Bonjour à tous!
Je vous retrouve avec plaisir pour ce nouveau chapitre! Tallia et moi avons mis du temps à en être parfaitement satisfaites, d'autant que notre éloignement ne rend pas faciles les échanges, mais cependant, tout arrive, et le voilà! En espérant qu'il vous plaira.
Merci à ceux d'entre vous qui ont pris le temps de laisser un commentaire. Je rappelle néanmoins que si vous voulez une réponse personnelle, il faut nous laisser une adresse mail, et ce même si vous n'êtes pas inscrits sur le site. Et je remercie aussi ceux qui ont simplement pris la peine de lire...
Sur ce, il ne me reste qu'à signaler qu'hélas cet univers ne m'appartient pas, et je vous laisse à votre lecture...
Lettres et conséquences
Le lundi matin, ce fut avec ébahissement que Peter observa le manège des hiboux venus délivrer le courrier lors du petit-déjeuner. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait des hiboux, loin de là, mais jamais autant à la fois… Et qui volaient ! En un ballet aérien désordonné et qui pourtant donnait l'impression d'une étrange cohésion, avec ces trajectoires emplumées qui se croisaient sans se rencontrer.
Le hibou grand-duc de son père vint se poser devant son assiette et lui tendit obligeamment une enveloppe sur laquelle il reconnut l'écriture de sa mère. Il donna le gras de son bacon à l'oiseau, celui-ci ouvrit le bec et l'enveloppe alla s'échouer dans l'assiette. Avec un soupir, Peter la récupéra, essuya les tâches de gras tant bien que mal et l'ouvrit pour en entreprendre la lecture.
De son côté, Sirius scrutait attentivement le plafond magique, à la recherche du hibou de son père. L'absence de réaction de ses parents l'inquiétait au plus haut point. Plus ils attendaient pour exprimer leur colère et leur mécontentement, plus la punition qui suivait était sévère.
Sa première surprise fut de constater que ce ne fut pas le hibou de son père qui vint se percher sur le rebord en étain de son gobelet mais la chouette argentée de son grand-père. Il ne sut si c'était une mauvaise chose. Enfin, au moins, ce n'était pas une Beuglante. En réalité, la chouette tenait serrées dans son bec deux lettres. L'une lui était adressée tandis que sur l'autre étaient inscrits les prénoms de ses deux cousines.
Son grand-père écrivait à ses cousines !
Sa curiosité de plus en plus piquée, il tenta de se saisir des deux enveloppes mais la chouette eut un hululement méprisant et se contenta de lui donner la lettre qui le concernait avant de s'envoler vers la table des Serpentards.
Sa surprise augmenta quand il se rendit compte qu'il y avait non pas un mais deux feuillets de parchemins aux armoiries des Black dans l'enveloppe. Le fait que son grand-père lui écrivît était déjà en soi exceptionnel mais le fait qu'il trouve de quoi remplir deux feuillets tenait du miracle, lui d'ordinaire si avare de mots !
Ce qu'il en retint ? Beaucoup de tournures. C'était cela qui faisait que la lettre était longue. Mais le message n'en restait pas moins clair : même si la noble et ancienne famille des Black ne pouvait faire annuler la décision du Choixpeau – faire pression sur son syndicat s'avérait actuellement plus qu'ardu – il n'en demeurait pas moins que ses amitiés devaient essentiellement se faire dans la maison verte et argent, où il trouverait une aide non négligeable en ses deux cousines.
N'oublie pas, Sirius, écrivait-il, qu'en tant qu'héritier, ton devoir est de préserver les intérêts de ton nom mais également ceux de toutes les familles au sang pur. Il se peut que ton affectation dans la maison de Godric Gryffondor soit en réalité une volonté de Salazar Serpentard – transmise par l'intermédiaire du Choixpeau – de voir ses idéaux être divulgués dans les autres maisons afin qu'à terme, la pérennité de la société sorcière soit assurée. C'est donc ainsi une lourde tâche qui t'échoit, et elle ne se fera pas sans mal. Cependant, il ne fait aucun doute que nous serons à tes cotés pour t'assister dans cette croisade contre la perte de nos valeurs sorcières et la déchéance qui suivrait immanquablement un tel processus.
A la fin de la lecture, Sirius se sentit désorienté. Brandir l'étendard des idéaux de Salazar Serpentard dans la maison Gryffondor et prêcher ses bonnes paroles ? Ça ne lui semblait pas être la maison adéquate pour une telle chose.
Il observa James quelques secondes, qui commentait avec Peter la dernière plaisanterie que son père lui avait fait parvenir dans sa lettre, en plus des félicitations pour s'être retrouvé dans la maison des Lions. Non, il n'avait pas l'impression d'avoir à lui prêcher quoi que ce se fût.
