Salut les gens !
Merci pour vos reviews, follows et favoris :)
Voici un chapitre qui arrive plus tôt que prévu, j'ai réussi à écrire durant mes journées libres.
J'ai l'impression que mon petit Théo vous plait ? Moi aussi je l'aime 3 Je pourrais même dire que je l'aime autant que Tom mais si je dis ça je vais encore me prendre un Doloris. Tom est tellement jaloux...
Au fait, vous avez été à la Nuit des livres Harry Potter ? J'ai pu y aller hier soir, c'était super sympa ! :) C'était Bellatrix et Dumby qui animaient la soirée, c'était plutôt animé XD
Bref, bonne lecture sur ce chapitre !
Chapitre trois
OoOoOoO
« Hey Harry ! »
Au son de la voix Harry tressaillit et manqua faire tomber sa tasse. Il lui fallut quelques minutes pour émerger de son café noir et rendre à son esprit toute sa clarté. Quelques lambeaux de sommeil étaient encore accrochés à ses neurones.
En cette matinée de début octobre il avait décidé de s'attarder un bref instant dans la salle de repos des infirmières. Celle-ci se trouvait au rez de chaussée du bâtiment Sud et une petite fenêtre donnait sur le parc. Quelqu'un l'avait laissé entrouverte et une bise froide lui pénétrait la peau. En se rapprochant, il reconnut une silhouette familière qui attendait de l'autre côté de la fenêtre.
« Ron ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu t'es perdu ? »
Son colocataire et meilleur ami passa une main gênée dans ses cheveux roux. « Non...enfin...si...En fait je suis passé dire un petit coucou à George. Une infirmière m'a dit qu'il se baladait dans le parc mais je ne l'ai vu nulle part. Je t'ai aperçu par la fenêtre, du coup je me suis dis que tu saurais peut-être où il se trouve vu que tu travailles là ? »
Harry secoua la tête. « Navré mon vieux mais je n'ai croisé personne ce matin. »
« Moi je l'ai vu tout à l'heure » répondit Hermione qui venait juste d'arriver. « Il était assis près de la fontaine, celle avec le buste de Françoise Dolto juste à côté. »
Ron tourna la tête vers la jeune fille et ouvrit des yeux ronds. « Françoise qui ?
« Françoise Dolto » répéta Hermione avec un air désapprobateur. Elle renifla d'un ton un peu dédaigneux comme elle allumait son poste de travail. Cela fit sourire Harry. La jeune infirmière pouvait se montrer très gentille mais aussi très hautaine. Son côté Miss-Je-Sais-Tout ressortait dès lors qu'elle voyait son interlocuteur dans une ignorance flagrante. Elle ne le supportait pas et avait le chic pour le faire savoir. La première fois que Harry avait discuté avec elle, Hermione lui avait récité presque intégralement les noms des plus grands psychanalyses du monde, biographie et dates comprises (elle pourrait faire concurrence à Théo d'ailleurs...) durant toutes leurs heures de pause. La jeune femme était une passionnée de livres et était abonnée à une bonne dizaine de magazines littéraires, psychologiques ou philosophiques. Harry avait été fasciné par ce puits de culture et croyait même qu'elle pourrait concurrencer la directrice adjointe, Minerva McGonagall, dans ce domaine.
« C'est une grande psychanalyse et pédiatre Française. C'est notamment grâce à elle que l'enfant a été considéré comme un être à part entière, doué de conscience et de paroles. Cette femme a été probablement la première à penser qu'un bébé pouvait communiquer et ressentir des émotions comme n'importe quel adulte. »
Face au ton docte de Hermione, Ron demeura bouche bée. Pris de court, le pauvre ne savait plus quoi dire. La jeune infirmière, elle, parcourait son écran, un sourire satisfait ancré sur les lèvres. Retenant un rire, Harry vola au secours de son meilleur ami.
« Tu trouveras sans doute George près du bâtiment Nord, assis sur un banc. Il y a une petite fontaine entourée de fleurs rouges et jaunes. Essaye donc d'aller y faire un tour. »
« OK. Je vais aller voir alors. Merci beaucoup Harry. Toi au moins tu sais parler normalement... »
Sans remarquer le regard courroucé de Hermione, Ron s'éloigna de la fenêtre et partit retrouver George.
"Non mais vraiment !" marmonna l'infirmière dans sa barbe. "Est-ce de ma faute si moi je lis des livres ?"
