingtaine de centimètres. Il pouvait sentir la chaleur de John même à travers la couette ce qui lui tira un bref sourire amusé. Le médecin était tout ce qu'il n'était pas, sociable, chaleureux, patient… Définitivement il le complétait et Sherlock ne voulait pas le voir partir. Qui s'occuperait de lui sinon ?

Le détective attendit le matin que John se réveille, sa tête proche de son épaule, s'étant assoupi dans sa mission de veiller sur le sommeil de son ami. Sherlock se réveilla en l'entendant grincer dans son sommeil, ouvrant les yeux sur John et redressant la tête. Le blond n'était pas encore totalement réveillé mais il sortait de son sommeil bientôt il ouvrit les yeux avec paresse, faisant le point sur le visage de son ami.

-Bonjour Sherlock…

La tête brune le fixait avec intensité ce qui obligea John à se réveiller un peu plus rapidement, pas habitué à ce regard inquisiteur dans son lit, à peine réveillé… C'était surtout la donnée de Sherlock dans son lit qui le perturbait même s'il avait dormit par dessus la couette. Il tourna la tête vers le détective avec une attitude la plus détendue possible malgré sa gêne de cette situation exceptionnelle mais ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

Sherlock était soudainement trop près, vraiment et il avait même apposé une certaine partie de son anatomie sur… Ses lèvres… John était littéralement bloqué sur place à cette constatation, sentant avec une acuité étrange les lèvres du brun sur les siennes, son souffle, sa chaleur. Un baiser maladroit digne d'un adolescent qui cherche à embrasser sa première copine, un simple effleurement qui fit naitre une myriade de frisson avant que son cerveau de s'emballe et reprenne le dessus. C'était Sherlock… Et avant qu'il ait pu le repousser, le détective rompit le contact, rouvrant ses yeux d'acier sur un médecin totalement prit au dépourvu, qui ne savait pas comment réagir à la situation irréelle qui venait de se produire.

L'échange de regard dura quelques instants avant que John ne retrouve sa voix pour souffler avec confusion :

-Sherlock…

Il voulait une explication mais ne savait pas comment la formuler. Il fronça les sourcils devant l'air toujours aussi neutre de son ami. Son regard tomba sur les lèvres de ce dernier et de la chaleur se propagea sur ses joues.

-Sherlock, tu peux m'expliquer ce que…

La tête bouclée affronta la surprise de son colocataire, ses yeux ne le quittant pas. Il avait rarement suivit ses impulsions envers quelqu'un et le blond était le seul à susciter ce genre d'émotion – assez nouvelle il devait bien l'avouer. Sherlock était un novice dans ce domaine, enfin, il savait comment sa fonctionnait, pouvait décrypter n'importe quel comportement amoureux et relation social intime mais lorsque cela le concernait lui, oui, il était novice. Mais cet effleurement fugace avait tout ce qu'il aurait pu espérer… La chaleur de John, une douceur qu'il ne soupçonnait pas, son gout si particulier. Cela avait fait naitre des frissons sur sa peau. Il était loin d'avoir ressenti le dégout de « cet échange de fluide corporel » comme il l'avait si bien nommé.

Son regard s'était perdu dans le vague, tout à ses réflexions et John le rappela à lui en l'appelant d'un ton malaisé :

-Sherlock ?

-Parce que j'en avais envie, répondit ce dernier d'un ton neutre.

-Tu…

John cligna des yeux en fixant Sherlock qui demeurait impassible après son acte des plus irréels. Son cerveau avait du mal à repartir tellement s'était assourdissant.

-Tu ne peux pas embrasser quelqu'un parce que tu en as envie Sherlock, soupira John. Un baiser c'est… C'est très intime comme geste, ça implique du désir, une relation avec la personne avec qui tu l'échanges.

-Je sais.

-Alors pourquoi diable tu…

John ne finit pas sa phrase. Son cerveau lui rappela le moment du câlin, le contact dans la cuisine… Il avait mit ça sur le compte de la bizarrerie de Sherlock – surtout le passage dans la cuisine – mais maintenant tout avait un sens. Le détective avait cherché son contact… A lui, parce qu'il était le seul à avoir le droit de l'approcher.

-Sherlock, tu es mon ami, dit-il avec beaucoup de douceur. Mon meilleur ami et… Je suis flatté mais tu sais que je ne suis pas gay.

-Je le sais, soupira ce dernier.

