Chapitre 4 : Pièges et Chaudière

Nonchalamment appuyé contre le chambranle, Crane dardait son regard froid sur la chose. Il était là depuis vingt minutes maintenant. Sans parler, sans bouger, cillant aussi peu qu'il était humainement possible. Mais sa colocataire ne semblait pas avoir de problème avec ça, toute en sourires, bouclettes et tablier rouge à froufrou, cuisinant des donuts à la lumière ocre du crépuscule. Jonathan Crane avait une expérience longue et extensive sur la nature humaine, surtout les colocataires, spécialement quand il s'agissait de leur faire quitter les lieux. Ce qu'il se passait en général quand il fixait les gens ainsi était qu'après un laps de temps plus ou moins long il finissaient par s'énerver contre lui, ou au moins se demander ce qu'il pouvait bien trafiquer. A ce moment là il souriait et partait sans répondre. Et ce plusieurs fois dans la semaine. Il avait un certain talent pour trouver le moment précis où les indésirables s'y attendraient le moins.

Sauf que la créature insupportable répondant au nom barbare de Kornelia Burba ne semblait pas être troublée par ce genre de comportement. Elle n'avait même pas la décence de le remarquer. Peut être était elle trop stupide pour être effrayée, supposa-t-il avec humeur tandis qu'elle se remettait à chanter pour la énième fois. Et elle ne savait même pas chanter. Il la regarda entasser une autre rangée de pâtisseries au dessus des précédentes pour les couvrir de sucre glace, souhaitant vivement pouvoir jeter cette enquiquineuse par la fenêtre à guillotine. Salir la maison ne servait à rien parce qu'elle faisait le ménage en son absence. Les cafards qu'il avait glissé sous sa porte n'avaient eu aucun effet. Couper le disjoncteur devait être agaçant, certes, mais maintenant qu'elle avait fini par le trouver caché derrière le cadre fleuri c'était l'affaire de quelques minutes.

Toutes ces délibérations, alliées au fait qu'il ne pouvait plus sentir son épaule, le poussèrent donc à tenter autre chose.

"Tu lis le journal ?" Demanda-t-il en s'emparant d'un donut.

Kornelia le regarda étrangement mais ne se formalisa pas de son manque de savoir vivre. Elle devait avoir l'habitude maintenant, ça faisait une semaine qu'il lui volait de la nourriture dès qu'il en avait l'occasion.

" Eum, oui ? Un peu ?"

" Quelles parties ?"

" La première page et un peu après, les bédés aussi " Elle haussa les sourcils et fit un petit sourire en coin "Pourquoi ? Il y avait une annonce pour un studio?"

Hélas non.

"Non " Il fit une pause pour mâcher "Je me demandais juste si tu t'étais informée sur la dangerosité de cette ville."

Simultanément la brune leva les yeux au ciel, rit et soupira en se détournant de lui, retournant vers l'évier rempli de vaisselle sale.

" Jonathan" commença-t-elle en ouvrant le robinet " Je ne compte pas partir alors je ne partirai pas même si tu me cites toutes les raisons du monde pour prendre mes affaires et changer de cap."

Ce n'était pas du tout comme ça qu'on utilisait cette expression mais il passa outre pour le moment. Crane leva les mains en signe d'apaisement et entra dans la cuisine encombrée, imposant sa présence dans l'espace vital de sa proie.

" Je voulais juste de donner un petit conseil de Gothamite. Si tu comptes effectivement rester-"

" Oui."

Il lui jeta un regard noir mais elle ne daigna pas relever son nez, frottant la vaisselle comme si de rien n'était.

"Ce n'est pas très poli de couper la parole au gens."

Ni de les appeler par leur prénom sans leur accord, mais à son silence il conclu que non seulement elle le savait, mais en plus cette irrespectueuse petite garce le faisait exprès.

" Je disais donc, si effectivement tu comptes rester il te serai utile de faire un peu plus attention à la rubrique faits divers. " Il fit une pause, préparé à ce que la chose sorte un commentaire mais elle continua de frotter. Parfait, elle était tellement plus décorative quand elle était muette. " Cela peut se révéler incroyablement utile de savoir dans quels quartiers rôdent les tueurs en série."

"Je ne trouve pas." Dit- elle d'un ton neutre. "Il y a des tueurs partout à Gotham."

