Bonne lecture
Fin Chapitre 3
Elle déglutit, le regard troublée par les larmes. Elle se mit à genoux, la cage thoracique du Colonel se levait avec difficulté. « Colonel, restez avec moi. » Il déglutit, ouvrit la bouche, puis la referma. Sa main gauche bougea, trop affaiblit, il ne put la contrôler. Il voulait réconforter son Lieutenant, la rassurer. Il voulait tant lui dire, tant lui montrer, tant lui faire comprendre. Il avait tant à prouver. Il se cambra et grimaça face à la douleur lancinante dans son abdomen. La douleur se diffusait dans tout son corps.
Tout à coup, la tête inclinée en arrière, il ne fit plus aucun mouvement,. Riza paniqua et prit le pouls au niveau de la carotide. Elle déplaça son index et majeur. Elle commença à suffoquer, son cœur palpitait et sa respiration devenait de plus en plus chaotique. Elle chercha le pouls tout du long de la carotide.
Rien, elle ne sentait aucune pulsation.
Chapitre 4
Une femme d'une quarantaine d'années, plutôt grande en blouse blanche, stéthoscope posé nonchalamment autour du cou avec un regard opale dur discutait avec un jeune homme dynamique en uniforme vert d'eau. Cette docteure s'informait sur le cas d'une jeune femme prit en charge depuis la veille au soir :
"- quelles sont ces réactions ?
- À son admission, hier en début d'après-midi, elle subissait un choc post-traumatique sévère. Elle ne répondait à aucun stimulus extérieur. Depuis les premiers examens ce matin, la situation a vraisemblablement changé. Elle est consciente du monde qui l'entoure mais ne désire pas répondre.
- A-t-elle mangé ?
- Non, ce matin elle a tout refusé, hormis un verre d'eau.
- Bien, cela reste rassurant. Elle va certainement devoir être internée ou du moins être accueilli en hôpital de jour pour avoir un suivi efficace. Son rétablissement sera long."
Le personnel médical posait ses hypothèses. Néanmoins, il ne connaissait pas cette personne hors norme. Être élevée par un père sans aucune démonstration affective, frôlant la négligence, avoir participé à un holocauste et se souvenir de chaque être humain abattu par ses propres mains de sang-froid pouvait rendre plus d'une personne fragile psychologiquement. Ces événements l'affectait tous les jours, sa personnalité ayant été formée et changée par ces dures expériences. Toutefois, cette femme avait toujours avancé pour garantir la réalisation de son objectif. Une telle personne hors norme pouvait-elle vraiment être caractérisée et comprise aussi simplement par du personnel médical même compétent ? La réponse de Riza par les actes fut clairement négative. La docteure entra dans la chambre du lieutenant après avoir frappé à la porte. Le médecin refermait la porte coulissante derrière elle. Elle n'avait pas encore essayé de rentrer en contact que la jeune militaire, jusqu'alors assise droite sur son lit, regard vide fixe, bougea lentement la tête en direction du docteure. La docteure sourit ; une réaction de sa part et qui recherche un contact, peut-être que son cas n'était pas si mauvais.
" - Bonjour Lieutenant Hawkeye, je suis le docteur Louise Marty et serait votre référent pendant la durée de votre séjour."
Riza répondit à la dame par un hochement de tête et un « Docteure » très poli.
"- Aimeriez-vous manger quelque chose lieutenant ?
- Un petit déjeuner rapide, si cela est possible."
La docteure fut agréablement surprise. Elle pensait que le fait de vouloir communiquer non verbalement était en soi très positif. Elle ne s'attendait pas à ce que la jeune femme sorte déjà de sa torpeur et demande à s'alimenter. Le psychiatre pensait que cela allait être source de négociations et d'un travail de longue haleine pour faire manger cette militaire quelque chose de consistant. « bien, que dites-vous d'un jus de fruit ? Voulez-vous du thé ou du café ? Accompagné d'une viennoiserie peut être. » La spécialiste testait la capacité de traiter des informations, de raisonner, faire un choix et produire une réponse claire de sa nouvelle patiente. Elle fut contente d'entendre cette femme, répondre à ces questions succinctement mais avec cohérence.
« très bien, je vais demander à ce que l'on vous serve ceci. » Une demie- heure après, Riza fut servie. Elle mangea calmement son repas. Docteure Marty revint une heure après sa première visite. Pour l'instant, aucune visite n'avait été autorisée, ce qui angoissait ses collègues. La médecin reprit son analyse :
« - avez-vous bien mangé Lieutenant ? » .