Il se redressa et John se tendit, déglutissant avec difficulté. Cette situation lui paraissait digne de la quatrième dimension tout comme la conversation. Néanmoins, il se redressa pour ne pas fuir le regard d'acier, il avait besoin de savoir ce qu'il y avait dans cette tête bouclée souvent hors de contrôle, de la remettre sur le droit chemin.

-C'était une envie ou une expérience Sherlock ?

Le brun tourna la tête vers lui, le scrutant tout en réfléchissant. John le voyait bien et il coupa court à ses réflexions.

-Répond sans réfléchir avec ton stupide génie Sherlock.

-Envie.

John soupira. Sherlock s'apprêtait à lui mentir pour enfermer ce qu'il ressentait, il le voyait à son visage neutre et un peu fermé. Et là, c'est lui qui rompit le contact et se passa une main sur le visage, essayant de mettre de l'ordre dans sa tête.

-Je veux que tu sois honnête Sherlock. Quand tu étais ivre, c'était bien un câlin ?

-Une tentative.

-Et dans la cuisine ?

-Ton contact.

-Et tu en as déduit ?

-Que tu es le seul dont le contact ne me dégoute pas John.

Le blond releva la tête vers Sherlock, affronta son regard de glace qui ne l'avait pas quitté. Son intensité était déconcertante et lui donnerait envie de baisser les yeux mais il l'affronta malgré sa gêne. Il devait faire face à ce problème… Sherlock était son ami, il lui était précieux mais de là à… Non, il n'était guère près à envisager ça. John lui fit comprendre d'un regard qu'il continue son argumentation.

-Tu m'es devenu indispensable pour mes enquêtes, pour réfléchir, pour… prendre soin de moi, fit-il avec une grimace. John, tu es le seul qui arrive à me supporter, tu es aussi le seul à anticiper, à me comprendre.

-Pas tout le temps, soupira ce dernier.

-La plupart du temps, corrigea Sherlock.

-Continue.

-Ces émotions sont nouvelles mais je sais que c'est toi et toi seul qui les suscitent. Tu es mon ami – le seul – mais… Je n'ai pas envie de te voir t'éloigner avec une de ses stupides femmes.

Un silence s'installa avant que le commentaire du docteur Watson ne tombe :

-Ce n'était pas une plaisanterie quand tu m'as dit de « devenir gay » car la gente féminine ne me réussissait pas ?

-A moitié.

-Tu savais déjà ce que tu ressentais ?

-Je commençais à y réfléchir.

-Et je devine la conclusion de tes réflexions, répondit John dans un soupir.

Le médecin rompit de nouveau le contact visuel parce qu'il avait besoin de réfléchir posément sur le sujet et le regard perçant de Sherlock qui vous décrypte en quelques secondes n'aidait franchement pas. John laissa un soupir lui échapper pour relâcher la pression de son corps, de ses émotions troublées, de ses pensées confuses à propos de Sherlock et de son coming out hors de la catégorie « asexué ».

Le brun resta silencieux, fixant John avec ce qui pouvait s'apparenter à de l'appréhension. Sherlock mettait rarement à jour ce genre d'émotion et John était le réceptacle de beaucoup de chose mais là… Un autre poids reposait sur ses épaules. Et ce dernier en était bel et bien conscient. John était terriblement troublé d'être le centre de ce nouvel intérêt qu'avait Sherlock pour les relations intimes. Il avait beaucoup d'affection pour cet imbécile de géni mais de là à changer d'orientation sexuelle… C'était impensable. Il n'était pas attiré par les hommes même s'il savait que Sherlock était séduisant, attirant à bien des niveaux et… Ses réflexions n'eurent pas le temps d'aller plus loin car une question lui fit relever la tête.

-Est-ce que ça t'a déplu ?

-Déplu ? Quoi donc ?

-Le baiser.

-Sincèrement non. Mais ça ne veut pas dire que je suis attiré par toi Sherlock, ajouta-t-il pour être clair non sans beaucoup de douceur. C'est une marque d'affection particulière mais ça ne m'a ni dégouté ni déplu. Si cela avait été un autre que toi clairement oui, il aurait prit mon droit dans la figure.

Un bref sourire étira les lèvres du détective à cette réponse sincère, honnête. John l'était toujours, même si sa gêne et son trouble se lisaient sur son visage comme dans sa posture. Il mettait un point d'honneur à être franc avec lui. C'était aussi un des aspects que Sherlock aimait chez lui.