Vrai. Mais pourtant sa voix avait changé, perdant toute trace d'humour et elle avait baissé la tête, son expression désormais invisible derrière la frange, les anglaises et l'épais nœud rouge. La bouche de Crane s'étendit sur le côté en une parodie de sourire qui montrait ses canines.

" Peut être, mais vois-tu les victimes d'un tueur en série partagent souvent le même profil. Ça veut dire qu'elles se ressemblent."

" Je sais ce que ça veut dire."

" Bien " Sa bouche se déforma encore plus " Puisque tu sais déjà tout, je n'ai plus qu'à te renseigner sur les derniers événements n'est- ce pas ?"

Tandis qu'il parlait il s'était lentement rapproché jusqu'à ce que son torse soit presque tout contre le dos de Kornelia. Ses yeux tombèrent sur sa nuque blanche où reposait un bout de son ruban, comme un filet de sang échappé d'un traumatisme crânien.

" Pour être honnête il n'y avait rien de vraiment inquiétant dans les environs ce matin. Juste quelques agressions, un homme a battu sa femme à mort... Classique. Sauf peut être pour … J'hésite un peu je dois dire, je ne suis pas sûr que ce soit approprié pour les oreilles d'une jeune femme."

A ce point là il s'arrêtait juste pour faire durer le plaisir. Il aimait beaucoup la voir ainsi tendue, elle qui lui faisait faire perdre tellement de temps en efforts inutiles.

" Mais non, il faut bien que tu le sache, ça s'est passé à deux pas du campus."

Il agrippa ses épaules pointues et se força directement contre elle pour qu'elle ne puisse échapper à son influence, pressée entre l'évier et son corps. Désormais menacée aussi physiquement que mentalement, le menton de Crane contre ses cheveux, Kornelia se redressa et lâcha son ouvrage, qui tomba dans l'eau en éclaboussant le plan de travail.

" Ca va ?"

" Non. Oui. Si, je-"

" Bien. " continua-t-il d'un ton qui se voulait plaisant, frottant ses bras pour s'imprégner de son malaise" Vois tu ce qu'il s'est passé c'est que ce matin aux aurores un homme, un éleveur de chiens de gardes plus précisément, à découvert quelque chose de curieux en visitant son chenil. Il semblerait que quelqu'un avait tenté de nourrir ses bergers allemands avec un cadavre humain !"

Sa respiration s'arrêta. Il la tenait.

" Heureusement, il a spécifiquement dressé ses animaux pour qu'ils ne touchent jamais à de la nourriture si elle vient de quelqu'un d'autre que leur maître. C'est commun pour ce type de chiens de gardes, sinon il suffirait de leur donner de la viande imbibée de poison pour s'en débarrasser. Mais même avec ça- Tout va bien ?"

"Euhm- Oui je- Oui."

Ses bras se resserrèrent autour d'elle, son étreinte répugnante et intime à la fois.

" Même avec ça "continua-t-il avec délectation" les os étaient en piteux état. Son récit était très détaillé. Il a dit que c'était comme si le tueur avait découpé de gros quartier de viande à la va vite, il y avait de petites entailles partout, des endroits où on voyait la moelle... On n'a pas encore retrouvé la tête."

La jeune femme ne bougeait pas, coincée entre ses bras. Avoir son ennemie prisonnière de cette façon, impuissante et figée par la peur avait quelque chose... de fort plaisant. A cet instant précis il se sentait l'homme le plus puissant au monde, de l'avoir sous son contrôle. Crane voulait la serrer encore et encore jusqu'à ce qu'elle manque d'air et demande pardon de ne pas avoir respecté son autorité. La faire supplier. Il prit une inspiration tout près de ses mèches soyeuses, certainement entretenues avec des produits hors de prix, affamé. Il ne remarqua pas quand l'eau grise déborda de l'évier et trempa leur vêtements, quand ses mains la pressèrent un peu plus contre lui, quand elle commença à se débattre.

Il avait faim.

Faim de quelque chose qu'il n'arrivait pas à identifier et qu'elle lui faisait goûter juste assez pour que la famine enfouie en lui se fasse douloureusement sentir.

