Bonjour/Bonsoir

Rien ne m'appartient. Le titre vient d'une musique de Nibana. Bonne lecture.


Chapitre 3

When comes the pain


Harry retourna à sa voiture avec l'impression tenace que Draco le surveillait toujours. Il rangea ses courses dans la malle, qu'il referma d'un coup sec puis s'installa derrière le volant. Le simple fait de sortir de chez lui et de croire que Ginny se tenait devant lui avait éprouvé ses forces et sa santé mentale. Son programme ne devant pas obligatoirement se faire en un jour, il décida de faire le tour du village et de ses environs plus tard.

Après voir rangé les provisions qu'il avait acheté, il décida d'explorer le jardin. Il ne prit pas la peine de fermer la porte puis fit le tour de la maison. Le jardin n'était pas très grand et légèrement en pente, une forêt dense s'étendait derrière lui. Une rangée de rosier bordait la clôture, et sur la droite un puits sortait de terre. Il devait sûrement le voir depuis la fenêtre de sa chambre mais il n'y avait pas fait attention.
La pelouse avait besoin d'être coupée et les rosiers d'être taillés. Ses compétences en jardinages s'arrêtaient là.
Il s'avança jusqu'au fond du jardin, se posta devant les rosiers. Harry fixa les hauts troncs d'arbres, quelque chose par delà la clôture l'appelait.
Il retourna à l'intérieur, prit son écharpe et ses gants puis ferma la porte. A côté de la maison, un sentier de terre descendait et s'enfonçait entre les arbres. Il suivit le chemin. La forêt semblait s'étendre à l'infini. Des gravillons roulaient sous la semelle de ses chaussures. Le chant des oiseaux se faisaient plus fort au fur et à mesure qu'il s'éloignait de la civilisation. Il bifurqua vers la gauche et entra dans la forêt. Autour de lui, les sons du monde extérieur s'évanouirent, laissant place à ceux de la nature : il pouvait entendre assez clairement un ruisseau courir tout près de lui, le souffle du vent agiter les branches, le tapis de feuilles mortes crisser sous ses pieds.
Il s'arrêtera au bout de quelques pas et renversa sa tête en arrière. Intimidé, dominé par l'immensité de la nature, Harry n'osait plus bouger. Il se laissa remplir par le calme et la sérénité de l'endroit, il inspira à plein poumons l'air pur et laissa le pâle soleil d'octobre réchauffer son visage. Pour la première fois depuis des mois, il se sentait totalement en paix.


Il était déjà assis lorsque Ginny arriva. Elle était apparue en un instant à côté de la table, elle s'assit tout en défaisant son écharpe. L'air froid de l'extérieur avait donné une légère teinte rosée a ses joues. Harry regarda autour de lui, la table était pour six personnes, ils étaient au complet. Il fut servi sans avoir à commander. Ginny se pencha vers lui, elle toucha délicatement le bras de l'homme à côté d'elle.

« C'est mon copain. »

Le monde s'évanouit autour de Harry, il rentrait chez lui, il suivait un chemin de gravier, balisé de petites lampes. Le reste du jardin était plongé dans le noir. Un sentiment de détresse écrasait sa poitrine à chaque inspiration, il avançait de plus en plus lentement. Il s'arrêta net en découvrant Ginny devant lui, seule. Ils s'avancèrent l'un vers l'autre sans se parler. Il leva une main à hauteur de sa joie, sans oser la caresser. Cette peau blanche et parfaite qu'il rêvait d'effleurer. Elle s'avança vers lui et posa ses deux mains à plat contre son torse. Il n'arrivait pas a voir des yeux, il ne distinguait que le bas de son visage, ses lèvres qui l'appelaient. L'air vibrait entre eux. Ils se rapprochèrent lentement, hésitèrent un instant, suspendus à quelques centimètres l'un de l'autre. Puis Harry plongea sur elle et captura ses lèvres, Ginny l'agrippait ses toute ses forces, il l'embrassait comme un désespéré, comme s'il l'a voyait pour la dernière fois. Il la pressait contre lui, dans l'espoir de ne jamais la laisser partir, de la fondre en lui et de la garder pour lui, uniquement pour lui, pour toujours.

Harry ouvrit brusquement les yeux. Le jour filtrait à peine a travers les rideaux. 06:53. Il avait encore rêvé de Ginny. Il sentait encore son odeur, et le goût de ses lèvres sur les siennes.

Avec son copain, se souvint-il brusquement. Puis ils se roulaient une pelle monstrueuse au milieu de nulle part.

Pris d'un horrible doute, il fit la dernière chose sensée à faire : débloquer Ginny.

