Chapitre 4
L'hôte était un jeune homme athlétique, au teint hâlé et aux cheveux blonds ondulés qui descendaient sur ses épaules. Sam aurait presque pu le comparer à un surfeur californien, s'il n'avait pas été habité par une créature aussi malveillante.
Akeron était assis sur son trône, le menton appuyé sur ses mains jointes, et la détaillait avec une expression détachée, presque ennuyée, sans le dédain habituel que manifestaient les Goa'ulds à l'égard des races "inférieures".
Curieux.
Sam testa une nouvelle fois la résistance des liens qui lui maintenaient les poignets attachés dans le dos : ils étaient solides. Impossible de tenter quoi que soit.
Elle serra les dents et releva le menton. Pas question de faire plaisir au serpent en lui montrant sa frustration.
- Major Carter... - commença t-il d'un ton mi-amusé mi-condescendant - J'ai beaucoup entendu parler de vous.
- J'aimerais bien pouvoir en dire autant. Vous êtes... ?
Le Colonel avait déteint sur elle : voilà qu'elle se risquait à provoquer gratuitement un Goa'uld.
Le serpent esquissa un sourire en coin.
Généralement, c'était à ce moment qu'ils enfilaient leur bracelet énergétique, et qu'ils commençaient la séance de torture habituelle. La jeune femme roula machinalement des épaules et soupira.
Ce n'était pas la première fois que cela lui arriverait. Ni la dernière, probablement.
- Très amusant, Major. Cherchez-vous à imiter votre supérieur ? O'neill, je crois ?
La jeune femme leva un sourcil.
Parmi les seigneurs Goa'uld, Akeron était un joueur de 3e division. Outsider parmi les professionnels, il ne siégeait pas au Conseil des Grands-Maîtres, et n'était pas le vassal de l'un d'entre eux. Les renseignements collectés par le SGC à son sujet étaient extrêmement parcellaires : il ne disposait que d'une petite flotte de vaisseaux et de quelques centaines de jaffas. On ne lui connaissait pas de base planétaire fixe. Et, plus étrange encore, il ne semblait pas avoir noué d'alliance ou entamé de conflit avec aucun autre Goa'uld. Les Asgards n'avaient jamais entendu parler de lui, et les Tok'ra ignoraient totalement son existence jusqu'à quelques semaines auparavant. Akeron était pour ainsi dire passé sous le radar de toutes les forces en présence dans la galaxie.
Sam n'était guère surprise qu'il ait entendu parler de SG-1. Depuis quelques années, les Terriens en général et son équipe en particulier étaient la principale épine dans le pied des Goa'ulds. Cependant, pour un Goa'uld mineur à qui ils n'avaient jamais eu affaire, il semblait plutôt bien renseigné...
L'astrophysicienne songea à nouveau a lui lancer une répartie digne du Colonel, mais resta silencieuse. Inutile de lui donner raison.
- Ah, il semble que j'ai visé juste, commenta Akeron. Je regrette d'ailleurs que le fameux Jack O'neill ne se soit pas joint à nous aujourd'hui.
Il se leva, et fit quelques pas dans la pièce, les bras croisés dans le dos. Sam le suivit du regard, méfiante. Akeron cessa de faire les cents pas pour s'arrêter devant elle et croisa les bras sur son torse.
- Dites moi, Major, comment se fait-il qu'un soldat aussi aguerri que vous se soit laissé capturer aussi... facilement ?
Il ne s'agissait pas d'une provocation, mais d'une question désarmante de sincérité.
- Vous qui semblez si bien nous connaître, vous devriez savoir que nous ne laissons personne derrière.
- Vraiment ? J'ai bien peur que vos nobles intentions n'aient pas été... couronnées de succès.
Akeron fit un signe du menton à l'un des Jaffas postés en faction, et une porte latérale s'ouvrit.
Sam vit apparaître le jeune sergent Denheim, les mains liées dans le dos comme elle, escorté par deux Jaffas patibulaires. Le Goa'uld la toisa d'un air indifférent, et retourna s'asseoir sur son trône.
Elle tenta de conserver une expression indéchiffrable, mais sentit la colère monter en elle. Et un soupçon d'angoisse, aussi. Elle était persuadée d'avoir permis à SG-6 de s'enfuir, mais la présence de Denheim prouvait le contraire. Si le sergent avait été capturé, il en était probablement de même pour le reste de son équipe.
