Chers lecteurs,
Merci de votre fidélité et des reviews qui m'aident à poursuivre! J'espère que vous resterez fidèle et que vous ne vous lasserez pas de cette histoire.
J'espère que vous apprécierez cette partie. Le schmilblick avance! Si si!

Pairing : Sabriel, Destiel suggéré.
Chapitre : 4/?
Rating : Quelques blessures, mais rien de grave.

Bonne lecture à tous!

«**»

Sam se tourna pour la énième fois dans le lit trop petit pour sa taille. La couverture glissa sur le sol, laissant le froid matinal achever de le réveiller. Il avait particulièrement mal dormi, probablement à cause du retour de Gabriel. Ses cauchemars, aussi étranges qu'ils soient, ne laissaient aucun doute sur l'origine de ses chimères. Il s'appuya sur un coude et se passa une main dans les cheveux. Au vu du soleil qui filtrait à travers les rideaux jaunâtres de l'unique fenêtre, il en conclut qu'il était bien trop tôt. Sur le lit jumeau, Dean semblait dormir comme un bienheureux pour une fois. Il eut un petit sourire attendri en voyant son frère arborer cette expression de paix. Il n'aurait pu se rappeler la dernière fois qu'il l'avait vu quand il était réveillé.

Sam se leva et fila sous la douche. Il laissa l'eau chaude couler le long de son corps, appréciant chaque seconde de ce temps précieux sans monstre, ni archange, ni regards intenses échangés entre Dean et Castiel et surtout sans pensée parasite. Juste le simple plaisir d'un instant où il ne pensait à rien et ne se sentait pas responsable ou honteux de ses actes passés. La seconde où il poserait les yeux sur son frère, tous ces sentiments de culpabilité referaient surface.

Après avoir passé plus de temps que nécessaire dans la douche, il se résigna à sortir. Il s'entoura la taille d'une simple serviette et retourna dans la chambre. En attendant le réveil de Dean, il aurait bien le temps de faire quelques recherches. Il avait déjà réfléchi à quelques pistes. En farfouillant dans les écrits sur l'histoire de Gabriel (l'Ancien Testament, le Nouveau Testament ainsi que le Coran fourniraient une bonne base de prospection), il pourrait éventuellement avoir une idée de l'être qui commettait ces meurtres. Après tout, si Gabriel se sentait incapable de faire face à cette chose, c'est qu'elle devait représenter une part importante de son passé. Il s'avança jusqu'à la table et fit un peu de place, entre les papiers, les déchets de la veille et les cadavres de bouteille. Puis, il s'assit sur une chaise et alluma son PC portable.

Dean finit par s'éveiller quelques heures plus tard. Il trouva son frère toujours dans son plus simple appareil, pianotant sur son ordinateur.

_ Hey, grogna Dean en pleine phase de réveil.

_ Hey. Bien dormi ?

_ Ca va. Et toi ?

_ Hmmm… ça va.

_ Tu as trouvé quelque chose ?

Sam referma l'écran.

_ J'ai lu à peu de chose près tout ce qui est écrit sur Gabiel, et… rien. Je ne trouve rien dans son passé qui puisse coller avec ce qu'il se passe ici. La plupart du temps, il a eut à faire avec d'autres anges ou des humains au destin exceptionnel. Il a eu une trompette à un moment, qui forçait les gens à dire la vérité, mais je crois qu'elle a été perdue.

_ Pas perdue, simplement rangée, corrigea Gabriel, appuyé sur la porte d'entrée, bras croisés.

Sam et Dean firent un bond magistral à l'apparition de l'archange.

_ Sam, Dean, les salua-t-il. Bien dormi ?

_ Ah non ! Je n'ai pas assez de café dans le sang pour supporter ça aussi tôt ! râla Dean qui détestait être brusqué au réveil.

D'un geste rageur, il attrapa quelques vêtements propres et s'enferma dans la salle de bain.

_ Il est charmant, ironisa l'archange en suivant Dean des yeux.

Gabriel fit un petit sourire à Sam puis s'avança dans sa direction. Sam sentit le mal de crâne pointer. Pour une fois, il était entièrement d'accord avec son frère. Il était bien trop tôt pour avoir à supporter Gabriel et Dean sans une grande tasse de café noir. Il se donna une contenance en se passant les mains dans ses cheveux maintenant secs et parfaitement coiffés.

_ Alors, tu as appris des choses intéressantes sur mon compte ? reprit l'archange avec un sourire narquois.

_ Beaucoup de choses, mais rien d'intéressant… soupira Sam.

_ Oh, c'est très vexant ! Des milliers d'années d'existence résumées en « inintéressant » ! Tu es aussi agréable que ton frère !

Sam releva les yeux vers Gabriel et se rendit compte qu'il n'y avait nulle trace d'animosité. Juste une simple plaisanterie amicale, ce qui l'étonna grandement. Gabriel était souvent caustique, à l'humour noir très piquant. Lors de leur discussion la veille, Sam avait noté quelques changements chez l'archange. Il semblait plus humain ce qui laissait présager de bonnes choses. Après tout Castiel montrait maintenant des émotions, pourquoi Gabriel ne pourrait-il pas faire preuve de plus d'humanité ?

Lorsqu'il se rendit compte du chemin que prenaient ses pensées, Sam secoua sa tête pour tout chasser. Gabriel était non seulement un archange mais également un Trickster. Et pas n'importe lequel : Loki. Le mensonge et la tromperie faisait partie de sa nature. Sam se devait de rester sur ses gardes.

_ Ce n'est pas ce que je voulais dire, se justifia simplement Sam.

_ Si tu veux apprendre quelque chose sur moi, il suffit de me demander, répondit Gabriel en s'asseyant sur la chaise face à lui.

Sam haussa les sourcils, étonné par cette offre aussi directe.

_ D'accord, répondit Sam en s'adossant au dossier de la chaise. Qui donc commet ces meurtres ?

_ C'est ce que je compte bien découvrir !

Devant cette absence de réponse, Sam n'insista pas. Après tout, ils finiraient bien par savoir. L'important était qu'ils puissent arrêter les meurtres avant qu'un nouveau soit commis.

_ Au fait, tu comptes utiliser le charme de tes biceps pour aller obtenir des infos du Commissaire ?

Sam lâcha un grognement exaspéré digne de Dean puis se leva, nullement gêné d'exposer une grande partie de sa personne tant que la serviette restait fermement maintenue autour de sa taille.

_ Tu permets ? lança-t-il à l'encontre de Gabriel.

Ce dernier leva la main droite avant de disparaitre dans un bruissement d'ailes. Sam récupéra quelques vêtements et s'habilla en vitesse, un coin de son esprit se demandant depuis combien de temps Gabriel avait été présent dans la pièce et s'il était réellement parti. Il chassa rapidement cette pensée pour se souvenir d'un point de détail qui l'avait interpellé quelques minutes plus tôt. Il acheva de boutonner sa chemise à carreaux pour aller rouvrir son portable d'un geste sec. Il avait cherché des informations sur Gabriel, mais il n'avait pas pris en compte toute l'histoire de Loki. Il y avait certainement de quoi fouiller dans cette direction.