« Allons, Hermione» la taquina Harry en allant nettoyer sa tasse au lavabo. « Aie pitié de ceux qui ne sont pas aussi cultivés que toi. »
Hermione le regarda en fronçant les sourcils, ignorant s'il se moquait d'elle ou pas.
« Vu la couleur de ses cheveux, j'en conclus que c'est le frère de George Weasley ? » fit-elle remarquer tandis qu'elle pianotait sur son clavier. Tous les matins, elle se rendait dans cette salle de travail afin de consulter les dossiers de ses patients et de vérifier les doses de médicaments prescrites par les médecins.
Hermione était une personne très consciencieuse.
« C'est son cadet » acquiesça Harry qui refermait le robinet. Il se saisit d'une serviette qui trainait sur une chaise et essuya sa tasse « Ils ont deux ans de différence. Ron travaillait avec ses frères dans une boutique de farces et attrapes, mais depuis la mort de Fred et l'internement de George, il est tout seul maintenant. »
« Tu les connais bien ? »
« Ouais, je connais chaque Weasley par cœur. Contrairement à la mienne, c'est une grande fratrie. Ils sont neuf. Deux adultes, six garçons et une fille » Un sourire naquit à la commissure de ses lèvres comme des souvenirs d'enfance refluaient dans sa mémoire. Le jour où Ron et lui étaient montés sur la moto de Sirius quand ils avaient dix ans, la colère mémorable de Lily et de Molly qui en avait suivi. Le jour où Fred et George s'étaient retrouvés aux urgences après avoir englobé chacun un gros sac de marshmallows. Le jour où Percy avait eu la première cuite de sa vie...
Après la mort de Fred plus rien n'était pareil. Désormais la demeure chaleureuse des Weasley était hantée par la mort d'un fils, d'un frère et d'un ami. Harry et ses parents leurs rendaient visite aussi souvent qu'ils peuvent, mais l'atmosphère y était devenue lugubre et pesante. Les sourires se forçaient, les regards se détournaient et les rires restaient coincés dans la gorge.
La bonne humeur contagieuse des Weasley s'était évaporée ne laissant qu'un vide. Un horrible vide qui se creusait un peu plus chaque jour.
« Ron et moi on était dans la même école. A force de s'inviter chez l'un et l'autre, nos familles sont devenues très vite amies. Les Weasley ne sont pas des gens très riches mais mes parents s'en fichent. Pour eux c'est le cœur qui compte pas le statut familial. »
« Mais pourquoi la famille de George ne vient-elle pas le voir plus souvent ? » demanda Hermione. « Je n'ai pratiquement vu aucun de ses proches venir ici. Et pourtant je mémorise facilement les visages. Mais le seul que je me souviens d'avoir vu c'est celui d'un homme à lunettes et dégarni au niveau des tempes. »
« C'est Arthur Weasley, le père de George » crut bon préciser Harry en se tournant vers la jeune fille. Celle-ci fronçait le nez, l'air un peu indigné.
« Et il n'y a que le père qui vienne ? Et ses autres frères alors ? Et sa mère ? »
« Les membre de sa famille font ce qu'ils peuvent. " répondit Harry, défendant sa famille préférée. "Je suppose que parler à George c'est comme se confronter au fantôme de Fred. Ils étaient jumeaux, quand tu parles à l'un, tu penses forcément à l'autre. Et puis sa maladie ne facilite pas les choses. Ils en ont peur, ça les terrifie même. Ils ne supportent pas de le voir comme ça. Ils ne supportent pas non plus de l'entendre parler. Sa mère est venue une fois, elle en est revenue dévastée. Billy aussi est passé, puis dès qu'il a discuté avec son frère, dès qu'il l'a entendu parlé, il est parti, il ne savait pas quoi lui répondre. Je pense qu'ils ont plus ou moins sous-estimé la maladie de George et une fois qu'ils y ont été confrontés, la réalité leur a explosé en plein visage.»
« Je trouve ça injuste. George est tout seul ! » se révolta Hermione. « Sous prétexte qu'il est malade, quasiment personne ne vient lui rendre visite. Il a besoin de voir les siens. C'est important. Désolé de dire ça, Harry, mais sa famille devrait faire des efforts. Je sais que ce n'est pas facile, mais il faut qu'ils viennent. Je suis sûre que ça lui ferait plaisir »
Comme la jeune fille lui lançait un regard insistant, Harry détourna les yeux. Il appréciait le sens de la justice de Hermione, la façon dont elle défendait ses malades parfois avec la pugnacité d'un bouledogue, mais il ne se voyait pas bousculer les Weasley. D'une certaine façon, la maladie était tout aussi cruelle que la mort et y faire face était parfois impossible.