Et possiblement pour...
Ses réflexions furent interrompues par le bruit d'une lourde caisse déposée aux pieds d'Akeron. Un gilet par balles et un P90 dépassaient, certainement posés sur le reste de leurs affaires. Le Goa'uld se pencha et en ressortit un GDO, qu'il examina avec un semblant de curiosité.
- C'est le fameux... GDO, il me semble ?
Sam garda une nouvelle fois le silence. Les propos du Goa'uld étaient assez préoccupants : elle ne s'était pas trompée, Akeron était très bien renseigné sur les Terriens.
- Ne vous fatiguez pas à me répondre, Major, la question était purement rhétorique, s'amusa t-il, en s'attirant au passage quelques sourires complaisants de ses Jaffas.
Il jeta négligemment le GDO avec le reste des objets Terriens , et se pencha à nouveau vers la caisse, semblant chercher quelque chose.
- Ah, le voilà.
Il sortit de la caisse un Beretta M9, et le détailla d'un air approbateur.
- Je dois reconnaître que les Tau'ri ne manquent pas d'ingéniosité. Malgré votre technologie primitive, vos armes à projectiles sont d'une efficacité et d'une précision remarquable. Même les plus simples...
Il tira sur la culasse et Carter entendit la première balle du chargeur s'enclencher dans la chambre.
- Bon... - Il posa le Beretta à sa droite - Je préfère la simplicité et la franchise, Major.
Sam rit légèrement, malgré elle.
- Simplicité et franchise... deux termes qui ne font pas vraiment partie du lexique du Goa'uld moyen !
Akeron sourit.
- Je ne suis pas votre Goa'uld moyen, Major Carter. Enfin, peu importe. Comme je le disais, simplicité et franchise. Je vais vous poser quelques questions, pour lesquelles j'attends de recevoir des réponses claires et précises.
La jeune femme serra la mâchoire et releva le menton. Pour qui la prenait-il ? De toute évidence, il allait utiliser la torture, probablement sur Denheim, afin de la faire parler. Mais ils étaient tous formés à cette situation, et elle même l'avait déjà vécue plusieurs fois. Elle se tairait, évidemment. Et elle savait que Denheim ferait de même.
- Ne dites rien, Major ! s'exclama Denheim en s'avançant.
L'un des deux Jaffas qui le tenait lui asséna un violent coup de poing à l'abdomen, qui plia le militaire en deux et le contraint au silence.
Akeron se pencha en avant, les coudes sur les genoux, et le menton posé sur ses mains jointes.
- Première question : quelles sont les réserves de Naquadah des Tau'ri ?
La militaire et le Goa'uld se toisèrent silencieusement durant quelques secondes. Elle ne répondit pas.
- Seconde question : sur quelle planète se situe actuellement la base principale des Tok'ra ?
Sam inspira profondément. Elle connaissait bien ce petit jeu. Et ce n'était pas un nouveau venu parmi les Goa'ulds qui allait lui apprendre comment y jouer.
- Dernière question : quel est votre code d'ouverture de l'iris ?
Elle ne répondit pas et fixa Akeron d'un regard plein de défi.
Celui-ci se redressa, et saisit le Beretta.
- Décevant. Prévisible, mais décevant.
Il tendit le bras, et d'un geste précis tira une balle dans la tête de Denheim, qui s'effrondra sur le sol.
Sam ferma les yeux et se retint de trembler. Le Sarcophage. Il cherchait à faire pression sur elle, mais finirait par utiliser le Sarcophage, pour ne pas perdre un otage valable aux yeux des Terriens...
- Pensez-vous que je vais le ressusciter à l'aide du Sarcophage ? C'est mal me connaître, commenta Akeron comme s'il lisait dans ses pensées. Pourquoi m'embarasserais-je d'un otage d'aussi peu de valeur, quand j'en ai d'autres bien plus importants à ma disposition ? Votre collègue est définitivement mort. Et d'autres subiront le même sort, si vous refusez de coopérer... Je vous laisse réfléchir à l'attitude la plus raisonnable.
Le Goa'uld se leva, et sortit de la pièce sans un regard pour la jeune femme, le cadavre à ses pieds et la flaque de sang qui s'agrandissait sous celui-ci.