Son cœur tambourinait dans sa poitrine, palpitait sous l'angoisse. Il se serrait à chaque battement tandis que le profil chargeait. Le sentiment de mourir sous l'effet de l'angoisse l'écrasait mais il ne dévia néanmoins pas de son idée. Il fut frappé d'horreur en découvrant un homme qu'il ne connaissait pas sur plusieurs de ses photos. Au fond de lui, il savait déjà la vérité. Son intuition avait été la bonne. Le délaissement de Ginny à la fin de leur relation ne l'avait pas trompé : au fond de lui, il savait.

Le texte sous la photo de profil comportait une citation qui parlait de bonheur de l'amour, du coup de foudre, d'être à la croisée des chemins, que leurs âmes étaient en communion et qu'elle semblait le connaître depuis toujours.

L'enfoirée.

Il n'avait jamais eu droit à ce traitement de faveur, lui.

Parce qu'il n'avait jamais compté.

Il fallait qu'il se rende à l'évidence, elle le frappait en plein visage.

Il n'avait

jamais

compté.

Elle ne l'avait

jamais

aimé

comme lui l'avait aimée.

Pas étonnant qu'elle n'ait jamais répondu à ses déclarations enflammés, à ses textes passionnés, à son besoin urgent d'attention et de reconnaissance.

Il n'avait jamais compté comme elle avait comptée.

A présent, il comprenait.

Ils s'étaient rencontrés alors que Ginny allait mal. D'abord, il avait été effrayé par la noirceur de Ginny avant d'en être totalement fasciné. Ensuite, à sa manière, il avait essayé de sauver Ginny des ténèbres qui la consumait, en vain. Il avait échoué, la tâche était insurmontable pour quelqu'un comme lui. Peut-être qu'il ne suffisait pas Ginny car il n'était pas suffisant pour contenir ses ténèbres et lui maintenir la tête assez longtemps hors de sa noirceur. Il était seulement un instrument de réconfort, un objet de satisfaction qui prouvait à la jeune fille qu'elle pouvait être aimé, qui lui faisait momentanément voir une lumière qu'elle n'avait pas en elle.

Quelle humiliation. Qu'il avait été stupide.

Devait-il se blâmer lui-même pour avoir été aveugle devant les signes évidents ? Ou devait-il blâmer Ginny, complice, qui l'avait laissé dévaler une voie sans issue ?

Il n'était pas innocent, à sa manière il était aussi tordu qu'elle. Vouloir la garder pour lui seul et capter son attention à toute heures du jour ou de la nuit ne ressemblait pas à un amour sain. Se rendre malade et frapper dans les murs lorsqu'il n'avait pas de nouvelles ne ressemblait pas à un amour sain. Dissimuler sa relation à son meilleur ami ne ressemblait pas à un amour sain.
Sincère peut-être, mais certainement pas sain.
Qu'il avait été stupide de ne pas comprendre plus tôt que ses sentiments étaient à sens unique. Il avait eu pourtant des centaines de preuves. Néanmoins il avait préféré se voiler la face : vivre dans le déni de la vérité était plus simple.

Il n'avait jamais compté comme elle avait compté pour lui.

Elle ne l'avait jamais aimé.

Pas même une seconde.

Pas même en rêve.

Jamais.

C'était ces lèvres qui suçait avidement la queue d'un autre, dont elle pensait qu'il était l'amour de sa vie, qu'il voulait désespérément embrasser ? Il se dégoûtait.

Qu'est-ce que ce type avait de plus que lui ? Pourquoi ce type pouvait obtenir son amour et conserver son attention ? Pourquoi lui, et pas Harry ? Est-ce qu'il l'éloignait de ses démons mieux que Harry ?

Il venait brutalement de comprendre qu'il n'obtiendrait jamais l'amour de Ginny, quoi qu'il fasse. Jamais.

Elle ne le prendrait plus jamais dans ses bras, elle ne l'appellerait plus jamais « mon Harry », elle ne le regarderait plus jamais dans les yeux Il ne respirerait plus jamais son parfum.

Tout était fini.

Leur histoire était finie.

L'attente de Harry, l'espoir qu'elle se rendre compte qu'elle l'aimait était fini.

L'amour qu'il avait pu ressentir pour Ginny était fini.

Sa douleur était finie.

Tout était fini.

Lorsque ce moment arriverait, Harry avait toujours pensé qu'il fondrait en larmes, qu'il hurlerait de toutes ses forces, qu'il casserait au moins une assiette par terre, au lieu de cela, il resta figé pendant plusieurs minutes. Il était incapable de bouger, de penser. Lentement, il se rallongea, remonta la couverture jusqu'à son menton et fixa le plafond. Ses poings crispés ne tremblaient pas, il était parfaitement immobile. Son vide intérieur l'inquiétait, il aurait voulu exploser de colère, de douleur, mais son esprit restait d'un calme inquiétant.