Lui était habitué à être confronté aux problèmes mentaux, aux crises des malades et à leur imprévisibilité. Ces quatre murs faisaient peur, on les avait construits pour cacher les malades du reste du monde. Les Weasley avaient fait partis de ce reste du monde durant un temps, et aujourd'hui, ils avaient franchi ces murs et ça les terrifiait.
Comment leur en vouloir ?
La peur de l'autre était toujours la plus terrifiante. George n'était plus qu'un miroir déformé. En le regardant c'est eux-mêmes que les Weasley voyaient. Ils étaient confrontés à leur propre douleur et à la mort de non pas un fils, mais de deux.
Harry pouvait sentir les yeux de Hermione rivés sur sa nuque alors qu'il rangeait la tasse en haut d'une étagère.
« Tu sais, je ne suis même pas sûr que George y prête réellement attention. A mon avis il a oublié son entourage depuis longtemps. »
« Moi je suis convaincue que si » s'obstina Hermione dans son dos. « Il en a conscience, seulement tout le monde fait semblant que non »
Un silence gênant s'installa, tout juste troublé par les doigts de Hermione qui pianotaient sur le clavier et cliquaient sur la souris. Alors que Harry s'apprêtait à quitter la pièce, la voix de l'infirmière le retint.
« Tu as jeté un coup d'œil sur les transmissions de cette nuit ? »
Harry tourna la tête avec un regard étonné.
« Euh...non. Pourquoi il y a des choses intéressantes pour moi ? »
« Oui. L'infirmière qui était de garde cette nuit a fait des remarques sur ton patient. Les transmissions sont sur la table. Tu devrais les lire, Harry. »
Suivant ses conseils, celui-ci récupéra une feuille cartonnée posée au centre d'une table. Ses yeux parcoururent en diagonales les pattes de mouches des infirmières jusqu'à ce qu'ils tombent sur ce qui l'intéressait.
« Tom Jedusor. s'est montré plus irritable que d'habitude » lut Harry. « De mauvaise humeur...très lunatique...assez agressif par moments et sans raisons valables...renfermé et laconique. Refuse de parler aux médecins » Il se pinça l'arête du nez en soupirant. « Vu le caractère qu'il a, il n'y a rien qui me surprenne dans ces transmissions. »
Hermione lui sourit avec indulgence. « Ton patient non plus n'est pas facile ? »
Harry lâcha un rire. « C'est peu de le dire ! Mais bon, je trouve ça motivant. Je ne sais jamais à quoi m'attendre avec lui. Je vais de surprise en surprise. Parfois elles sont bonnes, parfois moins. C'est le métier qui rentre. »
« Je connais aussi. Même si le mien (Hermione devait probablement parler de Drago Malfoy avec lequel elle s'était attachée) est plutôt récalcitrant. Il n'y pas beaucoup d'améliorations de ce côté là»
« Il est toujours retranché dans son monde ? »
« Toujours. J'ai l'impression que Drago...enfin Drago Malfoy » se corrigea Hermione. « s'intéresse plus au mur qu'il a devant lui qu'à ses interlocuteurs. Bien que hier il m'ait dit : Fiche-moi la paix, Granger ! » Son visage se fendit d'un léger sourire« Je suppose qu'on peut y voir un certain progrès »
« Il a retenu ton nom, c'est un bon début. Dans quelques temps, il t'adressera la parole.»
« Ou alors il m'insultera» fit Hermione en riant. « Je lui ai apporté quelques journaux pour lui changer les idées. Des titres de presse économiques ou sportifs. Je ne pense pas que des magazines de modes l'emballeraient beaucoup.»
« Je ne pense pas non plus » lui dit Harry avant de lever les yeux vers l'horloge murale. « Je ferais mieux d'y aller. Bon courage avec tes malades ! »
« Merci ! Toi aussi. »
OoOoOoO
En franchissant les portes de l'ascendeur, Harry manqua rentrer dans une des infirmières du service.
« Bon courage avec votre patient » lui lança-t-elle. « Il est particulièrement mordant aujourd'hui. »
« Ah ? Tant que ça ? »
« Oh oui. Même si ça ne me dérange pas. Un si beau garçon... »
Elle éclata de rire et Harry continua son chemin, un peu inquiet malgré tout.