James venait d'une ancienne et noble famille de sang pur, au glorieux passé guerrier, comme la sienne, et n'était pas à Serpentard.
Pourquoi un tel paradoxe ?
Perplexe, il remit les feuillets dans leur enveloppe et se tourna vers Remus qui étudiait silencieusement leur emploi du temps.
- Par quoi on commence ? demanda-t-il.
- Un cours de potion, l'informa obligeamment Remus en lui tendant un autre exemplaire. Et on sera avec les Serpentards.
- Ah… bien, fit-il sans grand enthousiasme.
Après la lettre de son grand-père, il n'avait pas vraiment envie d'aller retrouver ceux qui auraient dû être ses camarades de dortoir.
Qu'est-ce qui avait bien pu se passer pour que ce soit lui, et non son père ou sa mère, qui lui écrive ? Un conseil familial ? C'était bien possible. Il y en avait bien eu un pour Andromeda quand elle avait été envoyée à Serdaigle. Et dans la mesure où Serdaigle était considérée comme plus acceptable que Gryffondor, oui, la famille avait dû se réunir en urgence la veille autour du repas dominical.
Une corvée à laquelle il échappait à présent. Pauvre Regulus qui se retrouvait coincé avec les adultes. Il avait dû s'ennuyer comme pas deux.
- Eh, Sirius ! interpella James. Tu as vu ? Le cours d'astronomie est demain soir ! Demain soir, j'aurai un gallion de plus dans ma bourse.
- C'est ce que tu crois, répliqua Sirius avec un sourire de défi. Tu vas voir que j'ai raison.
- Il paraît que la Tour d'Astronomie est la plus haute du château, remarqua Peter. Vous pensez que ça va être dangereux d'observer les étoiles de là ?
- Ça m'étonnerait beaucoup qu'ils ne prennent pas de précaution, fit doucement Remus. Dans l'Histoire de Poudlard, ils disent qu'il y a un sortilège qui empêche les gens de tomber ou quelque chose du genre.
Peter poussa un soupir rassuré et retourna à son petit-déjeuner.
A ce moment-là, Remus reçut une tape à l'arrière du crâne. Il se retourna juste à temps pour apercevoir Cassy qui s'éloignait, le bras levé.
- Bonne journée, petit frère ! lui lança-t-elle.
Remus se renfrogna. Petit frère, encore une fois… Les autres allaient le savoir, qu'il avait deux sœurs !
- Qui c'est ? demanda Peter.
- C'est mon autre sœur, indiqua-t-il de mauvaise grâce. Elle s'appelle Cassandra mais tout le monde l'appelle Cassy.
- Et elle est où ? s'informa Sirius.
- Serdaigle, comme Sephona.
- Et toi, tu es à Gryffondor ?
- Comme mon père.
Sirius médita la réponse. Peut-être qu'il n'était pas le premier de sa famille à être envoyé à Gryffondor, après tout. Il faudrait qu'il recherche dans les archives familiales. Ce qui voulait dire pas avant les vacances de Noël. A la réflexion, il aurait plus vite fait de demander à son Oncle Alphard.
- Bon, on y va ? demanda James. Sinon, on va être en retard. Pour un premier jour, c'est pas très glorieux.
Peter se dépêcha de finir son verre de jus de citrouille puis tous les quatre sortirent de la Grande Salle pour se diriger vers le cachot qu'ils avaient repéré la veille.
- Oh non ! fit James une fois devant la porte de la classe, après avoir observé les autres élèves. On est avec les Serpentards !
- Et ? demanda Peter.
- Ça veut dire qu'on va se retrouver avec l'autre, là, comment il s'appelle ?
- Ser - quelque chose, non ?
- Servilius, proposa Sirius avec un méchant sourire.
- Mais ce n'est pas un vrai nom ! s'exclama Peter.
- Non, mais ça lui va bien, répliqua Sirius.
- Il s'appelle Severus, indiqua Remus, alors qu'ils pénétraient dans la classe en rang d'oignons.
- Je préfère Servilius, bouda Sirius.
- Moi aussi, indiqua James en prenant place.
Sirius alla s'asseoir à sa suite, coupant la route à Peter qui fronça les sourcils.
- Le prochain cours, fit-il en s'installant juste derrière eux, c'est moi qui me mets avec James.
- Si tu veux, dit Sirius avec un haussement d'épaules.
- J'avais oublié qu'elle serait là, elle aussi, coupa James en désignant Lily du menton.
Celle-ci venait de s'installer au premier rang en compagnie de Severus, leurs livres respectifs posés devant eux.