-Est-ce que tu ne voudrais pas y penser ? demanda le détective. Pour moi…

-Je fais beaucoup de chose pour toi Sherlock, répondit-il avec un rire d'autodérision. Je fais régulièrement capoter mes rendez-vous, j'ai perdu plus d'un travail pour te suivre dans des enquêtes, je saute des repas, je passe des nuits blanches, alors…

John fit mourir la fin de sa tirade dans un souffle devant le regard d'acier plein d'espoir. Ce grand imbécile lui demandait d'y penser et il ne s'imposait pas comme il avait l'habitude de faire. Le regard bleu du médecin le scruta avec trouble mais sans aucune froideur face à cette situation. Non, il ne voulait pas braquer Sherlock, ne pas le blesser… Mais il n'était pas gay… La difficulté était délicate à gérer.

-Je ne veux pas perdre ce qui est déjà présent, notre amitié, souffla Sherlock.

-Tu es conscient que là tout de suite, je ne suis pas en mesure de penser favorablement à cette histoire et que tu vas devoir donner du temps à mon cerveau d'imbécile ?

Sherlock répondit par un sourire amusé à cette réplique. John eut un sourire avant de répondre :

-J'ai besoin de temps pour emmagasiner toutes ces nouvelles informations, je ne suis pas toi. Je ne suis pas… gay non plus.

Le détective hocha simplement la tête mais il avait sa réponse. John se pencherait sur la question. Sherlock avait juste peur que la réponse ne soit définitivement négative, de le voir partir avec une femme qui saurait le séduire, se l'accaparer.

-De toute façon, je vais faire une pause dans les rendez-vous galant alors plus d'effet de surprise de ce genre, compris ?

-Hmm.

John le scruta un instant avant de soupirer. La réflexion lui semblait ardue vu les attentes très clair de son ami le concernant. Cela le mettait un brin mal à l'aise mais il avait la parole de Sherlock de ne pas recommencer et se ferait un plaisir de le lui rappeler. Le médecin porta sa main droite sur son épaule gauche, la douleur commençant à se réveiller. Il massa un peu sa nuque tendue avant de lâcher :

-Peux-tu faire le petit déjeuné pendant que je m'habille ?

Sherlock hocha la tête et se leva, son regard parcourant son ami avant de disparaître par la porte de sa chambre. Le regard bleu du médecin l'avait suivi et il resta un moment assit dans le lit à ce repasser cette conversation avec une impression d'irréel. Il avait vraiment eut cette conversation avec Sherlock… Un Sherlock qui en pinçait pour lui. Cette pensée fit chauffer un peu ses joues de gêne avant qu'il ne se lève et referme sa porte.

Il ouvrit les volets et s'habilla en tenue décontractée car il ne comptait pas sortir… Et même s'il sortait, un jogging ferait l'affaire. John avait du mal à envisager une relation autre avec son ami parce qu'il n'avait jamais été attiré par un homme. Mais Sherlock était… Sherlock était à part, un électron libre et fou que seule sa personne arrivait – malheureusement – à canaliser – de temps en temps. Le docteur Watson eut un sourire désabusé à cette pensée avant que son cerveau ne lui rappel le timide baiser d'adolescent…

La gêne et l'attendrissement se partageaient la première place du sentiment dominant. Un sourire effleura ses lèvres et l'attendrissement gagna car beaucoup se serrait moqué d'un grand nigaud de trente ans comme Sherlock à sa manière de procéder. John lâcha un soupir et se massa les tempes. Il avait dit qu'il y réfléchirait mais n'avait aucune attirance pour le corps d'un homme malgré sa grande affection pour son ami. Mais ses échecs plus que répétés avec la gente féminine parce que ce grand imbécile passait avant… L'ex-soldat bloqua face à sa propre pensée. Sherlock passait de toute évidence avant tout le reste, mais s'était Sherlock Holmes, le brillant détective consultant, son meilleur ami et lui, son garde fou, celui qui assure ses arrières en même temps qu'il pâlit à ses incompétences sociales. Il avait tué pour lui sauver la vie et il savait au fond de lui qu'il n'hésiterait pas à recommencer.

John resta un long moment debout planté devant sa porte face à ces évidences. Peut-être devrait-il sonder cette piste SANS en faire part au principal intéressé qui sauterait sur le moindre geste comme un « oui » . Il avait besoin d'y réfléchir, définitivement… Car avec ses mots à lui, Sherlock lui avait fait une touchante déclaration. Un sourire amusé et de la chaleur se propagea sur ses joues à ce souvenir.

Le médecin se vida l'esprit en soupirant avant de rouvrir la porte et de descendre pour affronter une journée qui s'annonçait longue… La convalescence est faite pour se reposer…

Sauf sous le même toit que Sherlock Holmes.

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