Un regard à faire frissonner une pierre.
C'est ce qu'il reçut quand il rentra dans la chambre. Tentant de rester impassible face à ce charmant accueil, Harry alla s'asseoir dans le petit coin cuisine. Il se positionna de façon à regarder Tom Jedusor, lequel s'était détourné de lui pour se tenir face à une petite fenêtre à barreaux. Une atmosphère morose régnait dans la pièce, renforcée à la fois par le caractère ombrageux de son patient et par la météo maussade. Le ciel était couvert et des gouttelettes d'eau glissaient contre la vitre comme des larmes silencieuses.
A croire que la morosité de Jedusor avait contaminé le climat. Ou alors c'était l'inverse.
« Vous ne voulez pas que j'allume la lumière ? »
« Faites ce que vous voulez, je m'en moque. »
Malgré ce ton peu engageant, le criminologue se leva et appuya sur l'interrupteur. Une lumière froide et impersonnelle inonda la chambre, le faisant cligner des yeux. Jedusor n'avait pas bronché, mais en se rapprochant, Harry put distinguer ses avant-bras tendus, la jointure de ses doigts blanchie comme il serrait les poings.
« A quoi pensez-vous ? »
« A rien qui ne vous concerne » rétorqua Jedusor.
« Vous êtes en colère. Pour quelle raison ? Est-ce encore à cause des médecins ? Des infirmières ? »
« ... »
« Est-ce à cause de moi ? »
Tom Jedusor se tourna brusquement vers lui, une colère noire imprégnait les traits de son beau visage. «Vous m'ennuyez avec vos questions. Vos pathétiques tentatives me fatiguent. Je sais que vous essayez de savoir à quoi je pense. Mais vous perdez votre temps. Je suis quelqu'un de très compliqué à comprendre. »
« Je sais. » répondit Harry avec franchise. « Mais cela ne me décourage pas pour autant. J'aime parler avec vous. »
La dernière phrase lui avait échappé. Il ne savait pourquoi il avait dit ça. Peut-être parce que Tom Jedusor lui avait paru suffisamment insaisissable pour qu'il s'y intéresse. Et que chaque mot qu'il prononçait était synonyme de victoire. Peut-être parce qu'il y avait un je-ne-sais-quoi chez ce garçon qui lui donnait envie de l'aider, d'apprendre à le connaitre et d'en découvrir davantage. Et peu importe jusqu'où ça allait.
A force de le faire parler, Harry arriverait un jour, il l'espérait, à faire jaillir cette vérité que son patient désirait tant cacher.
Sa phrase sembla déclencher quelque chose chez Jedusor. Une lueur de surprise traversa ses iris sombres. Il le fixa avec un intérêt renouvelé.
« Vraiment ? Vous aimez parler avec moi ? »
« Oui » confirma Harry. Il se mordit la langue, se reprochant malgré tout d'avoir prononcé ces mots face à un tel interlocuteur. Son patient ne se priverait pas pour en savoir davantage et le taquiner sans doute à ce sujet.
« Pourquoi ? »
Cette fois-ci, Jedusor s'était complètement désintéressé du mauvais temps pour se concentrer sur Harry, et entièrement sur lui.
Trouve quelque chose, se morigéna Harry alors qu'il s'efforçait de ne pas reculer. Le regard de Jedusor était décidément trop intense pour son propre bien. Il avait l'impression d'avoir basculer dans un abîme noir et sans fin. A ce rythme, il allait finir par être englouti.
Pourquoi n'y avait-il pas eu de cours pour résister à ce genre de regard ?
« Vous êtes quelqu'un de cultivé. » finit par répondre Harry. Les yeux de Jedusor brillèrent d'amusement et il s'éclaircit la gorge. » Vous vous exprimez bien. Et je vous trouve... »
« Oui ? »
« Unique en votre genre. »
Cette réponse sembla plaire à Jedusor qui observait Harry en souriant. Mais c'était loin d'être un sourire doux, c'était plutôt un rictus carnassier. Il en eut presque la chair de poule. Pourtant, même si son patient avait un air assez effrayant, le criminologue savait au fond de lui qu'il ne lui ferait aucun mal.
Du moins, pas pour l'instant.
« Et il n'y a pas d'autres raisons pour lesquels vous aimez me parler ? » questionna Jedusor d'une voix veloutée.