Quelques minutes plus tard, Dean sortit de la salle de bain, habillé, les cheveux humides. Il se brossait les dents. D'un mouvement de tête, il désigna la chaise vide face à Sam.

_ Il est parti.

Dean fit un grand geste de la main gauche.

_ Il va revenir.

Dean s'agita d'autant plus en tentant de prononcer une suite de mots inintelligibles.

_ Tu sais que je ne comprends rien à ce que tu dis, dit Sam d'une voix distante. Ooooh !

Sam fit une grimace dégoutée.

_ Gwah ? s'exclama Dean en bavant de la mousse de dentifrice sur son T-shirt.

_ Tu savais que Loki s'est changé en jument, s'est accouplé avec un étalon et a accouché d'un cheval à huit pattes : Sleipnir.

Le Winchester tourna brusquement le PC vers son frère pour qu'il puisse lire l'article. Dean émit une série de borborygmes en voyant les images s'afficher. Bien évidemment, c'est ce moment que choisi Gabriel pour ressurgir à côté de Dean.

_ Pour ma défense, c'était une autre époque ! se justifia-t-il sans paraître trop gêné. Et j'ai perdu un pari… et j'étais complètement bourré ! Et mon fils était magnifique ! Mais je vous passe l'accouchement. C'était atroce.

Il regarda Dean puis Sam en souriant. D'un geste très lent, il referma le portable.

_ Et quand vous aurez fini votre imitation saisissante de deux rigolos sans cervelles qui perdent leur temps sur des détails, on pourrait peut-être aller voir le Commissaire ? lança-t-il de son ton le plus sarcastique en haussant les sourcils.

Ne supportant pas les commentaires de Gabriel, Dean fila dans la salle de bain pour se rincer la bouche. Sam se contenta de regarder l'archange d'un air fatigué. Ce dernier lui rendit son regard.

Ils finirent par être prêts à partir et parvinrent à convaincre Gabriel d'y aller avec les moyens conventionnels. Au bout d'une quinzaine de minutes tout au plus, ils arrivèrent chez le Commissaire en Chef. Dean gara la vieille voiture le long du trottoir.

_ Allons-y. L'emplumé, tu restes dans la voiture ! s'exclama Dean.

_ Tu as souvent des accès de virilité compulsifs ? ironisa Gabriel.

_ Ca suffit ! les coupa Sam.

Il sortit de la voiture pour que la dispute s'arrête. Il n'allait pas pouvoir supporter leurs chamailleries incessantes très longtemps. Dean finit par le rejoindre en quelques enjambées tandis que Gabriel s'était résigné à rester dans la voiture. Sam suspecta que ça l'arrange pour une raison ou pour une autre.

Plus encore que les autres propriétés qu'ils avaient visitées, cette demeure était gigantesque et pouvait très certainement s'apparenter à un petit château. L'ensemble était très astucieusement caché derrière une enceinte fermée où courraient de très hauts arbres, la frondaison empêchant tout regard curieux, laissant le promeneur penser que le terrain était de taille raisonnable alors qu'il s'étendait sur plusieurs centaines de mètres carrés. Le tout donnait à première vue une impression de fouillis mal entretenu, jusqu'à ce que les grilles d'entrée soient franchies. Les Winchester eurent le souffle coupé en découvrant le luxe qui se dégageait de la bâtisse. La maison de deux étages se dressait au milieu d'un immense jardin parfaitement entretenu. Quelques statues le décoraient, parfaitement posées entre des superbes parterres de fleurs. Devant eux, une volée de marches menait à la porte d'entrée, contournant ce qui semblait être le garage double-portes en contrebas.

Ils sonnèrent et n'eurent que quelques secondes à attendre avant qu'un homme d'un certain âge, cheveux blancs et vêtu d'un costume trois pièces noir, ne vienne leur ouvrir.

_ Agents Logan et Burke, annonça Dean en montrant son badge, imité de Sam. Nous voudrions poser quelques questions au Commissaire en Chef McKinley.

Le majordome les détailla des pieds à la tête d'un air vaguement dédaigneux.

_ Veuillez patienter quelques instants, leur dit-il avec une pointe d'accent anglais.

Il s'effaça pour les laisser entrer, referma la lourde porte et disparut par une porte, laissant aux Winchester tout le loisir d'admirer la décoration du hall.

_ Clairement, je sais quel métier j'aurais dû faire !

Sam lança à son frère un regard de travers, lui intimant silencieusement l'ordre de se taire.

Autour d'eux, le luxe rivalisait avec la décoration fine et mesurée. Pas de tableau clinquant ou de dorure. La sobriété était le maître mot, mais ils se doutaient bien que le sol était du marbre le plus pur, les quelques toiles de maitre accrochées apportaient la balance nécessaire de couleur pour rendre l'endroit somptueux. Chaque invité devait être amené à patienter dans ce hall afin qu'il se rende bien compte que tout objet avait sa place et qu'un seul d'entre eux équivalait facilement à une année de salaire. De part et d'autre de la pièce des portes les empêchaient de jouer aux curieux. Mais qu'à cela ne tienne, les Winchester avaient déjà commencé à détailler les recoins de ce vestibule. Le majordome revint avant qu'ils n'aient pu approfondir leurs prospections.

_ Veuillez me suivre, dit-il d'un ton extrêmement poli, laissant toutefois passer une légère note de mépris.

Ils s'exécutèrent sans un mot, regardant très discrètement tous les objets et tableaux, à la recherche d'un quelconque indice. Ils traversèrent un petit salon, avant d'arriver dans le bureau du Commissaire. Cette pièce était bien plus classique et rappelait tous ces films où les parrains de la mafia ou autres gros bonnets aimaient à discuter business avec leurs partenaires criminels. Le majordome esquissa une légère courbette avant de repartir, les laissant seuls avec le Commissaire. Celui-ci se tenait debout devant un bureau massif en bois finement ciselé. Mat de peau, quelques cheveux grisonnants dénotaient avec sa chevelure ébène, il était d'une stature si corpulente que Sam ressemblait à un fil de fer à ses côtés. Il portait l'uniforme traditionnel et arborait fièrement bon nombre de décorations. Son képi était posé sur une pile de dossier sur le bureau.

_ Agents Logan et Burke, reprit Dean.

_ Agents, je vous en prie, dit-il en désignant un coin de la pièce où trois fauteuils confortables entouraient une petite table basse elle aussi en bois massif.

Le Commissaire se dirigea vers son fauteuil face aux Winchester et s'y assit confortablement.

_ Que puis-je faire pour vous ?

_ Nous enquêtons sur le décès du juge Nelson, commença Sam.

Le Commissaire hocha lentement la tête, visage fermé.

_ Toutes nos condoléances, poursuivit-il.

_ Merci.

_ Vous étiez proches ?