Mais Kornelia poussa de toutes ses forces contre son sternum ,se dérobant à son emprise quand il dut lâcher. Il fit quelques pas en arrière pour se stabiliser, manqua de glisser, se rattrapa maladroitement au buffet. Ce n'était que maintenant qui réalisa qu'il avait le souffle court pour une certaine raison. Une qu'il ne connaissait pas.

" Désolée j'ai... Je..."

Jonathan ne répondit pas, trop occupé à regarder enfin la scène. Lui debout au centre de la pièce, elle prostrée comme un animal blessé, la tête basse, se tenant au plan de travail pour ne pas tomber, l'eau sale qui coulait à flot de celui ci. Le sol était inondé. Il le remarqua à voix haute. C'était trivial. Indigne de lui. Mais son cerveau était embrumé, comme en transe.

" Je … La voix de Kornelia était faible et haletante – Je dois- J'ai- J'ai un rendez vous."

Mensonge.

" Pour … un travail. Oui. Je dois me préparer."

Oh non. Pas maintenant. Il n'avait pas fini.

Sa main partit en avant pour la piéger mais elle fut plus rapide. Elle se glissa sous son bras, l'effleurant au passage et s'élança vers la sortie. En quelques bonds de lièvre sa proie avait monté l'escalier pour se réfugier dans sa chambre. Hors d'atteinte.

Le robinet coulait toujours.

Il resta coi un moment, puis le referma.

Silence.

" Au fait" cria-t-il soudainement "C'est mettre les voiles, pas changer de cap."

Elle ne répondit pas.


A la nuit tombée, garé un peu en dehors du site Universitaire, Jonathan Crane frappa le volant de sa voiture avant de serrer sa tête entre ses mains.

Mais qu'est-ce qui lui avait prit ?

Lui raconter des histoires abominables pour lui faire peur passait encore, mais l'agresser physiquement avait été une erreur monumentale. Son propriétaire avait bien peu de patience en ce qui le concernait, si jamais elle lui glissait la moindre allusion à ce qu'il s'était passé il se retrouverait à la rue, obligé de trouver un endroit moins isolé où il ne pourrait pas continuer ses recherches. Pire encore, vu la façon dont il avait bafoué son espace personnel Kornelia était parfaitement dans son droit si elle voulait porter plainte pour agression sexuelle. Et harcèlement. Si le brillant docteur finissait sur la liste des prédateurs sexuels il n'aurait plus jamais le droit de fréquenter les cercles académiques, il connaissait la loi. On ne laisserait pas un violeur potentiel au milieu de jeunes étudiantes innocentes.

Et il ne savait même pas pourquoi il avait fait ça. C'était vrai, elle avait un côté petite chose fragile qui ne lui déplaisait pas mais il voyait des cruches bien plus attirantes tous les jours en cours. La seule raison pour laquelle il s'était jeté sur elle comme ça... Était qu'il s'était bêtement laissé emporté. Jonathan s'était comporté comme un barbare, un animal, pas un jeune professeur plein de promesses au QI plus élevé que ceux de tous ses collègues réunis. La seule solution qu'il voyait à cette situation c'était de trouver un moyen de la discréditer au point que sa parole n'aurait absolument aucun poids. Comment, il ne le savait pas encore.

Pour le moment il n'avait pas le temps de se poser ce genre de questions. Jonathan se redressa et remit sa cravate en place. L'heure n'était pas au doute, mais à l'action. Il sortit de sa voiture, mallette en main, et se dirigea la tête haute vers le bâtiment le plus proche. L'ancien dortoir, en cours de reconversion en bâtiment administratif, n'avait rien d'imposant ou de hors du commun, si ce n'était peut être pour les échafaudages appuyés contre la façade. Comme quoi, les apparences pouvaient être trompeuses à Gotham. Il contourna l'entrée principale et se dirigea vers l'arrière de l'immeuble. Malgré toute sa ruse il n'avait pu obtenir que les clés de la sortie de secours.

Entendant sûrement le crissement des mocassins sur le gravier, Weissberger se retourna vers le professeur. A la vue de celui ci il poussa un petit soupir qui aurait été invisible pour qui que ce soit d'autre que le Docteur Crane.

"Tendu Monsieur Weissberger ?"