Conscient qu'il jouait avec lui comme un chat avec une souris, Harry reprit son sang-froid. Il fixa calmement son interlocuteur tout en lui disant "J'ai aussi envie de vous aider, Tom. Mais il n'y a rien d'autre. »
« Je n'ai pas besoin de votre aide ! » lui asséna Jedusor avec brutalité. Harry le regarda avec surprise, ne s'attendant pas à une telle réaction. Son patient avait perdu son ton taquin au profit d'un ton particulièrement agressif. Les infirmières de nuit ne s'étaient pas trompées quant à leurs observations. Son patient était très lunatique aujourd'hui. Il passait du froid, au chaud, et au très froid en un temps record. Ces changements de température en auraient troublés plus d'un. Le criminologue, lui, devait réprimer sa surprise et comprendre ce qui avait pu déclencher une telle irascibilité..
J'ai dû toucher une corde sensible sans le vouloir.
Harry leva les mains, dans un geste qui se voulait apaisant.
« Ne voyez rien de mal à ça. Ce n'est pas contre vous. Bien au contraire. Vous exprimer permettrait de vous libérer. Faites-moi un peu confiance, Tom, s'il vous plaît. »
Il appuya ses mots avec force, espérant le convaincre et le calmer à la fois. Mais Tom Jedusor s'était refermé, son visage prenant la consistance du granite. Il fixait Harry avec dureté, ses iris sombres étincelant d'une lueur farouche.
« Cessez de me balancer votre compassion à la figure. »
« Je ne-..."
« Je ne suis pas faible ! C'est vous qui l'êtes, c'est vous qui avez besoin de moi !»
Harry sentit sa gorge se nouer. Les mots qu'il aurait voulu dire s'étranglaient dans sa gorge. La situation commençait à lui échapper complètement et il ne savait pas comment faire pour rattraper le coup. Il n'avait jamais voulu que leur conversation dérape et que son patient se vexe. La dernière fois, Tom s'était aussi emporté, sauf que c'était contre d'autres personnes, et non contre lui.
« Ce n'est pas... »
« Vous voulez savoir pourquoi j'étais si irrité tout à l'heure ? Je m'ennuie ici ! Il n'y a rien, absolument rien, à faire. Je ne peux même pas me cultiver ou faire des activités intellectuelles dans cet endroit. Tout ce que je fais c'est tourner en rond entre ces quatre murs » cracha Tom d'une voix glaciale. « Je n'ai aucun interlocuteur digne de moi. Les médecins ne veulent rien entendre, la plupart des infirmières n'ont pas une once de lucidité et vous, vous voulez m'aider !»
Son visage se crispa de colère et il plongea ses yeux dans ceux de Harry. « Si voulez m'aider alors faites-moi sortir d'ici. »
Sa phrase sonnait clairement comme un ordre, avec un arrière-fond de menace. Mais l'oreille bien entraînée du jeune criminologue y distingua aussi une note de désespoir.
« J'espère que vous avez compris, Monsieur Potter et que vous saurez mieux vous y prendre la prochaine fois » le prévint Tom Jedusor.
Il lui lança un dernier regard noir avant de retourner contempler l'extérieure, signifiant ainsi au criminologue que la conversation était close. Harry ouvrit la bouche mais il ne put émettre aucun son. Rien de ce qu'il aurait pu dire n'aurait sorti son patient de son irritation de toute façon. Tom Jedusor était de très mauvaise humeur. Et il allait certainement l'être toute la journée.
« Alors ? » s'enquit la jeune infirmière que Harry recroisa dans l'ascenseur. « Il ne vous a pas trop mordu ? »
« Disons que j'ai survécu » balança Harry, pince-sans-rire.
En rejoignant la sortie, il se sentit pourtant brusquement déprimé. Il n'avait pas réussi à soutirer beaucoup d'informations à Tom ce matin. Il n'avait pas pu évoquer sa famille avec lui, ni ses trous de mémoire, ni même la voix mystérieuse que Itsuki avait entendu. Pis que tout, son patient était à présent plongé dans une humeur encore plus noire que lorsque Harry était entré dans sa chambre et c'était en parti sa faute.
Les mouvements d'humeurs de Jedusor n'étaient pas linéaires, ils étaient plutôt chaotiques, et Harry avait du mal à suivre. Un coup Jedusor se montrait calme mais froid, charmant mais manipulateur, refermé mais colérique.