_ Oui, très. Amis de longue date. J'allais justement rejoindre Marilyn. Sa fille, précisa-t-il devant l'air interrogatif de Dean. Elle a pris le premier avion et devrait arriver d'ici une petite heure, tout au plus. Sa femme… Son ex-femme ne peut faire le déplacement. La pauvre Marilyn sera seule donc, en tant qu'ami de la famille, je tiens à être présent pour l'épaule.

Sam et Dean acquiescèrent, marmonnant des vagues « Oui oui, bien sûr, évidemment ».

_ Avait-il des ennemis ? finit par demander Sam lorsque les politesses d'usage furent achevées.

Le Commissaire eut un petit rire, montrant ses dents blanches éclatantes.

_ Vous plaisantez ? Un juge ne peut qu'avoir des ennemis ! S'il n'en a pas, vous pouvez douter de l'efficacité de son travail !

Dean hocha la tête.

_ Faisait-il partie d'un club ?

_ D'un club ?

Les yeux noirs du Commissaire vinrent se fixer sur ceux de Sam. Toute l'expression joviale qu'il avait arborée quelques secondes auparavant quitta son visage.

_ Il jouait au bridge de temps à autre, si cela vous intéresse. En quoi cela fait-il avancer l'enquête ?

_ Nous étudions toutes les possibilités, expliqua l'aîné.

Le regard se fixa sur Dean, le mettant extrêmement mal à l'aise, mais il n'aurait su expliquer pourquoi.

_ Que pouvez-vous nous dire de l'incident qui a coûté la vie à votre ami ?

_ Une explosion de gaz, une conduite a fui et…

Le Commissaire s'arrêta un instant, regarda tour à tour Sam puis Dean, les yeux légèrement plissés.

_ Je suppose que le FBI n'est pas intéressé par la version officielle, n'est-ce pas ?

_ En effet, confirma Sam.

_ Je ne peux malheureusement que vous citer les rapports de mes agents qui étaient présents sur les lieux. Nous avons retrouvé des fragments de corps ce qui a permis d'identifier Abraham de manière officielle.

_ Quel serait la cause de sa mort à votre avis ?

_ Le fait d'être déchiqueté, peut-être ?

La voix du Commissaire se fit plus dure, son regard se glaça.

_ Je n'ai pas la moindre idée de qui a fait ça, mais je vous jure sur mon insigne que ce crime ne sera pas impuni !

C'est l'instant parfait que choisi le majordome pour toquer discrètement à la porte du bureau, comme s'il avait attendu cette phrase pour donner un instant dramatique.

_ Messieurs, veuillez m'excuser, le devoir m'appelle.

Sans attendre leur réaction, il se leva, récupéra son képi et s'en alla après avoir salué Sam et Dean. Ils suivirent le majordome qui les reconduit à la porte d'entrée.

Une fois sur le perron, les deux frères se regardèrent, aussi interloqués l'un que l'autre.

_ Voiture. Maintenant.

Sam approuva vivement. Ils filèrent vers le véhicule et démarrèrent en trombe, n'accordant aucune attention aux protestations de Gabriel toujours sur le siège arrière qui faisait de grands gestes en direction de la demeure. Lorsqu'ils mirent une bonne distance entre eux et le Commissaire, Sam se permit un long soupir de soulagement.

_ C'est l'interrogatoire le plus bizarre que j'ai jamais fait !

_ Et comment ! Tu as vu son regard ? s'exclama Dean.

_ Quoi ? Il a fait quoi ? demanda Gabriel.

_ J'ai vu ! Comme s'il lisait dans le plus profond de notre âme. C'était d'un glauque !

Sam frissonna.

_ Quoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

_ Ce gars-là est carrément louche, l'informa Dean.

_ Plus que louche ! Carrément inquiétant !

Dean acquiesça. Les Winchester ne purent expliquer à Gabriel clairement ce qu'ils avaient ressenti, mais il finit par comprendre que le Commissaire avait certainement quelque chose à cacher, que ce soit ou non lié à leur affaire.

_ Vous n'avez rien vu de louche ? demanda Gabriel.

_ Tu veux dire, à part la baraque digne des Kardashian ? lança Dean.

_ Tout est trop ! expliqua Sam.

_ Trop ?

_ Trop. Trop grand, trop luxueux, trop bien décoré, trop… je veux dire, il est certes Commissaire en Chef, il n'en reste pas moins un Commissaire ! Et là !

Sam siffla en faisant un grand geste.

_ A moins qu'il ne soit un riche héritier, impossible qu'il ait acquis tout ceci par lui-même.

Il remit une mèche de cheveux en place avant de poursuivre.

_ Il faut qu'on fouille d'avantage. Dean, je vais interroger les voisins du juge. Pendant ce temps, fais des recherches sur le passé du Commissaire, je serais curieux de voir ce qu'il nous cache.

_ Oh Sammy, j'adore quand tu donnes des ordres ! s'amusa Dean en souriant.

_ Hem ! Et moi ? demanda Gabriel. Vous ne m'oubliez pas dans votre Scooby Gang j'espère !

Les frères échangèrent un regard. Sam finit par prendre la parole.

_ Tu viens avec moi, mais pas de Black Widow et pas de conneries d'anges, ok ? Pas de zap d'ici vers là ! Pas de violence. Tu me laisses parler et tu regardes. Ok ?

_ Ok ! s'empressa de répondre l'archange avec un immense sourire.

Dean retint de justesse un soupir. Il aurait donné cher pour que Castiel montre un tel enthousiasme à enquêter avec lui. Il arrêta le fil de sa pensée aussi sec et se focalisa sur leur travail en cours.

Au bout de quelques minutes, il tourna la tête vers Sam.

_ Au fait, c'est quoi l'adresse du juge ?

Son frère le regarda bouche bée.

_ Aucune idée… répondit-il avec une grimace.

Sur la banquette arrière, Gabriel se redressa brusquement, faisant un geste exaspéré.

_ Amateurs ! leur lança-t-il avec un claquement de doigts.

Immédiatement, l'adresse apparut dans leur esprit, aussi clair qu'un lampadaire en pleine nuit.

_ OH ! MERDE ! s'écria Dean alors qu'il faillit perdre le contrôle de la voiture. C'est quoi cette merde !

A ses côtés, Sam avait sursauté si brusquement qu'il s'était violemment heurté le coude contre la portière.

_ Ben, l'adresse, évidemment ! expliqua Gabriel en prenant le ton caractéristique qu'utilisaient les adultes pour parler aux enfants.

_ Plus jamais ! Ne refais plus jamais ça ! Tu as une bouche, sers-t-en !

_ Rabat-joie, grommela Gabriel.

Ils se turent quelques secondes avant que l'archange ne reprenne la parole.

_ Plus sérieusement, vous n'avez rien remarqué ? Des symboles ? Ou des statues ?

_ Quels genres ? demanda Sam, se tenant toujours le coude, en se tournant vers Gabriel.