- ce qu'il fallait, je vous remercie. Répondit Riza, posée et calme.
- Très bien, désirez-vous autre chose ?"
Le regard de Riza vacilla furtivement. Je n'ai besoin de rien de plus", dit elle vidée.
La professeure sut lire entre les lignes Riza n'avait besoin rien de plus que ce qu'elle venait de perdre et ne pouvait pas recevoir de réelle satisfaction par d'autres artefacts ou items. Réalisation et lucidité, deux éléments encore très positif. Sa patiente était calme mais lucide, ce n'était donc pas un déni total de la situation. La docteure pensa qu'il fallait qu'elle en sache plus sur la proximité entre sa patiente et le défunt. Elle le nota quelque part dans sa tête.
"Vous souvenez-vous de ce qui est arrivé à la gare ?" La psychiatre voulait tester la résistance de Riza et confirmer que cela n'était pas un masque cachant un fort déni ou une démence passagère.
"Je ne peux en parler tant que je n'ai pas reçu l'ordre clair de ma hiérarchie sur la nature confidentielle de cette affaire et ce qui peut être dévoilée." Ce calme et ce sang-froid étaient impressionnants. Son regard s'était pourtant voilée : cette femme contre toute attente, maîtrisée cette situation.
Après l'entretien avec sa patiente et les discussions qu'elle avait eu avec certains proches de l'entourage de la lieutenant, elle décida qu'il était mieux de la laisser sortir. Le lieutenant Riza Hawkeye allait être soutenue par ses subordonnés. Certains militaires firent pression sur l'équipe médicale : un major quasi chauve ressemblant à une armoire à glace et un homme blond évoluant en fauteuil roulant avaient réussi à la convaincre ; surtout l'homme blond qui semblait bien connaître et proche de sa patiente.
Riza fut soulagée de pouvoir sortir de cet hôpital. Le personnel essayait de la comprendre tout en la prenant en pitié. Elle détestait cela ; comment pouvaient-ils agir de cette manière ? Ils assemblaient des phrases, mettant des mots creux bout à bout, utilisaient des expressions toutes faites, sorties du placard « comment prendre en charge une personne dont l'âme est détruite ? . Ne savaient-ils pas, avec leur expérience professionnelle que toutes les personnes heureuses le sont de la même manière, les personnes malheureuses sont chacune à leur façon ?2 Riza avançait, d'un pas calme, sur une cadence maîtrisée. Jean la vit : sérieuse, son regard fixant droit devant elle, obscurci. Elle ne s'aperçut pas qu'il se trouvait sur son chemin qu'à une distance de cinq mètres de lui. Le voile sur son regard terni virevolta quand elle le vit. Elle s'arrêta, à deux mètres de lui. Une lueur de douleur, d'effroi face à l'imaginable, c'est ce qu'il pouvait lire dans ce regard. Il s'approcha d'elle, hésitant, lui parla, la gorge nouée : « Lieutenant...Riza, »
La jeune femme restait paralysée. Elle semblait revivre ce moment tragique, déconnectée de la réalité. Elle ne voyait plus le second lieutenant, se tenant en face d'elle. Il réitéra en l'appelant par son prénom et effleura la main de la jeune femme, interdit, puis la prit dans la sienne et resserra son emprise d'une petite pression. La jeune femme meurtrie réagit enfin. Elle regarda enfin Jean. Une multitude de sentiments possédait son âme et se reflétait dans ses yeux : une tristesse infinie, insurmontable, la colère contre le Colonel : son abandon, sa trahison et la culpabilité. La douleur de la culpabilité était la plus insoutenable ; elle ne l'avait pas protégé.
Le second lieutenant Havoc ne savait que dire face aux tumultes d'émotions qu'il observait. Il avait réfléchi à la façon d'agir, que dire, au Lieutenant, mais il était décontenancé devant la violence de la tempête d'émotions que subissait sa supérieure. Puis il réfléchit, elle était vêtue d'un nouvel uniforme, non-entaché du sang du feu colonel. C'est à ce moment-là qu'il comprit si elle ne portait plus une tenue d'hôpital, il était évident qu'elle avait eu l'autorisation de sortie. Il se devait de parler. Il se força à prendre la parole :
« Breda est en salle d'attente. Fuery est en train d'être opéré. Le pronostic est bon. Il devrait pouvoir subir une greffe d'auto-mail. Les docteurs font l'opération de pré-implantation de la base de la prothèse. À l'évocation des hommes de l'équipe, elle écouta. Elle revêtue ensuite, une fois de plus, un masque impassible. Sans aucune émotion apparente, une coquille sans âme ; c'est ce qu'elle était. Son âme semblait être partie en même temps que celui qui avait toujours occupait ses songes.