J'ai l'impression qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il veut. Il refuse que je l'aide mais apprécie que je lui parle, se dit Harry comme il récupérait ses affaires de motard dans un casier. Cette aide, il voit ça comme un signe de faiblesse, c'est typique de ce genre de personne. Il est bien trop orgueilleux pour vouloir être aidé. A tous les coups, j'ai dû le vexer. Il faut que je m'y prenne autrement avec lui. Mais bon, je suppose qu'il faut d'abord que j'apprenne à anticiper ses mouvements d'humeur. La prochaine fois, il se montrera peut-être sous un meilleur jour. Qui peut savoir ?
En lui confiant Tom Jedusor, Albus Dumbledore avait fait plus que lui donner une mission, il lui avait aussi donné un défi à relever.
OoOoOoOoO
Il passa le reste de la matinée au centre pénitentiaire de Londres. Là, il passa près de deux heures et demi auprès d'un jeune détenu qui lui rappela étrangement Tom Jedusor. Sauf que son crime était beaucoup moins terrible que celui de son patient, et son comportement bien moins ambiguë. De temps en temps parler avec des gens « normaux » était très relaxant, se disait-il intérieurement.
Aux environs de midi, il partit déjeuner Chez Rosmerta, un petit restaurant cosy niché dans une ruelle emplie d'échoppes en tout genre. Parfois, il y retrouvait Ron, Théo, et les autres. Toujours à la même table, au fond à droite, afin que les bizarreries de Luna et Blaise n'effrayent pas les clients, et afin que Ron puisse reluquer à son aise la jolie patronne.
« Comme d'habitude, Harry, un fish and chips et un soda ? » lui lança la rousse aux formes avantageuses.
« Comme d'habitude » confirma le jeune homme en souriant.
Il se fraya un chemin dans le restaurant déjà presque bondé. Des employés, des retraités, des amoureux venaient se retrouver là le midi ou bien dans la soiré cuisine de Rosmerta était simple, nourrissante, bio, et préparée avec amour. Bons nombre de ses clients lui étaient restés fidèles et elle était vite devenue incontournable.
Harry retrouva leur table habituelle mais elle était vide, ses colocataires devaient sans doute se restaurer à la cafétéria de la fac ou à la Coloc', où bien travailler. Où faire d'autres activités que Harry préférait ne pas entendre parler.
Manger tout seul ne le dérangeait pas. Ça lui permettait de mettre de l'ordre dans ses pensées et de s'aérer l'esprit. L'avantage avec la colocation c'est qu'il n'avait pas une minute pour s'ennuyer, le désavantage c'est qu'il n'avait pas une minute à lui, y compris la nuit. Ron et Seasmus ronflaient, Luna chantonnait une berceuse à quelques-unes de ses créatures imaginaires, Théo bricolait sur son ordi, et Blaise allait souvent grignoter dans la cuisine. Il avait quelquefois des « petits creux nocturnes » comme il aimait les appeler. Il n'était pas rare de le voir remonter l'escalier avec des paquets de chips, des yaourts ou encore des nounours au chocolat.
Harry patienta une bon quart d'heure avant que Rosmerta n'arrive, une assiette remplie de frites « maison » dorées et croustillantes et un poisson frit qui semblait tout aussi délicieux.
« Tes amis ne sont pas là ? » questionna la patronne comme elle posait l'assiette devant lui, des couverts et un soda.
Harry secoua la tête, se reculant légèrement pour lui laisser de la place.
« Non. Les connaissant, ils doivent être occupés quelque part. C'est sans doute pour ça qu'il y a moins de bruit dans votre restaurant, ce midi »
Rosmerta éclata de rire. « Oh mais ça ne me dérange pas le moins du monde. Je les trouve très amusants. J'aime beaucoup ton ami, Théodore. Quand il est là, je n'ai jamais besoin de compter le nombre de couverts servis, il le fait de lui même. A croire que c'est inné chez lui. »
Harry ne put s'empêcher de sourire avec ironie. « C'est le cas. Sa bêtise aussi est innée...C'est le cas de beaucoup de membres de ma colocation en fait. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. »
« Tu ne dois jamais t'ennuyer avec eux, alors ?»
Oh non. Jamais...persifla-t-il en son for intérieur. Il planta sa fourchette dans une poignée de frites et commença à manger.