_ Hum… de renards, je dirais. Eventuellement de loups… Ou de l'écriture gothique…

_ Non, rien de tout ça. Et si tu nous expliquais ce quoi tu t'attendais à voir ?

Gabriel garda le silence durant un long moment, visage fermé.

_ Ca ne colle pas, finit-il par dire. Sam, je te retrouve tout à l'heure.

Dans un bruissement d'ailes, il disparut du siège arrière, provoquant une grimace chez les Winchester.

_ Sam, commença Dean, tu es sûr que ça ira si je te laisse seul avec lui ?

_ Hein ? Bien sûr, pourquoi ?

_ Il a essayé de nous tuer plusieurs fois et… je ne lui fais pas confiance.

_ Je ne lui fais aucune confiance non plus, mais…

Il hésita une seconde avant de poursuivre sa réponse.

_ Il n'a jamais essayé de me tuer.

_ Ouais, juste moi ! Sympa de me le rappeler, merci !

_ Souviens-toi, il est de notre côté maintenant. Il a affronté son propre frère pour nous sauver. Accordons-lui au moins le bénéfice du doute pour cette affaire.

_ Tu te rends compte qu'il sait exactement ce qu'il se passe et qu'il refuse de nous dire quoi que ce soit ! s'énerva Dean.

Il frappa le volant brusquement.

_ Bon sang, je me suis retenu de le faire frire dans l'huile sainte, mais s'il continue à nous prendre pour des billes, je lui grille les ailes !

_ Je ne suis pas sûr, le reprit Sam. Il sait qui c'est, j'en suis sûr aussi, mais l'histoire n'a pas l'air aussi simple. S'il avait besoin que l'on élimine un monstre, il nous l'aurait déjà dit ou fait comprendre. J'ai plus l'impression qu'il a vraiment besoin de nous.

_ Ouais, on n'est pas à son service non plus, hein !

_ Ne t'en fais pas. Je vais faire en sorte qu'il nous en dise plus tout à l'heure.

_ Ah ouais ? Et tu penses qu'il va se décider à tout nous expliquer sur un coup de tête ? ironisa Dean. Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

_ Je ne sais pas, répondit Sam en haussant les épaules. Une intuition.

_ Ouais, intuition mes fesses, oui ! A tous les coups, il va simplement se servir de nous et disparaître dans la nature au moindre problème.

_ Il a failli mourir pour nous, lui rappela Sam, conscient qu'il ne faisait que mettre de l'huile sur le feu.

Dean tourna la tête vers Sam et le regarda droit dans les yeux.

_ Archange ou pas archange, je ne lui fais pas confiance, alors si tu penses pouvoir gérer la situation, soit. Mais ne me demande pas d'oublier toutes les horreurs que cet enfoiré nous a fait subir !

_ Oui Dean… la route, regarde la route.

Le grand frère grommela dans sa barbe en se focalisant sur la conduite. Il alluma la radio et laissa la musique rock couper court à la conversation. Après une quinzaine de minutes, il déposa Sam à proximité du dernier meurtre afin qu'il puisse poser quelques questions aux voisins puis retourna vers le centre ville. Il comptait se rendre au centre des archives pour en découvrir un peu plus sur le Commissaire.

Sam ne perdit pas un seul instant, il se dirigea vers la première maison, arborant l'expression d'agent fédéral professionnel et appuya sur la sonnette.

«**»

Pour la quatrième fois d'affilée, la porte se referma violemment lorsque Sam aborda le sujet du juge fréquentant un quelconque club ou association. Il fit un grand geste de dépit avant de tourner sur ses talons. Bizarrement, personne n'avait rien vu, rien entendu, et tous s'extasiaient sur la bonté du juge. Cependant, à la seconde même où Sam questionnait les résidents sur les fréquentations de ce bon voisin, sur ses activités extra-professionnelles ou sur d'éventuels ennemis, les réponses étaient plus sèches, voir agressives. Toutes s'achevaient par la porte qu'on lui refermait au nez.

Sam redescendit vers le trottoir et observa les environs. Clairement son travail d'enquête avançait au pas. C'est ce moment que choisi Gabriel pour apparaître à ses côtés, surprenant une nouvelle fois le Winchester qui fit un bond magistral.

_ Hey Sam, du nouveau ?

_ Tu pourrais prévenir avant d'arriver ainsi ? râla Sam.

_ Tu veux une fanfare et des cotillons ? rétorqua Gabriel qui se mit soudain à sourire sous cape. En fait, c'est une excellente idée ! Je peux arranger ça, ça sera très stylé !

Sam se contenta de le regarder de travers.

_ Ok ok, je ferai des efforts. Et sinon, tu faisais quoi là ?

_ Je pourrai te retourner la question. Où étais-tu passé ?

_ Je suis resté à observer la maison du Commissaire. J'ai bien fait ! Figure-toi qu'il a une barrière de protection sur tous les murs. Impossible pour moi d'y entrer.

_ Des sortilèges contre les anges ?

_ Non, contre les Trickster !

_ Ca existe ?

Gabriel pencha sa tête légèrement de côté et pris un air peiné.

_ Sam, Sam, Sam… Evidemment que ces signes existent.

_ Pourtant ça ne devrait pas fonctionner contre toi, tu es un Archange.

_ Certes, mais quand on endosse une identité durant plusieurs siècles, c'est difficile de s'en détacher. Et surtout, je ne voulais pas alerter la personne qui a tracé ces magnifiques peintures !

_ Le Commissaire ?

_ Je pense.

_ Et pourquoi aurait-il fait tout ça ?

L'Archange haussa ses sourcils puis se pencha vers Sam d'un air conspirateur.

_ Pour ne pas se faire embêter par un Trickster… ou pour en garder un prisonnier, d'après ce que j'ai vu.

_ J'ai bien compris, répondit Sam. Mais dans quel but ?

_ Aucune idée, mais il devait avoir une bonne raison. Bref.

Gabriel haussa les épaules, se redressa et regarda tout autour de lui.

_ Des résultats ? demanda-t-il.

_ Des réponses claires ? Aucune. Ce qui me confirme qu'il se passait visiblement quelque chose avec le juge.

_ On s'en était bien douté, quel sens de la déduction Samsquatch !

Sam pinça ses lèvres. Finalement, il risquait d'adhérer à l'opinion de son frère plus tôt que prévu!

_ Regarde les maisons, fit Sam. C'est un quartier résidentiel, certes… mais la ville est relativement petite et pourtant tous semblent vivre très confortablement. Je dirais même au-dessus de leurs moyens.

_ Sauf la baraque là-bas, nota Gabriel. Allons-y.

Les deux comparses occasionnels se dirigèrent vers une demeure bien plus simple que les autres du voisinage. Pas d'étage, jardin dont les mauvaises herbes devenaient la norme, garage pour une seule voiture. Une barrière de bois vermoulu délimitait le terrain, contrairement aux haies de rosiers ou fils électrifiés alentours. Sam se prépara à sortir son badge, mais fut arrêté dans son geste par un Gabriel tout sourire.