Elle s'approcha de Jean et lui dit : « bien, j'aimerais m'asseoir. » Elle semblait éreintée. Concerné par l'état de fatigue intense de Riza. Jean hocha la tête, ses yeux océans oscillaient d'inquiétude. Il se dirigea de suite vers un espace de détente, un espace en retrait du tumulte du service d'urgence. Une fois assise, Riza semblait une fois de plus professionnelle, la fatigue visible sur ses traits mais plus dans ses yeux d'ambre. Elle s'approcha un peu plus de Jean, pour qu'aucun mot de leur conversation puisse être entendue par quiconque.
« Je vais aller à la morgue récupérer quelques affaires du » elle fit une pause, évoquer son nom, son grade, l' a emplissait d'une douleur, d'abord aiguë, au cœur de sa poitrine puis s'étendait à ses poumons. Tout son corps devenait lourd, supportant l'horrible poids de la disparition de cette personne qui comptait bien plus que sa propre vie. Elle déglutit. Havoc répondit, décidé, « Je t'accompagne ». Le regard de la jeune femme se fit dur comme le fer. Elle répliqua avec autant de détermination « Non. Il faut être discret. J'irais seule. Nous n'avons pas l'accès à ses affaires. Je vais essayer grâce à une vieille connaissance du Colonel et moi. »
Havoc pensait que Riza avait déjà un autre but. Elle semblait avancer que pour celui-ci. Il savait que ce but allait certainement la mettre en danger. Le Colonel aurait fait de même pour elle, comme pour Maës. Jean avait peur qu'elle se détruise pour cela. Il soupira, décida de la laisser faire car il la connaissait. Elle est obstinée, tel un faucon, les sens en éveil, elle cerne sa proie, met en place une stratégie pour la serrer entre ses griffes et se lance seulement sur elle quand elle est sûre que l'attaque sera fructueuse et mortelle. Jean savait qu'elle n'allait pas perdre son sang froid. La meilleure solution était donc de la laisser faire et de rester à ses côtés. Il en parlerait à Heymans, le tacticien de l'équipe, pour qu'à deux, ils puissent aider le premier lieutenant et réussir à l'influencer dans ses plans, toute obstinée qu'elle soit.
Riza ajouta « Je dois y aller. Je dois les empêcher d'avoir accès à certaines informations. » Elle voyait que Jean hésitait à la laisser partir. Elle lisait la réprobation dans le regard de Jean. Il allait opinait de la tête quand elle prit la parole une dernière fois pour le convaincre :« j'ai besoin d'y aller seule. » Jean pouvait voir que la volonté et la tristesse de Riza. Elle devait pouvoir se recueillir seule, éloignés de tous. Elle n'avait pour l'instant pu être seule sans attendre une énième visite d'un aide-soignant, infirmier ou docteur. Il plia face à la volonté de Riza. Néanmoins, il ne la laisserait pas seule longtemps. La solitude la rongerait et lui ferait penser au pire. Résigné, il soupira et s'écarta du chemin de cette femme qui ne pourrait jamais se relever de ce drame. Elle était déjà debout, son esprit dirigé vers l'action qu'elle allait accomplir.
C'est le début de la seconde partie de l'histoire avec un chapitre plutôt court. Je vous promets un chapitre bien plus long (et je pense plus intéressant) pour le prochain. Amis Royaïstes, restez là. Je vous promets aussi de beaux moments rien que pour vous et du suspens. En relisant, je me rends compte que c'est assez triste comme chapitre.
Je remercie Fée sans âge et l'atelier des chats pour leur soutien régulier et leurs commentaires précieux.
On va jouer à un jeu. Vous avez déjà quelques pièces du puzzle : la bataille à la Gare en est remplie. J'adore entendre vos prédictions pour la suite! (la grosse sadique qui fait souffrir les perso et cite saw. -_-)
ps 1 Dites- moi, trop de discours narratif ? Devrais-je laisser plus de place pour les dialogues ? J'ai du mal à décrire avec les dialogues, mais c'est peut-être lourd toute cette narration.
ps2 : Avez-vous aimé? été déçu? à quoi attendez vous pour la suite?
Des bisous.
Lili