Son repas terminé, le criminologue se rendit au tribunal judiciaire de Londres. La juge Amelia Bones désirait s'entretenir avec le jeune criminologue qui était chargé de l'affaire Jedusor. Elle travaillait en étroite collaboration avec le procureur et le CID. Étant donné que c'était Harry qui était le plus "proche "de Tom Jedusor, si on pouvait dire ça comme ça, c'était à lui que revenait la délicate mission de la tenir au courant de l'avancée de son enquête.
Avec ses yeux acérés comme des rasoirs et son regard qui vous rendait instantanément coupable, la juge n'était pas réputée pour être un interlocuteur facile.
Comme il grimpait l'escalier en marbre qui menait aux lourdes portes en bois, Harry pria pour que la magistrate comprenne que sa tâche demandait du temps. Beaucoup de temps. Et qu'il ne pouvait pas faire dire la vérité à Tom Jedusor d'un simple claquement de doigts. Ce serait trop facile sinon.
« Bonjour Monsieur Potter » lui lança Amelia Bones alors qu'il pénétrait dans son bureau. Un bureau qui était l'image contraire de celui de Nymphadora Tonks. Ici tout était cadré, rangé au millimètre près. Pas un dossier ne dépassait de la table. Pas un stylo ne trainait. Ils étaient tous soigneusement alignés dans son pot à crayons.
Dans un coin à droite, un greffier lui adressa un bref signe de tête avant de pianoter sur son ordinateur. Son dos rigide et ses lunettes carrées lui firent penser à la juge mais en version masculine.
Harry était à peine assis sur sa chaise que Amelia Bones enchaîna directement.
« Bien, Monsieur Potter,avez-vous rencontré Tom Jedusor ? »
« Oui, Madame la Juge. J'ai pu discuter avec lui et lui poser quelques questions. » répondit-il d'une voix claire.
Un bref rayon de soleil étincela sur les lunettes de la magistrate alors qu'elle le fixait de son regard acéré. « Dans ce cas, je n'irais pas par quatre chemins. Pensez-vous que ce jeune homme est psychologiquement malade ? »
Harry se racla la gorge, avant de choisir ses mots avec soin. «J'aimerais pouvoir vous répondre par oui ou par non, Madame la Juge, mais je pense qu'il est encore trop tôt pour le dire. Tom Jedusor est quelqu'un de brillant, d'intelligent, de perspicace aussi. Seulement... »
Il marqua une pause. Comment pouvait-il qualifier son patient ? Sa nature était d'une rare complexité et Harry n'avait même pas encore exploré toutes les voies qui s'offraient à lui.
« Sa personnalité est instable et très ambiguë. C'est une personne qui aime constamment défier les autres... »
« Comment ça ? » coupa la juge d'un ton sec. « Voulez-vous dire qu'il joue avec nous ? »
« Il faut faire ses preuves avec lui » tenta d'expliquer Harry. « Si on le déçoit, Tom Jedusor se montre irritable et agressif, alors qu'à l'inverse si on le surprend, et dans le bon sens, il devient tout à fait charmant (et séduisant, ajouta-t-il en lui même). C'est un homme tout sauf ordinaire et qui cache vraisemblablement un lourd secret. »
« Qui concerne la mort de sa famille ? »
« En partie » répondit Harry Mentalement, il faisait la liste de tous les indices qu'il avait pu récolter jusque là. L'indice le plus solide qu'il avait, et paradoxalement qui l'intriguait, était cette voix, la voix mystérieuse entendue par Itsuki.
Si seulement je pouvais l'entendre. Je pourrais au moins me faire une idée.
« Mais il y a quelque chose d'autre. Quelque chose d'important qui le concerne lui, et ses proches. Je n'ai encore que de vagues pistes. Mais pour comprendre ce qu'il s'est réellement passé, j'ai besoin de temps, Madame la Juge. Aller à la va-vite avec Jedusor ne mènerait à rien, sinon à l'échec. »
« Que comptez-vous faire dans ce cas ? »
« Le défier à mon tour » fit Harry. La juge et le greffier le regardèrent avec surprise. « Ce n'est pas comme si j'avais le choix. »
Bon bon bon, j'espère que ce chapitre vous a plu :)
A bientôt pour la suite ! Je ne sais pas encore quand je pourrais la poster, j'ai commencé à écrire le prochain chapitre mais février et mars risquent d'être chargés avec la fac. Normalement, avril devrait être plus léger, à moins que je n'arrive à écrire durant mon temps libre.
tchouss