_ Laisse-moi faire, tu vas voir. J'ai un truc imparable.

Sam cligna des yeux. A la place de Gabriel se tenait Castiel, l'imperméable légèrement sale, la cravate de travers. Une réplique trait pour trait de l'ange.

_ Cas ?

_ Non. Gabriel, répondit l'archange de la même voix grave que son jeune frère. Mais avec une enveloppe qui délie les langues !

_ C'était toi qui étais déjà venu poser des questions ? Pas Castiel !

_ Exact, répondit Gabriel avec un sourire rayonnant. Tu n'as pas idée comme les gens ont tendance à papoter lorsque je prends l'apparence de Castiel. C'est assez incroyable. Je crois que j'ai même dû briser un cœur ou deux.

Devant l'air interloqué de Sam, Gabriel se sentit obligé de préciser que sa phrase n'était nullement littérale. Il eut un petit rire. Sam ne put s'empêcher de penser à la réaction de Dean s'il avait été présent. Soit il aurait assassiné Gabriel pour avoir pris le visage de Castiel, soit il aurait succombé à un arrêt cardiaque en voyant le sourire radieux de son ange.

_ Laisse faire ma magie, reprit Gabriel en écartant doucement Sam de son chemin. Et admire !

Il avança vers la porte de bois qui aurait mérité un bon coup de peinture et toqua plusieurs fois. Sam le rejoignit à ses côtés, se demandant comment il allait s'y prendre. Une femme d'une quarantaine d'année se présenta après de longues secondes. Visiblement, elle s'était réveillée peu de temps auparavant et n'avait pas pensé à se démaquiller. Ses yeux dégoulinaient de mascara et une vague trace de rouge à lèvre colorait sa bouche.

_ Bonjour Mademoiselle, commença Gabriel en souriant. Agent Winchester, FBI. J'aurais quelques questions à vous poser si vous le permettez.

Elle le détailla de la tête aux pieds, les yeux plissés. Avec un petit soupir elle finit par ouvrir la porte plus en grand.

_ Merci, dit Gabriel avec un large sourire. Mademoiselle… ?

_ Fishburn.

_ Mademoiselle Fishburn, répéta-t-il d'une voix rassurante, lui souriant toujours. Connaissiez-vous le juge Nelson. C'était votre voisin.

_ Oui, bien sûr. Tout le monde le connaissait.

_ Nous enquêtons sur les conditions de son décès et nous devons de questionner toute personne habitant le voisinage ainsi que les personnes proches.

_ Je ne le connaissais pas personnellement, reprit-elle. Tout au plus, je le saluais lorsque je le croisais. C'était rare.

_ Auriez-vous entendu des bruits étranges hier dans la soirée ou l'après-midi ?

_ Du genre ?

_ N'importe quoi.

Elle hésita.

_ Non, pas de bruits.

Gabriel tiqua.

_ Autre chose peut-être ? demanda-t-il en désignant la demeure du juge. Vous auriez pu voir des allées et venues, ou autre chose qui vous aurait mis la puce à l'oreille ?

_ J'ai vu quelqu'un oui. Hier… il se tenait devant la grille. Et d'un coup il a disparu. Mais je devais aller au travail, je n'ai pas vraiment fait attention. J'étais pressée vous voyez.

Gabriel plongea ses yeux bleus dans le regard légèrement vitreux de son témoin. L'effet fut immédiat. Ses joues blafardes se teintèrent rapidement de rose tandis que son souffle se fit plus court.

_ Très intéressant. Pourrions-nous, mon collègue et moi-même, entrer un instant Mademoiselle ? Je pense que vous êtes la clé de cette énigme.

Il sourit très doucement. Imparable. Elle s'effaça pour les laisser entrer et désigna le salon. Gabriel fit un rapide clin d'œil complice à Sam qui le regardait opérer, bluffé et légèrement vexé par autant d'efficacité. Ils pénétrèrent dans la petite pièce et s'assirent sur l'unique canapé face à une télévision qui avait connu de meilleurs jours. Le mobilier était sommaire voire rudimentaire, et tranchait complètement avec la richesse du quartier. La quadragénaire se saisit d'une chaise qui trainait dans un coin de la pièce et la déposa face à Sam et Gabriel.

_ Ainsi, reprit Gabriel en se penchant légèrement en avant, vous avez vu quelqu'un disparaître ?

_ C'est ridicule, je sais… expliqua-t-elle en s'asseyant sur la chaise. J'ai dû cligner des yeux, ou avoir un moment d'absence. Il s'est comme évaporé…

_ Pourriez-vous le décrire ? demanda Sam.

Elle tourna la tête brusquement vers le Winchester comme si elle le voyait pour la première fois. Un instant déstabilisée, elle reprit vite ses moyens.

_ Je n'ai pas pu voir son visage, mais il était assez grand, plus d'un mètre quatre-vingt. Les cheveux courts. Mais surtout, il portait un costume noir qui lui allait parfaitement.

_ Il était seul ?

_ Oui. Il était planté devant la grille et ne bougeait pas.

_ Vous êtes sûre que c'était bien un homme seul ? insista Gabriel.

_ Oui, bien sûr.

_ Avant ou après sa disparition, est-ce que vous avez vu autre chose ? Ou ressentit quelque chose d'étrange ?

_ Non, rien du tout. Pourquoi ?

_ Questions de routine, justifia Sam en souriant d'un air apaisant.

_ Pour en revenir au juge, que pouvez-vous nous dire sur lui.

_ Pas grand-chose, c'était une personnalité de la ville. Très très connu. Beaucoup d'amis hauts placés… répondit-elle machinalement, entortillant ses doigts dans son chandail qu'elle avait dû enfiler avant de leur ouvrir.

Sam ne put s'empêcher de remarquer une certaine nervosité la gagner.

_ Tout ce que vous pourrez nous dire nous aidera dans notre enquête, dit-il d'une voix rassurante. Aussi infime soit le détail, ou aussi bizarre, nous avons besoin de toutes les informations que vous pourrez nous fournir.

Elle regarda Sam puis Gabriel.

_ J'ai déménagé ici il y a un peu moins d'un an. Et hum… disons qu'il y a beaucoup de choses bizarres. Par exemple, les voisins, les Smith là-bas, vieille famille du coin. Le mari est mécanicien. Pourtant vous voyez la maison ? Et leurs voitures ? Je ne sais pas comment ils font pour pouvoir se payer tout ça. Idem pour le juge.

_ Vous pensez à des pots de vin ?

_ Je ne sais pas. J'ai entendu quelques rumeurs à propos du juge et… d'autres personnes influentes de la ville. Un groupe très fermé, mais ce ne sont que des rumeurs, certainement.

Sam échangea un regard avec Gabriel.

_ Vous pourriez nous en dire plus ?

_ Je ne sais vraiment pas grand-chose. Je sais qu'il y avait le juge, le Commissaire. J'ai entendu dire que le maire en ferait partie aussi.