Carter, elle, s'effondra à genoux et contempla le corps inerte du jeune soldat, les yeux remplis de larmes.
§§§
Deux semaines avaient passé depuis sa sortie du SGC, et elle commençait enfin à émerger.
Il était difficile de déterminer si cela était du aux antidépresseurs, au fait qu'elle n'était plus privée de la lumière naturelle quasiment 24 heures sur 24h, ou au temps passé en compagnie de Jack, mais elle allait mieux. De mieux en mieux.
Quand elle racontait l'un de ses souvenirs de captivité, comme elle venait de le faire pour Janet, elle le faisait avec détachement, presque comme si elle était spectatrice du calvaire vécu par une autre. Elle ne ressentait plus, ou presque plus, les palpitations de son coeur qui s'affolait, et l'angoisse qui montait jusqu'à la paralyser ou à la faire fondre en larmes.
La peine était toujours là, bien sûr. Mais elle était désormais supportable.
- Euh... Wow. Je ne sais pas quoi dire, commenta Janet, adossée à son fauteuil.
- J'en conclus que tu n'as pas lu mon rapport ?
- Non. Je préférais attendre que tu décides de me raconter. Le Général Hammond m'a expliqué les grandes lignes, mais j'ai préféré ne pas trop en savoir, pour rester... détachée.
Sam hocha la tête. C'était un geste appréciable, de la part de son amie. En tant que médecin-chef de la base, elle avait accès à presque tous les rapports de mission des soldats blessés. Pourtant, elle avait choisi de faire confiance à Sam et d'attendre le bon moment pour apprendre ce qui c'était passé. Sam sourit.
- Merci, Janet.
La doctoresse lui renvoya son sourire et leva son mug.
- Bon, je ne te propose pas d'alcool, vu les circonstances, mais il est hors de question que je ne trinque pas à ton retour parmi nous.
Sam aussi leva sa tasse.
- Santé !
- Santé.
Janet reposa sa tasse sur la table, tout en jouant négligemment avec.
- Alors... ça se passe comment avec...
- Jack ? Ça va, tout se passe bien...
La jeune femme fixa un point invisible sur la table, un discret sourire sur les lèvres. Qu'est-ce que son supérieur pouvait bien être en train de faire pendant qu'elle était sortie, d'ailleurs ? Elle le saurait en rentrant... Sam leva les yeux et croisa le regard de Janet. Laquelle arborait un sourire qui n'avait rien de discret.
- "Jack" ?
Oups.
- Ça nous a paru plus... pertinent... d'abandonner les grades temporairement. Je n'allais quand même pas lui donner du "Mon Colonel" alors qu'il s'est installé chez moi pour 3 semaines, ajouta t-elle.
Qui cherchait-elle à convaincre du bien fondé d'appeler son supérieur par son prénom ? Janet ? Ou elle-même ?
- En effet, je vois, répondit Janet, qui ne s'était absolument pas départie de son sourire.
- Ne te fais pas d'idées...
- Oh, mais je ne dis rien, je ne dis rien. Cela me fait juste plaisir de voir que malgré les circonstances, vous êtes toujours aussi, hmm...
- Toujours aussi ...?
- Bien ensemble.
Sam s'adossa au fond de chaise, comme sonnée. Ils étaient "Bien ensemble ?"
- Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-elle, un peu sur la défensive.
Janet ne se démonta pas, et continua :
- Ne le prends pas mal, c'est juste que je constate que tous les deux, vous avez toujours eu, comment dire... une sorte d'alchimie ?
Sam ouvrit la bouche mais s'interrompit avant de rétorquer quoi que ce soit, et secoua la tête, perplexe.
- Je...
Elle ressentait une étrange contrariété, et le sentiment désagréable d'avoir été percée à jour par son amie. D'un autre côté, Janet était présente lors de leur tests Zatar'c, alors...
Et elle n'avait pas tout à fait tort.
Pour être honnête, ce n'était pas la perspicacité du médecin qui la contrariait. C'était plutôt sa propre incapacité à faire une croix sur les sentiments qu'elle éprouvait pour son supérieur. Pour Jack.
- Comme je te le disais, ne te fais pas d'idées. Ni lui ni moi n'avons envie de passer en cour martiale et d'être virés, donc... voilà.
Janet leva les mains en signe d'apaisement et replongea les lèvres dans son café.