Personne ne trouva le temps de répliquer, le Professeur Slughorn entrant dans la pièce. Le cours fut introductif et théorique, et donc profondément ennuyant de l'avis de Sirius. Il prit quand même mollement quelques notes, tout en se demandant ce que Lily et son voisin pouvaient écrire avec tant de fébrilité sur leurs parchemins qu'ils ne retrouveraient pas dans leurs livres.
L'Histoire de la Magie fut plus ennuyante encore, et les quatre Gryffondors se surprirent à bailler. Installé à coté de Driana devant Lily et Remus, Sirius apprit les règles du jeu de pendu moldu avec la kenyane qui avait l'air aussi ennuyée que lui. Le fait que le Professeur soit un fantôme ne changeait en rien l'intérêt de la matière.
- Il va falloir que je me trouve quelque chose à faire pendant ce cours si je ne veux pas que ce soit une totale perte de temps, dit Driana alors qu'ils se dirigeaient vers la Grande Salle pour le repas de midi. Je me vois mal passer le reste de l'année à faire des pendus.
- Merci pour moi, répliqua Sirius.
- Avoue que vers la fin, ça devient un peu embêtant, quand même.
- T'avais qu'à proposer un autre jeu, argua-t-il, toujours piqué.
- Vu la vitesse à laquelle tu as compris comment fonctionnait le pendu, j'aurais pas eu le temps de t'en apprendre un autre !
Et elle le dépassa tandis qu'il rougissait de colère. Elle se retourna cependant au croisement.
- Au prochain cours, je t'apprends le morpion, si tu veux.
Sirius ne s'attendait pas à ce qu'elle se retournât si vite, la remarque le prit donc de court et il ne sut que répondre. Interprétant son silence comme une affirmation, elle lui tourna le dos de nouveau et disparut parmi la foule des élèves.
- C'est quoi, un morpion ? demanda Sirius quelques minutes plus tard, alors qu'ils passaient les portes.
- Un autre jeu moldu ? proposa James. Mais je peux pas te dire en quoi ça consiste.
- C'est un jeu pour deux où tu disposes soit des croix, soit des ronds pour en aligner un certain nombre tout en empêchant l'autre de faire pareil, informa doctement Remus. Ça se joue sur une grille.
- Ah oui ?
- Oui, mais je ne vais pas tout te dire, sinon Driana n'aura plus rien à t'apprendre et elle s'ennuiera encore plus la prochaine fois.
- Si elle s'assit à coté de moi comme elle l'a fait ce matin, elle ne devrait pas s'ennuyer, répliqua-t-il. Je ne suis pas quelqu'un d'ennuyant !
Remus l'observa quelques secondes, la tête penchée de coté puis reprit :
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Je voulais juste dire que si, au prochain cours, tu arrivais en connaissant déjà les règles, ça ne serait plus aussi intéressant pour elle.
Sirius fit la moue, méditant sans le montrer les dernières paroles.
- Avancez ! fit soudain Peter. J'ai faim !
Sirius lui jeta un regard agacé et alla prendre place, imité par les autres.
- Qu'est-ce qu'on a cet après-midi ? demanda James en se servant une portion de viande.
- Défense contre les Forces du Mal, informa Sirius. Et puis Sortilèges.
- J'espère que ce sera plus intéressant que ce matin, fit Peter. J'ai failli m'endormir en cours d'Histoire.
- Tu n'es pas le seul, dit James. C'était d'un soporifique ! Et toutes ces dates que je n'ai pas eu le temps de noter !
- Tout est dans le livre, remarqua Remus. Il suffit de tout reprendre plus tard.
- Super ! s'exclama Sirius, ironique. Du travail en plus !
- C'est pas comme si on avait beaucoup à faire, contra James. Le devoir que Slughorn nous a demandé ne devrait pas prendre beaucoup de temps.
- Oui mais même…
La conversation continua quelques minutes encore, dériva ensuite sur les leçons de vol qui allaient avoir lieu le jeudi qui suivait, puis sur le Championnat de Quidditch, ce qui les occupa pour le reste du repas.
A deux heures, ils se dirigèrent d'un même pas vers la salle de Défense contre les Forces du Mal. Le Professeur n'était pas encore là et le brouhaha des conversations se faisait de plus en plus dense. James et Sirius se provoquaient mutuellement, ayant découvert qu'ils ne supportaient pas la même équipe de Quidditch, Remus tentait de décrire à Lily l'apparence d'un hippogriffe et Peter, fidèle, encourageait James dans sa bataille verbale.
Le Professeur finit par arriver et le coup sec qu'il porta sur son pupitre avec sa baguette fit cesser le moindre désir de conversation.