Il réajusta sa casquette, crânement posée de travers et tenta un sourire confiant. A son expression on aurait plutôt dit qu'il avait une épine plantée dans un endroit qu'on ne montre généralement pas en public.

"Nan, ça va, tranquille " Répondit il trop vite " C'est juste que vous étiez un peu en retard alors …"

Il ne fit aucune remarque et ne lui dit surtout pas que ça avait été fait exprès. Le but de le faire venir ici en fin de soirée, et de le faire attendre encore un peu plus longtemps seul, de nuit, vers un endroit où personne ne passerait, n'avait certainement pas été de le mettre en confiance. Au contraire il voulait écraser l'arrogance insupportable de ce gamin mal dégrossi. En clair, Crane voulait lui apprendre la vie.

Avec un petit signe de la main il l'invita à le suivre à l'intérieur une fois avoir déverrouillé une vielle porte en métal. Le réseau électrique n'avait pas encore été refait à cet étage mais ça n'était pas un problème, il avait une lanterne. Celle ci éclaira le couloir exigu d'une lumière vert pâle en grésillant. L'élève fit quelques pas en avant et s'arrêta, son courage semblant se limiter à être capable de jeter des billets à la figure des ses enseignants.

"Y'a pas de lumière ?"

"Visiblement non Monsieur Weissberger" répondit-il aigrement en continuant d'avancer" sinon pourquoi me serais-je donné la peine d'emporter une lampe ?"

"Je sais pas …"

Derrière lui Weissberger appuya sur un interrupteur pour vérifier. Pas de lumière. Excédé, Crane leva les yeux au ciel et se retourna vers lui.

"Vous voulez vos crédits ou pas ?"

"Euh ouais."

"Alors arrêtez de vous conduire comme une gamine pré-pubère et avancez. Oui, il fait noir, mais de toute façon vous mettez trop de déodorant pour que qui que ce soit ai l'idée de vous manger."

Et il repartit sans attendre de réponse.

Blessé dans son orgueil de mâle, il carra les épaules et commença enfin à suivre son professeur, râlant qu'il n'avait pas peur, il n'avait juste pas envie de se prendre les pieds dans un câble et d'abîmer sa veste, parce qu'elle était neuve vous voyez. Jonathan n'en avait que faire. Avec l'adresse de l'habitude il se dirigea machinalement dans le dédale de couloir, évitant de laisser ses vêtements frotter contre la peinture fraîche, contrairement au boulet qu'il traînait derrière lui. Finalement ils arrivèrent à un escalier de service où Crane fit passer Weissberger avant lui. D'une part ça avait l'air de lui faire peur, d'autre part il n'était pas question qu'il prenne le risque de se faire écraser par Weissberger si celui ci ratait une marche. Il descendit lentement, faisant une pause toutes les deux secondes, mais arriva en bas sans encombre au grand dam de Crane.

"C'est bon ! Y'a rien à craindre !"

"Formulation intéressante" remarqua Jonathan en descendant à toute vitesse " sans le vouloir vous venez de mettre le doigt sur le sujet de l'expérience du jour."

"Il fait nuit."

"C'est une expression Weissberger."

"Ouais mais il fait quand même nuit."

A l'avenir, éviter la subtilité avec celui là. Laissant tomber le sujet il se contenta de déverrouiller une nouvelle porte avant de libérer le passage, un bras tendu vers la pièce noyée dans les ténèbres, la lumière verte dessinant un loup sur son visage et faisant luire ses canines.

" Après vous."

Aussi lentement qu'il était entré dans le bâtiment, il pénétra dans la pièce, sursautant quand Crane claqua la porte derrière lui. Dans un coin reculé de son esprit, toute cette entreprise lui paraissait être une monumentale erreur qui n'avait qu'enfler à chaque pas et venait d'atteindre son point de rupture quand la lumière vacillante des néons baigna la scène d'une lumière froide.

"Hey, on dirait un labo de Meth !"

" Et au vu de vos notes je crois être à même de supposer que vous devez avoir plus d'expérience là dessus qu'en psychologie comportementale."