- Qui sait de quoi l'avenir est fait... murmura t-elle.
Sam sonda le fond de son mug, l'air pensif.
Oui, qui savait de quoi l'avenir était fait...
§§§
Cela faisait une heure que Carter était partie chez Janet.
Jack, quant à lui, avait profité de l'occasion pour faire un peu de sport, après deux semaines de vacances... ou de laisser-aller, selon la manière dont on voyait les choses.
Quelques burpies et quelques abdos ne lui avaient pas fait de mal. Il reprenait le travail dans une semaine, alors, il était temps de se secouer s'il ne voulait pas se retrouver complètement rouillé de retour au SGC.
Il s'épongea le visage avec une serviette, et se dirigea vers la salle de bain : il préférait être propre avant que Carter ne revienne.
Jack se dévêtit et laissa ses vêtements en tas sur le sol, avant d'enjamber le rebord de la baignoire et de fermer le rideau de douche. Il ouvrit le robinet, et resta immobile un long moment sous le jet d'eau chaude.
Oui, mieux valait en rester à Carter plutôt qu'à Sam.
Il faisait des efforts considérables, depuis plusieurs jours. Pour éviter de lui toucher le bras quand il sentait la douleur poindre dans sa voix. Pour ne pas (trop) lui sourire quand elle tournait ses grands yeux bleus vers lui en y cherchant un peu de réconfort. Pour ne pas poser par mégarde sa main sur sa taille quand ils se promenaient sur les hauteurs de Colorado Springs.
Toujours, il essayait, mais souvent, il échouait. Un peu trop souvent.
Depuis quelques jours, la toucher lui semblait si naturel qu'il devait faire consciemment l'effort de se retenir. Bon, plus qu'une semaine à tenir, et les choses reviendraient à la normale entre lui et son second. Enfin, non pas qu'il regrettait de vivre avec Sam... Carter...
- Raaaah...
Il se shampouina énergiquement les cheveux pour chasser ses pensées déplacées au sujet de son second. Il ne pouvait rien y avoir entre eux, de toute façon, alors autant cesser de se torturer...
- Rien ne vous oblige à vous infliger ça, vous savez, commenta une voix masculine de l'autre côté du rideau.
Jack se figea, les mains pleines de mousse sur le somme de son crâne
De deux choses l'une : soit il avait des hallucinations, soit quelqu'un s'était introduit chez Carter, dans sa salle de bain, et avait décidé de lui taper la causette... A moins que...
- Ni l'un, ni l'autre, commenta la voix. Ou un peu des deux, tout dépend comment on voit la chose...
- Daniel !
- Je me demandais combien de temps il vous faudrait pour me reconnaître, Jack.
Celui passa une tête à côté du rideau de douche, énervé :
- Commencez par arrêter de lire mes pensées, déjà !
- Ah, hum. Je n'en fais pas vraiment exprès, vous savez. C'est ce qui arrive quand on vit dans un plan d'existence supérieur et que l'on voit et ressent tout ce qui se passe dans l'Univers, de façon simultanée.
- Attendez... dois-je en conclure que vous voyiez ce qu'il y a derrière ce rideau de douche ?
- Euh...
- Daniel ?!
- Dans l'intérêt de nos relations, je crois qu'il est préférable que je ne réponde pas à cette question, Jack...
- Mon Dieu.
Le jeune archéologue rit nerveusement et s'éclaircit la gorge.
- Quoi qu'il en soit, si je suis là, Jack, c'est parce qu'il faut qu'on parle.
- Et vous ne pouviez pas attendre que je sois ailleurs que à poil sous la douche pour ça, hein ?
- Eh bien, je préférais attendre que Sam ne soit plus à proximité. Et puis, je suis très occupé, vous savez...
Jack, leva les yeux au ciel.
- Très occupé. Je rêve, vous avez pour ainsi dire l'éternité devant vous !
Avant que Daniel ne puisse ouvrir la bouche, Jack continua :
- Pour l'amour du ciel, laissez moi me rincer, et on discutera ensuite.
- Je vous attend dans le salon, alors...
- C'est ça...
§§§
Quelque minutes plus tard, Jack sortit de la salle de bain, fraîchement habillé.
- Qu'y a t-il de si urgent pour vous veniez interrompre ma douche, Petit Scarabée ?