Jeune et sévère, portant des lunettes rondes sur un visage rendu pâle par un manque certain de lumière et d'activité physique, il les observa un long moment avant de prendre la parole. Visiblement, il n'avait pas grand plaisir à se retrouver devant eux.
- Je me nomme Roberto Parizzi, les informa-t-il enfin. Je vais essayer cette année de vous donner une connaissance générale de ce qu'on appelle communément les Forces du Mal, sans entrer dans les détails. On peut les diviser en trois branches, même si pour ma part, je serais plus spécifique. Une idée de ce que ça peut être ?
Remus ne sut pas quoi penser de cette entrée en matière et garda le silence. Au premier rang, Severus avait levé la main rapidement.
Parizzi le désigna de l'extrémité de sa baguette.
- Il y a d'abord tout ce qui constitue une potion : poisons, élixirs altérant la conscience principalement.
- Exact. Un point pour Serpentard. Quoi d'autre ?
D'autres mains se levèrent, parmi lesquelles celle de Peter. Ce fut lui que le Professeur interrogea.
- Toutes les créatures qui représentent un danger pour la vie des sorciers, soit par leurs attributions naturelles – comme des griffes empoisonnées – soit par leur caractère agressif, soit les deux, répondit-il.
- Toujours exact. Un point pour Gryffondor. La troisième ?
Il laissa passer un temps de réflexion mais cette fois-ci, aucune autre main ne se leva.
- C'est pourtant évident, fit Parizzi quand il lui parut certain qu'aucun élève ne répondrait. C'est tout simplement l'usage d'une baguette. Un sortilège, une métamorphose dans le but de nuire à autrui. Communément appelé les mauvais sorts.
Remus abaissa les yeux sur sa propre baguette, interrogatif.
- Vous pouvez donc noter, continuait le Professeur, que la Défense contre les Forces du Mal n'est pas l'apanage d'une matière. Pour se prémunir contre un poison, il faut se doter d'un antidote et donc faire appel à un Maître de Potion. Pour se protéger contre un mauvais sort, il faut utiliser le Sort du Bouclier ou désarmer l'adversaire et donc ainsi faire appel à la matière que mon collègue vous enseigne. Pour fuir devant un ennemi ou détourner son attention, la métamorphose, pratiquée à un très haut niveau, peut vous servir. Pour faire face à une créature qui s'en prend à vous, il faut connaître ses faiblesses et les sortilèges qui permettent de les exploiter. Est-ce que c'est clair, jusqu'à présent ?
Plusieurs élèves hochèrent la tête, les plumes grattant avec soin le vélin des parchemins.
Le cours continua ainsi pendant le reste de l'heure. Sirius se retrouvait trop occupé à ne pas perdre ce qui se disait qu'il en oublia sa joute verbale sur le Quidditch, Peter s'efforçait tant bien que mal de suivre, se reprenant souvent sur James qui faisait comme Sirius et Remus essayait de chasser son sentiment de malaise. Il avait la nette impression que le Professeur n'hésiterait pas à classer les loups-garous parmi les créatures maléfiques et cette pensée n'était pas faite pour le rassurer.
- Pour la prochaine fois, dit le Professeur à la fin de l'heure, faites quelques recherches, choisissez une potion, un sortilège ou une créature et expliquez brièvement pourquoi cela se range dans les Forces du Mal. Je ne veux pas que vous dépassiez un demi-rouleau de parchemin.
- C'est bizarre, fit Sirius sur le chemin de la Salle de Sortilèges. Il a pas l'air vraiment content d'être là, mais c'est pas comme s'il avait l'air d'être mauvais.
- Je suis assez d'accord, renchérit James. Je me demande ce qu'il faisait avant.
- Pourquoi ? Avant quoi ? interrogea Sirius.
- Avant d'être professeur, bien sûr, fit Peter sur le ton de l'évidence. Tu ne sais pas ?
- Sais pas quoi ? répliqua Sirius, agacé.
- Apparemment, il y aurait une malédiction sur le poste de Professeur de DCFM, expliqua James. Personne n'a pu l'occuper plus d'une année. Il y a toujours eu des problèmes.
- C'est un poste maudit, fit Peter en roulant les yeux.
- Mais…depuis quand, exactement ?
James et Peter haussèrent les épaules de concert, et Remus secoua la tête quand Sirius l'interrogea du regard.
Le cours de Sortilèges s'avéra assez intéressant dans la mesure où le Professeur Flitwick perché sur son bureau ou une pile de livre constituait une image plus que cocasse.
- Je n'avais pas compris qu'il était aussi petit, observa Sirius à voix basse à l'oreille de James qui sourit.
- Mon père m'a dit que c'était un bon vivant mais aussi un redoutable duelliste.
- Il a pas l'air, comme ça.