Il fondit une première fois en sanglot tandis qu'il était en train de déjeuner. Sans crier gare, sans signe avant coureur. La crise se calma de la même manière qu'elle était venue, sans bruit.

Cela lui arriva une deuxième fois alors qu'il commençait à tailler les branches mortes des rosiers. Ses larmes taries, il se remit au travail comme si rien ne s'était passé.

N'ayant pas faim, au moment du déjeuner, il prépara à la place son repas du soir. Gratin de courgettes et pâtes, sur un lit de tomates. L'association était étrange mais le livre de recette qu'il suivait promettait que ce serait un délice, surtout accompagné d'un vin blanc et d'un morceau de viande blanche. Il ne buvait ni vin et ne mangeait pas de viande.

Il avait déjà coupé ses courgettes en lamelles fines, il s'attaquait à présent à découper les tomates en rondelles égales. Il coupait la troisième quand le manche trembla dans sa main et que ses yeux s'embuèrent. Il se recroquevilla au sol et entoura ses genoux de ses bras. Ses larmes lui brûlaient les joues. Il fixait une rayure sur le placard en face de lui.

Une fois que ses larmes seraient épuisée, Ginny serait aussi partie, en même temps que sa douleur. Elle en reviendrait pas, et lui non plus ne reviendrait pas vers elle. Tout était fini. Leur pauvre histoire était finie. Cela lui brisait le cœur, et le soulageait à la fois : il ne souffrirait plus, elle n'occuperait plus ses pensées.

Il se releva et se remit à cuisiner comme si rien ne s'était passé. En vérifiant s'il suivait bien la recette, il s'aperçut qu'il lui manquait certaines épices et le plus important pour son gratin : du fromage râpé ainsi que de la sauce tomate.

Et des bières. Ce soir, il voulait boire. Être ivre pour oublier à quel point il était pathétique et minable.

Il réserva ses tomates au frais, une fois qu'il eut fini de les couper puis se rendit à la supérette en voiture. Le monde extérieur lui apparaissait comme dans un brouillard, il naviguait parmi celui-ci mais sans vraiment le voir, sans vraiment en faire partie.

Arrivé à la caisse, il eut la surprise de découvrir Draco.

« Bonjour.

- Bonjour.

- Vous allez bien ? »

Harry opina, une boule dans la gorge.

Draco scanna ses deux articles.

« Vous réglez par carte ?

- Oui. »

Harry paya, mit son sachet de fromage, son pot de sauce tomate et les bières dans la poche qu'il avait pensé à emporter. Il releva la tête vers Draco, qui ne semblait pas l'avoir quitté une seconde des yeux.

Son cœur accéléra et sa vision se brouilla. Oh non, pas maintenant. Pourtant, cloué par le regard de Draco, il était incapable de faire un pas. A son grand dam, il éclata en sanglot devant le jeune homme.

Draco posa un doigt sur la main crispée de Harry.

« Ça va aller. Pleure autant que tu veux, ça fait du bien. »

Mais Harry se força à se reprendre. Il s'exhorta au calme et reprit bientôt le contrôle de lui-même.

« Désolé.

- Le sois pas. N'aie pas honte de tes sentiments. »

Harry resta silencieux. Puis finit par dire :

« Merci. »

Ils se regardèrent dans les yeux.

« Je finis à 15h.

- Oui.

- Tu veux qu'on aille prendre un verre ensemble ? »

Sa gentillesse était-elle désintéressée ? Qu'attendait-il de lui ? Allait-il lui aussi le duper et l'utiliser ?
Draco dut percevoir son changement d'humeur car il ajouta :
« Je vois des tes yeux que tu as besoin d'aide et je veux pas te laisser comme ça.

- Merci. 15H30 devant l'entrée du magasin ?

- Ok.

- A toute à l'heure.

- A toute à l'heure. »

Harry ressortit du magasin avec la tête cotonneuse. Dans la même journée, il avait accepté de prendre un verre avec un inconnu et de mettre un terme à son état de déprime post-rupture. Il s'étonnait lui-même.


J'ai versé 3 litres de larmes en écrivant ce chapitre et 3 autres parce que je suis en déprime totale depuis que le BDS est fini. Le chapitre 3 était pas censé ressembler à ça mais j'avais besoin d'écrire ce que j'avais dans la tête, merci à la personne qui m'a inspiré mon rebondissement pour passer de l'intrigue 1 à 2. Si ça t'intéresse, j'ai mis quelques photos du Bal des sorciers sur mon instagram, entre deux photos de bondage et de maquillages "artistiques" ;)

Prends soin de toi, je te fais des bisous si t'en veux

A la prochaine,

Mello.