_ Sauriez-vous ce dont il est question ? De quel genre de groupe il s'agit ?

_ Je…

Elle se tut et baissa les yeux sur ses mains crispées. Elle reprit d'une petite voix.

_ Ce ne sont que des histoires. Je ne sais rien.

_ Mademoiselle, vous nous avez fourni plus d'information que tous les gens du voisinage. Votre opinion et vos informations sont précieuses !

Légèrement ragaillardie par le discours de Gabriel et son sourire bienveillant, elle accepta de poursuivre.

_ J'ai entendu qu'ils faisaient des choses pas normales. Ils se rencontraient parfois chez le juge, parfois chez le Commissaire. Apparemment, ils auraient fait des séances d'exorcisme !

Sam se redressa légèrement.

_ D'exorcisme ?

_ Oui, c'est dingue, n'est-ce pas ? Vous savez, je suis serveuse dans un restauroute à l'embranchement de la nationale, vous voyez ? Alors de temps en temps pour arrondir les fins de mois, je vais filer un coup de pouce au Bar de la Demi-Lune, dans Main Street. Après une certaine heure, vous en entendez des vertes et des pas mûres ! Mais là… c'est le fils du pédicure de la femme du majordome du Commissaire McKinley qui me l'a raconté. Il était complètement saoul !

Elle se tut un instant pour se remémorer les évènements.

_ Il a parlé de trucs occultes. Comme quoi ils faisaient des exorcismes ou je ne sais quoi. Ils s'amuseraient à appeler des esprits pour leur faire faire ce qu'ils voulaient.

Devant le visage sérieux de Sam et Gabriel, elle finit par se sentir en confiance.

_ Il m'a dit qu'ils avaient retenu quelque chose captif depuis des années, et qu'ils forçaient la bête à faire des choses pour eux. Et comme ça profiterait à tout le monde, personne ne dit rien.

Elle secoua la tête d'un air navré.

_ Quand on voit les baraques que les gens de cette ville se payent alors qu'ils ont un salaire aussi misérable que le mien, ça ne m'étonnerait même pas ! jeta-t-elle de sa voix la plus dédaigneuse.

_ Est-ce qu'il vous a dit quelle chose ils retiennent ? demanda Gabriel.

_ Non, il m'a juste dit que c'était un être qui n'est pas de ce monde.

Gabriel lança un regard en coin à Sam.

_ Mademoiselle, vous nous avez grandement aidé, lui dit l'ange avec un immense sourire.

_ Oh, mais de rien, gloussa-t-elle en agitant sa main droite.

Ils se relevèrent et la saluèrent chaleureusement, Gabriel plus longtemps que nécessaire au point que Sam eut à se racler la gorge pour le rappeler à son devoir.

Une fois sur le trottoir, l'archange arbora le sourire victorieux de celui qui a su démontrer son point.

_ Ok, tu as raison, ça nous a bien aidé, admit Sam.

_ Bien aidé ? J'ai tout résolu à moi seul, oui ! lança Gabriel, vexé dans son égo.

_ Tu n'as rien résolu du tout, tu nous as trouvé une piste, ce n'est pas pareil !

_ Tu plaisantes ? Je vous ai mâché le travail ! Sans moi, vous n'auriez rien eu !

Sam soupira en roulant des yeux.

_ Si tu y tiens, fit-il pour couper court à la discussion. Et s'il te plaît, reprends ton apparence normale.

_ N'empêche que ça a marché !

Sam s'éloigna de la maison et sortit son portable de sa poche, suivit de Gabriel qui venait d'abandonner son apparence de Castiel pour retrouver son corps physique habituel.

_ Dean, c'est moi. Tu es où ?

_ Aux archives. Tu as trouvé quelque chose de ton côté ? répondit l'aîné Winchester.

_ Oui, apparemment quelques grands pontes de la ville auraient invoqué une créature. Je n'ai pas encore trouvé de preuve, mais je vais aller faire un tour chez le juge maintenant que je sais ce qu'on recherche. Et toi ?

_ Quelques trucs bizarres. Tu savais qu'il y a moins de 10 ans, cette ville avait environ 130 habitants ? Il y avait même un projet pour abandonner la ville et déménager les habitants ailleurs. Aujourd'hui, il y a un peu plus de 30 000 habitants.

_ C'est quasi-miraculeux, constata Sam.

_ Je ne te le fais pas dire ! Bon, ce n'est pas tout ça mais je meurs de faim ! Je te rappelle qu'on n'a pas pris de petit déjeuner ce matin ! J'ai besoin de force, moi ! Je ne peux pas travailler dans ces conditions.

Sam regarda Gabriel qui se tenait à ses côtés.

_ On te retrouve aux archives dans pas longtemps. Juste encore un truc ou deux à vérifier, pendant ce temps continue tes recherches.

_ Dépêche-toi, j'ai faim !

Ils raccrochèrent.

_ On va refaire un tour chez le juge. Maintenant qu'on sait à quoi on a à faire, ça sera plus simple.

_ D'accord, je t'attends ici ! lança Gabriel.

Sans attendre la réaction de Sam, il tourna sur ses talons et prit la direction opposée.

_ Pas si vite, l'arrêta le Winchester en posant une main sur son épaule. Pourquoi tu te défiles ?

_ Je ne me défile pas ! protesta Gabriel. Simple mesure de précaution.

_ De précaution ?

_ Oui, de précaution.

_ Ok, tu te défiles lâchement.

Gabriel poussa un soupir exaspéré et fit face à Sam de toute sa hauteur.

_ Je n'ai pas à me justifier à un simple humain, grogna-t-il.

_ Ou parce que tu as peur de ce que tu vas trouver. C'est aussi simple que ça. Tu sais parfaitement ce qu'il se passe mais tu ne veux simplement pas l'admettre.

L'archange serra la mâchoire. Il fixa Sam d'un regard noir.

_ Ecoute, reprit Sam d'une voix calme, presque douce. On va tout remettre en place. Dean, toi et moi, on va arranger ça. Mais tu dois nous faire confiance, Gabriel. On t'a fait confiance avec les dieux païens, tu nous as fait confiance en nous expliquant comment enfermer Lucifer dans la cage… tu peux nous refaire confiance ici.

Sam patienta quelques secondes, observant le visage fermé de Gabriel. Celui-ci se contentait de fixer le Winchester de ses yeux couleur ambre. Il finit par acquiescer.

_ Je vous expliquerai tout, à toi et à Dean. J'en sais assez pour être sûr à 90% de ce qu'il se passe.

_ Parfait, conclut Sam en faisant glisser sa main le long du bras de l'archange pour finalement rompre le contact.

Ils retournèrent vers la maison du juge, brisant sans vergogne les scellés des policiers. Gabriel observa attentivement les murs de la demeure, les yeux plissés.