Jonathan avait répondu avec acidité, mais ne pu ignorer la pointe de honte qu'il avait ressentit en entendant cela. Oui, c'était bien cela que son laboratoire clandestin évoquait, avec ses vieux appareils scientifiques récupérés auprès de gens peu recommandables, les fioles et erlenmeyers au verre trouble amoncelées sur de vielles tables, les piles de notes, l'immense chaudière rouillée qui dominait l'espace et le mur entier recouvert de cages où une colonie de rats poussait une cacophonie de couinements à la vue du bon Docteur. Cela ne sembla pas gêner Weissberger, qui tapota les barres sans remarquer qu'ils s'enfuyaient devant la présence d'un autre humain.

" Rooh tout de suite. C'est pour quoi les rats dîtes ?"

"Pour les expériences préliminaires" dit il sur une ton neutre en posant sa mallette sur une table. "Si vous écoutiez en cours vous sauriez qu'on ne teste jamais de produit pharmaceutiques directement sur un être humain. Les tests sur l'homme ne viennent qu'après que les tests sur les animaux aient prouvé la fiabilité du produit."

Presque guilleret, il fit claquer les fermoirs de sa mallette en ouvrant. S'il laissait la plupart de ses affaires cachées ici, il gardait toujours les résultats avec lui. Au milieu des devoirs et des papiers administratifs, lovée dans une petite boîte noire, se trouvait une fiole luisante sans étiquette, remplie d'un liquide ambré. Mais il ne la sortit pas. Pas tout de suite. À la place il empoigna le feuillet que son collègue -pour ne pas utiliser le terme dealer- lui avait procuré, ainsi qu'un stylo.

"Okay, okay … Donc on fait quoi ?"

Pour seule réponse, il lui fourra les papiers entre les mains sans cérémonie. Il resta un instant sans bouger avant de comprendre qu'il fallait qu'il lise les papiers. Et là, il pâlit. Là, son insupportable arrogance disparu. Là, la pensée que son erreur venait de lui exploser à la figure remonta enfin à la surface.

" Des tests ?"

" Allons Monsieur Weissberger" la bouche de Crane s'étira sur les côtés "vous ne pensiez tout de même pas que j'allais vous laisser toucher à mon matériel après que vous vous soyez fait virer du cours de chimie appliquée ? Vous mettriez le feu au bâtiment."

"Oui mais... Enfin je m'attendais pas à ça."

Il poussa un petit rire, plus par nervosité qu'autre chose. Ses mains tremblaient. Crane se força à perdre le rictus mauvais qui le faisait sourire, prenant un air neutre et un ton rassurant.

" Je viens de vous le dire, il n'y a aucun risque, j'ai déjà fais des batteries entières de tests sur les rats et comme vous pouvez l'entendre ils sont en pleine forme. Vous ne pensez tout de même pas que je vais risquer ma carrière pour un pauvre test ?"

Weissberger avait l'air à peu près rassuré par ces paroles, mais pas encore convaincu.

"Je sais pas … Il se balança sur une pied, puis sur l'autre- Je pourrais pas voir l'effet sur un rat d'abord ?"

"Non. Nous avons déjà perdu trop de temps pour ça."

Et les rats de laboratoire étaient plus difficiles à obtenir que les étudiants. L'index maigre de Crane pointa une nouvelle fois le document.

" Je n'ai pas d'autre créneau et pas d'autre moyen de vous accorder des crédits alors soit vous signez, soit vous sortez et vous me laissez faire ma notation sans vous plaindre."

Weissberger le regarda, hagard, penaud, indécis. Il ne faisait plus attention à ce qui l'entourait, aux cages de rats couinant, à la pièce mal entretenue. Comme beaucoup d'autres avant lui il avait fait l'erreur de se perdre dans les yeux glacés du professeur Crane. Sa main trembla quand il prit le plumier. Ce n'était plus pour ses notes qu'il avait peur désormais. Son écriture était tremblante mais la signature était bien la sienne. Il admettait donc devant la loi qu'il se portait volontaire pour se faire injecter dix grammes d'un antipsychotique qui n'avait pas encore été présenté aux autorités compétentes, qu'il comprenait les risques que cela encourrait et prenait l'entière responsabilité dans le cas où ce produit se révélerait néfaste pour sa santé. Mais, c'était une bonne idée. Certainement la meilleure idée qu'il avait eut de sa courte vie, comprit il en voyant le visage effémine du professeur se changer en une grimace monstrueuse, parce que rien ne garantissait que Crane l'aurait laissé partir en vie.