- C'est clair !
Après le cours, il y eut un moment de flottement.
Peter voulait remonter dans la salle commune pour reprendre ses notes d'histoire, Remus préférait l'atmosphère de la Bibliothèque et Sirius et James n'avaient aucune envie de travailler. Finalement, vexé que James ne l'accompagne pas, Peter remonta seul vers la tour de Gryffondor.
Remus fit ce qu'il avait prévu de faire, espérant trouver entre les rayonnages de livres un peu de calme et de solitude pour faire le tri des événements de la journée, persuadé que tous les Professeurs connaissaient son secret.
James et Sirius se dirigèrent d'un même pas vers le parc. Les beaux jours n'allaient pas tarder à les laisser pour faire place à l'automne et tous deux étaient d'accord pour en profiter tant qu'ils pouvaient.
Ils n'étaient pas les seuls à avoir eu l'idée, puisque une vingtaine d'élèves, de toutes les classes et de toutes les maisons, se dispersaient autour du lac dans l'attente du repas. Sur le sentier qui menait au promontoire où avait été planté le Saule Cogneur, ils croisèrent Lily, assise sur une pierre et les yeux rouges.
- Ça ne va pas ? demanda James avec sollicitude.
Lily secoua la tête et essuya son visage. Avant qu'elle ne pût répondre, une voix retentit derrière eux :
- Lily ! Je te cherche depuis la fin des cours !
D'un pas rapide, Severus se rapprocha et posa un regard peu amène sur les deux Gryffondors.
- On peut savoir ce qui vous amène ici ? demanda-t-il.
- Rien de spécial, déclara James. Comme tu as dit, c'est la fin des cours. On a le droit d'aller dans le parc.
- Peut-être ! Mais vous n'avez certainement pas le droit de nous embêter sans cesse !
Sous le coup de la stupeur, James ouvrit la bouche. Pour une fois, l'accusation était totalement injustifiée
- On ne l'embêtait pas ! finit-il par dire. Pourquoi je ferais ça ?
- Laisse-le, fit Sirius en lui prenant le bras. On a dit qu'on irait voir le Saule Cogneur. Je t'ai dit ? Il paraît qu'il y a des paris pour celui qui s'en approche le plus.
- Ah oui ? s'exclama James en se désintéressant des deux autres. J'ai entendu le Préfet de Sixième Année dire que…
Le reste de la phrase se perdit alors que tous deux s'éloignaient dans le sentier. Severus les regarda disparaître avec une moue d'agacement.
- Il ne m'embêtait pas, tu sais, dit Lily d'une petite voix.
Il se tourna alors vers elle et s'aperçut de son visage chiffonné par les larmes.
- Oh Lily ! Ça ne va pas ?
A nouveau, elle secoua la tête et une nouvelle larme coula sur sa joue.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Severus en s'asseyant à ses cotés sur la roche.
Il constata alors qu'elle tenait un papier à la main. Un papier, pas un feuillet de parchemin.
- Qu'est-ce que c'est ? s'informa-t-il doucement.
- C'est…c'est une lettre de Pétunia, indiqua Lily d'une voix hachée.
- Oh.
Le souvenir qu'il conservait de la sœur de Lily n'avait rien de glorieux. Cette dernière poursuivit :
- Je lui ai écrit pour lui raconter… Le voyage dans le train, l'arrivée, la Répartition. Elle… elle m'a répondu qu'elle ne voulait rien savoir… Qu'elle s'en fichait…
Elle s'interrompit. Severus se garda bien de dire quelque chose. D'abord, il ne trouvait rien à lui dire, et il n'était pas sûr qu'elle eût fini.
Lily renifla et il eut l'impression que les larmes qui s'échappaient de ses yeux étaient plus grosses.
- Elle me dit…reprit Lily, elle me dit… que je suis un… un monstre.
Elle ferma les yeux, son visage s'abaissa et ses cheveux vinrent cacher son chagrin à Severus qui ne savait toujours que dire.
Il était peiné. Il n'aimait pas voir Lily pleurer et se sentait désespérément inutile.
Tout ça à cause de Pétunia…
- Tu n'es pas un monstre, finit-il par dire. Bien au contraire. C'est génial d'avoir des pouvoirs magiques, non ? C'est toi qui l'as dit.
Lily se redressa et eut une moue sceptique.
- Peut-être… Mais je ne veux pas me disputer avec elle… C'est ma sœur. Je pensais que c'était juste parce que Papa et Maman ont voulu qu'elle m'accompagne sur le quai… mais… sa lettre est vraiment méchante.
Une bouffée de colère gonfla le cœur de Severus.
- Elle est jalouse ! siffla-t-il. Si elle est si méchante que ça, il ne faut pas que tu t'en occupes !