_ Ici, que des sigles pour repousser les Trickster. Ils sont cachés à la vue des humains, expliqua-t-il en montrant de l'index une partie du toit. Normalement, celui-ci aurait dû faire une barrière de protection d'une quinzaine de mètres autour de la maison, mais il a fait une faute. C'est très bête d'ailleurs, il a simplement inversé deux symboles. Dommage pour lui.

Gabriel s'avança plus avant dans le jardin, contournant la maison jusqu'à la partie ravagée, suivit de Sam qui écoutait sagement ses paroles.

_ Après, c'est assez simple de détruire un mur, pour fragiliser l'ensemble. N'importe quel Trickster peut y arriver s'il a une once de jugeote.

_ N'importe quel Trickster ? reprit Sam en fronçant les sourcils.

_ Nous sommes des demi-dieux, je te rappelle. Bon, certes, pas tous. Je suis plus puissant que Nataku par exemple.

_ Nataku ? répéta Sam.

_ Oui, un Trickster japonais. Dis, tu es sûr que tu as révisé tes classiques ?!

Sam lui fit une petite moue. C'était déjà assez difficile de supporter Dean quand il lui faisait des remarques pour qu'il ait à supporter celles de Gabriel.

_ Je te rappelle que tu es le seul qu'on ait rencontré, et en plus, tu n'es pas un vrai Trickster !

_ Ah, l'arrêta Gabriel, ce n'est pas tout à fait vrai ! Je suis un Trickster d'adoption, ne l'oublie pas. Je reste astreint aux mêmes règles et codes. Je ne peux juste pas être tué de la même manière à cause de ma nature d'Archange.

_ Ne me dis pas qu'il y a des codes !

_ Et pourtant, répondit Gabriel tout sourire, nous obéissons tous à une même règle.

_ Qui est ?

_ Tsss, tu ne penses pas que je vais te révéler tous mes secrets ? Ca serait trop facile !

Sam ne put s'empêcher de rendre son sourire à Gabriel. Ils restèrent un instant à se regarder avant de reprendre la conversation.

_ Au fait, tu peux rentrer dans la maison ? Rien ne t'en empêche ? demanda-t-il en désignant le trou béant.

_ Non, ça ira, répondit Gabriel en observant les alentours. Les sceaux ont été brisés avec minutie…

Ils s'avancèrent tranquillement, faisant attention où ils posaient les pieds.

_ Tu entends ? demanda Gabriel en s'arrêtant brusquement.

_ Quoi ?

Un éclair rouge surgit devant eux dans un bruit de fusée. Sam fut violemment projeté contre les restes de la cuisine et perdit connaissance instantanément.

«**»

Lorsque Sam revint à lui, il vit Gabriel faire de grands gestes face à ce qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Iron Man. Ses oreilles bourdonnaient sous le choc reçu, mais il pouvait entendre quelques phrases de la dispute.

_ Tu dois me dire qui t'oblige à faire ça ! s'écriait Gabriel.

Visiblement la discussion n'allait pas dans son sens. Nul besoin d'être un fin détective pour constater l'énervement de l'archange.

Sam s'appuya sur un bras et tenta de se remettre debout. Le résultat fut assez pathétique car il dût se rattraper à un reste de comptoir pour ne pas tomber. Tout tournait autour de lui, sa vision était encore légèrement brouillée et son sens de l'ouïe ne semblait pas vouloir s'améliorer. Il porta la main à sa veste et en sortit le couteau de Ruby.

La tête d'Iron Man pivota brusquement vers lui, fixant Sam de son regard métallique. Ce dernier déglutit difficilement.

_ Arrête, discerna-t-il Gabriel dire d'une voix forte.

_ Je dois éliminer toute menace. Je n'ai pas le choix, répondit ce que Sam identifia comme la voix de Tony Stark/Robert Downey Jr.

D'un pas menaçant, Iron Man s'avança vers lui. Gabriel posa une main sur le bras de la machine humanoïde, lui intimant une nouvelle fois l'ordre de stopper. Sans résultat. Il se dégagea d'un geste et poursuivit son approche inexorable, balayant d'un coup de pied les éventuels débris qui l'empêchaient d'atteindre sa cible. Il ne lui fallut quelques secondes pour arriver à sa hauteur.

Devant Sam se dressait maintenant Iron Man, l'armure scintillante. Ne montrant aucun signe d'hésitation, il leva lentement sa main vers lui. Il vit une lueur dans sa paume grandir jusqu'à devenir aveuglante. Il savait ce qui suivrait.

_ SAM ! entendit-il Gabriel hurler.

Sam releva ses bras dans un vain effort pour se protéger. Mais à la place d'une douleur fulgurante, il sentit confusément Gabriel se jeter sur lui. L'instant d'après, il reçut une dizaine de livres sur la tête, le tout dans un immense fracas de métal tordu, de cris et chutes d'objets.

_ Bordel de… entendit-il en dessous de lui.

La voix de Gabriel émanait, étouffée, de sous son corps. Sam mit quelques secondes pour comprendre ce qu'il venait de se passer. Il s'écarta doucement, voyant qu'il était effondré sur l'archange, lui-même allongé en travers d'une immense étagère qui barrait maintenant toute une allée. Des centaines de livres les entouraient. Sam fut frappé par une forte odeur de viande grillée et de tissu calciné.

Reprenant ses instincts de hunter, Sam se remit promptement debout et agrippa un bras de Gabriel pour l'aider à se relever. Il constata alors avec horreur que l'archange avait été touché par le rayon de pure énergie tirée par Iron Man. Gabriel, bien que conscient, était dans un piteux état.

_ Sammy ?! fit la voix de Dean derrière lui.

_ Dean ! s'exclama Sam en se retournant.

L'aîné Winchester avait surgit au bon moment, comme à son habitude. Sourcils froncés, l'air inquiet, il se précipita vers Sam.

_ Qu'est-ce que c'est que ce merdier ? lança son frère.

_ On y va, vite.

Empoignant Dean de sa main libre, ils s'éloignèrent de la scène désastreuse en vitesse. Dean les guida jusqu'à la sortie où ils grimpèrent dans la voiture pour filer jusqu'à la chambre de motel. Ils finirent par trainer Gabriel sur le lit le plus proche. Ce dernier se contenta de grogner en leur ordonnant de le laisser tranquille, qu'il allait parfaitement bien, malgré l'énorme brûlure qui lui parcourait le corps, du flanc droit jusqu'en haut du torse, laissant une longue traînée de chair à vif. Ses vêtements avaient tout simplement brûlés, le laissant en simple pantalon avec quelques haillons de chemise qui pendaient ça et là. Sam aida Gabriel à se débarrasser des lambeaux de tissu et constata l'étendu des dégâts. Ce n'était pas beau à voir, et malgré leur vie de hunter, Sam et Dean firent une grimace. Par endroit, la peau brûlée avait fusionné avec des morceaux de la chemise. Une odeur âcre émanait de Gabriel, les prenant à la gorge.