"Bien " ronronna t il " vous voyez quand vous voulez."

Sa gorge était trop serrée pour qu'il ne réponde.

Maintenant si vous me le permettez- il lui arracha les papiers des mains et ils disparurent à nouveau dans la serviette du docteur - et vous me l'avez déjà permit - bien à l'abri là où il ne pourrait pas les détruire. Nous allons pouvoir commencer.

Crane se retourna lentement, les mèches de ses cheveux d'ordinaire impeccables tombant sur ses yeux alors qu'il était penché sur une fiole, qui dans l'ombre semblait être remplie de sang. Sans faire attention Weissberger recula au fur et à mesure que Crane avançait, finissant acculé contre la chaudière alors que le Bon Docteur enfonçait l'aiguille d'une seringue dans le goulot. Il n'osait pas fermer les yeux, fixant les mains pâles du professeur alors qu'il se préparait. Prenant son temps, il tapota le pivot pour que l'injection soit libre de toute bulle d'air. Son instrument dans une main, un coton imbibé d'alcool dans l'autre, il se rapprocha de sa victime sans même prendre la peine de cacher son sinistre sourire. Casquette de luxe toujours vissée sur la tête envers et contre tout, l'élève se jeta hors du chemin quand il ne furent plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Crane rit.

"Calmez vous Weissberger vous allez fausser les résultats."

Il ouvrit la grande porte de la chaudière et son tronc disparu à l'intérieur. S'il y avait eut du feu il aurait pu le pousser dedans et être débarrassé de la sorcière, mais non. A la place il en sortit une table qui glissait sur des rames comme une table de légiste. Sauf que celle ci avait des sangles.

"Ah non. Alors là même pas en rêve. Je vais pas là dessus moi non non non."

Crane ne se départit pas de son sourire.

"Vous préférez peut être que je vous enfonce la seringue dans la jugulaire "proposa-t-il sur le ton de la conversation" et que je vous laisse vous casser quelque chose si vous avez une crise ?"

Il s'immobilisa. Oh merde. Il allait le tuer. S'il n'obéissait pas il allait se faire tuer.

Alors sans même que Crane n'ait à le lui demander, se contentant de le guider d'un geste de la main, Weissberger s'allongea sur la table en tremblant de tout son corps et ne dit rien tandis qu'il se faisait attacher, regardant seulement les ombres vacillantes que projetaient les néons sur le plafond. Il se retînt de sursauter quand il sentit le coton imbibé d'alcool suivit de l'aiguille.

"Est-ce- Est-ce que ça va faire mal ?"

Et à sa grande horreur Crane éclata de rire. Son ricanement résonna dans la chambre de métal alors que la table était poussée à l'intérieur. La dernière chose que vit Weissberger avant qu'il ne referme la porte fut ce sourire immonde, malsain au possible qui s'étira et s'étira jusqu'à ce que la chair se déchire et s'étendit encore jusqu'à ses oreilles, suintant du pus et des larves en telle quantité que la chaudière se remplissait à grande vitesse de ce liquide noirâtre, menaçant de le noyer.

" Horriblement."

Personne ne l'entendit crier.


J'ai failli ne pas poster celui ci à temps ! Je ne sais pas pourquoi mais je n'arrivais pas à me connecter. Sur ce, prochain chapitre le 23 Décembre pour un cadeau de Noël en avance ! En attendant, laissez moi une review s'il vous plait ? (Au fait si ça vous intéresse j'en suis à 22 chapitres sur 35 niveau rédaction !).

-Les donuts sont en fait des Paczki (prononcé pownchki. A peu près). C'est exactement comme des donuts, mais ce ne sont pas des donuts (explication de ma prof, pas taper).

- Dans les versions de l'histoire de Crane antérieures à Year One il est noté qu'il aime beaucoup les danses de salons et les gâteaux. D'où le fait qu'il lui vole tout le temps à manger.

- Le point sur l'éducation des chiens de garde est un vrai ! C'est même devenu obligatoire en France grâce à l'association Trente Millions d'Amis, pour assurer la sécurité de l'animal. Caveat lector!

- Oui ça se fait d'enrôler des étudiants pour tester des produits pharmaceutiques aux États Unis. Vous avez vu Malcolm ?