- Oui mais… oui mais… si elle avait raison… souffla Lily. Si j'étais un monstre… Je suis la seule sorcière de ma famille…
- Tu n'as pas le droit, s'échauffa Severus. Si tu dis que tu es un monstre parce que tu as des pouvoirs magiques, ça veut dire que tous les sorciers en sont ! C'est pas vrai !
Il s'interrompit puis reprit plus doucement :
- On n'est pas des monstres, Lily. On est des sorciers. Et on doit en être fiers. C'est ce que ma Maman me dit, en tous cas.
Lily ne répondit rien, pensive, achevant d'essuyer ses larmes avec le dos de sa main.
- Tu sais ce qu'elle m'a envoyé ce matin ? continua-t-il, espérant que le changement de sujet lui conviendrait. Un bézoard.
Lily se redressa précipitamment.
- Comme ce que le Professeur Slughorn a dit ce matin ?
- Oui, la pierre, dans l'estomac des chèvres. Tu veux que je te montre ?
Pour toutes réponses, Lily se leva et fourra sa lettre dans sa poche intérieure.
- Oui, s'il te plaît ! fit-elle alors qu'il l'imitait.
- Elle est dans mon dortoir.
D'un même pas, ils prirent le sentier en direction du château.
- Le Professeur a dit que c'était un anti-poison, c'est ça ? demanda-t-elle en chemin.
- Oui.
- Et comment ça fonctionne ? On le met dans la potion ?
- Euh… Je ne sais pas trop. Je sais que ma mère en a toujours dans ses placards, mais je n'ai jamais vu une recette avec un bézoard.
Il se gratta l'arrière du crâne, tentant de se remémorer les cours de Potion que sa mère lui dispensait depuis deux ans.
- Mais je suppose que si on le pille et qu'on l'ajoute à un contrepoison, celui-ci devient plus efficace.
Quelques instants plus tard, ils étaient dans les cachots, en route vers la Salle Commune de Serpentard.
- Tu m'attends ici ? demanda Severus devant le tableau. Je n'en ai pas pour longtemps.
Lily hocha la tête. Severus commença à poser ses doigts sur la peinture dans un ordre précis, le cadre pivota et il disparut dans l'ouverture.
Restée seule, Lily observa le tableau. Il représentait un bel arbre avec des fruits dorés qui pendaient à ses branches, agitées par un souffle léger. Soudain, un sifflement se fit entendre et Lily, les yeux exorbités, vit les anneaux vert argentés d'un serpent pendre à une branche et la tête apparut quelques secondes plus tard. Un long moment, il l'observa et Lily fut prise d'un sentiment de malaise. Ses paupières étaient à demi-transparentes et cela produisait un drôle d'effet sur ses pupilles allongées. C'était comme s'il ne vous quittait jamais vraiment du regard, même les yeux fermés.
Le tableau finit par pivoter de nouveau et Severus apparut, tenant un petit paquet dans sa main. Lily en ressentit un indicible sentiment de soulagement.
- Regarde, dit-il en dépliant le papier qui entourait la pierre qu'li fit ensuite glisser dans la paume de Lily.
Même si c'était indéniablement très dur, cela ressemblait plus à une matière organique qu'à de la véritable pierre, avec un aspect extérieur un peu granuleux et strié d'éraflures. C'était aussi très léger.
Tous deux commencèrent à s'éloigner lentement, penchés sur leur trésor.
- J'aimerais vraiment savoir comment ça s'utilise, fit Lily d'une voix songeuse.
- Si tu veux, je peux écrire à ma mère pour lui demander. De toute façon, je dois lui répondre pour la remercier alors…
- Pourquoi elle te l'a envoyé ?
- Elle m'a dit qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver dans une école et qu'elle avait oublié de me le donner pour que je le mette dans ma valise, répondit-il en haussant les épaules. Humpf !
Il fut brutalement projeté en arrière, sur Lily qui perdit l'équilibre et tomba à son tour sur le sol dallé. Hébétés, ils levèrent les yeux pour apercevoir le Professeur Slughorn qui se retournait lentement. Aucun des deux ne l'avait vu, ce qui tenait lieu de l'exploit étant donné la carrure du Maître de Potion.
- Qu'avons-nous là ? fit Slughorn d'un ton débonnaire tandis Severus s'ôtait de Lily et qu'elle-même se relevait, son postérieur meurtri et le poing serré autour du bézoard.
- Pardon, Professeur, s'excusa Severus, le nez pointé vers le sol. Je ne vous avais pas vu.
Slughorn s'esclaffa.
- Vraiment, jeune homme ? Est-ce cette jeune demoiselle qui requérait toute votre attention ?