Une fois l'ange installé, ils le laissèrent à ses jérémiades. Après tout, les archanges sont féroces, absolus. Ils sont l'arme la plus terrifiante du ciel. Sam poussa un soupir en se remémorant cette phrase de Castiel et voyant l'état déplorable de Gabriel. Il s'assit sur un rebord du même lit.

_ Sammy, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Ca va ? demanda Dean s'asseyant face à lui, maintenant qu'ils avaient un peu plus de temps.

_ Ca va ! râla Gabriel, mâchoire serrée.

_ Ca va, répondit Sam en ignorant totalement l'archange.

_ Qui a fait ça ? fit Dean en désignant Gabriel qui gémissait d'un air légèrement théatral.

_ Heu… tu veux vraiment savoir ?

_ Sérieux mec !

_ Ok ok. Iron Man !

Devant le visage défait de son frère, Sam fit une grimace en haussant les épaules.

_ Oui, je sais.

_ Ok… bon, reste là avec lui, je vais chercher de quoi le soigner. Ne bougez pas !

Sam hocha la tête et regarda son frère partir. Il se retourna, avisa Gabriel qui gisait lamentablement sur le lit miteux puis se releva. Il alla chercher une bière dans le frigo, la décapsula et la tendit à Gabriel qui l'accepta volontiers après s'être installé plus confortablement sur le lit, grimaçant à chaque mouvement. Puis, il se calma et entama paisiblement sa boisson.

_ Pas besoin de quoi que ce soit, je vais guérir bientôt, dit-il simplement après quelques minutes de silence.

_ Mieux vaut être prudent, répondit Sam. Et puis il s'inquiète.

Gabriel eut un petit rire qui ressemblait plus à un gloussement.

_ Au fait.

_ Hmm ? fit Gabriel en tournant la tête vers Sam, stabilisant la bouteille comme il pouvait entre lui et le rebord du lit tandis qu'il essayait de s'installer plus confortablement.

_ Merci.

_ Oh, de rien. Ca va, pas de blessure ?

_ Rien d'important, je vais bien.

Gabriel fronça les sourcils. Il se redressa à moitié avec un grondement sonore, marmonnant dans sa barbe que les Winchester devraient un jour arrêter de jouer aux héros puis attrapa la main de Sam et la serra délicatement dans la sienne. Aussitôt, Sam se sentit beaucoup mieux. Il récupéra l'intégralité de sa vision, le bourdonnement d'oreille stoppa net ainsi que les vertiges.

_ Tu devrais garder cette énergie pour toi, mais… merci. Encore.

_ Ouais, ouais. De rien, Samsquatch. Si ton frère s'était rendu compte que tu n'es pas en parfaite santé, il m'achèverait de ses propres mains !

Ils échangèrent un sourire. Sam acquiesça à l'idée. Nul besoin de le cacher. Ils restèrent quelques instants silencieux. Gabriel finit sa bière puis se rallongea un peu plus confortablement, maudissant sa blessure pour la douleur cinglante qu'elle procurait dès qu'il faisait le moindre mouvement. Il ferma les yeux. Au bout de quelques minutes, Sam attrapa la bouteille vide et la jeta à la poubelle. Puis, vint se rasseoir au même endroit. Le Winchester se rendait bien compte que Gabriel n'était pas en état de faire la conversation. Même s'il était un ange, une brûlure aussi importante nécessitait une grande partie de sa concentration et de son énergie pour ne serait-ce qu'atténuer la douleur. Heureusement pour lui, sa Grâce semblait intacte. Du moins, à ce que Sam pouvait constater à première vue.

Gabriel sentit le regard sur lui. Il ouvrit les yeux et fixa Sam.

_ Tu t'ennuies ? lança-t-il.

_ Non, je m'assure juste que tu ne meurs pas sur mon lit, rétorqua Sam.

_ Quelle grandeur d'âme ! T'en fais pas, ce n'est pas ça qui va m'achever.

_ Je m'en doute.

_ Je n'en suis pas moins un Archange !

Sam esquissa un sourire. Il avait entendu le A majuscule dans la phrase de Gabriel.

_ Besoin de te vanter devant un simple humain comme moi ? C'est que tu ne vas pas fort.

_ Oh, tais-toi, grommela Gabriel en refermant les yeux.

Sam ne souffla plus un mot, se contentant de surveiller Gabriel du coin de l'œil jusqu'au retour de Dean quelques dizaines de minutes plus tard. Il avait rapporté tout un nécessaire de pharmacie pour grands brûlés, ainsi que des victuailles.

Très rapidement, ils nettoyèrent la plaie (sous les bougonnements incessants de Gabriel), appliquèrent de la crème cicatrisante, puis finirent par la panser. Enfin Dean donna à l'archange un tube complet de gélules d'antidouleurs.

_ Ca t'aidera le temps que tu guérisses. Tu seras sur pied dans combien de temps ?

_ Je suis sur pied ! Juste… à l'horizontal.

Dean roula des yeux en poussant un soupir exaspéré.

_ Quelques heures tout au plus, finit par dire Gabriel.

_ Ok. Bon, en attendant, vous allez pouvoir me raconter ce qu'il s'est passé.

Sam s'exécuta sur le champ, tandis que Gabriel se retenait de sombrer dans un sommeil réparateur. Dean avait élu domicile sur son lit et grignotait un infâme sandwich au jambon acheté dans la supérette.

_ Donc, ça tient du complot organisé.

_ Je pense oui. Et visiblement toutes les professions clés sont touchées.

_ Pas les serveuses.

_ A premier abord.

_ Pourtant, il n'y a pas plus clé comme profession ! Avec les strip…

_ Bref ! l'interrompit Sam. L'un d'eux a invoqué ce Trickster qui, soit se venge, soit continue à suivre les ordres qui lui sont donnés.

_ Donc, si on brise le lien qui uni le Trickster à l'invocateur, on est bons !

_ C'est ce que je pense, oui.

_ Et la dinde rôtie ne t'a pas dit qui était le Trickster ? demanda Dean en désignant Gabriel du menton.

_ Pas vraiment eu le temps, j'allais me faire cuire sur place par Iron Man s'il ne m'avait pas sauvé. On lui demandera quand il se réveillera.

Dean se tut quelques secondes. Le silence n'était brisé que par la respiration lente et profonde de Gabriel qui s'était assoupi.

_ Qui l'eut cru, lança soudainement Dean avec un grand sourire.

_ Cru quoi ? demanda Sam.

_ Que finalement tu aurais un ange dans ton lit ! s'exclama Dean, très fier de sa blague.

Sam lui lança un regard blasé.

_ C'est à force d'en voir un dans le tien, rétorqua-t-il avec un sourire narquois.

Son allusion à Castiel eut l'effet escompté et Dean décida brusquement de rechercher toutes les informations sur les Trickster et leur invocation. Sam nota qu'il aurait simplement pu réveiller Gabriel afin qu'il leur donne les réponses et finisse d'éclaircir les détails obscurs de l'affaire, mais il n'en fit rien. Finalement, Dean acceptait peut-être Gabriel.