- Oh, rien d'urgent à proprement parler. Disons simplement que certains moments sont plus propices que d'autres pour échapper au regard vigilants des autres. J'ai saisi l'occasion.
- Les autres ?
- Les Anciens.
- Oh. La fameuse clause de non-intervention, je présume ?
Daniel hocha la tête.
Jack s'assit sur le canapé, les mains dans les poches.
- Et ? Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de votre visite ?
- C'est Sam. Elle me préoccupe.
Jack se renfonça dans le canapé, et croisa ses bras sur le torse, et resta silencieux, ne sachant qu'ajouter. Evidemment, l'épreuve que Sam avait traversé était absolument terrible, mais la jeune femme évoluait dans le bon sens... non ?
- Elle a besoin de vous, Jack.
- Pourquoi croyez-vous que je suis ici, Daniel ? répondit Jack, avec un brin d'ironie. C'est moi-même qui ai décidé de mettre en place cette procédure de "surveillance" pour les soldats rentrés de captivité... On ne l'a pas laissée tomber, que je sache.
Le jeune archéologue esquissa un sourire.
- Je ne me suis pas bien fait comprendre. Sam n'a pas besoin d'être surveillée par un quelconque soldat du SGC. Elle a besoin de vous.
Jack leva les yeux au ciel, exaspéré.
- Oh, très bien, je vois où vous voulez en venir, Daniel. Et je vous mets en garde tout de suite : inutile de prendre ce chemin, il ne nous mènera nulle part. Vous savez pertinemment que c'est impossible.
- Jack...
- Et puis... franchement, pourquoi est-ce que vous venez me voir, moi ? Où étiez-vous, d'ailleurs, pendant que Sam se faisait torturer et mutiler par ce malade mental ? Hein ? Pourquoi n'êtes vous pas allé la soutenir, comme vous l'avez fait pour moi quand j'ai le prisonnier de Ba'al ? Je n'ai pas besoin de conseils sur la manière de mener mon existence, mais Sam, elle,... Savez-vous seulement ce qu'elle subit ? Savez-vous ce que ce fou lui a fait ?
La voix de Jack se brisa en repensant au récit abominable de la jeune femme. Mais si quelqu'un savait bien ce que Sam avait subit, c'était Daniel.
- Je sais, oui. Et j'ai voulu l'aider, j'ai réellement essayé Jack. Mais au moment où j'ai enfin pu venir auprès d'elle, elle...
- ... elle quoi ?
Daniel plissa les lèvres.
- Disons qu'elle n'était plus en état d'entrer en contact avec qui que ce soit. Elle ne... pouvait même plus se rendre compte de ma présence, Jack.
O'neill serra les poings, à l'évocation des souffrances terribles que Sam avait endurées durant sa captivité. Le souvenir du sentiment d'impuissance qu'il avait ressenti en la découvrant dans le vaisseau d'Akeron lui serra les tripes, et il sentit la colère monter.
Daniel n'avait pas été là, mais lui non plus. Sa mission était de ramener tous ses hommes à la maison sains et saufs, et il avait échoué. Il avait failli à sa mission, et Sam en avait payé les conséquences.
Le bruit d'une voiture se garant sur le gravier interrompit ses pensées.
Quand il releva la tête, Daniel avait disparu.
§§§
- C'est celui de gauche, commenta Jack en observant sa carte.
- Allons-y.
Ils s'engagèrent sur le sentier qui bifurquait.
Sam jeta un coup d'oeil à son supérieur. Pantalon cargo, t-shirt noir moulant, lunettes de soleil et casquette : pour un peu, elle se serait crue en mission !
Les températures avaient finalement un peu remonté, et Sam avait suggéré d'en profiter avant que l'automne ne reprenne ses droits.
Ils avaient donc décidé de faire une journée de randonnée dans le Parc d'Etat de Cheyenne Mountain.
Sam poussa un soupir de contentement.
Pas de menace Goa'uld à repousser, pas d'expérience urgente à terminer, pas de rapport à rédiger.
Juste le soleil, la nature, et... lui.
Oui, c'était ce qu'on appelait une bonne journée.
Ils continuèrent leur chemin, concentrés sur le sentier tortueux et irrégulier qui grimpait le long de la montagne. La vue était splendide, et Sam se demanda soudain pourquoi elle avait passé autant de temps enfermée dans la base, alors qu'elle aurait pu profiter des merveilles naturelles du Colorado. Si elle devait faire des changements dans sa vie, celui-ci serait l'un des premiers qu'elle mettre en place, se promit-elle : passer plus de temps dehors, et un peu moins au travail !