Severus rougit, n'osant regarder Lily qui s'avançait à sa hauteur.
S'il pouvait disparaître, ça lui serait fort utile !
- Non, Professeur, fit la jeune fille. C'est ça.
Elle ouvrit alors le point et lui tendit le bézoard. Le sourire de Slughorn disparut soudain et il saisit la pierre avec intérêt.
- Où avez-vous trouvé cela ? demanda-t-il en l'observant à la lumière des torches.
- C'est ma mère qui me l'a envoyé, informa Severus d'une petite voix.
Il fallait qu'ils tombassent sur son Directeur de Maison, Maître de Potion de surcroît. C'était vraiment pas de chance.
- Qui est votre mère, jeune homme ? D'où tient-elle un bézoard d'une si bonne qualité ?
- Eileen Prince, répondit Severus avec une once de fierté.
Il découvrait peu à peu que ce nom était son passe-droit dans la maison de Serpentard et commençait à savoir l'utiliser.
- Eileen Prince ! Une de mes plus brillantes élèves ! C'est votre mère ? Et je vous ai pour élève ! J'espère que vous suivrez ses traces ! Vous m'en avez l'air en bonne voie, en tous cas, vous et votre amie…
Il posa son regard sur Lily, attendant qu'elle se présente.
- Lily Evans, fit-elle en réponse à la question muette. Je voulais d'ailleurs vous poser une question, Professeur.
- Mais bien sûr, fit Slughorn en rendant la pierre à Severus qui s'empressa de la cacher dans les plis de sa robe. Mais reprenons notre route, voulez-vous ? C'est l'heure du repas.
Ils se mirent lentement en marche en direction de Grand Hall, Severus à la droite et Lily à la gauche du Professeur.
- Comment ça s'utilise ? demanda Lily directement. On le réduit en poudre ? On fait quoi ?
- Il y a différentes manières, commença le Maître de Potion. La plus commune est l'usage en poudre.
- Dans un contrepoison ? interrogea Severus.
- Surtout pas ! Voyez-vous, un bézoard se compose de débris de plantes, essentiellement, ou de poils. Les plus efficaces étant ceux formés à base de plantes qui ont différentes propriétés ou vertus magiques. C'est pour cela que c'est un excellent antipoison. Parce que parmi toutes les plantes qui le composent, il y a de très fortes probabilités que l'une d'entre elles soit efficace contre une sorte de poison ou une autre. Le fait que les plantes soient également conservées de cette manière dans l'estomac d'une chèvre accentue leurs propriétés et les rend plus efficaces.
- Mais le contrepoison…commença Severus.
- J'y viens, mon garçon. Pas d'impatience. Tout a son importance dans les potions. C'est la connaissance précise de chacun des ingrédients, les complémentarités qui peuvent exister, les doses à utiliser qui distingue le génie d'un simple suiveur de recette. Pour en revenir au bézoard dans les potions, en ajouter de la poudre risque d'altérer non seulement les propriétés de la potion mais aussi celles du bézoard, rendant l'antipoison inutile. Pour l'administrer, rien ne vaut un bon verre d'eau pour dissoudre la poudre et faire boire le tout à la victime.
- Et si on n'a pas d'eau à proximité ? demanda Lily, fascinée.
- Vous pouvez lui faire respirer la poudre. Je n'ai jamais vu cette méthode d'administration, j'ai quelques doutes à son sujet.
- Et si le bézoard est encore entier ? fit Severus.
- Alors, il faut le faire avaler à la victime. C'est le moyen le plus radical et le plus efficace mais difficilement applicable puisque la plupart du temps, le bézoard se vend en poudre. Il n'y a que l'Hôpital de Sainte-Mangouste qui soit capable de se procurer des bézoards entiers à un prix raisonnable.
- Pas vous, Professeur ? interrogea le garçon.
- Hélas mon garçon, je doute que mon salaire de Professeur suffise à ce genre de luxe. C'est pourquoi je voudrais vous demander un service, continua-t-il alors qu'ils débouchaient de le Hall. Deux pour être vrai.
- Oui ?
- D'abord que vous écriviez à votre mère pour lui demander où elle s'est procuré ce bézoard. Vous pouvez faire cela ?
- Bien sûr ! s'insurgea Severus.
- Ensuite, je voudrais que vous me le confier pour le reste de la semaine pour que je puisse le montrer aux autres classes, particulièrement mes Septièmes Années qui préparent leurs ASPIC.
Severus n'était pas sûr de le vouloir. Cela venait de sa mère et puis, est-ce qu'il était sûr de le revoir ?
- Vous me le rendrez, Professeur ? En entier ?