- Une seconde...
Enhardie par les rayons du soleil, la jeune femme enleva son pull et le noua autour des hanches, laissant ainsi apparaître le haut de son dos et ses épaules sous son débardeur.
Jack, qui la précédait de quelques mètres, s'arrêta à son tour, et posa ses lunettes de soleil sur sa casquette.
- Dites... vous promettez de ne pas me sauter dessus, cette fois-ci ?
La jeune femme ouvrit des yeux ronds.
- De quoi parlez-vous ?
- La dernière fois que je vous ai vu en débardeur, ça s'est finit de manière un peu musclée...
- Oh, ça...
Sam sentit le rouge lui monter aux joues en repensant aux effets que le virus avait eu sur elle. Cela été arrivé il y a plusieurs années, et pourtant, elle s'en souvenait comme si c'était hier.
C'était un souvenir à la fois horriblement gênant, mais aussi... étrangement agréable.
- Je plaisantais, Sam, fit Jack, conscient du malaise qu'il avait fait naître chez sa collègue.
- Très drôle, fit avec une moue faussement contrariée.
Jack remit ses lunettes et rajusta son sac à dos.
- Je sais. On y va ?
Elle hocha la tête et lui emboîta le pas, reprenant sa contemplation silencieuse de la vallée ou s'étendait Colorado Springs.
Derrière eux, elle entendit les éclats de voix d'autres randonneurs. Un groupe de quatre adolescents, vit-elle. Elle se retourna sans leur prêter plus attention, et s'écarta pour qu'ils puissent les dépasser, elle et Jack.
Les voix se rapprochèrent, mais finirent par se turent, suivies par des chuchotements. Intriguée, elle se retourna, pour constater avec stupéfaction que l'un des ados la pointait du doigt. Pris sur le fait, le jeune homme baissa rapidement le bras, mais un peu trop tard.
- Je peux savoir ce qui vous arrive ? dit-elle, en tâchant de prendre le ton sévère qu'elle réservait habituellement aux jeunes soldats indisciplinés.
- Euh, rien, madame..., fit celui qui avait levé le bras. Rien du tout.
- Avance, imbécile, le tança un autre jeune en lui tapant légèrement l'épaule. On y va.
Le groupe la dépassa en silence, mais arrivés à son niveau, deux des adolescents ne purent s'empêcher de la détailler avec un mélange de curiosité et de dégoût.
Le Colonel s'était arrêté, et après avoir surpris la brève conversation, était descendu la rejoindre, sans adresser un mot aux ados.
- Je ne sais pas ce qu'ils ont, fit Sam en fronça les sourcils, contrariée. J'ai quelque chose sous le nez ? Ma braguette est ouverte, peut-être ?
- Euh... Sam...
Il était passé derrière elle, et voyait à présent ce qui avait attisé la curiosité des adolescents.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- C'est votre dos.
La jeune femme se figea et se mordit les lèvres. La réalité lui revint à la figure de plein fouet.
- Oh.
Par cette belle journée ensoleillée, elle avait réussi à oublier le supplice infligé par Akeron, mais les traces de celui-ci n'avaient pas pour autant disparu aux yeux du monde.
Les cicatrices qui zébraient son dos ne s'étaient pas miraculeusement évanouies du jour au lendemain, et son débardeur en laissait voir une bonne partie. Les traits blancs pâles le disputaient aux zones rouges et boursouflées, et les traces de point de suture étaient encore visibles à certains endroits.
Comment avait-elle pu oublier ça ?
Elle défit rageusement son pull de ses hanches et le remit rapidement sur son dos. La tête baissée et les poings serrées, elle sentit un sentiment d'angoisse un peu trop familier monter en elle. Elle ferma les yeux.
Pas maintenant, Sam, pas maintenant.
- Hey...
Jack se tenait devant elle, et avait enlevé lunettes de soleil et casquette.
La jeune femme croisa son regard plein de compassion.
- Sam... commença t-il en posant une main sur son épaule.
Elle éclata en sanglots et sentit les bras de Jack l'entourer.
A suivre !
Merci pour vos reviews comme toujours :)