- Je vous promets que je n'y toucherai pas, assura Slughorn, une lueur gourmande dans le regard.
Severus hésita encore.
- Est-ce que quinze points à Serpentard vous aideraient à prendre votre décision ? tenta le Maître de Potion.
Severus coula ses yeux jusqu'aux précieux Sabliers. Pour l'instant, il n'y avait pas grande différence, après une journée de classe. Quinze points permettraient de prendre un peu d'avance sur le reste.
- Pour vingt, c'est d'accord, Professeur.
Slughorn tendit la main mais Severus jeta un regard équivoque aux Sabliers. Le sourire de Slughorn s'élargit.
- Vingt points pour Serpentard, dit-il.
Severus lui remit alors le bézoard. La main avide du Professeur se referma sur la pierre et ses yeux brillèrent d'excitation.
- Je vous remercie, mon garçon. A présent, je vous souhaite un bon appétit. Au revoir, Mlle Evans.
Il s'éloigna alors d'un pas rapide vers les portes de la Grande Salle.
- Tu aurais pu lui donner sans demander des points ! s'insurgea Lily. C'est un Professeur.
- Non, fit Severus d'un ton catégorique alors qu'ils imitaient Slughorn. On ne sait jamais. Je ne suis pas sûr de revoir mon bézoard. Au moins, comme ça, je n'ai pas tout perdu.
- Qu'est-ce que tu dis ? Bien sûr qu'il te le rendra !
- Tu as vu comment il le regardait ? C'est un Serpentard, tu peux être sûr qu'il va trouver le moyen de le garder.
D'un même pas, ils allèrent s'asseoir en bout de table Gryffondor.
- Au fait, je voulais savoir, demanda Lily en se servant, c'est quoi un hippogriffe ? Remus m'a expliqué mais je n'ai pas compris.
Plus tard dans la soirée, Severus s'installa à une table dans la salle commune pour rédiger la lettre pour sa mère. Il se demanda comment raconter l'épisode du Maître de Potion. Il se doutait bien que sa mère n'allait pas être ravie d'apprendre que ce qu'elle avait sans doute eu du mal à se procurer n'était plus entre les mains de son fils. Mais il était content des vingt points attribués à sa maison. Le mieux était sans doute de lui demander le renseignement que le Professeur lui avait réclamé de manière franche. C'était la meilleure façon de revoir la petite pierre.
Alors qu'il commençait à rédiger, Lucius Malefoy vint s'installer à sa table. Par respect, Severus posa sa plume et attendit de savoir ce qui l'amenait vers lui. Jusqu'à présent, le Préfet de Sixième Année avait fait preuve d'un intérêt poli à son égard comme à la plupart des Premières Années, mais il avait bien compris que le nom de sa mère avait éveillé l'intérêt du jeune homme blond et il était curieux de voir ce qui allait en résulter.
- Je peux te déranger ? demanda Lucius de façon superflue.
Severus hocha doucement la tête.
- J'ai vu les Sabliers en sortant de la Grande Salle. Notre maison a gagné vingt points alors que les cours étaient finis. Je suis allé voir notre responsable de maison et il m'a dit que c'était grâce au fils d'Eileen Prince. C'est bien toi, n'est-ce pas ?
Severus trouvait les précautions oratoires bien superflues mais il semblait qu'ici, ce soit très important. Il hocha à nouveau la tête.
- Je suis venu te féliciter, dit alors Lucius avec un sourire plus sincère et moins emprunt de politesse qu'à l'accoutumé. C'est un très bon point de départ pour un Première Année.
Severus sourit.
- Merci, dit-il.
- Vendredi soir, poursuivit Lucius, il y a une petite soirée avec quelques Serpentards. Je pense qu'il faudrait que tu viennes, il y a des gens qu'il serait intéressant que tu rencontres. Je pense que cela pourrait être bénéfique pour ton futur.
L'invitation surprit Severus au plus haut point. Il ne s'attendait pas à être l'objet d'un tel intérêt, et surtout en si peu de temps. Il eut ainsi du mal à former une réponse cohérente.
- C'est très gentil, parvint-il à répondre. Où est-ce que ce sera ?
- Le Professeur Slughorn met un cachot à notre disposition, à l'étage au-dessus. Tu pourras passer quelques minutes si tu en as envie.
Le « si tu en as envie » n'était qu'une précaution oratoire de plus, Severus le sentit. Il comprit qu'il fallait aussi entendre « c'est dans ton intérêt de passer. » Mais il hocha pourtant la tête avec vigueur et enthousiasme, Lucius lui fit un autre sourire puis se leva et s'éloigna.
En allant se coucher, une heure plus tard, il se fit la réflexion que même sans Lily, la maison Serpentard avait du bon.
